Jour 710

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Musée d’art de Joliette. Tapis au motif d’alvéoles, modestement parent du tapis qui décore la pièce dans laquelle Emmanuel Macron tient ses réunions, Jour 725.

Lorsque je suis venue m’installer à la campagne, je craignais de m’immerger dans un univers pauvre culturellement.
– Les musées, les cinémas, les spectacles ne vont pas te manquer ?, me demandait-on. Et les commerces de quartier où on se rend à pied tous les matins chercher son pain ?, ajoutait-on. Et la marche ?, insistait-on. Tous les déplacements se font en voiture, en campagne !
Certes. Tous mes voisins sont blancs de peau et francophones, quoique certains d’entre eux soient polyglottes. La programmation du seul complexe de cinéma de Joliette ne s’éloigne jamais trop trop des succès américains, mais deux fois par semaine on y présente des films de répertoire et j’en profite régulièrement. Je profite aussi sans sortir de chez moi des films qui sont présentés sur la chaîne de télévision franco-ontarienne TFO. C’est ainsi que dimanche soir, nous sommes tombés sur Mon oncle Antoine, et sur un film d’Éric Rohmer il y a quelque temps, qui se déroule dans les années 70 à Paris. C’était délicieux. Les boulangeries de quartier, il est vrai, sont inexistantes, mais nous ne mangeons plus de pain !
Quand même. Notre voisin de gauche est Suisse. Était Suisse, devrais-je écrire, puisqu’il est décédé l’été dernier, mais la Suisse y habite toujours puisque sa fille s’est installée dans sa maison. Notre voisin de l’autre côté du rang, toujours à gauche, est Hongrois. C’est lui, le polyglotte. Il maîtrise sans surprise le hongrois, le français, l’anglais et l’espagnol. Notre voisin de droite, lui, est en couple avec une Belge. C’est elle qui héberge en ce moment sa sœur venue de Bruxelles. Ces deux femmes, blanches, sont bilingues et je savoure chaque mot qu’elles prononcent en flamand. Elles parlent aussi un peu l’allemand. Notre voisin un peu plus éloigné –mais en voiture ça ne prend que trois minutes– est parent par alliance avec la famille de Jacques-Yvan. C’est ce qui fait qu’il y a plusieurs années, j’ai fait la connaissance à Montréal, dans la cuisine du beau-frère de Jacques-Yvan, de cette femme qui est maintenant ma voisine. Sportive, elle emprunte régulièrement les sentiers dans le bois qui ceinture notre maison pour s’entraîner. Autrement dit, le monde est petit.
En outre. Hier matin je me suis levée tard, vers 10h00. Je fais des réserves de repos en prévision des fêtes de Noël. Les travaux étaient déjà en cours au rez-de-chaussée, dans un nuage de poussière. Je n’avais pas atteint la pièce où se tenaient les hommes que l’un d’eux me demandait si c’était moi l’artiste, ayant remarqué les toiles sur les murs. C’est difficile de ne pas les remarquer, j’avoue, il y en a partout, mais la plupart des gens qui pénètrent dans la maison n’en parlent pas.
– C’est vous l’artiste ?, a-t-il demandé. Si j’étais artiste, a-t-il enchaîné, je travaillerais la pierre, les matériaux, je serais sculpteur. Je travaillerais la matière comme le faisait Picasso, je la travaillerais de l’intérieur. Trouvez-vous, comme moi, que Picasso travaille ses sculptures de l’intérieur ?, et patati et patata, et d’autres mots, encore, qui sortaient de la bouche de cet homme –sans diplôme– de St-Jean-de-Matha.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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