Jour 497

Je dois dire qu’Emmanuelle était pas mal frigorifiée, lorsque nous nous sommes blotties sous les couvertures dans son grand lit. Je suis une mère impitoyable, je ne permets pas aux détails, aux considérations de second ordre, aux besoins du corps, de saboter l’enthousiasme et l’aventure.
– Maman, est-ce que tu vas dormir avec ta fille ?, m’a demandé ma fille ce même soir, ou plutôt en ce début de nuit.
– Non, ai-je répondu, je voudrais tester la sensation que donnent les draps de flanelle, dans le lit de la chambre « des invités ».
Et, comme pour l’autobus 51 que nous n’avons pas pris, je n’ai pas testé l’effet que procurent les draps de flanelle, ce sera pour la prochaine fois.
Le lendemain dimanche, j’ai passé pas mal de temps à essayer de placer dans le portefeuille que m’a donné Bibi les cartes que je possède, en fonction de leur importance. Les plus importantes sont ma carte de débit que j’utilise à toutes les sauces, et ma carte de points Métro. Après, je me suis cassé la tête avec les cartes de crédit que j’utilise rarement, mes cartes d’hôpital, mes autres cartes de fidélité, ma carte du Musée d’art contemporain –qui est la plus belle–, ma carte de la FADOQ, etc. J’ai aussi voulu m’appliquer du vernis à ongles, comme le faisait chouchou à côté de moi pendant qu’elle étudiait, mais j’ai laissé tomber.
– Maman, m’a dit Emma au bout d’un moment, je serais prête à regarder avec toi ma lettre de motivation.
Elle désire participer à un échange universitaire et doit soumettre une lettre dans laquelle elle explique pourquoi elle est intéressée par l’expérience de l’échange –en France– et pourquoi elle se sent à la hauteur du projet. Nous y avons travaillé pendant deux heures. Pas tellement plus tard, j’ai fait la route pour revenir à la maison. D’où il ressort qu’en cette journée de dimanche, je n’ai pas fait d’exercice autre que mental.
Lundi, j’ai fait un peu plus d’exercice parce que j’ai défait le sapin de Noël.
– M’encourages-tu à défaire le sapin ?, ai-je demandé le matin à mon mari.
– Tu ne voulais pas faire ça avec ta tante ?, m’a répondu mon mari.
– Oui, mais c’est trop compliqué à organiser. Je serais prête à m’en débarrasser là, là.
Et c’est ce que j’ai fait.
Le soir, nous sommes allés manger des huîtres et du spaghetti carbonara chez nos amis. Ce fut un régal. Nous comptions nous rendre à pied, c’est à un kilomètre en montant tout le temps, mais comme à chaque fois que nous comptons nous rendre à pied quelque part, le téléphone se met à sonner et nous retient à la maison jusqu’à ce qu’il devienne pressant de prendre le véhicule pour ne pas arriver en retard.
Le lendemain mardi, qui était hier, je me suis attelée à terminer le canard derrière le vitrail, et je l’ai fini, et pour faire cela je n’ai à peu près pas bougé de la journée.
D’où il s’avère qu’il était temps, aujourd’hui mercredi, que je bouge.
Demain jeudi, je ne bougerai pas beaucoup avec tantine, sauf monter et descendre de ma voiture pour aller chez tantine, monter et descendre de ma voiture pour aller au restaurant, monter et descendre de ma voiture pour aller du restaurant au Métro qui se trouve juste de l’autre côté de la rue, puis encore monter et descendre pour aller chez tantine et transporter les sacs, puis monter et descendre pour revenir à la maison.

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Jour 498

plateau-cru-lustucru

C’était excellent.

Finalement, j’ai volé du temps au génie créateur qui habite ma personne mais qui s’y tient si bien tapi qu’il peine à en sortir. Je suis allée, pour m’exprimer plus clairement, prendre de l’air. Je me suis rendue à la pharmacie à pied pour y faire un test de coagulation du sang. Le résultat est bas, mais dans ma cible.
Il était deux heures lorsque je me suis décidée. Je me suis donné un quart d’heure pour être dehors. Je me suis lavé le visage, je l’ai crémé, je me suis habillée pour affronter les bourrasques de neige, je suis allée chercher mon sac à dos dans un fond de garde-robe, j’y ai mis mon téléphone et mon portefeuille, j’ai vérifié qu’un mouchoir se trouvait déjà dans la poche de mon manteau, et je suis partie. J’ai rebroussé chemin avant d’avoir atteint la porte : j’avais oublié mes lunettes fumées.
Me voilà dehors, marchant, fière de moi, à deux heures vingt.
Pendant que j’appliquais minutieusement du brun entre mes masses jaunes, je me suis rendu compte que je n’avais pas fait d’exercice depuis samedi dernier. Samedi dernier, je suis allée avec ma fille et d’autres membres de ma famille souper au bar à tartares le Lustucru. Nous avons excessivement profité de tout, la facture salée étant une preuve à l’appui de cette affirmation. En sortant du restaurant, j’ai demandé à Emmanuelle si elle voulait que l’on rentre à pied. C’est quand même assez loin, le restaurant étant situé sur l’avenue du Parc à la hauteur de St-Joseph, et la maison dans le quartier Monkland de N.D.G. Et il faisait très froid.
– Non, a dit ma fille, nous allons marcher, mais seulement jusqu’à ce que l’autobus 51 arrive.
Nous avons d’abord emprunté l’avenue Laurier. Je la parcours à chaque fois avec un certain ravissement parce que les souvenirs de ma vie passée viennent me rattraper devant tel et tel établissements, pour ceux qui existent encore. Puis, nous avons atteint la Côte-Sainte-Catherine et, encore là, le souvenir de l’avoir empruntée en bicyclette un soir d’été, seule, passé minuit, il y a presque quarante ans, est venu me parcourir de frissons de plaisir. Habitée par ces réminiscences, d’autant que nous sommes passées plus loin devant l’université où j’ai travaillé plus de vingt-cinq ans, je n’en ai pas moins conversé avec ma fille et nous avons marché comme des bonnes, oubliant l’autobus.
En cours de route, nous sommes tombées sur des toiles destinées à la poubelle. Je me suis dit qu’une fois arrivée à la maison, je proposerais à Emma de venir les chercher en voiture. Nous les avons inspectées et elles étaient en bon état. En fait, je ne l’ai même pas proposé à Emma. Une fois devant la maison, je ne me suis pas dirigée vers l’escalier, mais vers ma voiture.
– Que fais-tu maman ?, m’a demandé chouchou.
– On va aller ramasser les toiles avant que quelqu’un d’autre que moi ne les ramasse, ai-je répondu, sans avoir le moindre doute sur la faisabilité de mon projet à deux. En ayant l’assurance, autrement dit, que ma fille accepterait de m’accompagner.
– D’accord, a-t-elle répondu en s’installant côté passager, comme si nous n’allions pas nous engouffrer dans une voiture glacée, à une heure avancée, dans des rues partiellement bloquées par l’énorme machinerie du ramassage de la neige.
Il n’y a qu’Emmanuelle pour ne pas trouver loufoques mes idées loufoques.

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Jour 499

rideaux-ouverts-1On dirait qu’il est tombé une petite neige pendant que je dormais. Les traces du chien qui vient flairer tous les jours autour de la maison sont couvertes d’une couche de sucre granulé. J’ai dormi de minuit à dix heures ce matin, sans interruption aucune. Je ne me rappelle pas des rêves que j’ai pu avoir faits pendant mon sommeil. À mon réveil, la pièce principale où nous passons le plus clair de notre temps était plutôt fraîche, il n’y faisait que 17 degrés. C’est ça qui arrive quand on chauffe au bois, quand le mari est parti à Calgary et qu’il n’est donc pas là pour alimenter le feu aux petites heures du matin, car il se réveille tôt. Heureusement, il restait encore quelques braises et j’ai pu repartir le feu sans difficulté. Il fait d’ailleurs déjà vingt degrés et il est midi.
Nous avons une drôle de manière de chauffer la maison, cette année. Étant donné que nous avons vécu un deuxième dégât de suie causé par un mauvais fonctionnement de la fournaise à l’huile, nous ne chauffons plus à l’huile. Or, c’est l’huile qui fournit la chaleur à la nouvelle partie de la maison –où se situe la chambre à coucher–, construite il y a plus de dix ans, mais nouvelle quand même par rapport à la maison en tant que telle, construite il y a peut-être trente ans. Quand on est deux personnes sous les couvertures, il n’y a aucun problème. Mais pour m’assurer de ne pas avoir froid, étant seule, j’ai déposé une troisième couette sur le grand lit. Ça doit être pour ça que j’ai si bien dormi. Malgré que j’aie laissé les rideaux ouverts, il faisait sombre au-dessus de moi car trois couettes se faisaient compétition pour couvrir mes oreilles de même que mon champ de vision.
J’ai préparé mon environnement, hier en soirée, en prévision d’une journée intensive de peinture aujourd’hui. Je dispose de deux jours de solitude, qui seraient, dans le meilleur des mondes, deux jours de travail soutenu, mais demain est le jour J consacré à tantine. J’ai couvert la table de la salle à manger d’une nappe en plastique pour y travailler. Il fait en effet plus chaud dans la salle à manger que dans mon bureau. En ce moment, pinceaux et toile et couleurs attendent que je m’y mette. Je vais commencer par tracer des lignes brunes entre les masses jaunes de mon vase géant, pour ceux qui s’en souviennent. Ensuite, je ne sais pas ce vers quoi je vais me tourner.
Quand je travaillais à l’université, il m’arrivait de transformer mes week-ends en séances intensives de peinture. Je mangeais peu, puisque bougeant peu, et je m’en tenais au minimum pour les soins d’hygiène à apporter à ma personne. Comme si chaque minute consacrée à autre chose qu’à la pratique artistique –écriture et peinture– était une minute volée au génie créateur, comme si je ne désespérais pas d’être habitée un jour par un génie créateur de petite capacité.

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Jour 500

sarcelle

Canard sarcelle.

J’ai passé la journée sur mon canard bleu. Je considère que la toile est terminée. Un ami l’a vue qui l’a aimée. Il s’est exclamé que j’avais bien réussi mon effet de vitrail. J’ai tu, bien entendu, le parcours accidenté qui m’a menée au canard en me faisant emprunter la route des pâtes alimentaires.
Je ne me suis pas demandé si, peignant toute la journée, j’allais passer une bonne ou une mauvaise journée. Je me suis levée à 8 heures, je me suis versé un café et j’ai commencé à peindre dans la grande pièce où Denauzier était déjà installé. Je ne me suis rien demandé. Je voulais finir la toile, point final. Pourquoi aujourd’hui à tout prix ? Il n’y a pas vraiment de raison. Pour passer à d’autres projets artistiques, peut-être. Lesquels ? Je ne le sais même pas !
On aurait dit que j’étais à la veille de quitter la vie terrestre, pendant que je peignais, en ce sens que j’ai passé en revue à peu près toutes les personnes que j’ai rencontrées dans ma vie. Celles du lac des Deux-Montagnes, quand j’étais jeune et encore en couple avec Jacques-Yvan, celles qui agrémentent mon quotidien de bonne vieille retraitée tranquille à la campagne, celles qui travaillaient avec moi à l’université à Montréal, celles qui habitent la rue où est situé le duplex, à N.D.G., celles que j’ai connues récemment, en particulier mon amie belge, celles qui ont étudié avec moi en France, et en particulier ici ma tendre amie Estelle.
J’ai aussi été traversée plusieurs fois du sentiment étrange qui m’a habitée pendant mon rêve de la nuit dernière. Je mettais fin à une relation avec un homme qui a bel et bien fait partie de ma vie, quand j’étais dans la vingtaine. Il était clair à mon esprit que je devais le quitter parce que je ne l’aimais pas. Et je me rendais bien compte que, plus le temps passait, plus cet homme m’aimait. Le meilleur moyen de lui faire comprendre que notre relation était terminée était de m’exposer devant lui en compagnie de Denauzier. Denauzier était très occupé à solutionner un problème sur son ordinateur. Il était en train d’écrire à un collaborateur pour avoir des informations et ne levait pas le regard lorsque l’homme que je désirais quitter passait devant nous. Je faisais semblant de ne pas le regarder non plus, tout en tentant de m’assurer qu’il nous voyait. Puis, une surface glacée s’imposait dans mon champ de vision. Elle me donnait envie d’aller patiner, mais je ne me décidais pas à y aller, des fois que j’y rencontre l’homme que je voulais quitter, des fois que personne n’ait envie de patiner avec moi, des fois que le moindre de mes mouvements déconcentre Denauzier qui continuait à se casser la tête pour résoudre des problèmes insolubles.

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Jour 501

patins

L’amie a porté mes patins. J’ai porté les patins trop grands d’un ami de Denauzier.

Après le patin, nous avions un souper chez des amis, d’autres amis. Denauzier et moi avions préparé du vin chaud, et moi seule du pâté de foie, du gâteau aux bananes et un cheesecake sans cheese. On remplace l’effet fromage Philadelphia par des noix de cajou non rôties et non salées trempées dans de l’eau pendant 24 heures et ensuite broyées au mélangeur électrique. C’est dur pour le mélangeur, j’avoue, il a fallu que je m’y reprenne plusieurs fois, raclant les parois du mélangeur à chaque fois. C’était néanmoins très réussi. Il n’est rien resté du vin chaud, du pâté, du gâteau, et de l’autre gâteau. Cependant, l’amie Belge et moi avions notre patin dans le corps, alors le vin chaud nous a assommées et j’ai passé le reste de la soirée, une fois sur les canapés confortables, à fixer le pompon rouge au-dessus de ses mains croisées.
Mardi 8 janvier. Est-ce que ce serait la journée que nous avons fait de la raquette, la blancheur de la crème fouettée environnante extrayant des exclamations de ravissement de la bouche de l’amie qui fut patineuse le lendemain ? Et après les raquettes nous aurions joué aux cartes, les deux Belges et moi ? Et j’aurais fait des efforts de concentration pour jouer aussi bien qu’elles qui pouvaient se rappeler quelles cartes avaient été jetées et lesquelles ne l’avaient pas été ?
Lundi 7, journée papa. Habituellement c’est le mercredi, le jour papa, au moment du souper, en compagnie des Pattes. Les horaires des fêtes ont bousculé l’habitude et ce fut lundi. J’imagine que dans l’après-midi je suis restée tranquille à la maison à me remettre des excès de la veille.
La veille, dimanche 6. C’est facile, fête des Rois, soirée galette chez les amis encore. Galette précédée de nourriture tellement exquise qu’on n’était plus capables de s’arrêter. Mon mari en particulier semblait habité par l’irrépressible désir de profiter de tout.
– Connaissez-vous l’histoire de la tradition ?, ai-je demandé. Je l’ai déjà su mais je ne m’en rappelle que partiellement.
Certains y sont allés de l’hommage fait aux Rois Mages, mais je n’étais pas satisfaite des réponses.
– Savez-vous pourquoi le plus jeune se cache sous la table et désigne donc à l’aveugle à qui ira la part qui vient d’être coupée ?
– C’est pour que la fève soit attribuée sans tricherie !, s’est exclamé l’un de nous.
– Je sais, mais pourquoi sous la table, et pourquoi le plus jeune ?
– Parce qu’il peut aisément se glisser sous la table !, a rétorqué un autre de nous.
– Et c’est toi la plus jeune !, s’est exclamé un autre.
Alors, toujours aussi docile, je suis allée sous la table attribuer les parts en donnant le nom d’un convive au fur et à mesure qu’une nouvelle part était déposée dans une nouvelle assiette.
C’est mon mari qui fut couronné Roi. Mais nous étions tellement gloutons qu’une deuxième galette a été sortie, rebelote sous la table, et cette fois ce fut l’amie patineuse qui fut couronnée.

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Jour 502

Aujourd’hui 11 janvier, je pars pour Montréal avec une des amies belges. Nous allons dormir chez chouchou, dernière nuit américaine pour l’amie qui prend l’avion le 12 pour Bruxelles. Ça adonne bien car Emma habite près de l’aéroport. J’écris nuit américaine et non nuit canadienne, et encore mieux québécoise, en référence au film de François Truffaut, bien entendu.
Jeudi 10, journée tantine. Il y avait du spécial en ce début d’année. Plutôt que de n’être que tantine et moi au restaurant, avant d’aller faire les courses, nous étions Bibi, les Pattes, Swiff et tantine et moi. Pour faire encore plus spécial, je n’ai pas commandé mon plat au menu du jour, mais à la carte en choisissant des ailes de poulet.
– Vous en voulez combien ?, m’a demandé la serveuse qui commence à nous connaître depuis le temps qu’on y va, surtout que tantine mentionne à chaque fois qu’il y a trop de frites dans les assiettes.
– Je vous avertis, elles sont très épicées, a précisé la serveuse. Sur une échelle de dix, je dirais qu’elles se situent à huit.
Ça doit vouloir dire quatre point cinq, ai-je pensé, et j’avais raison.
– Je vais en prendre huit, ai-je répondu.
– Prends-en plus, on va y goûter, a dit Swiff.
– Alors j’en commande douze, ai-je rectifié.
– Prends-en plus, a mentionné les Pattes, vas-y pour seize. Oh ! et puis vas-y donc pour vingt. On va tous en prendre.
– J’en commande donc vingt, ai-je conclu auprès de la serveuse.
Ce passage de mon récit est très révélateur de notre dynamique familiale : je ne suis pas celle qui décide, mais celle qui obéit ! Je suis aussi celle qui se distingue des autres, sans le vouloir, comme en témoigne l’assiette d’ailes que la serveuse a déposée en plein milieu de la table, à la disposition du groupe, faisant en sorte que tout le monde avait une assiette devant soi sur son napperon, sauf moi.
En bout de ligne, et pour une des rares fois de mes journées passées avec tantine, je suis rentrée à la maison en fin d’après-midi en ayant assez faim pour envisager de souper, ce que nous avons fait Denauzier et moi à 21 heures. Nous avons préparé un spaghetti carbonara en suivant la recette de notre ami non belge qui a cependant hébergé les deux Belges. Ç’aurait été parfait si je n’avais pas mis le double de la quantité requise de pâtes. Encore là, il s’agit d’un sabotage inconscient, comme celui d’avoir appliqué du jaune sur mes lignes grillages couvrant le canard bleu sarcelle. Les pâtes étaient quand même délicieuses, à tel point que mon mari a apporté le reste au chalet où il passe le week-end avec ses amis hommes.
Mercredi 9 fut une journée exquise. L’amie que je ramène à Montréal et moi sommes allées patiner sur l’anneau de glace du lac Pierre, nous avons fait trois fois le parcours de l’anneau. Dans un sens, puis dans l’autre, puis dans le premier sens mais en vitesse. L’amie est très en forme, alors j’ai pu suivre derrière mais ce fut exigeant. Au cours des deux premiers tours patinés plus lentement, nous avons placoté. L’amie ne dit pas Placoter mais Papoter. Je lui ai demandé si les Belges prononçaient Bruxelles, ou Brusselles. Et je pense, car j’ai la mémoire de plus en plus courte, que les Français prononcent m’a-t-elle dit Bruxelles, mais les Belges Brusselles.

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Jour 503

papillonsrenne

Renne et Papillons.

Pour me donner un style européen, j’ai porté hier soir, lors de notre souper entre amis, mon foulard Papillons acheté aux Îles-de-la-Madeleine. Je l’ai noué de manière à ce qu’il me réchauffe le cou et crée de la vie sur la surface austère de mon pull noir à encolure en V. Au cours de la soirée, je suis allée à la salle de bains et j’en ai profité pour replacer l’étoffe, de manière à ce qu’elle embellisse l’encolure dans un savant mélange d’élégance et de négligence.
Avant de nous quitter, nous étions sept autour de la table, nous avons pris quelques photos sur lesquelles, le replacement de l’étoffe devant le miroir de la salle de bains ayant eu lieu depuis un bout de temps, le foulard s’approche d’un effet bavoir, comme on en fait porter aux enfants ou alors aux aînés dans les CHSLD. Mes lecteurs ne peuvent donc pas constater, par le truchement de la photo ci-dessus, à quoi ressemble le mouvement du foulard, de quelle manière il tombe et enjolive ma tenue, lorsqu’il est bien et fraîchement placé. À tel point, d’ailleurs, qu’une des amies de notre groupe m’a demandé en début de soirée de nouer le foulard qu’elle portait pour qu’il produise sur elle l’effet que produisait le mien sur moi. Mais le sien étant trop court à la fois en largeur et en longueur, je n’ai pas réussi à la satisfaire.
Tout cela pour en venir à ceci : je voulais me donner un air européen par solidarité pour la nationalité belge de deux de nos amies d’hier. Il doit y avoir en moi un gène qui m’incite à me comporter tel le caméléon qui se camoufle dans son environnement. Cela étant, mon foulard et mes vêtements noirs et mon style européen tranchent en titi, par leur sérieux, avec le caractère enjoué du pull Renne d’une des amies ! Après le repas, nous sommes allés nous asseoir au salon, sur des fauteuils confortables. L’amie qui portait le pull Renne a croisé ses mains juste en-dessous du pompon et j’ai passé le restant de la soirée, à chaque fois que mon regard se posait sur elle, à me demander pourquoi elle tenait dans ses mains une pelote de laine.

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