Badouzienne 130

J’ai fait à Encerclée sur fond jaune (Jour 128) une petite soeur Encerclée sur fond violet. Je n’étais pas aussi détendue, au cours de l’exécution de la deuxième version. Je m’inquiétais du manque éventuel de surface car la toile n’est pas aussi grande. Il y a un pouce de moins en hauteur et en largeur. Je m’en suis rendu compte alors que, le pinceau à la main, j’avais déjà commencé à appliquer mes couleurs. Mes cercles, du coup, ne sont pas aussi larges. Ils sont moins affirmés. Craintifs, ils se tiennent sur leur garde. Ils se demandent lequel d’entre eux sera sacrifié. La version jaune contient 16 cercles quand la version violette en contient 14.

Je pourrais facilement me rendre jusqu’à dix toiles –dans le sens que j’aime faire des cercles– et remplir une salle d’une galerie. J’aimerais alors observer les différences entre chacune. Je suis déjà allée à une exposition d’un ami qui avait ainsi regroupé une quinzaine de toiles de même format, ayant toutes le même sujet abstrait et dont seules variaient les couleurs. J’étais restée sur ma faim.

Je note quelques différences entre mes deux toiles : la largeur du trait des cercles, le fond à l’intérieur de ces derniers qui dévoile l’ancien sujet qui couvrait les toiles, la couleur très foncée qui couvre des espaces créés par les entrecroisements de cercles. Le dripping initial était trop chargé à ces endroits, alors j’ai opté pour le calme d’une couleur uniforme.

Ça devient bien tentant d’envisager dix Encerclée…

Publié dans Badouziennes | Laisser un commentaire

Badouzienne 129

Bien que je sois pas mal malade de la grippe, il m’est arrivé hier une agréable aventure. Ça faisait un moment que j’envisageais de jeter mes carnets intimes. Comme nous chauffons la maison au bois, en hiver, je projetais simplement de les lancer dans le feu du foyer. Je ne désire pas laisser de traces des épisodes tourmentés de ma vie. Je n’ai pas envie qu’Emmanuelle découvre les couleurs sombres qui tapissent l’arrière-plan de mon parcours.

Un joli carnet de notes m’a été offert en 1998 par le demi-frère d’Emmanuelle. J’avais 38 ans, et Chouchou 16 mois. Je l’ai lu tout d’un coup en soirée, me grondant intérieurement de ne pas m’accorder de repos car je me sentais de plus en plus fatiguée.

J’y ai trouvé quelques jolies perles. Par exemple, j’y écris qu’Emmanuelle m’a offert ses premiers pas à un an. J’ajoute qu’elle aurait pu commencer à marcher plus tôt si je lui avais acheté des souliers !!! Alors qu’elle n’arrive pas à enlever la peau d’une banane, je lui demande si elle désire que je l’aide en donnant un petit coup de couteau. Elle répond qu’elle veut bien un coup de main mais pas de coup de couteau qui la blesserait ! Telle fille telle mère qui prend tout au pied de la lettre ! J’y recôtoie aussi ma subtilité légendaire : à propos d’un rêve qui annonçait la fin de l’humanité, j’écris « Rêve qui me procure la même sensation de FIN que l’accident de la SwissAir survenu l’automne dernier dans lequel tout le monde est mort. »

Finalement, le carnet n’est pas allé mourir dans le feu car il contient un grand nombre de rêves et pas tellement de commentaires négatifs sur la vie épuisante que je menais à ce moment-là : jeune maman, travail à temps plein, responsabilités de belle-maman, nouvelle compagne en couple, aucune aide ménagère, tentatives d’écriture d’un recueil de nouvelles, fréquents épisodes d’insomnie.

Le fait que le carnet soit retourné sur la tablette de ma bibliothèque témoigne que je suis capable de gentillesse, de bonté, d’empathie envers moi-même. Je peux relire mes pages en tenant compte du contexte qui régnait à l’époque de leur écriture. De plus, relire ces pages me conforte dans certains choix que j’ai faits.

Il est vertigineux de réaliser à quel point on vit dans l’improvisation la plus pure au moment où les événements se déroulent, et à quel point leur éclairage se précise moyennant un plus ou moins long passage du temps. Jean Chrétien a déjà dit quelque chose de semblable à la télévision lors d’une interview… Je lis aussi ces mots de Bernard Landry que j’ai pris la peine de noter : « Il m’arrive souvent de manquer de confiance en moi et j’en souffre énormément. »

Le problème, maintenant, c’est qu’en allant remettre le carnet dans la bibliothèque, j’en ai découvert un autre dont les pages sont ultra remplies…

Publié dans Badouziennes | Laisser un commentaire

Badouzienne 128

Voici ma toile du jour à l’avant-plan. Je salue le recours au jaune autour des cercles. Il resserre le sujet en faisant taire un arrière-plan qui était trop bruyant.

Étant donné que j’aime toutes les couleurs, je ne prends pas la peine de les choisir. Je peins avec celles qui se présentent sous ma main, sans me demander si elles sont susceptibles de s’harmoniser. M’appuyant sur le fait, très général et combien vaste, que toutes les couleurs existent dans la nature, je décrète que tous les agencements sont possibles. Ma fille me dit apprécier le sujet de la toile, mais n’être pas certaine d’en aimer les couleurs. Ce qu’elle voit sur son écran d’ordinateur ou de téléphone est peut-être différent, cependant, de ma toile dans sa réalité matérielle.

Sachant que j’allais repasser dix-huit fois sur chaque cercle pour en affirmer la couleur, j’ai préparé mes mélanges en grande quantité, de telle sorte que j’en ai maintenant plusieurs à écouler. Bien sûr, je pourrais travailler davantage les entrecroisements et les superpositions, mais je n’en retirerais pas une satisfaction significative, alors je déclare ce projet terminé afin d’en démarrer un autre.

Pour cet autre, j’hésite entre deux possibilités : utiliser les mêmes couleurs, ou les modifier. J’ai envie de les utiliser telles quelles, dans l’idée d’un hypothétique vernissage dans une galerie qui verrait les murs couverts de toiles appartenant à la même famille. J’ai déjà tenté cet exercice, mais assez vite les ajouts et les accidents de parcours m’ont conduite ailleurs, bien loin des quelques couleurs initiales auxquelles je voulais m’en tenir.

Je prévois en avoir pour quelques jours de travail car je me lance dans un grand format. J’aurais préféré liquider mon inventaire de toiles utilisées, il m’en reste trois, mais, je ne sais pas pourquoi, je veux me lancer dans un format encore plus imposant que celui des cercles. Je sais déjà que je vais m’inspirer d’une toile de Steve Rudin que j’ai vue sur le site Artsy. Il ne doit pas être très connu, Steve, puisque seuls 175$US sont demandés.

Publié dans Badouziennes | Laisser un commentaire

Badouzienne 127

Il y a, cachées dans mon placard, quatre toiles que je n’aime pas, d’assez grand format. Je désire, si possible cet hiver, les réutiliser toutes, en les couvrant d’autre chose que ce qui les couvre actuellement. Sur celle reproduite ci-contre, il y avait initialement une énumération de plus de deux cents graffitis sur lesquels j’ai travaillé longtemps !

Sur une autre, il y a les pattes d’une vache bleue vue de profil, seulement les pattes et le poitrail, pas la tête. Sur une autre encore, des taches aléatoires qui ne m’ont menée nulle part, malgré toute ma bonne volonté. Sur la quatrième et dernière, on a droit à un coeur. Grâce à un procédé technique des plus modernes, on arrive à le voir, rouge et organiquement ressemblant, bien qu’il soit enterré. Visibles hors terre, des tiges et des feuilles en sont ressortis à l’arrivée du temps estival.

Au restaurant La petite panda, à Joliette, il y a une toile sur l’un des murs de la toilette des dames qui prolonge immanquablement la durée de mon séjour à cet endroit pour le soulagement de ma vessie. J’essaie, assise sur la cuvette, d’élucider un mystère : existe-t-il une technique qui permet de tracer les cercles –car la toile est couverte de cercles– sans qu’il soit nécessaire d’en retravailler le tracé pour obtenir que certains apparaissent sous, et d’autres sur les autres ? Le lecteur qui arrivera à comprendre ce que signifie ma phrase précédente conclura peut-être, comme moi, qu’il n’en existe pas. Si je veux que le cercle bleu apparaisse sur le rose, il faut que je couvre de bleu la portion du rose où a lieu la superposition. Inversement, je couvre de rose la portion du bleu pour créer un cercle rose à l’avant-plan.

Publié dans Badouziennes | Laisser un commentaire

Badouzienne 126

Voici ce que j’obtiens de mieux aujourd’hui après une petite demi-heure de tâtonnements : non pas une photo habillée de texte, comme je savais le faire autrefois, mais une photo de plus gros format qui accepte de se placer en début de page. C’est déjà mieux qu’hier ! Pourquoi est-ce que je n’arrive plus à faire ce qui auparavant allait de soi ? Parce que les logiciels sont constamment améliorés pendant que mon ordinateur Fujitsu, de plus en plus vieux, ne supporte peut-être plus les mises à jour.

L’installation des toiles qui apparaissent dans la photo ci-dessus a été faite cet après-midi, au prix de sept clous enfoncés dans le mur que nous avons fait repeindre il y a un an et demi. Autre manière d’exprimer la même idée : ça faisait un an et demi que nous vivions avec un mur blanc dans la salle à manger. Les amis qui venaient nous visiter trouvaient la pièce bien peu colorée.

J’aime la formule déstructurée de ma mise au mur : les toiles se tiennent ensemble sans qu’il ait été nécessaire de calculer la largeur de l’une par rapport à la longueur de l’autre. En une première étape, j’ai manipulé les toiles sur le plancher, j’ai pris leur agencement en photo, puis j’ai tenté de reproduire au mur ce que j’avais réussi au sol.

Je reviens à ma plus récente toile. J’écrivais hier que j’y perçois trois têtes d’animaux dirigées vers le ciel étoilé. Cette phrase génère aujourd’hui trois réactions : 1. Où sont les étoiles, puisque le fond noir est noir, et non éclairé de points lumineux ? 2. Alors que je suis la première à déplorer le réflexe, que nous avons tous, de voir du figuratif dans l’abstrait, le seul commentaire que j’ai pris la peine d’écrire porte sur les trois têtes –de l’ours, du loup et d’un oiseau de forte taille — qui émergent des entrelacements de lignes ! 3. En fait, ce que je voulais le plus écrire, en ce basculement d’année, m’a échappé, à savoir que si les têtes sont inclinées vers le haut, c’est porteur d’espoir et nettement préférable à des échines courbées vers le sol !

Publié dans Badouziennes | Laisser un commentaire

Badouzienne 125

Pour donner une orientation à ma toile, je n’ai pas attendu d’avoir couvert de différentes couleurs tous les espaces créés par les croisements de lignes. Je me félicite. Je pourrai dire que j’aurai bien terminé l’année 2025 ! Autrefois j’aurais fait cela, d’abord couvrir toute la toile et me demander ensuite ce que je voulais qu’elle représente ! Forte de mon expérience de peintre, j’ai plutôt rapidement envisagé de faire dialoguer l’arrière-plan –traces de pinceau bleu ciel sur fond noir– avec l’avant-plan d’inspiration mosaïquienne. Il me reste du jaune à appliquer à certains endroits, et du rose pâle à ajouter en troisième couche.

Je vois trois têtes d’animaux dirigées vers le ciel étoilé. Celle d’un gros ours, puis d’un loup, puis d’un oiseau à bec court. En bas, à droite, en voulant annuler une mauvaise décision, j’ai frotté avec un linge mouillé et obtenu sans le vouloir un caniche noir apparaissant de profil !

Je suis contente de terminer l’année par un retour à la création, dans les bonnes vieilles talles de mes expériences à l’acrylique. Un défi plus grand serait de me confronter à des nouveautés, en 2026. Pas forcément artistiques.

Publié dans Badouziennes | Laisser un commentaire

Badouzienne 124

Après des mois d’interruption, j’essaie de créer une nouvelle toile à partir de celle, ancienne et barbouillée, représentée en photo ci-contre, ce 22 décembre 2025.

Elle a reçu cette semaine, sur son fond majoritairement bleu, le déversement de plusieurs petites bouteilles de vernis à ongles. De la sorte, j’ai peint les premières masses, obtenues par l’entrecroisement des lignes, dans une forte odeur chimique d’acétate d’éthyle. Heureusement, je n’ai pas eu mal à la tête.

À cette étape, tout est possible. Pour faire une analogie avec une autre forme d’art, c’est comme si, en tant que couturière, je mettais la main sur un coupon de tissu et que je me demandais ce que je désire faire avec : pantalon, chemise, robe, jupe…

Je ne suis pas obligée de choisir ce que je veux représenter –ou coudre–, cela dit. Je pourrais me contenter de couvrir toutes les masses avec les couleurs qui me tentent. Dans une alternance régulière –rose, bourgogne, rose, bourgogne– ou dans un enchaînement aléatoire. La couturière, ici, obtiendrait une sorte de courtepointe.

Je pourrais aussi discerner une forme quelconque dans le tracé des lignes de vernis –un oiseau, un ours, un bonhomme– et tenter de l’isoler sur la toile par une couleur unique. Cela revient à dire que je choisis alors de coudre un chemisier, par exemple, au détriment d’une robe.

Je pourrais aussi approcher l’ensemble de la surface en deux dimensions. Cela signifie que je ferais dialoguer –je ne sais encore de quelle manière– l’arrière-plan bleu ciel avec l’avant-plan couvert de lignes courbes. Vestimentairement, cela revient peut-être à doter mon chemisier –avant-plan– d’une doublure –arrière-plan.

Je pourrais aussi verser dans la poésie et couvrir de points brillants –avec un crayon iridescent– les zones noires de la toile, créant autant d’étoiles que de points pour éclairer la nuit.

Tout est possible et c’est bien ça le problème ! Me connaissant, il risque de se produire ceci : je vais peindre –ou assembler– une courtepointe dont je ne serai pas satisfaite, lui trouvant un effet trop plat. Je vais ensuite me casser la tête pour trouver une manière de créer de la profondeur dans cette platitude. À suivre.

Publié dans Badouziennes | Laisser un commentaire