Jour 521

télévisionJe suis très satisfaite de ma nouvelle création, terminée ce matin. Un ancien modèle de télévision ! Une toile nostalgie qui me rappelle l’appareil Zenith que nous avions à la maison quand j’étais jeune. Il n’était pas rouge mais brun, comme presque tous les téléviseurs à cette époque.
La toile en tant que telle m’a été donnée par mon beau-frère l’an dernier. Elle lui avait été offerte par une amie peintre. Elle était couverte d’un corps féminin plutôt sexy vêtu de lingerie affriolante. Le dessin était bien rendu, mais le sujet ne m’intéressait pas. J’ai recouvert la toile, il y a peut-être un mois, d’un restant de bleu tel qu’on le voit ci-dessus. Et la toile recouverte de bleu est demeurée en attente, déposée sur ma table de travail, à la vue.
On remarque au coin supérieur droit que mes bariolages bleus ne couvrent pas le coin de la toile. Ils ne se rendent pas jusqu’à la rencontre des arêtes horizontale et verticale. La masse de bleu, à cet endroit, se termine sur une ligne courbe. C’est en remarquant hier matin cette ligne courbe que j’ai eu l’idée de dessiner un ancien modèle de téléviseur. Comme quoi une idée peut se manifester rapidement. Je pose mon regard sur la courbe, et je sais dans la seconde ce que je veux faire.
05714136-photo-tv-low-resJ’ai trouvé tout plein d’anciens modèles sur Internet et j’en ai retenu un pas trop compliqué, dans l’écran duquel apparaissent les lignes verticales de couleur qui s’affichaient en-dehors des heures de programmation.
– Génial !, me suis-je exclamée.
De moi-même, je n’aurais pas pensé auxdites lignes. J’ai voulu couvrir l’écran de mon téléviseur de ces lignes de couleur, mais en même temps, je n’avais pas envie de cacher le fond bleu. Alors j’y suis allée pour des lignes verticales interprétées, grossièrement tracées, qui laissent paraître des portions de fond.
Il n’était pas prévu que du bleu soit visible entre l’écran couvert de lignes verticales, le tableau de sélection des postes, et l’habitacle de l’appareil. Je me suis trompée dans mes calculs quant aux proportions, sans surprise aucune, alors j’obtiens un téléviseur encore plus interprété.
– Que fais-tu ?, est venu me demander mon mari, constatant que j’étais collée sur ma chaise depuis plusieurs heures et que je ne semblais pas à la veille de me lever.
– Une télévision !, me suis-je exclamée. Je l’adore !
Mon mari a regardé ma toile. Il a voulu dire quelque chose, mais il ne l’a pas dit. Il s’est contenté de me dire qu’il était sur le point de me dire quelque chose qu’il ne me dirait pas, finalement.
miresrc– Dis-le s’il te plaît !, lui ai-je demandé.
– Bien… a-t-il commencé. Pourquoi n’as-tu pas représenté l’Indien de Radio-Canada, à la place des lignes verticales ?
– Wow ! Quelle bonne idée !
– J’ai l’impression qu’il est trop tard ? a-t-il ajouté.
– Pas si je me lance dans un diptyque !, ai-je répondu.
Ce sera au prix de nombreuses difficultés, cela dit. C’est nettement plus compliqué que les lignes verticales !

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Jour 522

étudeLignes

Étude de lignes, horizontales, verticales, diagonales.

Je disais à Bibi, à la Brûlerie du Roy dans le vacarme de la machine à torréfaction, qu’il y avait, dans la biographie que je suis en train de lire de Michel Legrand, une photo de la mère de Michel. Elle s’appelle Marcelle. Sur cette photo, on dirait non pas Marcelle mais Jocelyne, ma mère. Bibi m’a dit que la même chose lui était arrivée, dans un autre livre. Alors nous avons convenu d’apporter nos livres à notre prochaine rencontre, pour le plaisir réciproque de faire connaître à l’autre notre découverte.
Des micro-événements comme ceux-là, des événements de rien du tout, si on peut, même, parler d’événements, me font toujours plaisir.
– C’est vrai, vais-je me dire au moment de me rendre à notre prochaine rencontre, il ne faut pas que j’oublie mon livre.
La plupart du temps, compte tenu qu’il s’agit d’un événement sans aucune importance, je n’oublie pas d’y penser. Lorsqu’il s’agit en revanche de penser à traîner avec moi la clef de mon véhicule, parce que ce dernier est garé dans la cour d’un commerce à Baie St-Paul et que je me rends le récupérer, eh bien j’oublie d’apporter la clef. Et bien entendu, je m’en rends compte sur place, une fois arrivé le moment d’ouvrir la portière !
On pourrait conclure que je ne m’intéresse pas tellement à ce qui est important. En tout cas, je m’intéresse énormément à ce qui ne l’est pas.
Lors d’un récent séjour en Abitibi, j’ai passé une heure dans une friperie avec une amie de Denauzier qui est en train de devenir tranquillement mon amie aussi. J’y ai acheté pour 2$ un pantalon de nylon bleu, couvert à l’intérieur d’une sorte de polar très doux, et chaud. Je le portais le week-end dernier au chalet. Au hasard d’un mouvement, j’ai découvert que la jambe droite, à la hauteur du mollet, donc à l’arrière, est couverte d’une petite poche dans laquelle on peut réellement insérer quelque chose, il ne s’agit pas juste d’un élément décoratif. Si on y insère une clef, cela étant, il faut s’arranger pour ne pas la perdre dans la neige… Un mouchoir ? Il se trouve alors pas mal loin du nez… Une collation, ou un porte-bonheur, me semble appropriés. Toujours est-il que je me suis exclamée de joie. Mon mari a été déçu, il pensait que j’avais aperçu un orignal ! Quand il a réalisé que mon sparage était causé par une poche cousue à un endroit inhabituel, il m’a prise dans ses bras et m’a embrassée…
J’ai l’impression que je m’intéresse à ces choses insignifiantes parce que je n’ai pas l’intelligence de décoder les choses signifiantes. Ni l’énergie. Je suis par définition paresseuse. Et pas très forte. Les choses signifiantes m’apparaissent lourdes et costaudes. Je me demande, par exemple, comment ça se fait que la France est aux prises avec ses gilets jaunes. Je me demande, plus précisément, comment ça se fait qu’elle est le lieu d’une révolte, et pas l’Amérique. Est-ce que ça pourrait être une question d’espace accessible, de densité de population ? Et une question géographique, l’Europe subissant les pressions à la fois de l’Asie, de l’Afrique, et de l’Amérique ? Est-ce que ça se pourrait qu’il ne se produise presque rien demain samedi 8 décembre ?

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Jour 523

macaroniBonbon

Achevée le 5 décembre 2018.

Je suis allée à la librairie du centre commercial de Joliette pour y acheter le livre de recettes végétariennes Plenty. Je voulais l’offrir en cadeau à Noël. J’avais téléphoné et le livre s’y trouvait. En l’ouvrant et en tombant par hasard sur une série de plusieurs recettes à l’aubergine, je n’ai plus eu envie de l’acheter. Pourtant, j’adore l’aubergine.
– C’est pour ça que le livre porte ce titre !, me suis-je exclamée intérieurement, c’est un jeu de mot avec Eggplant !
J’ai déjà cuisiné, à l’époque de ma vie d’autrefois, ce qu’on appelle un caviar d’aubergine. Les photos du livre me rappelaient ce caviar –une espèce de boue brunâtre– que j’avais trop parfumé d’huile de sésame et qui m’avait donné mal au cœur. J’ai donc refermé le livre et sans m’attarder davantage je suis ressortie de la librairie.
Il me restait encore un peu de temps avant ma rencontre avec Bibi à la Brûlerie du Roy. Je me suis dirigée vers la pharmacie en marchant d’un bon pas, or en arrivant devant celle-ci et en vérifiant quelle heure il était précisément, je me suis rendu compte que je devais vite retourner à ma voiture pour ne pas faire attendre Bibi. Quand j’ai pénétré dans la Brûlerie, elle m’attendait effectivement, mais depuis quelques minutes seulement. Il ne restait pas beaucoup de places de libres, alors nous nous sommes assises à proximité de la grosse machine de torréfaction qui fonctionnait à plein régime, dans un vacarme de décibels. Nous avons partagé une petite heure de placote puis je suis allée nourrir papa, il était rendu cinq heures.
Papa a tout mangé mais les yeux presque fermés car la lumière l’éblouissait. Il n’a presque pas parlé. Comme d’habitude, nous avons fait une petite promenade au rez-de-chaussée. Je l’ai quitté il était six heures trente.
– Dans la période qui précède Noël, ai-je pensé en regagnant ma voiture, les magasins sont peut-être encore ouverts.
C’est ainsi que je suis retournée au centre commercial où se trouve la pharmacie. Il faut dire que cela ne constitue pas un détour, je passe devant de toute façon pour atteindre la route 131 qui me ramène à la maison. J’ai ainsi pu fouiner à ma guise en prenant mon temps, et à force de fouiner j’ai trouvé un cadeau qui remplace le livre de recettes.
Puis je suis rentrée à la maison. Je me suis assise à côté de mon mari dans le fauteuil qu’il affectionne et qui n’est pas assez grand pour deux. Nous avons d’une chose à l’autre écouté la suite du film qui était commencé. En me relevant à une pause publicitaire pour aller prendre de l’eau, j’ai eu l’impression de ne pas aller bien. Pendant la nuit, j’ai dormi comme un loir. Et ce matin, je dirais que l’impression est en train de se transformer en conviction de couver un quelconque virus de la grippe…

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Jour 524

macaroniBonbon

Photo ratée à cause du flash.

Finalement, j’y suis allée pour du blanc, aux extrémités des macaronis noirs. Du blanc tracé au crayon gel, cela permet plus de précision qu’un pinceau. Avec cette nouvelle touche de couleur, bien que le blanc, je pense, ne soit pas considéré comme une couleur, mes coudes, maintenant, font moins penser à des macaronis qu’à des bonbons. Des bonbons en forme de coudes, j’y pense tout d’un coup, c’est le cadeau idéal, à l’approche de Noël, pour remercier un plombier. Vouloir commercialiser mon produit, je pourrais créer des assortiments dans des sachets de papier transparent, le type de sachets dans lesquels on achète des madeleines aux pâtisseries fines, parés d’un ruban bleu, ou rouge, pour les refermer. Certains sachets contiendraient plus de coudes bleus, d’autres plus de marrons, et ainsi de suite, dans l’idée de tendre vers des sachets tous différents.
La saveur serait traditionnelle pour les coudes noirs, à savoir la réglisse, quand les extrémités blanches seraient à saveur de guimauve. Traditionnelle également la saveur des coudes bruns, qui serait celle du fudge, mais quel pourrait bien être l’ingrédient qui donnerait aux extrémités une couleur sarcelle ? Sans surprise, les coudes bleus seraient à saveur de bleuets, et leurs extrémités à saveur de fraises. C’est trop banal, ça ne va pas avec l’originalité de l’idée. Il faudrait que les coudes aux bleuets soient rehaussés d’une poudre de betterave rouge, tiens, un choix qui se justifie d’autant naturellement que la betterave est sucrée par définition.
Il manquait m’a-t-il semblé un élément qui traverserait avantageusement l’ensemble des coudes bonbons, pour qu’on n’ait pas l’impression qu’ils soient déposés sur un fond plat, sans vie. J’étais à la recherche d’un deuxième niveau de sens qui a pris la forme d’une espèce de ruban rose rehaussé d’une bordure violette. Ce ruban m’a occupée une bonne partie de l’après-midi, mais plus ça allait, plus je doutais de sa pertinence. J’ai fini par en effacer une bonne partie avec un linge humide.
Enfin, j’ai peint une bordure, dans l’esprit d’un encadrement, en mélangeant des couleurs dorées et cuivrées, et en m’efforçant de n’obtenir aucune bordure de la même largeur.
J’aime assez le résultat et je compte ne pas retoucher à cette toile à court terme. Elle nous tient compagnie dans la salle à manger.

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Jour 525

version2Macaronis

État de la situation le 4 décembre 2018.

Voici où j’en suis avec mes macaronis. Les bruns à saveur de marrons ont reçu leurs extrémités de couleur sarcelle, mais les noirs à saveur d’encre de seiche sont toujours dépourvus d’extrémités, parce que la couleur « or vert » que j’avais apportée au chalet –car c’est au chalet que je me trouvais ces quatre derniers jours–, était presque translucide. Elle ne paraissait pas sur le noir, même appliquée en deux couches. J’ai voulu ajouter du blanc à cette couleur translucide, mais j’avais oublié mon contenant de blanc à la maison. Je me suis tournée vers un peu de rouge, ayant peu de tubes à ma disposition, mais tout au plus le rouge a-t-il pris une légère nuance terracotta.
Sur la table de la cuisine qui était déjà très encombrée d’affaires, allant de mitaines de motoneige à une pelote de ficelle, de vise grip à une petite pile de livres que j’avais apportés –comme si j’allais être capable de les lire tous en quatre jours–, il y avait un beau contenant jaune de moutarde French. Je me suis dit pourquoi pas, et j’en ai versé dans mon mélange terracotta. Il n’a pas changé de couleur après une première quantité, alors j’en ai mis un peu plus, idem pas de changement, et j’en ai mis un peu plus encore, idem à peine un adoucissement de la nuance.
– C’est drôle, a alors dit mon mari qui était à l’autre bout de la pièce, ça sent la moutarde tout d’un coup.
Je n’ai rien répondu, absorbée que j’étais à mon brassage de substance qui prenait un aspect de plus en plus grumeleux. Je trouvais intéressant que la texture change, mais c’est d’une couleur pimpante dont j’avais besoin et je ne l’obtenais pas.
– Je continuerai à la maison, me suis-je dit en allant jeter le mélange à la poubelle, événement rarissime car je n’aime pas gaspiller.
Je me suis alors tournée vers mon nouveau livre, acheté sur un coup de tête, une biographie de Michel Legrand écrite par Stéphane Lerouge, J’ai le regret de vous dire oui. Le livre me fait constater, une fois de plus, à quel point on est différent des autres humains quand on naît avec le génie musical. Il semble qu’une substance magique circule dans les veines des musiciens. Une substance semblable circule peut-être dans les veines d’artistes de génie appartenant à d’autres domaines artistiques –architecture, cinéma, danse, littérature, peinture, théâtre…–, mais la substance magique spécifique à la musique m’impressionne énormément. C’est peut-être parce que j’ai passé quatre ans de ma vie au conservatoire à fréquenter des élèves brillants, doués, qui nageaient joyeusement dans les septièmes augmentées, qui inversaient encore les neuvièmes juste pour le plaisir de les inverser, quand mon crawl, que dis-je, ma brasse, et même, plus juste encore, ma nage du chien me maintenait dans les limites d’une tierce simple en do majeur !

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Jour 526

macaronis

Macaronis aux trois saveurs.

Voici les macaronis de ma nouvelle série Pâtes alimentaires. Certains lecteurs se souviennent peut-être de la première toile de cette série, couverte de spaghettis. Il ne s’agit pas tant de spaghettis, d’ailleurs, que de tagliatelles. Je me suis rendu compte de mon erreur après coup.
Ici, on ne peut pas se tromper, ces petits coudes sont des macaronis. Quoique. Le mot macaroni désignerait aussi des pâtes courtes, non arrondies, selon les informations que je trouve sur Internet. Et même, sur certains sites que j’ai consultés, on appelle « macaronis » des pâtes –non arrondies !– pouvant aller jusqu’à 6 cm, ce n’est pas si court que ça.
J’ai travaillé hier les macaronis bleus, afin qu’ils soient agrémentés d’extrémités rouges. On pourrait penser qu’il s’agit de macaronis farcis aux poivrons rouges, comme les olives –vertes.
Dans la même ligne de pensée, je vais bientôt ajouter des extrémités de couleur « sarcelle » aux pâtes brunes, et de couleur « or vert » aux pâtes noires. Je reprends ici, en les traduisant, les mots qui sont imprimés sur mes tubes d’acrylique, à savoir Teal et Green Gold. De moi-même, j’aurais plutôt écrit que les extrémités vont devenir d’une part turquoise (pâtes brunes), et d’autre part bronze (pâtes noires).
Les pâtes noires sont à saveur de caviar. On peut en commander sur Internet, elles proviennent le plus souvent de l’Ukraine. Je pense qu’on peut aussi en trouver dans certaines boutiques spécialisées –quand on habite une grande ville. Qu’on les commande ou qu’on les achète dans quelque commerce, elles reviennent cher, bien entendu. Qui dit caviar dit « Mets la main dans ta poche » –une expression de mon père.
Les pâtes brunes sont à saveur de marrons. Elles ne se vendent guère qu’en période des fêtes. Il est fréquent qu’à Noël, à défaut de dinde aux marrons traditionnelle chez nos amis français, et peut-être suisses, on choisisse de servir des pâtes aux marrons, nappés d’une sauce à la crème. On n’ajoute pas de parmesan, semble-t-il, car il altère alors la délicatesse de cette sauce.
Les pâtes bleues, elles, sont à saveur d’encre de seiche. Elles font souvent l’objet de discussions qui ne trouvent pas de consensus. Certains, en effet, considèrent que l’encre dont se sert la seiche pour se protéger de ses prédateurs n’est pas bleue, mais noire. Je constate qu’avec les années, sans doute pour faire plaisir au plus grand nombre de consommateurs possible, les pâtes bleues sont de moins en moins bleues, elles tirent de plus en plus sur le noir, tout en ne tirant pas « tant que ça » sur le noir, car il y aurait alors conflit d’intérêt avec les vraies noires, celles à saveur de caviar. Il faut savoir que ces histoires de couleur sont réglementées au sein des compagnies qui produisent ces produits.

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Jour 527

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Balançoire à bascule. Dans mon jeune temps, il n’y avait pas de pneu amortisseur de choc sous le siège. 

Voilà qui est étrange. Dans mon rêve, je découvrais une espèce de mansarde qui allait rendre service à feu Christopher Jackson pour ses activités artistiques. C’était flatteur pour mon ego d’avoir été celle qui faisait cette découverte. Les gens me demandaient si je n’allais pas faire valoir que j’étais à l’origine de cette trouvaille et je répondais par la négative, je n’en voyais pas l’intérêt. La maisonnette était jaune mais tirait sur la couleur des pansements Band-Aid. Cela rendait le jaune moins joyeux. En explorant les environs, je me retrouvais subitement assise sur une longue poutre métallique. Le contexte était pour le moins inattendu : j’étais assise à une extrémité de la poutre dans les airs, pendant qu’un jeune homme qui m’était étranger était à l’autre extrémité près du sol, comme sur une balançoire à bascule. Il était mince, peut-être maigre, pourtant je n’arrivais pas à redescendre de mon pseudo piédestal, comme s’il faisait le double de mon poids. Nous nous regardions et il n’y avait pas d’émotion sur nos visages. Je ne savais pas si je devais le craindre, et je ne savais pas moi-même si je ressentais quelque chose, la peur, par exemple, de rester ainsi perchée pendant trop longtemps. J’oubliais dans quelle situation je me trouvais. Pensive, je laissais errer mon regard à l’horizon, puis quand il retombait sur le jeune homme, en bas, je me rappelais que j’étais sur la poutre et dans l’impossibilité d’en descendre. Pour ne rien arranger, nous surplombions une zone couverte d’eau assez profonde. Donc, quand j’ai écrit un peu plus haut que le jeune homme était en bas près du sol, il faut comprendre qu’il était au-dessus de la nappe d’eau sans être pour autant mouillé. Je finissais par me demander, en voulant régler le problème, quand est-ce que cette situation allait se terminer, quand est-ce que j’allais pouvoir récupérer ma mobilité. C’est alors que la poutre s’inclinait pour me laisser descendre, et je constatais que j’avais pied dans le fond de l’eau. Ce que j’appelle le fond de l’eau était ici une surface de béton, comme si nous étions dans un sous-sol inondé, en plein air. Comme si nous étions dans les fondations d’un projet de maison qui n’aurait jamais vu le jour. Nous nous exclamions, le jeune homme et moi, que ç’avait été facile de nous sortir de ce mini-pétrin. Puis, en enjambant un des murets de la fondation pour me retrouver sur la terre ferme, je me faisais, toujours dans mon rêve, la réflexion suivante : YES !, je sais quoi écrire sur mon blogue aujourd’hui !

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