Jour 709

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J’ai gagné une tasse portant le logo de Nez rouge ! Chaque soir il y a un tirage à l’attention des bénévoles et moi qui ne gagne jamais rien j’ai gagné la tasse ! J’étais excitée comme si j’avais gagné le million, mais surtout touchée par le beau sourire de l’homme, lui aussi bénévole, qui m’a remis la tasse. Un sourire aimant qui a mis un baume sur mon coeur car j’étais triste lors de notre aventure nezrougienne.

Je devrais être en train de nettoyer le sous-sol en prévision de l’arrivée de la visite, pour les fêtes de Noël. Mais j’ai mal à la tête. Ouille ! Ça m’arrive souvent de me réveiller avec un mal de tête. La plupart du temps il s’en va dans les premières minutes, une fois que je me lève. Aujourd’hui, il est plus coriace, alors j’attends que les Tylenol que je viens de prendre fassent effet. J’ai bu de l’eau citronnée, deux grands verres.
Une autre qui s’est peut-être levée avec un mal de tête, c’est la cliente que nous avons ramenée chez elle, mercredi soir, lors de notre participation comme bénévoles au programme Nez rouge. Nous étions avec les Pattes, mon mari et moi. Donc, en équipe de trois. J’ai enfin compris comment ça marche : au sein d’une même équipe, il faut avoir accès à un véhicule, dans ce cas-ci c’était le mien. Quand l’équipe est appelée pour aller chercher une personne éméchée, on y va à trois dans le véhicule. On se rend à l’endroit où se trouve la personne éméchée. Habituellement, ce n’est pas elle qui appelle Nez rouge, mais un ami qui lui veut du bien ! Deux personnes de l’équipe de trois sortent alors du véhicule pour aller chercher la personne à l’endroit où elle se trouve, en l’occurrence un bar qui s’appelle L’apéro, à Joliette. Charmant endroit de style suranné, avec pianiste jouant sur un piano à queue blanc, pianiste qui était au demeurant bel homme, grand, arborant beaucoup de cheveux un tantinet poivre et sel, et portant sous sa veste des boutons de manchettes aux poignets d’une chemise blanche. Vite fait, il m’a fait penser à un homme politique américain dont je ne retrouve pas le nom. C’est tout ce que j’ai eu l’occasion de remarquer car, quand même, nous ne nous étions pas déplacés pour lui ! Notre cliente était une jeune femme blonde, menue, qui avait bien profité de son party de Noël. Elle habite à dix minutes de chez nous, dans le village de Ste-Béatrix, alors nous avons fait comme si nous retournions chez nous, Denauzier et moi, mais dans son véhicule à elle, que je conduisais, car j’avais opté pour le rôle de chauffeur au cours de la soirée. Denauzier était l’accompagnateur, qu’on appelle le secrétaire car c’est à cette personne que revient la responsabilité de remplir un formulaire à l’effet que telle personne a bénéficié d’un transport, etc. Mon frère occupait le rôle d’escorte. Dans l’univers Nez rouge, l’escorte désigne la personne qui conduit le véhicule de l’équipe. C’est dire que les Pattes conduisait ma Sonic. J’ai l’impression d’ailleurs qu’il l’aime.
– On irait avec ta petite voiture ?, avait-il demandé alors qu’on discutait de la possibilité de participer au programme cette année, pour la première fois en ce qui me concerne.
– Tu n’oublieras pas que je dois te suivre, m’avait avertie mon frère, alors assure-toi de ne pas repartir trop vite une fois qu’on quittera l’endroit où se trouve le client. Tu me suis ?, avait-il voulu vérifier.
– Je te suis, avais-je répondu.
Bien entendu, toute à la surprise de ma première expérience, j’ai oublié les Pattes qui s’est débrouillé pour me rattraper.
Là où je veux en venir, depuis le début de ce texte d’aujourd’hui, c’est que je me suis comportée dans la salle d’attente des bénévoles –où nous avons joué aux cartes en attendant que soit appelée notre équipe–, comme je m’étais comportée cette fois d’autrefois où Emmanuelle et moi avions attendu plus d’une heure la pizza que nous avions commandée dans un restaurant de St-Alphonse : en levant les bras au ciel et en m’écriant Alleluia quand elle était enfin arrivée. Quand notre équipe a été appelée.
Il est des comportements qu’on ne contrôle pas et qui traversent le temps…

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Jour 710

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Musée d’art de Joliette. Tapis au motif d’alvéoles, modestement parent du tapis qui décore la pièce dans laquelle Emmanuel Macron tient ses réunions, Jour 725.

Lorsque je suis venue m’installer à la campagne, je craignais de m’immerger dans un univers pauvre culturellement.
– Les musées, les cinémas, les spectacles ne vont pas te manquer ?, me demandait-on. Et les commerces de quartier où on se rend à pied tous les matins chercher son pain ?, ajoutait-on. Et la marche ?, insistait-on. Tous les déplacements se font en voiture, en campagne !
Certes. Tous mes voisins sont blancs de peau et francophones, quoique certains d’entre eux soient polyglottes. La programmation du seul complexe de cinéma de Joliette ne s’éloigne jamais trop trop des succès américains, mais deux fois par semaine on y présente des films de répertoire et j’en profite régulièrement. Je profite aussi sans sortir de chez moi des films qui sont présentés sur la chaîne de télévision franco-ontarienne TFO. C’est ainsi que dimanche soir, nous sommes tombés sur Mon oncle Antoine, et sur un film d’Éric Rohmer il y a quelque temps, qui se déroule dans les années 70 à Paris. C’était délicieux. Les boulangeries de quartier, il est vrai, sont inexistantes, mais nous ne mangeons plus de pain !
Quand même. Notre voisin de gauche est Suisse. Était Suisse, devrais-je écrire, puisqu’il est décédé l’été dernier, mais la Suisse y habite toujours puisque sa fille s’est installée dans sa maison. Notre voisin de l’autre côté du rang, toujours à gauche, est Hongrois. C’est lui, le polyglotte. Il maîtrise sans surprise le hongrois, le français, l’anglais et l’espagnol. Notre voisin de droite, lui, est en couple avec une Belge. C’est elle qui héberge en ce moment sa sœur venue de Bruxelles. Ces deux femmes, blanches, sont bilingues et je savoure chaque mot qu’elles prononcent en flamand. Elles parlent aussi un peu l’allemand. Notre voisin un peu plus éloigné –mais en voiture ça ne prend que trois minutes– est parent par alliance avec la famille de Jacques-Yvan. C’est ce qui fait qu’il y a plusieurs années, j’ai fait la connaissance à Montréal, dans la cuisine du beau-frère de Jacques-Yvan, de cette femme qui est maintenant ma voisine. Sportive, elle emprunte régulièrement les sentiers dans le bois qui ceinture notre maison pour s’entraîner. Autrement dit, le monde est petit.
En outre. Hier matin je me suis levée tard, vers 10h00. Je fais des réserves de repos en prévision des fêtes de Noël. Les travaux étaient déjà en cours au rez-de-chaussée, dans un nuage de poussière. Je n’avais pas atteint la pièce où se tenaient les hommes que l’un d’eux me demandait si c’était moi l’artiste, ayant remarqué les toiles sur les murs. C’est difficile de ne pas les remarquer, j’avoue, il y en a partout, mais la plupart des gens qui pénètrent dans la maison n’en parlent pas.
– C’est vous l’artiste ?, a-t-il demandé. Si j’étais artiste, a-t-il enchaîné, je travaillerais la pierre, les matériaux, je serais sculpteur. Je travaillerais la matière comme le faisait Picasso, je la travaillerais de l’intérieur. Trouvez-vous, comme moi, que Picasso travaille ses sculptures de l’intérieur ?, et patati et patata, et d’autres mots, encore, qui sortaient de la bouche de cet homme –sans diplôme– de St-Jean-de-Matha.

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Jour 711

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Dans le cas qui est au centre de ce texte, c’est de vin blanc qu’il s’agit et d’une autre sorte.

J’ai fait du ménage dans la maison toute la journée de ce lundi 18 décembre.
Je suis retournée au Musée de Joliette samedi dernier redécouvrir l’exposition de Adad Hannah.
Je n’ai qu’une envie en ce moment, boire une coupe de vin blanc.
Tels sont mes trois postulats de base, mes trois affirmations du jour.
Nous nous chauffons au moyen d’une énorme fournaise qui est installée dans le garage. Elle ronronne de plus en plus avec les années, parce que les boulons et les vis qui en retiennent les panneaux de tôle se déboulonnent et se dévissent à force justement de ronronnements.
Mon amie héberge sa sœur européenne qui séjourne en nos terres pendant une semaine. Mon amie se sachant occupée samedi dernier, je me suis proposée pour amener ladite sœur au Musée de Joliette, histoire de lui faire découvrir de belles choses pendant que sa sœur travaillait.
Ayant resserré les conditions de notre alimentation cétogène car j’avais exagéré le libéralisme en ce sens, je ressentais le besoin, après le récurage intense, d’une petite récompense qui a pris la forme dans mon esprit d’une coupe de vin.
Pourquoi ce récurage intense ? Parce qu’une porte vissée à l’arrière de la fournaise s’est complètement dévissée sous l’effet des ronronnements eux aussi intenses. Résultat de ce dévissage ? Un voile de suie partout dans la maison ! Une multitude de poussières noires déposées partout, notamment sur les touches blanches de mon ordi.
Donc, aujourd’hui lundi j’ai récuré en masse, ayant par moments à l’esprit la visite que nous avons faite au Musée, la sœur de mon amie et moi, et ayant au fur et à mesure que la journée passait, une envie de plus en plus prononcée de relaxer en trempant mes lèvres dans ce vin de qualité moyenne que l’on fait couler en tournant le pseudo robinet d’un vinier.
Récurant, je voyais à travers les fenêtres la belle neige tomber. J’entendais aussi les ouvriers travailler au rez-de-chaussée où des travaux sont en cours. Denauzier veillait à ce que les travaux se déroulent bien, donc il se tenait à proximité des ouvriers.
Au Musée, la sœur de mon amie s’est régalée. En bonne Européenne un peu plus âgée que moi, elle possède une culture générale bien plus développée que la mienne. Elle ne connaissait pas, cela étant, le travail de Adad Hannah. Elle connaissait encore moins le film qui relate l’aventure de la reconstitution des Bourgeois de Calais. Ce fut mon tour de me régaler et de réécouter ce court métrage d’une quinzaine de minutes.
À cette heure de maintenant, 19h43 le 18 décembre, le récurage est terminé à l’étage, mais pas les travaux au rez-de-chaussée, et le vin a été bu. Je me rabats sur une tasse de thé. J’ai choisi un thé acheté il y a un an à Rawdon et qui se veut un thé de Noël avec ses arômes de clou et de cardamome. Demain, et j’ai déjà hâte, nous allons revoir mon amie voisine et sa sœur et d’autres amis encore à l’occasion d’un souper. Le récurage du rez-de-chaussée sera à l’ordre du jour de mercredi, et l’exposition au Musée se poursuit quant à elle jusqu’au 7 janvier 2018. À cette date, la sœur sera sur le point de retourner dans son pays. La fournaise, pour ce qui est de la porte dévissée, est d’ores et déjà réparée. Le vinier est encore pas mal plein et pourra nous fournir plusieurs autres coupes de vin. La neige a cessé de tomber.

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Jour 712

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Ceinture de mailles dorées à la taille.

Me revoici en contact avec mon ami blogue, l’écran de mon ordi m’offrant sa surface blanche pour que je puisse me retrouver avec moi-même y traçant des mots, ceux qui viennent, et y attendant d’autres mots encore pour ceux qui ne viennent pas vite.
Je voudrais écrire quelques détails en lien avec mes aventures précédentes : quand j’ai fait le lit le matin qui a suivi notre aventure sapinesque en pleine nuit, il y avait des petites aiguilles de sapin sur les draps… Je me suis demandé si elles avaient collé à la plante de nos pieds, si elles s’étaient coincées dans la fourrure qui couvre la poitrine de mon mari, ou accrochées plus probablement à nos cheveux. Cela m’a fait sourire, toujours est-il. Quand plus tard dans la journée, en pleine lumière, mon mari a parlé dehors à notre voisin pour lui expliquer avec sérieux comment faire démarrer sa génératrice, j’ai observé sur son visage des particules scintillantes qui provenaient des boules de Noël. Cela, bis, m’a fait sourire.
Je ne sais pas par quel enchaînement d’idées j’en suis venue à penser à une robe Rodier que Jacques-Yvan m’a offerte il y a longtemps. J’ai fait beaucoup de route hier pour aller voir une amie, alors j’ai eu l’occasion en masse de penser à toutes sortes d’affaires. La boutique où nous l’avions achetée était située au Complexe Desjardins. Nous y étions allés en compagnie de chouchou, elle avait moins de cinq ans je dirais. J’avais certes le physique à cette époque pour porter la robe de coupe fuseau en mailles souples, moulante et fluide, mais je ne m’y suis jamais sentie à l’aise. Elle avait coûté très cher et je ne l’ai portée que quelques fois. Et comme pour tout ce que je possède que je n’utilise pas, je l’ai donnée, au bout d’un moment, probablement à l’Armée du salut.
Je l’avais portée lors d’une réception dans la famille de Jacques-Yvan. Une femme m’avait complimentée, mais je ne sais pas si le compliment en était un, ou s’il ne s’agissait pas d’une remarque sarcastique dissimulée derrière les mots d’un compliment. C’est dire la confiance qui m’habitait –confiance envers moi-même et confiance dans le regard d’autrui– quand je rencontrais les gens de ma belle-famille.
Pour couper l’effet fuseau, j’avais assorti la robe d’une ceinture de mailles dorées. Je ne savais pas si je devais choisir des bas de nylon ou des collants opaques, la robe se voulant chic mais en même temps d’allure sportive. Il s’agissait, sur le plan de la coupe, d’un long chandail de laine –un pull dirait un Français– à manches longues et sans encolure. J’avais choisi des bas de nylon transparents, on aurait dit que je n’en portais pas, et des chaussures noires à talon avec une fine courroie sur le cou du pied.
J’avais revêtu la même robe lors d’une fête Longpré chez papa au Lac Noir. Je la portais lorsque le Père Noël était arrivé, et m’exclamant que le Père Noël arrivait, on le voyait à travers la fenêtre de la cuisine, je m’étais forcé les cordes vocales et j’avais eu de la difficulté à parler tout le restant de la soirée…

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Jour 713

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Le drapé vert était complètement mouillé et l’emballage des deux boîtes de chocolat tout gondolé !

Hier je suis allée trotter et je ne suis revenue à la maison qu’à 19h30. Mon trottage il est vrai précédait la vraie raison de mon déplacement : aller nourrir papa. Il était en relative bonne forme mais très soucieux d’un barrage policier qui avait entravé le travail du personnel du condo où il habite. Les Pattes était avec moi. Mon mari m’attendait à la maison et avait même commencé la préparation du souper. Nous avons soupé et ensuite manipulé un peu mon bel iPhone 6SPlus pour comprendre un peu comment ça marche. Il est de grand format et de couleur rose. Je pensais trouver l’appareil sans grand intérêt visuel, quand j’ai su qu’il serait rose –mon mari l’a commandé par téléphone–, mais il s’agit en fait d’une belle couleur saumon un peu métallisée. Après la manipulation du téléphone, nous nous sommes installés pour écouter la suite d’un film de guerre qui se déroule au Japon, c’est ce qui fait que dans mes rêves de la nuit dernière il y avait des Asiatiques partout. Après le bout de film –nous ne nous sommes pas encore rendus à la fin–, dodo. Mais avant de monter à l’étage, je me suis mise à quatre pattes sur le plancher de bois franc pour arroser le sapin. J’ai versé une bonne rasade dans la partie creuse du support. Je m’apprêtais à me relever lorsque j’ai constaté que l’eau descendait drôlement vite dans la cavité. Alors j’ai versé un peu plus d’eau, contente d’apaiser la soif intense de notre arbre qui sent si bon. Et encore un peu plus d’eau, jusqu’à ce que la flaque qui se formait sous les branches atteigne mes genoux.
– Mince !, me suis-je dit en me relevant au plus vite à la recherche de serviettes.
J’ai fait en sorte que les serviettes absorbent le dégât et je suis montée me coucher. Je me suis alors rappelé que je n’avais pas dit telle chose à mon mari par rapport à tel événement, et lui du coup m’a dit telle chose par rapport à tel autre événement, et de fil en aiguille nous avons placoté quelques minutes. Puis, dodo.
– Ah ! chéri, ai-je dit en m’installant confortablement, j’ai oublié de te dire que le support du sapin coule, il y a eu un dégât à l’instant mais j’ai fait le nécessaire pour tout essuyer.
– Mes beaux planchers !, s’est exclamé mon mari en s’installant confortablement lui aussi.
Mais en fortillant aussitôt.
– Il doit bien y avoir un autre support pour le sapin dans le rangement du sous-sol ?, a-t-il aussitôt demandé.
– Oui, il y en a un, mais je ne l’ai pas choisi parce qu’il semblait encore plus vieux que celui qui prend l’eau en ce moment…
Fortillements encore, puis :
– Je vais aller voir.
Tout cela pour en venir à ceci : à minuit hier mon mari et moi étions en pleine opération de changement de support de sapin et nous avons réussi à ne pas faire tomber une seule boule !

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Jour 714

Que de petites choses, encore. À l’approche des fêtes, le climat n’est pas propice à la régularité, à la routine, à la réflexion sur un sujet particulier qui peut m’habiter plusieurs jours. Alors j’y vais pour de petites choses. Je me suis levée vers neuf heures. J’ai flâné avec mon mari pendant la première heure. Il se lève bien avant moi, vers six ou sept heures. Je nous ai fait du café à la mode cétogène. On prend du café déjà prêt à boire, on le verse dans un mélangeur électrique, on ajoute une cuillerée à thé d’huile de noix de coco crue solidifiée, et les épices de notre choix, à savoir ici de la cardamome broyée, de la cannelle et du clou. On passe au mélangeur quelques secondes, le café devient mousseux et de la couleur d’un café qui aurait reçu de la crème. On savoure. Mon mari n’aime pas tellement, mais ce matin il a semblé aimer plus que d’habitude.
Ça paraît qu’il ne mange que des recettes cétogènes depuis ces deux derniers mois. Il a perdu du poids. Sa montre, jadis bien serrée au poignet, glisse maintenant sur son bras en fonction de ses mouvements. Ça lui donne un style jet set. Son anneau de mariage, également, a tendance à glisser alors qu’autrefois il était bien en place autour de l’annulaire.
Nous prenons le temps de niaiser et de nous relaxer, le matin, avant d’entamer nos petites affaires. Il est allé au garage du village faire je ne sais quoi en lien avec un de ses véhicules, pendant que je me suis lancée dans la préparation de crêpes cétogènes en vue d’un dîner que nous aurons dimanche et au cours duquel nous voulons manger des clubs sandwiches. C’est la différence entre mon mari et moi. Ses activités l’amènent surtout à l’extérieur de la maison, tandis que les miennes me cantonnent à l’intérieur, mais ça me convient tout à fait. Ça me convient trop, en fait, il faut souvent que je me botte le derrière pour aller respirer le bon air. À pareille date l’an dernier, pour en revenir aux clubs sandwiches, avec les mêmes personnes qui viendront nous visiter ce dimanche, nous avions mangé des clubs et des frites faites par Denauzier. Cette année, nous allons manger des clubs transformés, en ce sens que le pain sera remplacé par mes crêpes, cuites dans une mini poêle qui leur confère le même format carré qu’une tranche de pain, et comme les féculents –patates, pain et pâtes– sont proscrits dans notre diète, nous allons préparer, à la place des frites normales, des frites de courgettes cuites au four. Les frites de courgettes, selon ma recette encore jamais faite, sont panées avec de la couenne de lard séchée. Je devrai faire des recherches sur Internet pour savoir comment faire en sorte que la couenne de lard que je viens d’acheter cet après-midi chez le boucher puisse devenir de la couenne séchée. Elle m’a été donnée, et non vendue par le boucher, cela dit en passant.
Pendant que je faisais les crêpes, le téléphone a sonné. C’était l’esthéticienne qui m’offrait une place à la suite d’une annulation d’un de ses clients, compte tenu de la pseudo tempête. J’y suis allée. J’ai enchaîné sur des courses alimentaires au Métro d’alimentation et chez le boucher, pour la couenne. Je suis revenue à la maison. J’ai voulu écrire mon texte du jour pendant que Denauzier s’amusait toujours chez le garagiste, mais le téléphone a sonné, j’ai eu à répondre à des courriels et d’une chose à l’autre mon mari a eu le temps de revenir à la maison. Il revenait avec un colis dans les mains, à savoir mon tout nouveau téléphone cellulaire. Il me l’offre en cadeau pour Noël. Je me suis enfin décidée à en utiliser un, non parce que j’en ai besoin, mais plutôt parce qu’il me semble que le clivage entre les nouvelles générations et moi, de l’ancienne génération, va aller s’accentuant si je ne m’y mets pas. Je l’ai configuré assez facilement et j’ai fait quelques appels. Puis le téléphone de la maison a sonné. Comme Denauzier était déjà en train de parler sur son téléphone cellulaire, je suis allée répondre, or c’est à ce moment-là que mon nouveau téléphone cellulaire a sonné pour la première fois. Mince ! Il va falloir que je m’habitue à cette intensité communicationnelle nouvelle !

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Jour 715

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J’obtiens cette photo, parmi d’autres, quand je demande à Google de me retourner des photos de Paris en 2006.

Emma ne se souvient pas du voyage que nous avons fait à Paris, elle avait dix ans. Pendant les vacances de Noël, en 2006 puisqu’elle est née en 1996. C’était le cadeau que nous lui offrions pour son premier anniversaire à deux chiffres. Nous avions marché comme des bonnes, à Paris, à Versailles, à St-Denis, à la Défense… Je portais un ancêtre de podomètre qui se fixait à la ceinture et nous tentions à chaque jour de dépasser le résultat obtenu la veille. Jacques-Yvan était avec nous qui cependant marchait le plus souvent en retrait, soit derrière, soit devant. Il se fichait éperdument du podomètre et c’est vrai qu’en fin de compte ce n’était pas un élément important de notre voyage. C’était un élément divertissant, un peu stimulant. Ça n’allait pas très bien entre nous, je veux dire les parents. J’avais déjà loué un appartement où je savais que j’allais m’installer à notre retour de voyage, à un coin de rue seulement de la maison familiale. Jacques-Yvan le savait, mais nous n’en avions que très peu parlé. Comme de tant d’autres choses d’ailleurs dont nous n’aurons jamais vraiment parlé, je trouve, avec le recul. L’appartement s’était meublé au fur et à mesure de mes trouvailles en marchant dans le quartier, de même qu’au fur et à mesure de mes visites au Village des valeurs. Pour une fois j’avais pensé à tout. Les vêtements d’Emma, par exemple, étaient rangés dans les tiroirs de la commode de sa future nouvelle chambre.
Je trouvais tout à fait normal de faire ce voyage à trois, même s’il était entendu dans mon esprit qu’à mon retour je changeais de vie. Par la suite, Emma m’avait dit que c’était awkward, quand même, de voyager comme si de rien n’était avec Jacques-Yvan alors qu’il y avait des tensions. Pour ma part, j’avais l’impression d’avoir fait tout ce que je pouvais faire pour tenter de me rapprocher de lui. J’avais le choix : ne rien faire et attendre que la retraite arrive, car avec la retraite souvent la dynamique change, l’énergie revient à la hausse, nous aurions pu nous découvrir heureux à nouveau. La retraite, pour Jacques-Yvan, à cette époque-là, c’était dans huit ans. Mais je suis un bélier et toujours je fonce dans le tas, alors je n’avais pas attendu. J’avais foncé. Advienne que pourra. C’est facile d’affirmer que j’avais l’impression d’avoir fait tout ce que je pouvais faire pour tenter de nous rapprocher, lui et moi. Je devrais plutôt écrire que j’avais fait une psychanalyse, une autre, pendant un an et demi, à raison de trois fois par semaine, et qu’au terme de cet exercice j’y voyais plus clair. Un peu plus clair. Mais pas si clair. J’avais fait une psychanalyse, c’est dire que j’avais travaillé avec moi-même, et sans Jacques-Yvan. En fait, il n’y avait pas de tension entre nous, pas de chicane, pas de cri, pas de mesquinerie. Il y avait un grand silence. Un voile stagnant de non-vie en était arrivé à nous couvrir tous les deux, de la tête aux pieds. Je ne choisissais pas de quitter Jacques-Yvan, finalement, je choisissais d’aller vers la vie.
Je me suis laissé dériver en titi : je ne voulais pas écrire à propos de ma rupture avec le père de ma fille, je voulais aborder le sujet du Père Noël en cette période des fêtes qui commence : si ma fille ne se souvient pas de son voyage à Paris quand elle avait dix ans –c’est l’affirmation de mon introduction–, elle ne se rappelle sûrement pas de la visite du Père Noël quand elle avait trois, quatre et cinq ans –c’est la question à laquelle seule elle, Emmanuelle, pourra répondre.

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