Jour 434

Voici où j’en suis de mon programme de lecture. Au chalet, en fin de semaine, sous la lumière crue de nos ampoules LED, j’ai terminé les Mémoires d’une jeune fille rangée. J’ai lu Les belles images. J’ai terminé la biographie de Michel Legrand.
Les Mémoires se terminent sur la mort, à 22 ans, de la grande amie de Simone, à savoir Élisabeth Lacoin, surnommée Zaza. On trouve ici et là des articles peut-être farfelus sur Internet qui suggèrent que Zaza aurait été le grand amour de Simone, un amour d’adolescence, avant même qu’elle, Simone, se découvre bisexuelle. Les Mémoires se terminent donc sur la mort de Zaza, et sur les premières rencontres de Simone et de Jean-Paul. Je devrais écrire …les premières rencontres de Simone, Jean-Paul et Paul, car Jean-Paul était toujours accompagné, à l’époque, de son ami Paul Nizan. Cet aspect me plaît, que deux amis soient tout le temps ensemble. Je n’ai pas connu ça quand j’étais adolescente, ni jeune adulte.
Le livre qui suit les Mémoires, dans l’exercice autobiographique de Simone, c’est La force de l’âge. Je m’attends à y découvrir, d’entrée de jeu, comment Simone et Jean-Paul ont développé leur relation d’amour « nécessaire », et comment ensuite Jean-Paul a amené Simone à vivre aussi, et de part et d’autre, des amours « contingentes ». Ce bout-là me plaît moins, les amours contingentes. J’ai l’impression, vite fait, que c’est peut-être, avant tout, une extravagance intellectuelle. Catherine et Alain Robbe-Grillet ont fait pareil, en explorant en outre un volet sadomasochiste.
N’ayant pas La force de l’âge dans ma mini collection de livres, j’ai téléphoné tout à l’heure à la librairie de Joliette pour le commander. La jeune fille au téléphone était nerveuse, elle s’excusait de la lenteur de son ordinateur à trouver les résultats. J’ai eu beau lui dire deux trois fois que je n’étais pas pressée, cela ne l’a pas aidée. J’ai payé le livre à l’avance avec ma carte de crédit, et je devrais le recevoir dans une semaine. Je ne suis quand même pas pour commencer La force des choses, tome 1, que j’ai dans ma mini collection, mais qui vient après La force de l’âge. Cela va trop me mélanger. Je vais pour une fois respecter la règle, la règle chronologique. Je devrai aussi commander La force des choses, tome 2, en espérant que j’aurai encore envie de lire Simone quand je serai rendue là.
Pour ne pas quitter l’univers dans lequel me fait évoluer Simone, j’ai lu, au chalet, Les belles images, paru en 1966. Simone avait déjà 58 ans. Après les premières pages, je me suis rendu compte que j’avais commencé le livre. Je pensais l’avoir abandonné en cours de route, mais finalement, je l’avais lu au complet, sauf que… je ne m’en rappelais plus ! La même chose est arrivée avec Mayonnaise, d’Éric Plamondon. J’ai demandé à Oscarine, qui me l’avait prêté, si je pouvais le conserver un peu plus longtemps, ne l’ayant toujours pas lu. Quand j’ai ouvert le livre pour enfin le commencer, je me suis rendu compte que  je l’avais lu… et je ne m’en rappelais plus ! Au secours ! Les belles images, ça se lit pratiquement d’une traite, et je mentionnerai seulement que ce texte de fiction ne m’a pas tellement touchée.
Puis, pour rendre mon week-end dans le bois digne d’un rattrapage véritable, pour en finir avec les livres en attente, j’ai lu les derniers chapitres de J’ai le regret de vous dire oui. Le livre a paru à l’automne 2018, et je l’ai commencé à ce moment-là. Entre ce début de lecture et sa fin, Michel et sa grande amie Agnès Varda ont eu le temps de rendre l’âme !

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Jour 435

ColleDarielle

Arbre voluptueux de Darielle

Bien entendu, le projet de notre Darielle allait être le plus réussi. Je le savais avant même qu’on commence toute la patente. Darielle est une femme généreuse, volontiers excessive, chaleureuse, aimante, on ne peut plus généreuse. Il n’était pas question qu’elle se contente de tracer des branchettes peu nombreuses. Il n’était pas question non plus qu’elle s’éloigne de l’idée de base du projet, car elle maîtrise bien les techniques. Darielle s’est donc appliquée à reproduire un arbre semblable à celui de la vidéo, ne négligeant pas un effet d’écorce et de racines noueuses, et multipliant les branches somptueuses comme on en trouve sur les toiles de Marc-Aurèle Fortin.
– Tu pourrais peut-être ajouter un peu de reflets argentés ?, ai-je suggéré alors que notre amie nous montrait son projet fini, recouvert des couches d’or, de cuivre et de noir, mais  omettant peut-être le bleu et le vert.
J’ai aussitôt regretté de m’être ouvert la bouche, mais après coup je trouve que les lignes argentées créent un contraste qui rend l’ensemble encore plus riche.
Comme j’ai dessiné le tronc de mon arbre à droite, et que Darielle a dessiné le sien à gauche, et que les toiles sont de même format, la rencontre des deux toiles, quand on les place côte à côte, crée un semblant de baobab. Un baobab luxuriant et en bonne santé à droite, et exprimant un état de santé inquiétant, indéterminé, à gauche.

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Jour 436

ColleLynda

Arbre expérimental de Lynda

Lundi matin 7h30 j’étais debout. Un exploit, compte tenu de l’état dans lequel je m’étais couchée, abrutie de fatigue par le grand air, par la difficulté à dégager le camion du pied et demi de neige qui était tombé dessus, et par l’état des routes en revenant de la Manawan.
Nous avions convenu de nous rendre, Bibi et moi, chez notre amie Darielle à Laval pour y passer la journée autour d’une activité d’arts plastiques. Mon mari appelle ça le Macramé Power. J’ai été capable de ne pas être en retard, il faut dire ici que mon mari m’a poussé dans le dos, à 9:15 j’étais chez Bibi, et une heure plus tard chez notre amie.
Darielle avait décidé du projet sur lequel on allait travailler : il s’agissait de créer une forme d’arbre sur une toile avec un fusil à colle chaude, puis de couvrir l’arbre de couleurs or, noir, vert et bleu pour obtenir au final un effet d’émaux sur cuivre.
Darielle avait déjà deux fusils, j’en ai emprunté un à Denauzier.
En quelques mots, les étapes du projet sont les suivantes : on fait de notre mieux pour tracer des branches qui courbent, avec le fusil, en espérant ne pas parsemer le parcours de la branche de gros mottons de colle. Il faut aller assez vite, ce n’est pas ma force, et comme j’avais le plus gros fusil, j’ai eu les plus gros mottons. On laisse la colle sécher, on applique du gesso sur l’arbre, puis des couleurs sur le gesso.
– Tu ne donnes pas l’impression de t’y prendre comme sur la vidéo qu’on vient de regarder, a mentionné notre amie, à peine avais-je commencé à manipuler le fusil.
– Tu sais comment je suis, ai-je répondu, en n’ajoutant rien d’autre car le travail au fusil requérait toute ma concentration.
Alors que sur le tutoriel vidéo on voyait se créer un arbre dont les branches courbaient vers la droite, j’ai fait l’inverse, j’ai positionné le tronc à droite et fait courber les branches à gauche. Je procède ainsi, à rebrousse-poil des règles, pour la bonne et seule et unique raison que j’ai peur d’échouer.
Avoir pris le temps de respirer et d’approcher mon projet avec mon cœur, et non avec la seule volonté de faire à ma manière, j’aurais remarqué que l’extrémité des branches tombantes, à gauche, aurait avantageusement accueilli du gesso blanc, plutôt que de pendouiller tristement dans la teinte noirâtre qui est restée en place. Avoir observé un peu plus, j’aurais aussi fait sortir les branches de la surface de la toile, plutôt que d’essayer de les y contenir. Dans l’état actuel des choses, on dirait que mon arbre se termine à l’arête supérieure de la toile, comme si une tronçonneuse l’avait rasé. Le pauvre.
Cela étant, si je retourne chez Darielle, car je lui ai laissé ma toile, je pourrai la retravailler. J’aime approcher une toile en plusieurs étapes.

ColleBibi

Arbre minimal de Bibi

Parce qu’elle avait froid et qu’elle ne voulait pas tacher ses vêtements, Bibi a enfilé une espèce de grande robe fleurie pour faire son projet, et j’ai décidé qu’avec cette grande robe ma sœur ressemblait à Toulouse Lautrec.
J’avais apporté deux petites toiles de format 8"X8", et une plus grande de format 12"X12". Bibi a eu droit à la plus grande. Je souligne en passant qu’elle a travaillé sur la toile qui était couverte de macaronis, dans la foulée de mes expérimentations récentes spaghettis/macaronis. Le format 12"X12" lui a donné la latitude de tracer son tronc au tiers de la surface. Disposant d’un fusil plus petit, elle n’a pas rencontré le problème de mottons de colle qui m’a un peu gâché la vie. Bibi étant une adepte de la simplicité volontaire, elle ne s’est pas étendue sur la création de branches à n’en plus finir. Elle a couvert sa toile des branches nécessaires, et cela s’est arrêté là. D’où il ressort que son arbre, à mes yeux, est maigrichon. Mais elle a respecté l’idée du projet en le couvrant de tons cuivrés et dorés, de même qu’elle a créé une forme d’ombre avec du noir, à la base du tronc.

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Jour 437

Après

APRÈS

Karen Blixen réussit à merveille ses longues descriptions, mais celles auxquelles je pense ont rapport à des paysages, à des lieux, de façon générale, africains, et moins à des personnages. Mais je peux me tromper, ça fait longtemps que j’ai lu Karen. Ou encore Kamouraska. Anne Hébert, si je me rappelle bien, cerne en peu de mots ses personnages et on sait dès lors à qui on a affaire.
Lynda. C’est moi. Fiou ! Une lettre facile. Elle (je) a passé trois jours à s’investir corps et âme pour embellir un endroit qu’elle n’habite plus mais qui lui tient tellement à cœur.
Mercredi matin, après la quatrième heure consacrée au mur de la chambre, après les touch-up ici et là sur d’autres murs, je suis allée acheter du silicone pour combler l’espace derrière l’évier à la jonction du comptoir et du dosseret.
Ne désirant pas passer sous silence que je m’étais fait avoir avec le litre de peinture blanche, et profitant que c’était le patron qui me répondait, je lui ai demandé pourquoi il m’avait orientée la veille vers une peinture si peu couvrante.
On peut avancer qu’il ne s’attendait pas à ma question, et que pour cette raison il a un peu bégayé.
Pour satisfaire nos clients, nous ne vendons que de la bonne qualité !, a-t-il prétexté.
Quand vous allez chez Costco, admettons, l’ai-je interrompu, et que vous achetez la marque maison, avez-vous remarqué qu’il est écrit sur les produits qu’ils sont de qualité égale, sinon supérieure, aux produits des autres marques du commerce ?
Rona, HomeDepot, Costco, Réno Dépot… Ces endroits ont un débit de vente en rien comparable au mien !
Si j’ai besoin à nouveau de peinture, ai-je coupé court, mon tube de silicone à la main, j’espère que vous m’orienterez vers une meilleure qualité la prochaine fois. Ça ne me dérange pas d’y mettre le prix.
Très bien, a-t-il répondu. Ou peut-être a-t-il plutôt dit Tope-là, je n’ai pas fait attention.
Une fois revenue à l’appartement, non sans avoir croisé un ancien voisin sur le trottoir avec lequel j’ai piqué une petite jasette, je me suis lancée dans le silicone.
Vraiment, il faut s’y prendre avec minutie pour obtenir une belle ligne de jointure fine. J’ai réussi, mais encore une fois j’y ai mis le temps. J’ai fait sortir le silicone directement du tube, j’y ai fait glisser mon petit doigt pour égaliser la quantité et combler les espaces qui s’étaient créés entre le comptoir et le mur. Je suis allée faire d’autres affaires, nettoyer par exemple le recoin où sont situées les laveuse et sécheuse. Je suis revenue ajouter du silicone en deuxième couche, je l’ai à nouveau égalisé avec mon petit doigt, etc.
Wow !, me suis-je exclamée quand j’ai eu fini, en regardant le résultat d’un peu plus loin, en ce sens que pendant que j’étendais le silicone j’avais le nez à deux pouces des surfaces traitées.
Xavier n’aurait pas fait mieux, ai-je décrété.
Xavier, c’est un grand ami des Pattes, un homme minutieux dont j’envie la patience et le travail toujours appliqué, quand, en ce qui me concerne, je peux m’appliquer et réussir, mais il faut que ça me tente.
Y a-t-il autre chose qui nécessite une petite couche de silicone ?, me suis-je demandé avant de reboucher le tube pour, finalement, le reboucher sans faire le tour de l’appartement. Il faut croire que ça ne me tentait déjà plus de m’appliquer.
Zut ! Je n’aurai pas eu le temps de nettoyer le carrelage au-dessus de la baignoire, mais j’aurai au moins lavé à grande eau –et préalablement aspiré– les marches de l’escalier de l’entrée qui étaient couvertes de petits gravier et de traces de sel.

 

 

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Jour 438

Avant

AVANT

Au menu aujourd’hui, une liste des améliorations que j’ai apportées à l’appartement d’Emmanuelle, selon une présentation alphabétique.
Beaucoup de poils de chat et de cheveux châtain clair traînaient partout, j’ai donc commencé par les ramasser, partiellement parce qu’il y en a une bonne quantité qui trouve le moyen de contourner l’aspirateur.
C‘est le mur de la chambre à coucher qu’utilisera la colocataire dès ce lundi 1er avril qui nécessitait le plus de travail.
Dès mon arrivée je m’y suis attaquée en sortant le contenant de pâte pour combler les trous de clous, du papier sablé pour sabler la pâte, un couteau à mastic pour d’abord l’appliquer, et aussi pour retirer son couvercle au litre de peinture, un pinceau, un bâton de bois pour remuer la peinture, un linge mouillé en cas d’accident. Et l’escabeau.
Emmanuelle est arrivée alors que j’avais les deux pieds sur le plancher, contrairement à mon plan de match selon lequel j’aurais été juchée sur l’escabeau pour qu’elle ait l’impression que je travaillais fort.
Faisant le récit de sa journée étendue sur le lit de cette même chambre qu’occupera la colocataire, elle a accepté de se lever pour venir m’aider. C’est alors que je suis montée sur l’avant-dernière marche de l’escabeau pendant qu’elle tenait le litre de ses deux mains, et j’ai ainsi tracé les contours du mur à peindre sans avoir à me pencher autant que si le litre avait été déposé sur la tablette à cette fin de l’escabeau.
Grand mal me fit de demander au quincaillier s’il vendait une marque de peinture maison. Il a automatiquement pensé que je ne voulais pas payer cher, alors il m’a orientée vers une peinture qui ne couvrait pas pantoute, bien qu’il se soit agi de la marque Benjamin Moore qui est semble-t-il la meilleure.
Hésitante sur le coup, j’ai fini par mélanger trois sortes de peinture blanche car Emmanuelle en avait deux gallons qui traînaient dans un fond de garde-robe. Aucun des trois blancs n’était bien entendu de la même couleur –c’est parce que je le savais que j’hésitais à les mélanger. De fil en aiguille je ne m’en suis pas trop mal tirée, sauf qu’une application qui prend normalement une heure et demie, disons deux heures quand on n’est pas habitué, m’en a pris quatre pour essayer d’obtenir une couleur passablement uniforme. Trois le soir de mon arrivée, et une autre le lendemain matin.
Il y avait plusieurs autres choses à faire, après la peinture du mur. J’ai opté pour le comblement d’autres trous ici et là sur d’autres murs. J’ai écrit un texte pendant que la pâte séchait, j’ai ensuite sablé la pâte, et repeint la surface sablée.
Jacques Laiguillon, le cousin de Simone, se manifestait régulièrement à mon esprit pendant que je m’adonnais à mes tâches ménagères. Bien que Simone lui consacre des pages et des pages dans ses Mémoires, je n’arrive pas à saisir le personnage. Je pense que Simone se visite elle-même, en décortiquant les sentiments que Jacques suscite en elle, bien davantage qu’elle ne dresse un portrait du personnage qui nous ferait 
mieux saisir , peut-être, l’ascendant qu’il exerce sur elle.

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Jour 439

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Elle portait du vernis à ongles. Est-ce qu’elle l’appliquait elle-même ? 

Est-ce que Simone s’en sortirait bien si elle était née disons en même temps que moi, avril 1959 ? Elle est née le 9 janvier 1908, sous le signe astrologique du Capricorne, et du Singe chez les Chinois. Il y a fort à parier qu’elle ne lisait pas son horoscope ! Est-ce qu’elle maîtriserait bien les applications de son téléphone cellulaire, si elle était à la veille d’avoir comme moi 60 ans ? Est-ce qu’elle serait une abonnée Facebook ? Et qu’en serait-il de Jean-Paul ? Elle ne pourrait plus passer ses journées à écrire son journal au Café de Flore, parce que l’endroit est devenu trop touristique, il faut qu’il y ait du roulement de clients pas mal plus qu’avant. Elle ne pourrait plus fumer, au Flore ou ailleurs, et probablement qu’elle se serait adaptée aux nouvelles normes de santé publique, mais Jean-Paul aurait peut-être besoin de vapoter. Porterait-elle du vernis sur ses ongles, comme on voit qu’elle en porte sur plusieurs photos d’elle ? Est-ce contradictoire, de nos jours, porter du vernis et être féministe ? Est-ce qu’elle risquerait d’être poursuivie pour harcèlement par les jeunes filles qui garnissaient ses classes, quand elle était professeur de philosophie ? Parce qu’apparemment, c’est un loisir auquel elle aimait s’adonner, séduire ses étudiantes, mais comment savoir jusqu’à quel point c’est vrai. Je ne désire pas trop amalgamer fiction et réalité. L’activité littéraire de Simone me plaît, mais je n’ai pas envie d’aller plus loin. Je la laisse tranquille avec sa vie privée –qui me ferait peut-être aimer moins son œuvre ? Ayant affirmé cela, je mentionne quand même qu’elle séduisait une jeune fille et une autre, et qu’elle les présentait ensuite à Jean-Paul pour qu’ensemble ils forment un trouple. Le roman L’invitée publié en 1943 serait ainsi une référence directe à la relation qu’elle formait avec Jean-Paul et Olga Kosakiewicz. J’ai lu L’invitée il y a longtemps, et la seule chose dont je me rappelle c’est qu’ils étaient plusieurs à passer des soirées dans des cafés ou des bars, et que Simone revenait chez elle en déplorant avoir trop fumé de cigarettes !
Ici à Montréal, il y a plusieurs choses à déclarer : j’ai fait du ménage et j’en ai les mains sèches comme du papier sablé. Après ce texte du jour, j’y retourne d’ailleurs car je n’ai pas fini. En fait, j’en aurais pour une bonne semaine, vouloir faire un beau ménage de printemps. Pendant que je frotte, Emmanuelle vit sa vie à la Poly. Elle entraîne des réseaux de neurones. Elle utilise pour ce faire le langage de programmation Python. Elle se fout complètement de la vie publique ou privée de Simone. Elle est partie ce matin chaussée de ses vieilles baskets Nike mauve dont la semelle se décolle. Et vêtue du manteau pas cher de modèle pour homme que je lui ai acheté au Costco et qui lui va très bien. Elle portait ses jeans skinny, tandis que ses chaussettes couvraient une partie de ses mollets par-dessus le jean. Je l’ai trouvé très belle. Je me suis rappelé que dans mes textes d’autrefois, je me suis intéressée à la manière dont les jeunes de l’école Face portaient leurs chaussettes ainsi enfilées par-dessus le bas du pantalon. Il faut que ce soit un pantalon skinny, sinon l’effet est pas mal moins réussi. Je commence donc ma neuvième année d’écriture, et je m’achemine donc vers mes 60 ans, en me remémorant mes futilités d’écriture du passé.

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Jour 440

Colorful Paper Mache Number on a white background  - Number 60Je m’approche de la soixantaine en compagnie de Simone de Beauvoir avec les Mémoires d’une jeune fille rangée. Dans quelque cinquante pages j’aurai fini le livre, commencé il y a belle lurette. Je pensais le finir ce soir, au lit, mais il se trouve que le mur que j’ai peint est situé dans la chambre à coucher où je vais dormir, alors pour l’instant je le laisse sécher, la fenêtre entrouverte –et le thermostat ajusté à la baisse pour ne pas qu’il s’emballe. Je vais ensuite me tourner vers La force de l’âge, puis vers La force des choses, qui regroupe tellement de pages, presque mille, qu’il est publié en deux livres distincts dans la collection Folio de Gallimard.
Tout le monde a lu ça dans son jeune temps, les Mémoires et le Deuxième sexe de Simone, mais pas moi, je m’y mets sur le tard. Quand tout le monde lisait Simone à l’université, dans le cadre des études féministes qui étaient populaires au tournant des années quatre-vingt, je lisais Gertrude Stein pour ne pas faire comme tout le monde, et parce que, sans le savoir, je m’intéressais à la peinture. Gertrude en avait toute une collection. J’avoue que sur le plan littéraire je n’y trouvais pas grand intérêt, tandis que Simone, quarante ans plus tard, me passionne.
J’aime ses tiraillements, ses questionnements, sa quête, sa recherche incessante. J’aime son assurance, sa confiance en elle, j’aime la conviction qui l’habite à l’effet qu’elle va savoir construire sa vie. J’aime son optimisme, son désir de jouir de la vie, d’en faire une création riche aux facettes multiples. Qui suis-je, où vais-je, que sera ma vie, auprès de qui évoluerai-je…, ça n’arrête pas. Là où je me montre paresseuse et où je me contente de formuler les questions qui me passent par la tête, ici et là dans mes textes, Simone est rigoureuse et essaie de trouver des réponses. Il faut dire qu’elle est brillante, érudite, et qu’elle aura passé sa vie à réfléchir, assise au Café de Flore ! Elle explore un thème sous toutes ses coutures, par en-dedans, par en-dehors, en plongée, en contre-plongée, de proche, de loin. Quand elle pense avoir bouclé la boucle, elle revient sur la même affaire parce que, le temps ayant passé, et sa conscience ayant mûri, elle aborde dès lors le thème différemment, d’autant que des événements additionnels, eux aussi répartis sur la ligne du temps, se sont ajoutés qui teintent sa perception. Ça ne finit plus. C’est ce qui fait que le prénom de son cousin Jacques Laiguillon –est-ce que je l’aime, m’aime-t-il, devrais-je me marier, pourquoi se marie-t-on– doit bien revenir cinq cents fois dans le récit.
Simone est chanceuse. Elle est née dotée de la capacité d’atteindre le sommet, car c’est là qu’elle voulait aller. Un sommet littéraire. Il n’y a rien de pire que de vouloir absolument se hisser et se maintenir au sommet, et se découvrir incapable d’y arriver. Je suis chanceuse aussi. Je suis née habitée par le vague désir d’écrire, de m’exprimer d’une manière ou d’une autre, et j’y arrive, encore une fois sur le tard, grâce à mon blogue, en n’ayant pas encore perdu, depuis maintenant huit ans fermes, mes rares et chers lecteurs. C’est sûr que Simone est plus chanceuse, elle savait jouer des coudes pour tailler sa place. Je me demande si j’ai déjà joué des coudes…
Au fil de mes lectures sur Internet autour de Simone, je découvre qu’un autre livre doit s’ajouter à mon programme : les Mémoires d’une jeune fille dérangée. Tiens, tiens. Je vais avoir envie de le lire avant les autres…

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