Jour 805

Il est arrivé mille choses, les temps changent et la vie passe, je l’ai écrit récemment.
J’ai publié mon dernier texte le 12 juillet, ça fait 12 jours, j’ai l’impression que ça fait 12 ans. Ça ne peut pas faire 12 ans, mon corps et mon esprit le savent, c’est juste une manière imagée d’exprimer qu’il s’est passé tant de choses. Si mon corps comptait 12 ans de plus, de toute façon, il exprimerait haut et fort qu’il n’est plus le corps de maintenant qui ne porte pas encore ces 12 ans. Autrement dit, les temps changent et la vie passe et il arrive un moment où le corps, le coquin, ne peut plus tenir le coup, et cela, sachant papa si affaibli, me préoccupe beaucoup.
Ce que je retiens de mon voyage au Témiscamingue, c’est que je n’ai jamais tant mangé de ma vie. De l’omelette aux légumes le matin, accompagnée de longues tranches de pain miche grillées sur le BBQ, nappées de caramel fait maison et autres friandises, du fromage, des tranches de jambon, du yaourt, des céréales granola dans le yaourt, du café bien entendu. On n’était pas installés dans la chaloupe pour entamer l’aventure de la pêche du jour que ma bouche appelait quelque manière d’être comblée. J’y suis allée pour des cerises, un sac complet qui coûte plus de 10$ par les temps qui courent dans les marchés d’alimentation. En exerçant une mini pression des lèvres, je lançais ensuite les noyaux dans l’eau.
Vers midi, toujours dans la chaloupe, on buvait une bière, et pour attendre le repas du milieu du jour qu’on allait prendre vers 14 heures sur une des plages sauvages du lac du Fils, nous patientions avec des croustilles. Pour ne pas faire comme l’an dernier, je m’efforçais de ne pas vider le sac. Arrivés à la plage sauvage, nous devions descendre de nos chaloupes l’équipement nécessaire à la cuisson du poisson fraîchement pêché et fileté. Nous étions sept à participer à la corvée, en agrémentant l’expérience d’un bout de brocoli ou de chou-fleur couvert de trempette, qu’un membre du groupe s’empressait de mettre à la portée de tous, sur une roche. Puis, au soleil, dans nos chaises de plage, une coupe en plastique de vin blanc calée dans le porte-verre de l’accoudoir, nous savourions une portion généreuse de doré, des oignons sautés au beurre et, pour ceux qui aiment ça mais ce n’est pas mon cas, de la salsa.
Même si l’eau était plus froide que l’an dernier parce que le soleil n’a pas été tant que ça au rendez-vous en mai et juin, il fallait ensuite, après un roupillon pris assis dans nos chaises de plage, envisager de nous laver en utilisant un savon environnementalement ami de la faune et de la flore aquatiques. Après la saucette, on revenait dans nos chaises nous faire chauffer par le soleil. La chair de poule ne durait pas au-delà d’une minute tellement le soleil était ardent. On repoussait de la main la mouche à chevreuil qui s’obstinait à nous tourner autour des oreilles, ou du pied la fourmi qui nous montait sur le mollet. Et on se disait qu’il était temps, déjà 16 heures, de repartir pêcher.
On pêchait jusqu’à 20 heures, en récoltant davantage de spécimens dans la dernière heure que dans tout le restant de la journée. Arrivés sur la terre ferme au camp de notre ami, entouré le camp de nos tentes, nous nous affairions à la préparation du souper que nous prenions vers 22 heures dans un abri moustiquaire, partiellement à l’abri des bibittes. Nous nous glissions ensuite dans nos sacs de couchage humides, le bedaine remplie. Nous dormions comme des loirs. Je n’ai pas grossi d’une once.

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Jour 806

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Un grand sac à rabat comme celui de mon amie Ludwika.

Quelques détails d’une importance quasi nulle avant mon interruption d’écriture d’au moins une semaine, le temps du séjour au Témiscamingue et en Abitibi pendant lequel je me sentirai nue sans mon Fitbit.
Un mot d’abord sur la théière et ses quatre gobelets que j’ai achetés de la potière du village la semaine dernière en vue d’une utilisation au chalet. J’ai si bien rangé la boîte derrière le dossier de ma banquette, dans ma voiture, qu’elle y est encore. J’espère ne pas oublier de l’apporter lors de notre prochaine escapade au lac Miroir.
Un mot quant au projet que je caressais de nous faire porter chacune un t-shirt identique, à tantine et à moi-même, lors de notre prochaine rencontre pour aller faire les courses. Cette rencontre n’aura lieu que dans la dernière semaine de juillet, tantine étant en séjour chez des amis. J’espère ne pas oublier (bis) de nous soumettre à cette fantaisie. Je m’ennuie déjà de tantine…
Un mot en lien avec les Lettres à Anne : Bibi a accepté d’aller chercher le livre en fin de semaine. Elle m’a dit –je m’en doutais un peu– qu’elle ne pensait pas se lancer dans cette lecture car elle a déjà trop de livres en attente d’être lus sur sa liste.
Un mot horticole : j’arrive de chez belle-maman. Nous lui avons fait un petit coucou ce soir avant de quitter pour notre aventure de pisciculture. Elle est l’heureuse propriétaire d’une orchidée qui est en train de rendre l’âme. À mon retour, lui ai-je annoncé, je vais tenter de sauver la vie de son orchidée en la transplantant dans un plus grand contenant et en la couvrant de copeaux de bois qu’il me faudra acheter je ne sais pas encore où.
Le voyage de pisciculture : je vais porter les mêmes vêtements que l’an dernier, pour le plaisir de constater que je rentre encore dedans. Comme j’ai très peur d’avoir froid, car cet été n’est pas ce qu’on pourrait appeler un bel été, j’ai apporté mon habit de motoneige pour me réchauffer le soir, si jamais nous passons une journée à pêcher sous la pluie.
Un mot de conclusion : nulle souris n’a été aperçue aujourd’hui.

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Jour 807

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Harry Dean Stanton de son nom d’acteur

Cette nuit, dans mon rêve, mon ami peintre André me faisait visiter l’endroit où il habitait depuis peu, à savoir une tour d’habitation énorme et surpeuplée. Les couleurs dans mon rêve étaient sombres, on aurait dit que tout le monde portait des vêtements de camouflage pour aller soit à la guerre, soit à la chasse, incluant les deux protagonistes principaux, André et moi, qui étions cependant vêtus de noir. André, avec beaucoup de style, portait une cape de feutre qui lui arrivait aux chevilles. Il fallait prendre l’ascenseur et monter plusieurs étages. Notre ascension était interrompue à chaque palier tellement l’ascenseur était sollicité. Quand nous arrivions chez lui, je découvrais qu’il manquait un mur à son appartement, nous vivions à la vue des gens qui allaient et venaient dans le corridor, nous n’avions aucune intimité, nous entendions les portes des ascenseurs s’ouvrir et se fermer, de même que les bribes de conversation des gens qui passaient. En outre, nous devions garder nos manteaux tellement il faisait froid.
Un homme s’introduisait à un moment donné dans le pseudo appartement de mon ami qui n’était pas rassurant. André me disait qu’il fallait s’ouvrir aux autres et ne pas craindre les comportements disons hors-normes des individus fragilisés par la pauvreté ou encore la maladie. Sur ces paroles de mon ami, l’homme titubant ressortait. Il ressemblait de ses traits et de son allure au personnage de Travis du film Paris, Texas. Dans cet univers glauque, j’avais tendance à me coller de plus en plus sur mon ami, encore un peu et je me cachais derrière sa cape. Parce qu’il n’était inquiet de rien, André m’apparaissait comme un sage dans cet environnement.
– Je vais te montrer de quelle manière tu peux quitter la tour plus rapidement que par  l’ascenseur, me disait-il.
Sur ces mots, il ouvrait une fenêtre et se laissait glisser sur la toiture qui était couverte de coussins. Une première toiture conduisait à une deuxième, couverte elle aussi de coussins, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on aboutisse à une surface située à quelque dix pieds du sol.
Après cet exercice de haute voltige dont André revenait comme par enchantement en moins de trois secondes, nous allions nous coucher chacun sur un canapé dans la pièce de séjour au mur manquant. Le lendemain matin à mon réveil, je découvrais qu’André n’était pas là. Je ramassais mes affaires et sans plus tarder j’ouvrais la fenêtre pour me faire glisser sur les toitures. Une fois rendue sur les coussins de la plateforme finale, je ne savais comment m’y prendre pour me faire descendre jusqu’au plancher des vaches. Et je craignais que des ecchymoses ne soient en train de se former sur mes cuisses car la descente m’avait valu des rebondissements plutôt sportifs.
– Je vais profiter des coussins et du bon soleil, me disais-je alors, pour feuilleter les Lettres pour Anne, en attendant de trouver le moyen de me sortir d’ici.
Sur ce, je m’installais confortablement tout en sortant le livre du sac qui était le mien, un grand sac à rabat semblable à celui de mon amie Ludwika.

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Jour 808

product_9782070197248_195x320Mon livre est arrivé à la librairie Martin, Lettres pour Anne, de François Mitterrand.
– Vous avez trois semaines pour venir le chercher, m’a dit la jeune fille au téléphone.
Heureusement que je dispose de tout ce temps car je ne sais pas quand est-ce que je serai en mesure de me rendre à Joliette. Nous partons demain au Témiscamingue pour un long week-end de pêche –c’est loin en titi, dix heures de route–, qui sera suivi de quelques jours en Abitibi chez les fils de Denauzier, et de plusieurs jours au retour au lac Miroir…
Écrivant ces lignes, il me vient une idée géniale : je vais demander à Bibi, qui habite à Joliette, d’aller chercher le livre, comme ça elle pourra le lire avant de me le donner. Si elle désire comme moi faire de l’exercice, elle pourra aller le chercher à pied. Cela représente une petite trotte d’une heure à partir de l’endroit où elle habite. Je ne sais pas si Bibi s’intéressera à l’univers intime de Mitterrand. Nous n’avons pas les mêmes goûts littéraires. Elle a adoré Le nid de pierres de Tristan Malavoy que j’ai trouvé pour ma part trop aseptisé dans le ton des dialogues; elle a adoré à l’époque Homme invisible à sa fenêtre de Monique Proulx que j’ai presque détesté à cause de la dureté qui s’en dégageait qui me semblait gratuite…
Fitbit : je ne le porterai pas pendant mes vacances car dans une chaloupe on marche très peu. Pour lui fermer la trappe ce matin, car il m’envoie régulièrement des messages à l’effet qu’il est temps d’aller marcher un peu, je me suis défoulée sur le tapis exerciseur, cumulant 8 800 pas en une heure. Ainsi marchant et suant, j’ai regardé la deuxième moitié d’un film comme j’aime les regarder, c’est-à-dire sans le support sonore.
Support sonore : j’ai lancé tout un cri hier quand j’ai aperçu une souris de rien du tout dans la cuisine, Denauzier, qui n’a pas vu venir le cri, a failli faire une crise cardiaque. La pauvre petite, elle a fini, ou est peut-être à l’heure actuelle en train de finir sa vie, si la mort n’a pas été instantanée, dans le sac géant situé dans le garage où aboutissent les rejets de l’aspirateur central.
– La prochaine fois que je vois une souris, ai-je avancé ce matin à mon mari, pas du tout sûre de moi, je pourrais essayer de la prendre par la queue et de la lancer dehors ?
Mon mari n’a pas répondu.

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Jour 809

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Les garçons maniaient la puise avec dextérité.

Nous avons pêché sur un lac miroir hier lundi le 10 juillet à sept heures du matin, en plein soleil, dans une baie tranquille bien que traversée des croassements nombreux des corneilles. C’est comme ça que je devrais appeler notre lac, ça me vient tout d’un coup : je devrais l’appeler le lac Miroir, à la place de son vrai nom que je trouve difficile à prononcer, le lac Moyre.
– Habille-toi bien, chérie, tu vas voir sur le lac ce n’est pas chaud, m’a dit mon mari.
J’ai donc accumulé des couches pour me protéger du froid et aussi des bibittes. Un tee-shirt blanc à manches courtes, une veste en polar que m’a donnée tantine avec capuchon, un coupe-vent sans manches en nylon par-dessus, une veste de flottaison pour couper encore plus du vent, une casquette sous la capuchette, un filet sur la casquette recouverte de la capuchette, et un deuxième filet pour rendre encore plus performante ma protection contre les mouches noires et les mouches à chevreuil.
– Fiou !, il fait chaud, me suis-je plainte alors que je venais d’embarquer dans la chaloupe.
– Dans la baie, à l’ombre, ce sera plus frais, m’a dit Denauzier.
Au final, dans la baie à l’ombre j’ai enlevé toutes les couches recouvrant le tee-shirt et je me suis sentie terriblement vivante.
J’ai pêché debout, même si la chaloupe est pourvue de sièges spécialement conçus pour le confort des pêcheurs. J’ai pêché debout parce que je me suis rappelé qu’à peu près à pareille date l’an dernier, sur le même lac, j’ai vu pêcher dans une chaloupe semblable à la nôtre deux jeunes hommes qui me donnaient l’impression de croquer dans la vie à pleines dents. Ils ne se rendaient pas compte qu’ils croquaient dans la vie à pleines dents, probablement, parce qu’ils étaient jeunes. Ils me donnaient cette impression à moi, la presque sexagénaire, qui les regardais depuis notre embarcation qui passait près de la leur. Les deux jeunes hommes étaient torse nu, debout, donc, et leur pêche était bonne. Ils maniaient la puise et la canne en s’exclamant et en gesticulant, faisant ainsi clapoter leur chaloupe. Il se dégageait de cette scène que je savourais avec un brin d’envie, voire de jalousie, une énergie formidable que je sentais ne plus couler dans mes veines. Or, hier matin à sept heures, bien qu’ayant écourté mon sommeil pour me rendre pêcher, je me sentais aussi jeune et énergique et dynamique et vivante que les jeunes hommes imprimés dans ma mémoire dans ce croquis que j’ai conservé de l’an passé.
Que faut-il retenir de mon histoire ? Qu’avoir quitté la vie professionnelle dans la ville à l’université me convient à merveille. Que les jeunes hommes, si je les revoyais cette année dans le même croquis seraient encore aussi beaux. Que le chalet nous comble de beauté et de bien-être. Que les corneilles, même, sont en train de devenir mes amies.

 

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Jour 810

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La pièce achetée à la potière, en sus des théière et gobelets.

Je profite de cette soirée pendant laquelle je suis seule à la maison, Denauzier étant parti par affaires jusqu’à peut-être minuit, pour faire le point sur différents thèmes qui ont été au centre de mes préoccupations ces derniers temps.
D’abord le cœur ci-contre. Il se voulait initialement sous-plat, mais comme il a craqué dans la partie fragile du renfoncement supérieur où se rencontrent les deux moitiés, la potière a jugé préférable d’en faire une pièce à pendre au mur. Je l’ai donc achetée pour pas cher compte tenu du défaut, et déjà pourvue à l’arrière de deux œillets réunis par un mince fil de fer. Nous l’avons installée sur un mur de la salle à manger.
Les hostas. Ils ont bien poussé et semblent en bonne santé, mais il faut dire qu’après les semaines pluvieuses que nous avons eues, il serait incompréhensible qu’ils souffrent de sécheresse.
Pour demeurer dans le domaine des plantes, ma nouvelle acquisition orchidée. Je ne l’ai pas laissée dehors, il y a plein de hannetons, de fourmis et d’araignées qui l’auraient peut-être mangée. Je l’ai rentrée, je me suis promenée dans la maison un peu partout pour étudier le meilleur endroit où elle pourrait se plaire, et j’ai retenu une fenêtre orientée vers le sud-est. Je vais essayer très fort, à partir de maintenant, de laisser mes plantes là où elles sont et advienne que pourra.
Le ebook qui regroupe les textes de ma première année d’écriture. Je n’ai eu que six téléchargements sur le site de la grande bibliothèque virtuelle de livres libres et gratuits. Encore là, me trouvant à court de mots, advienne que pourra.
Dans le domaine des livres toujours, je n’ai pas reçu d’appel de la librairie m’annonçant que les Lettres pour Anne sont arrivées. Ça m’arrange un peu car j’ai eu beaucoup de choses à payer dernièrement.
Le Fitbit. J’ai voulu cumuler aujourd’hui 17 000 pas, pour combler le manque à gagner d’hier, n’ayant fait que 3 000 pas. Mais je me suis dit qu’il ne faut pas revirer fou, alors je vais viser 10 000 pour aujourd’hui, forte des quelque 8 000 déjà faits.
Les cadeaux que me fait tantine. En sus du t-shirt et du savon qu’elle m’a donnés, voici les autres choses auxquelles j’ai eu droit : un plat préparé d’oiseaux sans tête, que je connais plutôt sous la dénomination d’alouettes sans tête –j’en ai mangé pour la première fois de ma vie à Aix-en-Provence dans un restaurant bondé il y a plus de trente ans. Des fraises dans le sirop. Une part de pouding aux fraises. Un poivron vert parce que, comme pour le t-shirt, tantine s’est retrouvée avec deux poivrons alors qu’elle n’en avait besoin que d’un seul.
Les carrés aux Rice Krispies. Je voudrais en faire demain matin avant de partir pour le chalet, même si j’ai fait des carrés aux dattes qui sont encore non entamés.
Mon poids. Malgré les sucreries auxquelles je fais référence, j’ai perdu une livre ou deux, je me tiens aux alentours de 129 livres depuis que je marche comme une bonne dans le bois, malgré la petite probabilité de rencontrer des ours et la très grande probabilité d’être trempée par la pluie.

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Jour 811

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Ma tunique de la marque Made in Italy, faite d’un mélange de lin 75% et de coton 25%.

En vérifiant qu’elle avait bien ses clefs dans son sac à main blanc –qui est le sac à main de l’été–, ainsi que sa carte de guichet, ainsi que son carnet de caisse, ainsi que de l’argent comptant, sans oublier sa petite bouteille d’eau, tantine a mis la main, nous étions assises dans ma voiture en route vers Rawdon, sur un savon fabriqué de manière artisanale.
– Tiens, j’ai un savon dans mon sac, a dit tantine sans plus de surprise.
– Un beau savon au lait de chèvre !, me suis-je extasiée, comme si je n’en avais jamais vu de ma vie.
– Tu as l’air d’aimer les savons, a répondu tantine, alors je te le donne.
– Tu sais bien, tantinette, que je m’extasie à propos de tout et de rien. Garde le savon, je suis certaine que tu vas l’aimer, en plus il sent super bon.
Le savon est à côté de moi en ce moment, à la vue sur mon bureau, car tantine n’était pas intéressée plus que ça à le garder. Le voyant, elle s’est rappelé l’avoir acheté au circuit Pédestr’Art de Ste-Béatrix où elle s’est rendue en compagnie de sa nièce, pas moi une autre, le week-end dernier.
Le savon à l’huile d’argan et au lait de chèvre est à côté de moi, pendant que ma tunique féminine portée hier se trouve derrière, pendue sur un cintre à ma bibliothèque pour les besoins de ma photo. On comprend que l’avoir portée sans pantalons courts en-dessous j’aurais été, effectivement, pas mal écourtichée.
Le circuit Pédestr’Art m’amène, sur le thème de l’artisanat, à la potière du village de St-Jean-de-Matha, où je suis allée acheter une théière est quatre tasses, mais des tasses sans anse qui s’apparentent davantage à des gobelets.
– Tu en as pour combien de temps ?, m’a demandé mon mari alors que je reculais la voiture dans la cour en essayant de ne pas accrocher une de ses nombreuses remorques.
– Oh ! Dix minutes à peine, j’achète la théière et je reviens, ai-je répondu.
Or, j’y suis restée une heure et dix minutes. Les temps changent, je l’ai écrit récemment, alors que je déplorais n’avoir pas conversé avec mon nouveau dentiste de St-Félix comme je le faisais avec l’ancien de Montréal. Les temps changent et le plaisir que j’avais à converser avec mon dentiste ancien a cédé la place au plaisir de converser avec une femme de mon âge, artiste professionnelle pendant que je n’ai d’artiste que le tempérament, mais quand même cela nous fait un point en commun, habitant mon village, partageant sa vie avec un artiste aussi, musicien.
Une phrase a retenu mon attention au cours de notre conversation. Même pas une phrase. Un mot.
– Je n’aurais pas été capable de l’aimer, m’a-t-elle dit à propos de son compagnon.
Elle n’a pas dit Je n’aurais pas été capable de vivre avec lui.
– Me voilà en présence d’une femme de cœur, me suis-je dit.
D’ailleurs, en plus de ma théière et des gobelets, je lui ai acheté une pièce en forme de cœur.

 

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