Jour 786

pn_home

Bonne fête Emmanuelle !

Je porte aujourd’hui le 23 août 2017 mon beau foulard à imprimé de papillons acheté aux Îles-de-la-Madeleine l’été dernier à peu près à pareille date en compagnie de chouchou. Le foulard me permet de me sentir un petit peu proche d’elle, bien qu’elle soit loin puisqu’elle fête ses 21 ans à New York avec son amie. New York. Encore une occasion d’aller visiter le passé : nous y sommes allés avec chouchou, Jacques-Yvan et moi, elle n’avait peut-être pas dix ans ? À la fin de notre escapade de quelques jours, je lui avais demandé quel moment elle avait préféré de son voyage. Elle m’avait répondu que ç’avait été l’attente pour aller visiter les hauteurs de l’Empire State Building parce que pendant cette attente d’une heure, debout sans bouger, elle avait lu le livre qu’on venait tout juste de lui acheter à la librairie francophone qui se trouvait pas très loin, le livre du Petit Nicolas.
À propos de livres : Bibi, bien qu’elle ne me lise pas sur mon blogue, a peut-être pressenti que j’avais besoin d’une forme d’aide plus efficace que le shampooing bleu pour surmonter les effets du temps qui nous amène tranquillement vers la fin de nos jours. Elle m’a prêté deux livres, des plaquettes pas épaisses, de Christian Bobin. Un premier qui raconte la vie, d’après ce que je peux comprendre de la quatrième de couverture, de St-François-d’Assise et qui s’intitule Le Très-Bas, et un autre qui sans le vouloir fait un clin d’œil au départ récent de Réjean Ducharme, L’inespérée.
Il faut croire que les futilités l’emportent sur la réflexion, sur l’absorption patiente de phrases, de pages, de chapitres à lire : j’ai trouvé à Rawdon un pot de grès qui pourra héberger l’orchidée de ma belle-maman. Je me suis stationnée devant le commerce et j’ai dit à tantine, avant de quitter mon véhicule :
– Tantine, si les policiers arrivent, tu parleras avec eux.
– Pourquoi tu me dis ça ?, s’est étonnée tantine.
– Parce que du temps qu’elle était petite, je disais ça à Emma à chaque fois qu’elle devait m’attendre dans l’auto.
Ah ! Emma, toujours elle, tous les jours elle, dans mon cœur et dans mes pensées !

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Jour 787

bd5f85_70f33c5397fe4c8c9708bc659b293caa~mv2

Psychanalyse

Je pense à un film assez moyen que j’ai vu à la télévision l’an dernier, Insomnia, dans lequel Al Pacino, dans le rôle d’un policier renommé, dit à une policière qui vient d’entrer dans la profession de ne pas se laisser dévier de sa voie. Le policier, sous l’effet d’un manque de sommeil qui altère son jugement, agit de manière non éthique et la jeune policière propose de le couvrir pour cacher la faute qu’il vient de commettre. Al Pacino lui répond alors qu’elle ne doit pas se laisser dévier de sa voie, que sa carrière est à construire, et que le chemin sur lequel elle est en train de la construire, un petit peu chaque jour, ne doit pas être pavé d’erreurs qui viendront la hanter. Encore les voies et les carrefours et les changements de routes.
Je me demande si des gens de ma cohorte à l’école secondaire sont devenus psychanalystes. J’ai eu l’occasion d’échanger, lors du conventum en juin 2016, avec une psychiatre, avec des médecins, des spécialistes, mais nulle trace de psychanalyste. Un de mes professeurs de littérature à l’université Laval, il était déjà dans la cinquantaine à l’époque de mes études au baccalauréat, poursuivait parallèlement à sa carrière en enseignement des lettres une formation en psychologie analytique. Je ne sais pas s’il est devenu psychanalyste pratiquant. Je me demande aussi s’il se trouve des psychanalystes, ou disons seulement un seul, dans la région de Lanaudière.
Une autre chose, à savoir le shampooing bleu, semble manquante dans Lanaudière, du moins au Pharmaprix où je me suis rendue hier soir. Rupture d’inventaire serait l’expression correcte, je pense. Rupture d’inventaire depuis deux mois. Seigneur ! Il y en avait plein les tablettes à la pharmacie de la Promenade du Musée !
Quel est l’intérêt du shampooing bleu dans ces chroniques ? Pour les lecteurs, j’ai bien peur qu’il n’y en ait aucun. Pour ma personne, comme c’est aussi le cas des copeaux pour les orchidées, des gommes à mâcher dans les distributrices, des t-shirts identiques et autres frivolités, le shampooing bleu me distrait de l’effet inéluctable du temps qui passe. Il me distrait du vieillissement de papa, de la douleur de le voir si diminué, de la douleur empreinte d’émotion positive quand il m’adresse quelques mots et fixe son regard dans le mien. Il me distrait des cataractes à venir, ou encore des importants travaux qui devront être effectués pour refaire les conduites d’égout et d’eau à Montréal –et qui vont me coûter beaucoup de sous… Le shampooing, les copeaux et les t-shirts me distraient de toutes ces affaires-là, comme le dirait papa.
Je lui ai demandé hier comment le médecin, qu’il a rencontré la semaine dernière, avait  trouvé son état de santé.
– Un médecin n’est pas exempt de tomber malade, a été la première réponse de papa car j’avais posé ma question de telle sorte qu’on pouvait effectivement penser que je m’intéressais à la santé du médecin.
– Je veux dire ton état de santé à toi, ai-je rectifié.
– Oh ! pour moi, il n’y a aucun problème, tout est numéro un, a répondu papa, en ajoutant qu’il prendrait bien une bière.
Je nous en ai servi une bouteille à deux.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 788

DSC_4908

Mes lecteurs se souviennent-ils que je voulais m’inspirer du croquis d’un homme ayant des cheveux spaghettis pour donner une orientation à cette toile que je m’apprêtais à commencer? Crayons gel et serviettes de table en papier.

Je peux bien m’intéresser aux voies, aux carrefours, aux croisements des routes. Voici le rêve qu’a fait papa la nuit dernière, que je transcris ici de mémoire dans ses mots :
– J’étais avec Linda. Tu marchais dans une direction, et moi dans l’autre, et on se rencontrait à un croisement de routes. On était en moto. Tu disais qu’il fallait aller à Québec, mais moi je voulais rentrer à la maison.
– Dans quelle ville, la maison ?, ai-je demandé.
– À Joliette. Je voulais venir dormir dans ma chambre, mais on ne rencontrait pas de bonnes indications sur la route. Il était écrit Québec, Trois-Rivières, Shawinigan et toutes ces affaires-là sur les pancartes. Tout d’un coup on est tombé sur la pancarte qui indiquait la route à prendre pour se rendre à Montréal. Je savais que si on suivait cette direction, j’allais pouvoir venir me coucher et me reposer. Je t’ai dit de bien suivre cette direction et je me suis senti soulagé.
– Qui conduisait ?, ai-je voulu savoir.
– Je ne sais pas. On était peut-être deux ou trois…
Papa est revenu à quelques reprises sur son rêve, en répétant que nous nous étions rencontrés à un croisement, qu’il était heureux que nos routes se soient croisées et qu’il se sentait en sécurité. Ne pas savoir que papa n’est plus capable de lire depuis des années à cause de ses yeux malades, j’aurais pu penser qu’il lit mon blogue !
Copeaux de bois : nul fleuriste ne s’est trouvé sur mon trajet menant au Centre visuel.
Dentifrice : j’en ai acheté pour les Pattes.
Centre visuel : deux petites taches quelque part sur mon œil droit donnent à penser que je pourrais être atteinte de dégénérescence maculaire. Heureusement, les taches n’ont pas progressé depuis l’an dernier. Par ailleurs, un voile naissant sur le cristallin donne à penser que je serai aux prises avec des cataractes.
Shampooing bleu : rien ne presse, c’est assez loin dans mes priorités, à bien y penser.
Papa : il m’a appelée tout à l’heure, de son lit. Il m’a dit qu’il avait décidé de m’engager pour la soirée.
– Qu’est-ce que je peux faire ?, ai-je demandé en m’assoyant sur le lit, à côté de lui.
– Je ne sais pas. J’étouffe.
Je me suis mise à le caresser, les cheveux, les bras, les oreilles, le dos, les épaules.
– Ça, c’est la meilleure médecine, m’a-t-il dit en fermant les yeux. Ça fait du bien.
Lettres à Anne : la lecture de ma grosse brique épaisse n’avance pas vite. Si on va au chalet en fin de semaine, je pourrai peut-être m’y consacrer.
Toile en photo-vedette faite avec des crayons gel et des serviettes de table en papier : on ne voit pas l’entièreté de la toile. Je pense que j’aime le résultat.
Et papa fait dodo.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 789

il_340x270.1182973564_ccn0

Pot de grès perforé conçu pour les orchidées.

Voici les petites choses insignifiantes qui sont au cœur de mes préoccupations aujourd’hui. Il me faut cependant commencer par hier soir. Après notre souper composé exclusivement de blé d’Inde, quatre épis chaque, parce que nous tentons de devenir progressivement végétariens, nous sommes allés Denauzier et moi manger de la crème glacée chez sa maman. Nous désirons devenir végétariens tout en nous permettant de consommer des produits laitiers. S’il n’avait pas été si tard, j’aurais proposé à mon mari de nous rendre chez sa maman à pied. On peut donc dire qu’il a été chanceux. Arrivée chez sa maman que j’adore, je me suis rappelé lui avoir proposé de prendre soin de son orchidée. Elle a besoin de loger dans un pot plus grand au sein de copeaux de bois en meilleur état. Je désire donc, aujourd’hui, trouver sur mon trajet un fleuriste qui vend des copeaux de bois et des pots de grès perforés conçus pour les orchidées. Mon trajet sera celui qui me mènera, en après-midi, de chez Bibi, où je m’occupe de papa –mais je n’ai rien à faire en ce moment parce qu’il dort–, jusqu’au centre visuel pour mon examen annuel. Pendant mon examen annuel, mon mari viendra chez Bibi me remplacer auprès de papa. Je m’attends à me faire dire par l’optométriste que mes verres ont besoin d’être changés, en ce sens que je ressens souvent le besoin d’enlever mes lunettes. Mais il est possible que je ressente le besoin d’enlever mes lunettes parce que la monture est trop lourde. Sur mon trajet encore, je vais m’arrêter à l’épicerie Arc en Vrac, une épicerie d’aliments naturels, pour acheter un tube de pâte dentifrice au fenouil que je désire offrir à mon frère, les Pattes d’ours.
Il va me rester une course à faire, mais je ne pense pas, faute de temps, être capable de la faire aujourd’hui. J’ai acheté à Montréal où j’étais la semaine passée séjournant chez chouchou, un shampooing de la marque PHYTO. Il m’a coûté cher, 29$. Il s’agit d’un shampooing bleu, qu’on utilise pour donner de l’éclat aux cheveux gris, ou pour enlever leur teinte jaune aux cheveux teints. Deux personnes m’ayant suggéré d’utiliser ce shampooing étant donné que mes cheveux sont rendus jaunes, j’ai acheté ledit produit. Je l’ai acheté à Montréal, au Pharmaprix de la Promenade du Musée où je me trouvais, angle Reine-Marie et Côte-des-Neiges. Pour m’assurer que le contenant, pourtant fait en plastique, ne se fasse pas trop brasser au cours de mon trajet de retour en direction de St-Jean-de-Matha, je l’ai déposé, cocotte, entre mes vêtements pliés dans un sac. Or le contenant s’est dévissé, et à mon arrivée à la maison j’ai trouvé dans mon sac une pile de vêtements dégoulinants de bleu. Je me suis empressée d’aller les laver, mais les vêtements blancs sont ressortis bleus, malgré que je les aie lavés trois fois à la machine. Cela étant, mon désir de me procurer le shampooing bleu n’est nullement altéré. Il me reste à trouver le temps d’aller l’acheter.

 

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Jour 790

snowden

My name is Edward, but I go by Ed.

J’aurais aimé m’appeler Natacha. Les prénoms que nous portons, mes frères et sœur, témoignent à mon sens d’une lacune intellectuelle, culturelle, imaginaire… importante chez mes parents. Je m’appelle Linda à cause de la chanson Linda le temps passe vite. Mon frère s’appelle Michel à cause du chanteur de Linda le temps passe vite. Sur mon certificat de naissance, mon prénom porte le y, mais pas celui de mon frère. Je ne pense pas avoir déjà vu, écrit, le prénom Mychel.
Quand on me demanderait comment je m’appelle, je répondrais, plutôt fière, que je m’appelle Natacha –ou Natasha dans sa forme slave d’origine–, et je m’empresserais d’ajouter que tout le monde m’appelle Natcha. Comme ça, je définirais moi-même la manière de déformer mon prénom, pour éviter, bien sûr, que l’on m’appelle Nat.
Cela me fait penser non pas au quartier St-Honoré à Paris, mais au film Citizen Four qui raconte l’histoire d’Edward Snowden. Au début du documentaire, Edward se présente ainsi :
My name is Edward, but I go by Ed.
Avoir découvert avant aujourd’hui qu’il est possible de se construire une vie professionnelle que l’on aime –avoir eu foi en moi, autrement dit, et je n’ajoute pas « avant aujourd’hui » car je ne suis pas sûre, à 58 ans, d’avoir un tant soit peu foi en moi– j’aurais peut-être tenté de devenir psychologue. Mais je pense au fond que c’est à la littérature, à l’écriture, que j’aurais dû me consacrer. En d’autres mots, pour un ensemble de raisons et sans vouloir me dénigrer, je n’ai pas été à même de m’approprier ma voie. Je me consacre à l’écriture par la bande au moyen de mes publications régulières sur mon blogue. C’est ce qui fait que, finalement, et peut-être pour aujourd’hui seulement, j’aimerais croire à la réincarnation !
Dans une vie que j’aurais réussi au-delà de mes espérances, je serais psychanalyste, et j’écrirais à mes heures des textes de fiction qui seraient publiés par des maisons d’édition qui me soutiendraient dans ma démarche artistique et intellectuelle. Mon prénom de plume serait Natcha, pendant que ma pratique psychanalytique serait faite sous le prénom de mon certificat de naissance, Natacha –ou Natasha. Forte de ce beau parcours et de l’environnement social, culturel, professionnel qui vient avec et dans lequel je baignerais, je côtoierais des gens avec lesquels les références communes seraient plus nombreuses que dans la vie qui a été la mienne jusqu’à présent. Côtoyant ces gens qui partageraient mes valeurs et moi les leurs, plus que maintenant, je serais peut-être devenue une Lynda Natasha dont je ne suis pas même capable d’imaginer la richesse de la vie intérieure, affective et spirituelle.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Jour 791

1458895125

Je dirais que le motard portait une tresse aussi longue que celle-ci. Si je le croise à nouveau un jour, et s’il n’a pas coupé ses cheveux, je pourrai facilement le reconnaître. J’ai cherché en vain une photo d’homme portant une tresse d’une telle longueur.

Je me suis encore perdue et je suis encore allée revirer à Ste-Émélie-de-l’Énergie. Le détour dont nous allons devoir nous accommoder jusqu’au mois de décembre, pour la réfection d’un pont, représente à peine un kilomètre supplémentaire sur mon trajet habituel. En allant me perdre à Ste-Émélie, je me suis payé un bon quarante kilomètres de route panoramique –parce que le paysage est magnifique– dont je me serais quand même volontiers passé. C’est la deuxième fois que, me trouvant aux abords de la Rivière-Blanche, où nous fait passer le détour, je me perds ainsi.
Cela me fait penser à la fois où, à Paris, dans le quartier St-Honoré, je m’étais perdue aussi. J’étais en vacances et j’avais l’après-midi à ma disposition pendant que Jacques-Yvan rencontrait des collègues universitaires. J’avais beau le faire exprès d’emprunter des rues contraires à celles que me dictait mon instinct, j’aboutissais tout le temps au même endroit, en face de l’église St-Roch. De guerre lasse, comme le dirait Françoise, j’avais fini par aller visiter l’église, d’autant que la journée était grisounette.
La première fois que j’ai abouti à Ste-Émélie, je voulais découvrir les chemins de l’arrière-pays, comme le diraient cette fois les Français. C’était une drôle d’idée puisque je me rappelle que c’était le soir. J’avais fini par m’arrêter sur le bord de la route, pas très rassurée en pleine noirceur, et par téléphoner à Denauzier pour lui demander s’il me conseillait de tourner à gauche ou à droite au prochain carrefour.
– Où es-tu ?, m’avait-il demandé.
– Je ne le sais pas, avais-je répondu.
Cette fois-ci, n’ayant pas de téléphone avec moi, je m’y suis prise autrement pour laisser quelqu’un décider à ma place du côté qu’il me fallait tourner. Après de nombreux viraillements dans ladite route panoramique, je me suis tassée sur le côté au premier croisement de routes. Nous étions en plein jour. Un motard me suivait depuis un moment déjà. Je me suis tassée sur le côté, j’ai allumé les feux d’urgence de ma voiture, j’ai fait signe de mon bras tendu au conducteur qui s’est arrêté à ma hauteur.
– C’est mauditement beau !, s’est-il exclamé. Es-tu perdue ?, a-t-il enchaîné en souriant.
– Je suis perdue, ai-je confirmé. Est-ce que tu aurais un téléphone pour que j’avertisse mon mari qui doit s’inquiéter ?, lui ai-je demandé.
– Tu ne veux pas appeler en Chine, j’espère, fut sa réponse comme il sortait son cellulaire de la poche de sa veste.
Je lui ai donné le numéro à composer et il m’a tendu l’appareil.
– Chéri, ai-je dit à mon mari, je suis perdue.
– Encore à Ste-Émélie ?, m’a-t-il demandé pour me taquiner.
– Encore à Ste-Émélie et j’ai juste envie de pleurer.
Après avoir dit à mon mari qu’un motard était en face de moi et que j’utilisais son téléphone, il m’a dit deux choses :
– Je ne suis pas surpris d’apprendre qu’un homme est à côté de toi, fut sa première réaction parce qu’il est d’un naturel inquiet par rapport à ses amours.
Puis :
– Passe-moi le gars.
Je lui ai passé le gars qui a été capable de dire à Denauzier où est-ce que nous étions rendus.
– Suis-moi, ont été les mots du motard quand il a eu fini de parler. As-tu du gaz en masse ?, a-t-il eu la prudence de me demander.
– Justement, je n’en ai plus tellement, ai-je répondu en remarquant que la lumière jaune était allumée sur mon tableau de bord.
– J’imagine que tu vas en avoir assez, on n’est pas tellement loin de St-Jean-de-Matha. On y va !, a-t-il ajouté en faisant démarrer sa moto.
Je l’ai suivi, docile. J’ai alors remarqué qu’il portait une tresse faite d’épais cheveux châtains qui lui descendait jusqu’au bas du dos. Ce fut la petite fantaisie de ma journée, suivre une belle tresse en santé portée par un inconnu.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , , | Un commentaire

Jour 792

DSC_4913

Stries de lumière sur herbe en devenir, dans le jardin arrière.

En après-midi je suis allée me promener dans le quartier. Toutes les rues ou presque sont bloquées en raison de travaux. Je me suis promenée en me permettant des haltes, une pour boire un café au salon de thé Gryfon de la rue Monkland, et l’autre pour fouiner au magasin d’aubaines de l’Armée du Salut, rue Sherbrooke. C’est ce qui fait que, contrairement à hier, je n’ai pas accumulé 21 000 pas, mais l’inverse des deux premiers chiffres, seulement 12 000. Arpentant ainsi les rues, je me suis rappelé à quel point j’étais stressée lorsque, Emmanuelle avait dix mois, nous nous sommes installés à Notre-Dame-de-Grâce. J’avais alors trente-huit ans. À quel point toute chose n’était qu’effleurée par manque de temps pour m’y consacrer vraiment. Par manque de temps et d’énergie. À quel point j’étais dérangée par un essaim de boutons qui me couvraient en permanence le menton. À quel point les jours étaient comptés avant le retour au travail –j’étais à la fin de mon congé de maternité– alors que je n’arrivais pas à trouver de place pour chouchou en garderie. Seigneur ! Ce n’est que maintenant, à bientôt soixante ans, que j’ai l’impression de vivre sainement –et que je n’ai plus de boutons !
En fin de journée, j’ai affronté le trafic pour me rendre chercher ma fille au Cégep St-Laurent.
– Et si on soupait au restaurant ?, m’a-t-elle demandé de retour à la maison.
– Tu m’as dit hier que tu voulais qu’on prépare des pâtes à la crème et au saumon pour ce soir…
– Oui mais je ne vais pas souvent au restaurant, a-t-elle répondu. Je ne vais pas souvent au restaurant avec ma maman…, a-t-elle ajouté d’une petite voix dont elle seule a la recette.
J’ai choisi la table d’hôte, salade verte et truite sur risotto, et Emma a mangé des moules et de la pizza. Nous sommes revenues avec les restes de nos assiettes trop généreuses. Emmanuelle a donc son lunch tout prêt pour sa journée de travail de demain, et moi j’aurai de quoi manger avant de faire la route vers la campagne. À chaque fois que je viens passer quelques jours à Montréal, je repars en me disant que je ne devrais pas tant espacer mes visites. À suivre…

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire