Jour 223

Il arrive qu’on soit coincé. Je suis coincée à la page 98, je remets tout en question, chaque ligne de mon récit est poche, on lit ça et on meurt d’ennui. Je n’ai pas de vocabulaire, je suis limitée dans mes capacités, je n’en peux plus.
Hier en conversant avec Denauzier pendant le souper, j’ai parlé de mon père au passé. Il est beaucoup question de papa, dans ma tête et dans mon manuscrit. Or, parlant de papa au passé, mon mari m’a mentionné qu’il n’était pas mort et que l’utilisation de ce passé était curieuse. Il est vivant de corps, disons.
La difficulté dans mon projet c’est que je tente d’expliquer, alors que je devrais me contenter de décrire. Mais pour décrire tout du long, il faut avoir plusieurs événements à se remémorer et je me rends compte que je n’en ai pas assez. Ou alors, ce dont je me remémore est d’un intérêt limité. En même temps, à quoi sert-il d’accumuler 150 pages de descriptions si je ne crée pas de liens entre elles ?
Moi qui me croyais proche de pouvoir réussir aussi bien que Blandine de Caunes, je me rends compte que j’en suis très loin. Étant donné que j’étais découragée, justement, j’ai ouvert le livre de Blandine au hasard pour vérifier si elle a plus de vocabulaire que moi. Si, quand même, mais elle utilise des mots aussi usuels que dire, faire, penser, être, avoir, sembler, pouvoir, permettre…
De toute façon, je m’étais donné jusqu’à la fin de février pour écrire intensivement. Il me reste une semaine, dont je ne vais pas profiter autant que je l’aurais espéré parce qu’il n’y a plus de jus dans le citron.
Je n’ai presque pas d’accès sur mes pages de blogue, d’ailleurs, ces derniers temps, ça veut dire que mes textes sont plates, qui racontent comment ça se passe avec le récit. Quand ils ne sont pas plates, le lecteur est tenté de cliquer sur un deuxième texte, pour savourer encore un peu. Quand le texte n’est pas bon, une fois qu’il l’a lu, ou partiellement lu, le lecteur va voir ailleurs.
Maintenant, à partir d’ici, je vais être positive.
Je trouve que mon texte, une fois épuré d’un peut-être surplus d’explications non nécessaires, ressemble à celui de Joan Didion, celui que j’ai lu qui décrit la mort de sa fille, à trente-neuf ans, Le bleu de la nuit. Ce livre, et ce de manière fort à propos, décrit toutes sortes de choses et pas forcément la mort de son enfant. Je m’étais fait cette réflexion après en avoir terminé la lecture. Il est publié chez Grasset. Je l’ai acheté à Montréal et payé plein prix.
Si on veut soumettre un manuscrit à Grasset, encore ici la charrue avant les bœufs, il faut l’envoyer en format papier, relié. Il faut que le manuscrit réponde à la ligne éditoriale de la maison, ça c’est délicat de savoir si mon récit y correspond. On a des nouvelles au bout de trois mois. Si le texte intéresse vraiment l’éditeur, est-ce que ça prend autant de temps ?

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Jour 224

fritosJe découvre que moins j’en fais, moins je veux en faire. À l’inverse, plus j’en fais et plus je veux en faire, mais à ce moment-là tout va vite et j’effleure beaucoup trop à mon goût.
Moins j’en fais et plus je désire bien faire ce que je fais. Donc je m’applique. J’ai accumulé 91 pages pour mon projet autobiographique. C’est ma pâte à pain, la pâte que je pétris, que je laisse gonfler, dans laquelle j’insuffle de la légèreté, de l’air, du souffle, au moyen de quelques précisions, une phrase par-ci, une autre par-là, pour rendre mon récit plus réaliste, plus coloré, plus savoureux. Il me reste deux ou trois épisodes à écrire, et j’aurai terminé l’écriture du matériau brut, j’entrerai dans l’étape de l’amélioration. J’aime cette manière rythmée selon laquelle je vis depuis que j’écris à temps plein. J’aime ne pratiquement pas utiliser mon auto, ne pas courir partout, ne pas passer mon temps à parler pour dire des choses qui m’intéressent peu le trois-quarts du temps. J’aime vivre avec les mots à l’intérieur de moi et construire des phrases qui s’envolent au fur et à mesure, qui reviennent, que je note, que je ne note pas parce que je sais que l’idée ne tiendra pas la route, etc. J’aurais eu une vie parfaitement à mon goût si j’avais été écrivaine, si j’avais choisi de gagner ma vie par le biais de l’écriture. Je ne reviendrai pas là-dessus, d’autant qu’au moment où il aurait fallu que je fasse ce choix, après mes études, admettons, je ne me rendais pas compte que j’avais une orientation de vie à choisir, et m’en être rendu compte j’aurais paniqué parce que je n’aurais pas su comment m’y prendre.
Parfois, chatonne arrive par-derrière moi, je suis assise et je tape, elle monte sur le bureau, marche sur mon clavier, réclame des caresses, répand son poil partout. Ronronne. Parfois encore, c’est mon mari qui me demande quelque chose, relire un courriel qu’il écrit pour un client et vérifier s’il y a des fautes, alors je me lève, je vais relire son texte, j’en profite pour prendre une tasse de thé, froid ou chaud cela m’importe peu. Je reviens travailler. Je suis au paradis.
Il se produit un drôle de phénomène, au cours de ce mois de février qui me voit m’occuper le moins possible de ce qui pourrait m’éloigner de l’écriture : je retombe en enfance. J’achète des produits déjà préparés à l’épicerie, de la sauce aux tomates pour des pâtes, par exemple, que normalement je me fais un devoir de préparer moi-même mais que ma mère, en revanche, achetait vu qu’elle n’aimait pas cuisiner. J’ai acheté tout à l’heure, je n’en reviens pas moi-même, un sac de croustilles Fritos, à saveur originale, que je mangeais quand j’étais jeune et que je n’ai plus mangé depuis !
Ce matin j’ai relu les 50 premières pages de ma pâte à pain et elles me plaisent. Le plus gros reste à venir, je vais devoir m’attaquer peut-être dès demain à du texte mal écrit, mal structuré, tapé sur mon écran juste pour dire que je ne perds pas le filon qui s’est présenté à mon esprit. De type Sujet, verbe, complément, et tout s’enchaînant au moyen de la conjonction de coordination « et ». Ça me fait un peu peur, j’espère ne pas m’enfoncer dans le gouffre de l’incertitude et de l’insatisfaction… J’espère réussir.

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Jour 225

Je suis à la recherche d’un texte écrit peut-être en 2012 ou 2013 sur mon blogue. J’ai pensé à ce texte hier soir avant de m’endormir, et je le cherche depuis ce temps. Je n’arrive pas à me rappeler s’il a été écrit avant ou après mon opération en juin 2013. J’ai cherché par mots clefs sur l’ensemble de mon site et je n’ai encore rien trouvé.
Il s’agit d’un texte dans lequel je décris que, conduisant ma voiture entre Rawdon et Montréal, et bien que détenant une voiture manuelle, je tiens la main de chouchou. Elle est passagère à côté de moi. Elle avait peut-être seize ans. Je veux faire un parallèle avec une autre description de mon récit de vie, dans laquelle il est aussi question de mains qui se tiennent l’une l’autre.
Pendant que je cherchais ce matin, j’ai eu une idée de génie, bien que je sois consciente qu’il s’agisse d’une idée très élémentaire, une idée de base sur le plan méthodologique. Actuellement, j’écris mon récit par petits blocs pour créer ce que je pense être du dynamisme. Les blocs sont chacun associés à une personne. Il y a par exemple un bloc de deux trois pages sur ma mère, suivi d’un bloc de trois quatre pages sur mon père. C’est un peu prévisible de décrire ses parents, dans une autobiographie, car c’en est une, bien que je dise de mon projet qu’il s’agit d’un récit de vie. J’écris, donc, de cette manière alternée. Or, cela m’oblige à me rappeler, par rapport à ma mère, par exemple, si c’est la première fois que je parle de sa coiffure, ou si je ne l’ai pas fait précédemment. Je fouille alors dans mon texte avec l’outil de recherche de mon logiciel, qui me fournit des occurrences de ladite coiffure, mais la recherche me fait aboutir à telle page dont je ne sais pas si elle est située avant ou après le bloc sur lequel je suis en train de travailler. En  ce moment, en effet, mon récit compte vingt-et-un personnages, donc vingt-et-un blocs thématiques répartis sur 90 pages.
Dorénavant, je vais changer mon approche et poursuivre mon travail par grands blocs. Tout ce qui concerne maman sera écrit à la suite, et il en sera de même pour les autres personnages. Si je crains d’avoir des répétitions au sein d’un même bloc, je n’aurai qu’à me positionner au début de celui-ci, et à effectuer ma recherche dans mon logiciel. C’est très élémentaire comme approche, mais au moins j’ai réussi à y penser. Pour travailler dans ce sens, je dois, avant de poursuivre mon travail d’écriture demain, effectuer plusieurs couper/coller dans mon fichier.
Les gens, je pense à ma sœur, qui ne connaissent rien aux logiciels, aux notions de couper/coller, au fonctionnement des outils de recherche dans un éditeur de texte, doivent ne pas comprendre grand-chose à ce texte d’aujourd’hui, mais je me rassure en me disant que rares sont les gens qui n’ont, à l’instar de Bibi, aucune connaissance en informatique/bureautique de nos jours.

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Jour 226

printempsAujourd’hui je trouve que ça sent le printemps. Le ciel est bleu, il fait doux, moins cinq degrés ici en campagne, les journées allongent. On annonce de la neige dans la nuit de mardi à mercredi, 15 cm, mais en attendant l’air et la lumière sont différents. J’entame cette semaine en maintenant un rythme de croisière que j’ai eu le temps d’installer et de bien roder car j’en suis à ma quatrième semaine d’écriture.
Le matin j’écris deux heures, je me lève pour aller voir dans le frigo qu’est-ce qu’on pourra bien manger ce midi. Je vais demander à mon mari s’il a faim, il répond ni oui ni non, je lui demande si on peut envisager de manger vers 13:00. Il dit oui. Je retourne écrire ou corriger ou relire jusqu’à disons 12:30. Je prépare alors le repas, on le prend ensemble au coin de la table.
Ce midi c’était assez réussi. J’ai fait cuire des œufs de dinde à la coque. Ils sont gros et contiennent deux jaunes. Quand ils sont cuits, je les écale, je les tranche en deux, je retire les jaunes. Il restait un mélange que j’appelle gibelote de ma composition, faite de viande hachée, de cari, curcuma, beurre d’amande, oignons et ail. Je verse un peu de bouillon pour humidifier et voilà, le mélange est prêt. J’ai versé ce mélange dans les deux blancs d’œufs et déposé quelques cuillerées supplémentaires du même mélange directement dans l’assiette pour satisfaire nos appétits. Il restait aussi du riz blanc, que j’ai ajouté, réchauffé, dans l’assiette. Nous avons bu du thé.
– Devrais-je aller chercher une surprise dans le frigo du garage ?, ai-je demandé.
Mon mari n’ose jamais répondre à ce genre de question mais je la pose quand même quand j’ai une idée en tête. L’idée en tête était d’aller chercher des beignes au sucre d’érable. Pour tout dire, je les ai achetés la dernière fois que je suis allée faire l’épicerie au Métro du village. J’ai difficilement ouvert le contenant à cause de l’étiquette de grand format qui était récalcitrante et refusait de se décoller, mais quand même j’y suis arrivée. Je souffrais d’une légère fringale. Sur douze beignes de petit format, contenus dans la barquette, j’en ai mangé six, tout en arpentant les rangées et en surveillant les produits offerts sur les tablettes.
– Je sais, ai-je dit à mon mari après lui avoir raconté l’histoire des six beignes engloutis, je suis excessive.
Justement, parce que je suis excessive, après le repas de 13:00 je reviens écrire dans mon bureau, jusqu’à 15:00. À ce moment-là, je vais au courrier, à quelque mille pas de la maison, et comme il faisait très beau aujourd’hui j’ai marché davantage, jusqu’au bout du chemin. J’ai ramassé du bois pour nous chauffer au retour, je suis entrée dans la maison, j’ai fait quelques petites tâches d’entretien et je suis revenue à mon ordinateur régler son cas au texte du jour, le sixième avant d’avoir terminé ma neuvième année d’écriture.
En fin d’après-midi, je relaxe un peu auprès de mon mari, en fabriquant des tubes de laine au tricotin pour les besoins d’une installation sculpture murale. J’y ai vaguement fait référence dans un texte précédent.
Nous finissons par souper, je reviens ensuite un peu devant mon ordinateur, en alternant avec quelques des émissions de télévision.
Les trois semaines précédentes, je ne suis pratiquement pas allée dehors et ma sortie d’aujourd’hui mérite un X sur le calendrier du mois de février, comme le veut l’expression. Pour les besoins de ma santé, je vais essayer de maintenir ce rythme avec sortie en après-midi tout le restant de la semaine.

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Jour 227

récit de vie

Excellente question.

Mon mari trouve que je me mets beaucoup de pression à tant vouloir que mon récit de vie soit écrit en trois mois. Il me suggère de prendre mon temps, peut-être au moins un an. De respirer entre les phrases. J’entends ce qu’il me dit, mais cela ne m’empêche pas de mettre les bouchées doubles, au point de négliger presque tout le reste, les repas, le ménage, ma vie sociale, l’exercice, mon bénévolat. Je sais pourquoi il m’importe tant d’atteindre la dernière page, qui devrait se situer autour de la 150e. C’est parce que j’ai peur de ne plus savoir écrire demain matin. De perdre tout d’un coup la capacité que j’ai d’agencer agréablement les mots. J’ai peur de devoir abandonner mon projet avant la fin, parce que je serais devenue tout d’un coup handicapée sur le plan cognitif. J’ai peur aussi de ne pas savoir comment résoudre les difficultés qui se présentent, particulièrement par rapport à la chronologie.
Pour calmer ces peurs, je me dis qu’une fois que j’aurai tout écrit, qu’il ne me restera qu’à jongler, par exemple, avec l’emplacement de telle portion de l’histoire, dans le fil du récit, ce sera moins stressant, j’aurai au moins tout le matériau nécessaire à ma disposition. J’entrerai alors dans l’étape du fignolage, de la dentelle, des petits détails.
Je ne voudrais pas que ce soit trop compliqué pour le lecteur. Si je décris page 8 un événement qui se situe en 1971, et que je décris page 32 un événement qui se situe en 1964, dans un mouvement de va-et-vient entre présent et passé, le lecteur va-t-il suivre sans se casser la tête ?
Tout à l’heure, je suis tombée sur un extrait qui avait rapport à une coupe de vin rouge. Il n’était fait référence qu’à la coupe, convaincue que j’étais d’avoir précisé précédemment l’existence de cette coupe et le contexte dans lequel elle apparaissait. Or, ce n’était pas le cas. Et sans le contexte, cette référence à une coupe de vin n’avait plus de sens… Heureusement, je m’en suis rendu compte. Mais c’est facile d’en échapper des bouts.
Ce pourrait être le travail de l’éditeur de me faire découvrir les incohérences, les faiblesses, les omissions. Mais il n’y a rien qui garantit que mon texte se rendra jusque-là. Je me demande d’ailleurs comment on soumet des manuscrits, de nos jours. En papier ou en numérique ?
Il aurait fallu que je note la date de ma première journée d’écriture de récit. Si je parcours mon blogue, je pourrais la trouver car il y est fait référence dans un de mes textes. Je dois être déjà entrée dans mon deuxième mois d’écriture. Admettons qu’il ne me reste que 7 semaines avant d’atteindre la fin du troisième mois. Ça fait 35 jours d’écriture du lundi au vendredi. Ça fait un peu plus de 2 pages à produire par jour, car je suis rendue à la page 78, il en manque donc 72. En gros. Et je me réserve le tampon des fins de semaine.
Je vais y arriver.
Je viens d’aller fouiner dans mes textes précédents pour découvrir quand est-ce que j’ai commencé à écrire mon récit de vie : le 18 janvier. Donc, je suis encore, mais de justesse, dans le premier mois. La fin des trois mois se situe à ce moment-là le 18 avril.
Course contre la montre.

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