Jour 288

Moimoimoi

Éloge de ma personne, 14 décembre 2019.

Encore des signes, de rien du tout.
Je téléphone à mon frère Swiff au moment précis où il s’apprête à me téléphoner.
– C’est toi la sœur ?, qu’il me dit alors que son téléphone n’a pas vraiment sonné.
J’aime sa manière de nous appeler, ma sœur et moi, la sœur.
J’écris à un ami par texto. Je lui envoie mes vœux pour son anniversaire. Il me répond : Touché. J’écris à une amie pour lui envoyer une photo de mon mari et moi. Elle me répond : Touchant.
Je m’aime avec cette frange courte sur le front, sur la photo ci-contre. J’ai passé quelques jours à me demander, avant mon rendez-vous chez la coiffeuse début décembre : Je me teins encore les cheveux ou je ne les teins plus ? Quand je suis arrivée chez la coiffeuse, je lui ai dit que je ne voulais plus les teindre et je lui ai demandé de les couper, me laissant les cheveux deux couleurs, gris à la racine sur plus d’un pouce de long, et le restant blond. Elle m’a répondu qu’elle allait me faire ce qu’elle appelle un toner, c’est un traitement qui teint les cheveux mais dont l’effet s’édulcore à chaque shampooing.
Je porte sur la photo un vêtement qui provient de mon amie Estelle. Elle voulait que je parte avec, lorsque je suis allée chez elle récemment. Je n’en avais pas vraiment envie parce que le vêtement est en tissu synthétique et les manches sont un peu serrées aux coudes.
– Il te va bien, m’a-t-elle dit. Ça se porte ajusté.
– Ce n’est pas mon style, ai-je répondu.
Bien entendu pour lui faire plaisir j’ai glissé la veste dans mon sac lorsque je suis partie de chez elle.
Tout le monde m’a trouvée belle, à notre souper de Noël d’hier soir le 14, en grande partie grâce à la veste. J’ai eu terriblement chaud en la portant, comme je m’y attendais, parce que le tissu ne respire pas, et parce que le foyer fonctionnait à plein régime, mais j’ai fait comme si de rien n’était.
Je portais aussi mes lentilles cornéennes. Je me trouve cernée et plus marquée du visage que lorsque je portais des lentilles il y a plus de dix ans, au travail, mais j’aime quand même ne pas avoir de lunettes en permanence sur le nez.
Je suis très contente de me trouver belle sur la photo parce que je me suis forcée. J’ai utilisé un fer à cheveux pour arrondir ma frange. Cela nécessite que je me prépare mentalement. Je me regarde devant le miroir, je respire, je retiens les cheveux qui n’ont rien à voir avec la frange par une pince que je me fixe derrière la tête. Je mets en plis les cheveux courts de la frange, lentement, en ayant confiance et non en craignant que le résultat ne soit pas au rendez-vous. Ça donne ce qu’on aperçoit sur la photo.
Il est bon de prendre soin de soi, des fois de temps en temps. J’avais d’autant envie de prendre soin de moi que je suis sortie cette semaine en ayant un peu l’allure de la « chienne à Jacques ». Or, j’ai rencontré deux personnes que je connais. Dans ce temps-là, je m’entends dire Oh ! non !, dans ma tête, et je trouve que ce n’est pas correct, et c’est encore moins correct quand ce sont des gens que j’aime, et justement c’étaient deux personnes chères à mon cœur.
Je pars demain pour Strasbourg. Je me demande si j’apporte la grosse valise de chouchou pour la lui remettre, ou si je pars avec un seul bagage léger pour affronter avec moins d’inconfort la grève de la SNCF et de la RATP en Île-de-France. Je vais dormir là-dessus.
Je me demande aussi si j’apporte mon ordinateur.

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Jour 289

Sapin2019

Mon beau sapin.

Nous avons eu de la difficulté avec notre sapin de Noël. Denauzier l’a rapporté du pays d’en haut, dans les environs du lac Miroir. C’est un arbre sauvage et non pas cultivé de manière à être garni de branches fournies aux longueurs équilibrées. Il est haut, assez mince comme un être humain qui se maintient en forme sans embonpoint. Il n’est pas gracile pour autant, en un mot je le trouve beau. J’ai commencé par le garnir du haut, grimpée que j’étais sur l’avant-dernière marche de l’escabeau. L’espace généreux entre les branches m’a incitée à le garnir généreusement pour dissimuler le tronc. Et à tant le garnir du haut, il ne m’est plus resté de boules pour le bas !
– Tu vas manquer de boules, chérie, m’a dit mon mari en cours d’opération.
Sans tarder, il est allé vérifier s’il ne pouvait pas en trouver d’autres dans nos réserves, il en a trouvé qui provenaient de sa mère autrefois, je les ai toutes installées et malgré cela il en a encore manqué.
J’ai oublié de mentionner qu’avant que je m’occupe des boules, mon mari avait installé les lumières, en en mettant plus que pas assez. Il avait déposé les fils comme autant de guirlandes sur les branches, en tournant autour de l’arbre.
Le soir, nous nous sommes trouvé une course à faire pour admirer dehors, depuis la route, notre sapin éclairé. Nous avons alors constaté qu’il ressemblait à un amas informe. Il n’avait en rien la forme d’un sapin.
Le lendemain matin, Denauzier a recommencé l’installation des fils. Il est parti du sommet de l’arbre pour se rendre jusqu’au plancher, dans lequel il a vissé des crochets qui retiennent lesdits fils en les maintenant tendus. Je mentionne ici que nous avons installé le sapin dans notre véranda trois saisons, en ce sens que mon mari n’aurait pas choisi de trouer ici et là les lattes de bois de notre plancher intérieur de merisier.
Après le redo du mari, j’y suis allée pour le redo de la distribution des boules. J’en étais à la moitié de ma redistribution lorsqu’une amie est arrivée. Je devais continuer de m’activer pour ne pas avoir froid d’une part, et finir le sapin d’autre part. Elle portait quant à elle ses vêtements d’hiver et me racontait ses aventures sans sentir, comme moi, les extrémités lui glacer. Comme j’ai de la difficulté à faire deux choses à la fois, écouter mon amie et décorer le sapin, j’ai fini par arrêter là ma garniture, en me disant que j’y reviendrais plus tard, et nous sommes allées, elle et moi, acheter quelques petits cadeaux au village.
Je suis revenue plus tard au sapin, mais vite fait, d’où il ressort que l’apparence de notre conifère, cette année, est tributaire de mes amitiés.
Je suis en train de lire une plaquette dans laquelle l’auteur fait le récit de son périple en solitaire au pôle sud. Au début de l’aventure ils sont deux, puis l’un se blesse et l’autre poursuit seul. Alors qu’ils sont encore deux, ils se trouvent prisonniers de leur tente pendant treize jours en raison d’une tempête qui semble ne jamais vouloir finir. À la veille du onzième jour de la tempête, l’auteur dit à son partenaire :
– Nous serons demain le 11e jour du 11e mois de cette année 2011. En outre, nous en serons à notre 11e jour de captivité. Cela pourrait être un signe de quelque chose.
Or, ce 11e jour n’a été le signe de rien, la tempête a continué de se déchaîner.
Des fois ça marche, les signes, des fois ça ne marche pas !

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Jour 290

MongoJ’étais chez Estelle à Québec ce week-end. J’adore ça. J’apporte des petits cadeaux pour les remercier, son mari et elle, de me recevoir. Du vin, des clémentines, des avocats, des amandes grillées, du chocolat. Rien que de l’alimentaire, en somme.
Estelle est une grande voyageuse. Elle était en France il y a deux semaines. Hébergée chez son beau-frère, un peu en banlieue de Paris. Tous les soirs sont des soirs de fête, ai-je appris, chez le beau-frère, lors de ces retrouvailles. L’un de ces soirs, alors que tout le monde profitait du repas autour de la table généreusement garnie, Estelle a posé une question à propos d’une chanson. Elle a voulu savoir qui chantait Quizas quizas quizas, cette telle fois que tout le monde était à la plage, car la famille est tissée serrée et ses membres se retrouvent souvent, à la mer, à la ville, chez un autre membre de la famille dans les Pays-Bas ou alors en Afrique du Nord.
C’est Estelle qui m’a raconté la chose, sans que j’aie le moindrement introduit le sujet.
– Est-ce que ça t’arrive, Lynda, m’a-t-elle demandé, que des événements se produisent par hasard et que ce hasard soit si saisissant que ça te fait presque peur ?
– J’aime les coïncidences, les hasards, ai-je répondu, ça vient avec une part de mystère qui aiguise ma curiosité.
J’ai répondu avec un sourire en coin, bien entendu, étant donné que ma copine abordait, sans le savoir, le thème de mes deux derniers textes.
– Eh bien, cette fois-là que j’ai demandé, autour de la table, qui chantait Quizas, je n’ai pas eu le temps de terminer ma phrase que la chanson s’est mise à jouer, à la radio. Quelles étaient les probabilités que la chanson se mette à jouer au moment précis où j’en parlais ?, a-t-elle poursuivi. Cette chanson n’est pas au hit parade, on ne l’entend pas souvent, je n’en reviens toujours pas !
– Mais qu’est-ce qui te fait peur dans un cas pareil ?, ai-je voulu savoir.
– La possibilité que l’humanité entière soit sous écoute !, a-t-elle répliqué.
Bof.
Comme d’habitude lorsque je vais passer quelques jours chez des amis, je ne lis pas une ligne du livre que j’apporte. J’espère à chaque fois disposer d’une petite demi-heure avant d’éteindre pour dormir, pour me recentrer sur moi-même, dans ma bulle, avec mon livre, mais cette petite demi-heure ne se présente jamais. Nous avons veillé tellement tard, de toute façon, que je n’aurais pas été capable de lire un paragraphe de la Montagne magique, d’autant que les phrases sont longues et exigent de la concentration.
– Je vais lire une phrase seulement, me suis-je quand même dit en me mettant au lit, le premier soir.
Peine perdue.
J’en suis presque à espérer qu’Emmanuelle soit très occupée, pendant mon séjour de trois semaines en France, pour avancer la Montagne magique et pour passer à travers le Mongo de Dany Laferrière que j’avais commencé en septembre, lorsque j’étais chez elle, et guère avancé non plus.
L’ami qui m’a prêté Thomas Mann m’a présenté la chose de manière mathématique : le livre contient mille pages, alors ça prend dix semaines à lire, si tu lis cent pages par semaine. Dix semaines, c’est deux mois et demi.
J’ai alors pensé à Léo Ferré, mille pages aussi, qui m’ont demandé un an et demi.

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Jour 291

ChapeauxMieux

Retrait de la facture de déneigement qui séparait les deux photos, pour mieux percevoir la cohabitation des deux chapeaux de même style sur la porte du frigo.

Autres phénomènes simultanés, autres coïncidences. Il était à nouveau question, dans mon texte d’hier, de Paul Marchand et du film Sympathie pour le diable qui reconstitue quelques années de sa vie de journaliste à Sarajevo, pendant la guerre opposant les Croates aux Serbes. Or, au même moment mais pas à la même heure compte tenu du décalage horaire, je reçois sur mon cellulaire un texto d’une amie. Elle est en Serbie, elle m’envoie une photo prise dans un restaurant de Belgrade. Ce n’est pas banal, il me semble, ce croisement serbe…
Ou encore ceci : mon mari décide d’aller au chalet et je préfère ne pas l’accompagner pour flâner, ne pas trop bouger, ou alors peut-être bouger un peu pour peindre. Un ami vient de me prêter La montagne magique, de Thomas Mann, et je me propose de passer l’essentiel de ces deux jours seule à lire. C’est une brique de presque mille pages.
– Que penses-tu faire pendant que je ne serai pas là ?, me demande Denauzier.
– Presque rien, mes activités habituelles quand je suis célibataire.
– Donc on ne baisse pas le chauffage, tu seras à la maison ?, veut-il vérifier.
– Exact.
J’ai répondu tout en me rendant vers mon ordinateur dans mon bureau. Qu’y avait-il dans ma boîte de courriels ? Une invitation de mon amie de Québec à aller la voir là là, ce week-end, alors que je suis entièrement libre, et que c’est rare en titi que je sois en mesure de me virer sur un dix cennes.
– Finalement, chéri, ai-je repris en revenant voir mon mari, je vais aller chez Estelle à Québec, je pars demain en début d’après-midi.
– Il me semblait aussi !, soupire-t-il parce qu’il trouve que je ne me repose pas assez.
Que penser, aussi, de toutes ces fois où mon regard tombe sur l’heure qui affiche des chiffres identiques : 12:12, 17:17, 21:21… Je dirais que ça m’arrive plus souvent de tomber sur des chiffres identiques que le contraire.
– Qui peut bien penser autant à moi ?, me suis-je demandé récemment. Est-ce bien ça que ça veut dire, les chiffres identiques, que quelqu’un pense à nous ? Est-ce un être vivant ou un défunt, en l’occurrence François ?
C’est agréable d’attribuer du sens à ces petits riens, à ces hasards, ces coïncidences. De les entourer d’un peu de mystère, en somme. Je ne sais pas si c’est parce que je ressens un manque, sur le plan de ma vie spirituelle, mais j’aime fureter dans ces zones d’ombre un peu métaphysiques. Je pense que certains de ces événements croisés sont révélateurs, mais ce n’est pas toujours facile de savoir ce qu’ils révèlent. Mais parfois c’est facile. Lorsque j’ai offert à Jacques-Yvan une carte qui reproduisait Les mariés de la tour Eiffel, de Chagall, et qu’il m’a remis en retour, dans la minute suivante, une carte qui reproduisait Les mariés de la tour Eiffel, nos êtres étaient habités par la même énergie amoureuse, la même tension, le même désir d’union de nos destinées.

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Jour 292

Chapeaux

Chapeau blanc et chapeau noir aimantés sur la porte de notre frigo.

1. Chouchou nous envoie une carte postale de Berlin sur laquelle apparaît, sur un fond noir, une femme en gants et chapeau blancs. Sur le coup, j’ai pensé qu’il s’agissait de Audrey Hepburn, mais finalement je pense que ce n’est pas elle qui porte le chapeau. Je m’empresse, après avoir lu la carte bien entendu, de l’aimanter sur le frigo. Qu’est-ce que je remarque quelques jours plus tard ? Que sur le frigo, deux femmes en chapeau de même famille –la famille d’un luminaire de plafond à l’envers– se côtoient. En blanc et en noir.
2. J’écris un texte sur mon blogue dans lequel il est question du roman de Paul Marchand que je viens de terminer. J’ai acheté ce roman —J’abandonne aux chiens l’exploit de nous juger— il y a longtemps, plusieurs années. À l’époque, je l’avais commencé sans le poursuivre au-delà des trente premières pages parce que l’histoire et l’écriture ne m’intéressaient pas. Puis, tout récemment, j’ai déplacé le livre de sur une tablette de ma bibliothèque et, tenant le livre, je me suis dit qu’il était temps que je lui règle son cas. Alors je l’ai lu et très brièvement commenté dans un texte, c’était il y a une semaine exactement. Qu’est-ce que j’ai constaté, une fois mon texte publié ? Que le film Sympathie pour le diable, basé sur le roman du même titre de ce même Marchand, paru en 1997, sort en salles dans la même semaine de ma publication. Autrement dit, je sors Marchand des boules à mites, vingt ans après ses prouesses journalistiques, en même temps que Guillaume de Fontenay, le réalisateur du film, en fait autant. Il y a certes une grande différence entre les deux événements : ma publication m’aura demandé une petite heure de travail, maximum, dans le confort de mon bureau, quand le film aura certainement requis des années de persévérance et je dirais de pugnacité pour son réalisateur.
3. Autre chose encore. Je demande à mon mari de m’accompagner à Montréal pour que nous allions voir le film de de Fontenay. Il accepte. Nous avons au programme d’y aller le 4, c’est-à-dire hier. Or, je reçois la veille, le 3 au soir, un message de notre locataire, à Montréal, qui nous demande d’aller réparer quelque chose.
– Ça ne peut pas mieux adonner, lui ai-je rapidement répondu, nous allons justement à Montréal demain.
Or nous n’allons à Montréal qu’exceptionnellement, d’autant que chouchou n’y est pas cette année.

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