Jour 500

sarcelle

Canard sarcelle.

J’ai passé la journée sur mon canard bleu. Je considère que la toile est terminée. Un ami l’a vue qui l’a aimée. Il s’est exclamé que j’avais bien réussi mon effet de vitrail. J’ai tu, bien entendu, le parcours accidenté qui m’a menée au canard en me faisant emprunter la route des pâtes alimentaires.
Je ne me suis pas demandé si, peignant toute la journée, j’allais passer une bonne ou une mauvaise journée. Je me suis levée à 8 heures, je me suis versé un café et j’ai commencé à peindre dans la grande pièce où Denauzier était déjà installé. Je ne me suis rien demandé. Je voulais finir la toile, point final. Pourquoi aujourd’hui à tout prix ? Il n’y a pas vraiment de raison. Pour passer à d’autres projets artistiques, peut-être. Lesquels ? Je ne le sais même pas !
On aurait dit que j’étais à la veille de quitter la vie terrestre, pendant que je peignais, en ce sens que j’ai passé en revue à peu près toutes les personnes que j’ai rencontrées dans ma vie. Celles du lac des Deux-Montagnes, quand j’étais jeune et encore en couple avec Jacques-Yvan, celles qui agrémentent mon quotidien de bonne vieille retraitée tranquille à la campagne, celles qui travaillaient avec moi à l’université à Montréal, celles qui habitent la rue où est situé le duplex, à N.D.G., celles que j’ai connues récemment, en particulier mon amie belge, celles qui ont étudié avec moi en France, et en particulier ici ma tendre amie Estelle.
J’ai aussi été traversée plusieurs fois du sentiment étrange qui m’a habitée pendant mon rêve de la nuit dernière. Je mettais fin à une relation avec un homme qui a bel et bien fait partie de ma vie, quand j’étais dans la vingtaine. Il était clair à mon esprit que je devais le quitter parce que je ne l’aimais pas. Et je me rendais bien compte que, plus le temps passait, plus cet homme m’aimait. Le meilleur moyen de lui faire comprendre que notre relation était terminée était de m’exposer devant lui en compagnie de Denauzier. Denauzier était très occupé à solutionner un problème sur son ordinateur. Il était en train d’écrire à un collaborateur pour avoir des informations et ne levait pas le regard lorsque l’homme que je désirais quitter passait devant nous. Je faisais semblant de ne pas le regarder non plus, tout en tentant de m’assurer qu’il nous voyait. Puis, une surface glacée s’imposait dans mon champ de vision. Elle me donnait envie d’aller patiner, mais je ne me décidais pas à y aller, des fois que j’y rencontre l’homme que je voulais quitter, des fois que personne n’ait envie de patiner avec moi, des fois que le moindre de mes mouvements déconcentre Denauzier qui continuait à se casser la tête pour résoudre des problèmes insolubles.

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Jour 501

patins

L’amie a porté mes patins. J’ai porté les patins trop grands d’un ami de Denauzier.

Après le patin, nous avions un souper chez des amis, d’autres amis. Denauzier et moi avions préparé du vin chaud, et moi seule du pâté de foie, du gâteau aux bananes et un cheesecake sans cheese. On remplace l’effet fromage Philadelphia par des noix de cajou non rôties et non salées trempées dans de l’eau pendant 24 heures et ensuite broyées au mélangeur électrique. C’est dur pour le mélangeur, j’avoue, il a fallu que je m’y reprenne plusieurs fois, raclant les parois du mélangeur à chaque fois. C’était néanmoins très réussi. Il n’est rien resté du vin chaud, du pâté, du gâteau, et de l’autre gâteau. Cependant, l’amie Belge et moi avions notre patin dans le corps, alors le vin chaud nous a assommées et j’ai passé le reste de la soirée, une fois sur les canapés confortables, à fixer le pompon rouge au-dessus de ses mains croisées.
Mardi 8 janvier. Est-ce que ce serait la journée que nous avons fait de la raquette, la blancheur de la crème fouettée environnante extrayant des exclamations de ravissement de la bouche de l’amie qui fut patineuse le lendemain ? Et après les raquettes nous aurions joué aux cartes, les deux Belges et moi ? Et j’aurais fait des efforts de concentration pour jouer aussi bien qu’elles qui pouvaient se rappeler quelles cartes avaient été jetées et lesquelles ne l’avaient pas été ?
Lundi 7, journée papa. Habituellement c’est le mercredi, le jour papa, au moment du souper, en compagnie des Pattes. Les horaires des fêtes ont bousculé l’habitude et ce fut lundi. J’imagine que dans l’après-midi je suis restée tranquille à la maison à me remettre des excès de la veille.
La veille, dimanche 6. C’est facile, fête des Rois, soirée galette chez les amis encore. Galette précédée de nourriture tellement exquise qu’on n’était plus capables de s’arrêter. Mon mari en particulier semblait habité par l’irrépressible désir de profiter de tout.
– Connaissez-vous l’histoire de la tradition ?, ai-je demandé. Je l’ai déjà su mais je ne m’en rappelle que partiellement.
Certains y sont allés de l’hommage fait aux Rois Mages, mais je n’étais pas satisfaite des réponses.
– Savez-vous pourquoi le plus jeune se cache sous la table et désigne donc à l’aveugle à qui ira la part qui vient d’être coupée ?
– C’est pour que la fève soit attribuée sans tricherie !, s’est exclamé l’un de nous.
– Je sais, mais pourquoi sous la table, et pourquoi le plus jeune ?
– Parce qu’il peut aisément se glisser sous la table !, a rétorqué un autre de nous.
– Et c’est toi la plus jeune !, s’est exclamé un autre.
Alors, toujours aussi docile, je suis allée sous la table attribuer les parts en donnant le nom d’un convive au fur et à mesure qu’une nouvelle part était déposée dans une nouvelle assiette.
C’est mon mari qui fut couronné Roi. Mais nous étions tellement gloutons qu’une deuxième galette a été sortie, rebelote sous la table, et cette fois ce fut l’amie patineuse qui fut couronnée.

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Jour 502

Aujourd’hui 11 janvier, je pars pour Montréal avec une des amies belges. Nous allons dormir chez chouchou, dernière nuit américaine pour l’amie qui prend l’avion le 12 pour Bruxelles. Ça adonne bien car Emma habite près de l’aéroport. J’écris nuit américaine et non nuit canadienne, et encore mieux québécoise, en référence au film de François Truffaut, bien entendu.
Jeudi 10, journée tantine. Il y avait du spécial en ce début d’année. Plutôt que de n’être que tantine et moi au restaurant, avant d’aller faire les courses, nous étions Bibi, les Pattes, Swiff et tantine et moi. Pour faire encore plus spécial, je n’ai pas commandé mon plat au menu du jour, mais à la carte en choisissant des ailes de poulet.
– Vous en voulez combien ?, m’a demandé la serveuse qui commence à nous connaître depuis le temps qu’on y va, surtout que tantine mentionne à chaque fois qu’il y a trop de frites dans les assiettes.
– Je vous avertis, elles sont très épicées, a précisé la serveuse. Sur une échelle de dix, je dirais qu’elles se situent à huit.
Ça doit vouloir dire quatre point cinq, ai-je pensé, et j’avais raison.
– Je vais en prendre huit, ai-je répondu.
– Prends-en plus, on va y goûter, a dit Swiff.
– Alors j’en commande douze, ai-je rectifié.
– Prends-en plus, a mentionné les Pattes, vas-y pour seize. Oh ! et puis vas-y donc pour vingt. On va tous en prendre.
– J’en commande donc vingt, ai-je conclu auprès de la serveuse.
Ce passage de mon récit est très révélateur de notre dynamique familiale : je ne suis pas celle qui décide, mais celle qui obéit ! Je suis aussi celle qui se distingue des autres, sans le vouloir, comme en témoigne l’assiette d’ailes que la serveuse a déposée en plein milieu de la table, à la disposition du groupe, faisant en sorte que tout le monde avait une assiette devant soi sur son napperon, sauf moi.
En bout de ligne, et pour une des rares fois de mes journées passées avec tantine, je suis rentrée à la maison en fin d’après-midi en ayant assez faim pour envisager de souper, ce que nous avons fait Denauzier et moi à 21 heures. Nous avons préparé un spaghetti carbonara en suivant la recette de notre ami non belge qui a cependant hébergé les deux Belges. Ç’aurait été parfait si je n’avais pas mis le double de la quantité requise de pâtes. Encore là, il s’agit d’un sabotage inconscient, comme celui d’avoir appliqué du jaune sur mes lignes grillages couvrant le canard bleu sarcelle. Les pâtes étaient quand même délicieuses, à tel point que mon mari a apporté le reste au chalet où il passe le week-end avec ses amis hommes.
Mercredi 9 fut une journée exquise. L’amie que je ramène à Montréal et moi sommes allées patiner sur l’anneau de glace du lac Pierre, nous avons fait trois fois le parcours de l’anneau. Dans un sens, puis dans l’autre, puis dans le premier sens mais en vitesse. L’amie est très en forme, alors j’ai pu suivre derrière mais ce fut exigeant. Au cours des deux premiers tours patinés plus lentement, nous avons placoté. L’amie ne dit pas Placoter mais Papoter. Je lui ai demandé si les Belges prononçaient Bruxelles, ou Brusselles. Et je pense, car j’ai la mémoire de plus en plus courte, que les Français prononcent m’a-t-elle dit Bruxelles, mais les Belges Brusselles.

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Jour 503

papillonsrenne

Renne et Papillons.

Pour me donner un style européen, j’ai porté hier soir, lors de notre souper entre amis, mon foulard Papillons acheté aux Îles-de-la-Madeleine. Je l’ai noué de manière à ce qu’il me réchauffe le cou et crée de la vie sur la surface austère de mon pull noir à encolure en V. Au cours de la soirée, je suis allée à la salle de bains et j’en ai profité pour replacer l’étoffe, de manière à ce qu’elle embellisse l’encolure dans un savant mélange d’élégance et de négligence.
Avant de nous quitter, nous étions sept autour de la table, nous avons pris quelques photos sur lesquelles, le replacement de l’étoffe devant le miroir de la salle de bains ayant eu lieu depuis un bout de temps, le foulard s’approche d’un effet bavoir, comme on en fait porter aux enfants ou alors aux aînés dans les CHSLD. Mes lecteurs ne peuvent donc pas constater, par le truchement de la photo ci-dessus, à quoi ressemble le mouvement du foulard, de quelle manière il tombe et enjolive ma tenue, lorsqu’il est bien et fraîchement placé. À tel point, d’ailleurs, qu’une des amies de notre groupe m’a demandé en début de soirée de nouer le foulard qu’elle portait pour qu’il produise sur elle l’effet que produisait le mien sur moi. Mais le sien étant trop court à la fois en largeur et en longueur, je n’ai pas réussi à la satisfaire.
Tout cela pour en venir à ceci : je voulais me donner un air européen par solidarité pour la nationalité belge de deux de nos amies d’hier. Il doit y avoir en moi un gène qui m’incite à me comporter tel le caméléon qui se camoufle dans son environnement. Cela étant, mon foulard et mes vêtements noirs et mon style européen tranchent en titi, par leur sérieux, avec le caractère enjoué du pull Renne d’une des amies ! Après le repas, nous sommes allés nous asseoir au salon, sur des fauteuils confortables. L’amie qui portait le pull Renne a croisé ses mains juste en-dessous du pompon et j’ai passé le restant de la soirée, à chaque fois que mon regard se posait sur elle, à me demander pourquoi elle tenait dans ses mains une pelote de laine.

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Jour 504

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Canard sans pattes. Ou Canard cent pattes, en exagérant un peu…

C’est à cause d’elle, ma toile ci-contre, que je n’ai pas écrit ces derniers jours. Je voulais la terminer avant de la mettre en ligne, et je voulais la mettre en ligne dans le prochain texte que j’allais écrire. Mais c’est trop long et je ne dois quand même pas m’arranger pour n’écrire qu’en février, et pour peindre –au pinceau mince à poils courts– dans un sentiment d’urgence. Donc, j’en publie la photo aujourd’hui le 9 janvier 2019, bien que ne l’ayant pas encore finie. Il me reste des masses à couvrir de jaune dans la partie du haut. Ça ne paraît pas sur la photo, mais ça paraît sur la toile en tant que telle. Il me reste aussi à couvrir toutes les lignes d’une dernière couche de leur couleur noire, marron, bleue.
Il n’y a pas de mots pour exprimer à quel point cette transformation –car il s’agit de ma feue toile Spaghettis— m’a exposée à de multiples difficultés. Pour résumer en quelques mots, même si je viens d’affirmer qu’aucun ne saurait être à la hauteur, je dirai simplement que dans un geste de sabotage inconscient, j’ai couvert de jaune toute la partie supérieure de la toile, faisant ainsi disparaître mes spaghettis ! Il a fallu que je retrace patiemment chacun d’eux. Retraçant ceux qui étaient noirs, j’ai dû essuyer en vitesse la couleur noire qui se répandait sous l’effet de l’humidité du pinceau, car j’ai eu la brillante idée d’ajouter de la gouache à l’acrylique. Je ne me doutais pas que la gouache allait s’étendre, d’autant que le problème ne s’est pas posé lors de l’application des premières couches. Je me doutais encore moins que j’allais échapper la toile dans la neige –car je l’ai apportée au chalet. À ce stade des dégâts, j’ai failli abandonner la toile au complet. Pour finir, j’ai aussi manqué de bleu, un bleu que j’avais obtenu en mélangeant probablement des restants de tubes. J’ai essayé de reproduire une couleur semblable, qui n’est pas si semblable au final, mais au moins je dirai que la nouvelle couleur bleue des spaghettis me plaît davantage que la première.
C’est plus intéressant de déceler un canard de couleur sarcelle derrière les lignes, que de n’être en face que de lignes qui se rencontrent sans rien révéler d’autre.
– On dirait, m’a dit mon mari lorsque je lui ai montré ma toile transformée, un canard derrière un grillage.
– C’est en plein ça !, me suis-je exclamée, enchantée qu’il soit possible de discerner la forme du volatile au premier regard.
– Devrais-je lui faire des pattes ?, ai-je voulu vérifier. Cela m’oblige à couvrir une partie des lignes du grillage.
– À ta place, je n’en ferais pas. C’est déjà bien assez chargé.
– Mais si j’en fais, ça couvre les lignes du grillage et ça devient moins chargé ?, ai-je répliqué.
Toujours est-il que je n’en ai pas fait.

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Mes macaronis vont rester tels quels.

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Grille d’égout et pavés.

Mes lecteurs se rappellent peut-être que j’ai aussi peint des macaronis. Ils vont rester tels quels, je les aime comme ils sont. J’ai pensé les retravailler pour représenter la forme de l’Hexagone, par solidarité pour les gilets jaunes, pour Emmanuel –qui porte le même prénom que ma fille– et pour les maintenant foulards rouges. Mon idée n’a pas tenu la route au-delà d’une journée. Si je devais faire une autre toile cependant en lien avec mes macaronis, dans l’esprit d’un diptyque, je pourrais me laisser tenter par une grille pour les égouts. L’idée, je le sais, peut sembler saugrenue, mais il n’empêche que lorsque je regarde mes macaronis, je pense à une telle sorte de grille. À suivre.
Plusieurs autres activités, bien entendu, m’ont éloignée de mon blogue, en ce début d’année.

 

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Jour 505

bélier

Je ne sais pas trop ce que réserve 2019 aux natifs du signe bélier. Je souhaite personnellement que la terre continue de tourner à peu près normalement…

J’entame l’année 2019 les mains dans la pâte : nous avons tellement de restes de dinde que j’essaie de l’écouler sous forme de pâtés. La pâte est au frigo en ce moment et doit y refroidir une petite heure avant d’être roulée.
Papa était friand des pâtés au poulet, à la viande, au saumon, des tartes au sucre, aux raisins, aux pommes. Il en achetait régulièrement à la boulangerie de Sainte-Marcelline.
– C’est la première fois de ma vie, ai-je dit tout à l’heure à ma belle-fille, que je fais de la pâte à tarte. Je pourrai dire que j’en aurai fait avant mes soixante ans, dans trois mois !
Pour être plus précise, c’est la première fois, il me semble, que je fais de la pâte à tarte de manière traditionnelle, avec de la farine blanche et du beurre froid, de l’eau glacée et du vinaigre. J’ai souvenir d’avoir travaillé des pâtes disons alternatives faites à base de farine de blé, ou d’amande, mélangée à de l’huile d’olive, pour obtenir des résultats pas tellement convaincants.
J’ai aussi entamé l’année en dormant comme un loir jusqu’à onze heures ce matin pour me remettre des excès des fêtes.
J’ai terminé l’année, donc hier, en patinant en après-midi sur le lac Pierre avec des membres de la famille de Denauzier. Nous avons tellement aimé l’expérience que nous voulons en faire une tradition annuelle, avant la réunion familiale à laquelle tout le monde participe, chez nous, aux alentours de 17 heures.
J’ai entamé l’année, en début d’après-midi, en allant marcher sur les pistes que trace Denauzier avec sa motoneige, dans la forêt derrière la maison. C’est exigeant pour le cœur car dès qu’on sort de la maison on s’attaque à une montée assez longue. J’adore me soumettre à cet exercice, et bien entendu je trouve que je ne m’y prête pas assez souvent, mais je ne désire pas commencer l’année en mentionnant ces choses qu’il me faudrait pratiquer davantage pour être plus en forme, etc.
Demain matin nous partirons au chalet à la Manawan. Autre manière de profiter de l’hiver et de l’air pur.
Dernière heure : j’ai obtenu de la pâte pour trois moules. J’ai déposé de la dinde en béchamel, des carottes cuites, des petits pois et du fromage entre les deux croûtes. J’ai fait cuire au four assez longuement car je n’ai pas réussi à amincir la pâte autant que je l’aurais voulu. Nous avons mangé une petite pointe chacun, ma belle-fille, Denauzier et moi.  C’était correct, sans plus. La pâte n’étant pas tout à fait assez cuite, j’ai remis les pâtés au four. Quand est venu le moment de ressortir les pâtés, il y en a un qui m’a glissé des mains et qui s’est écrasé sur le plancher en éclaboussant en masse les armoires et les tiroirs. Donc, j’ai aussi commencé l’année en échappant un pâté, mais ce n’est rien comparé à toutes ces autres choses qui m’échappent dans la vie sur une base quotidienne.

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Jour 506

liveSimplyJe suis allée magasiner avec Emmanuelle. Je me suis acheté un chandail à manches trois-quarts en tissu synthétique léger de couleur orange brûlé. À l’Aubainerie.
– Tu achètes ça maman ?, s’est étonnée Emmanuelle en me voyant tenir le vêtement à la main.
– Je l’adore ! Regarde, c’est écrit Live Simply, Be Grateful. C’est en plein moi ! En plus il est en solde. En plus il me change de mon style trop sérieux.
– C’est quétaine, acheter des vêtements sur lesquels sont imprimés des messages.
– Bof, quétaine, je ne peux pas dire que ça me dérange tellement.
Je porte ce chandail en ce moment. Ce n’est pas pratique les manches trois-quarts en hiver, quand on enfile une veste ou un veston sous le manteau pour avoir plus chaud : les manches trois-quarts plissent au-dessus du coude et restent bloquées là. J’arrive tout juste à les atteindre du bout des doigts pour les faire descendre, en passant difficilement la main dans les manches de mon veston.
Cela me fait penser à un de mes premiers dessins faits au fusain. Il représentait une nature morte, c’était un fanal déposé sur une table et une plante à côté. Trouvant que la plante ressemblait davantage à un chapeau de paille qu’à une plante, j’avais écrit sur le dessin, en belles lettres attachées : Comme un joli chapeau.
La prof avait eu de la difficulté à réprimer une moue.
– On n’écrit rien sur une toile ou un dessin, à moins d’avoir atteint un certain niveau de reconnaissance qui permet d’enfreindre les règles, avait-elle commenté.
Tant que je dessinais ma plante, le nez penché sur le papier, je ne me rendais pas compte qu’elle ressemblait à un chapeau. Je m’en étais rendu compte en m’en éloignant. J’avais voulu partager ma découverte en écrivant ces quelques mots, mais faisant cela, je soulignais une interprétation possible au détriment des autres.
C’est probablement quétaine, en fait, d’écrire des interprétations possibles sur les toiles. C’est ce que je trouve de plus mystérieux dans la vie, les règles qui régissent les œuvres picturales, parce que je n’en saisis pas la nécessité. Je respecte les règles du code de la route pour ne pas me blesser, ou blesser quelqu’un d’autre, ou devoir faire réparer ma voiture –et me battre avec la compagnie d’assurances. Mais le respect des règles quand on peint une toile, c’est une autre paire de manches (trois-quarts).

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