Je commence à me sentir dans l’esprit des fêtes. C’est à cause de mon mari qui nous prépare des Bloody Caesar en apéro. Je me rappelle qu’en 2016, la particularité alcoolisée de notre temps des fêtes avait lieu au moment du digestif, nous buvions chacun une Chartreuse. En 2017 nous étions plus tranquilles parce que respectant notre diète cétogène. En 2018, alors que je cuisine le plus possible sans glucides, nous nous permettons d’en consommer dans l’alcool.
Mes recettes, aussi, me mettent dans l’esprit des fêtes. J’ai dû différer d’une journée le moment de faire le pâté de foie, car il faut d’abord faire tremper le foie dans du lait pendant huit heures au réfrigérateur, selon ma recette. Ce n’est que ce matin que je me suis lancée dans l’aventure, après bien plus que huit heures de trempage, le triple, en fait, vingt-quatre heures. Comme j’ai l’art de me casser la tête avec des questions insolubles, j’ai passé ces vingt-quatre heures à me demander si je ne devrais pas ajouter de la gélatine à la recette. Me plongeant, inexorablement, dans mon passé, je me suis rappelé que l’amoureux de mon jeune temps avait fait du pâté de foie maison, à un Noël, or le pâté s’était avéré, quoique délicieux, beaucoup trop mou. Il se mangeait mieux à la cuiller que tartiné sur un craquelin. Si j’ajoute de la gélatine, me suis-je aussi demandé, comment savoir quelle est la quantité requise en fonction de la quantité de pâté obtenue ? Et quel doit être le rapport de la solution ? Une cuillerée à thé, ou à table, pour un quart de tasse, ou une demi-tasse d’eau froide ? Ou tiède ?
Toutes les réponses me sont venues ce matin. J’ai passé plus d’une heure à essayer de broyer puis malaxer la mixture : autrement dit, nul besoin de gélatine, le mélange est déjà très solide. Mon fidèle mélangeur électrique Sunbeam commençait à avoir son voyage. Il a fallu que je retire la moitié de la mixture de son contenant de verre, et que j’ajoute du liquide dans chaque moitié résultante. J’ai ajouté autant d’alcool, du whisky, que d’eau. Cela dit, à la fin de l’exercice, n’ayant plus la concentration nécessaire, et ayant mal au bras à force de remuer le mélange à la cuiller de bois entre deux pulsions de l’appareil en sélectionnant la puissance la plus élevée, j’ai ajouté trop d’eau. Il en a résulté un mélange trop mou, comme celui de mon amoureux il y a quarante ans. Pour l’épaissir, j’ai ajouté des noix de Grenoble, puis tant qu’à faire, et cela n’a rien à voir avec la consistance du pâté, une gousse d’ail. Et pas de gélatine !
Finalement, ce n’est qu’au moment de manger le pâté, le 25 au soir, que je découvrirai si c’est bon ou pas. Le mélange sera servi avec mes sablés salés au pesto. Ça aussi, je saurai seulement le 25 au soir si c’est bon ou pas. Je pourrais tricher et manger des deux, pâté et sablés, avant le 25. J’imagine qu’il y a une part de moi qui aime entretenir le suspense.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories
Je prends de l’avance en prévision des fêtes de Noël. Avant-hier, j’ai fabriqué de la pâte à biscuits au pain d’épice. Pour obtenir une saveur significative, j’ai utilisé de la racine de gingembre râpée à la place de la poudre, et j’ai opté pour du poivre de cayenne en bonus. La recette suggère d’étendre la pâte avec un rouleau, après l’avoir réfrigérée au moins trois heures, et de la tailler avec des emporte-pièces. Si les emporte-pièces représentent des petits bonhommes, on peut les décorer avec un mélange d’eau et de sucre à glacer. Ça prend une douille, par exemple, pour la décoration. On peut ainsi mettre des colliers de perles aux biscuits féminins, ou encore des cols claudine, et des moustaches aux biscuits masculins, ou encore des cravates. Comme l’orientation sexuelle est moins cloisonnée qu’autrefois, on peut aussi décorer un même biscuit avec un collier de perles et une moustache, ou un col claudine et une cravate. Plus on décore le biscuit, cependant, plus il est sucré.




