Jour 490

tassesmugléchés

Douze tasses douze couleurs.

J’ai installé mes tasses sur le mur ce matin. Je les aime beaucoup. Elles dégagent de l’énergie et de la joie de vivre à cause des couleurs. J’y ai travaillé toute la journée d’hier, ou presque. Je m’étais installée dans la grande pièce bien chauffée, pour plus de confort. Dans cette grande pièce, se trouve la télévision que Denauzier fait fonctionner toute la journée, du lever au coucher. Quand le son m’incommode, j’appuie sur le bouton Mute de la télécommande et on n’entend plus rien. Hier, j’étais trop paresseuse pour me lever et aller appuyer sur Mute, ou trop prise par ma toile, alors j’ai laissé faire le son. Je me rappelle que les émissions suivantes ont défilé pendant lesquelles je peignais : un peu de Salut bonjour, un peu de Ça finit bien la semaine –c’est un peu énervant à écouter parce que ça crie et ça rit fort–, la reprise du Tricheur, les informations de TVA avec notre ami Mario Dumont avant le bulletin en tant que tel présenté par Pierre Bruneau. Est-ce un film qui suit immédiatement, en après-midi ? C’était Un bon cru avec Russell Crowe et la belle Marion Cotillard. Je ne sais plus ce qui vient après le film, parfois ce sont des publicités très longues sur des produits Starfrit mais je ne me rappelle pas les avoir vu passer hier. Je me rappelle qu’il y a eu un soap –qui existe semble-t-il depuis quarante ans et qui a le mot Amour dans le titre–, et un autre soap, Top modèle, dont je me rappelle du titre parce que papa l’écoutait dans ses dernières années avant d’habiter au CHSLD. Puis ce furent encore les nouvelles mais sans Mario et peut-être avec Denis Lévesque ?, avant le bulletin en tant que tel présenté encore ici par Pierre Bruneau. Vient ensuite Le tricheur mais pas celui de la semaine dernière, puis District 31. Denauzier l’a écouté, et moi aussi à côté de lui, car c’était le dénouement d’une énigme autour d’un policier qui séquestre des femmes dans son sous-sol. Puis je pense que ç’a été Le bon docteur que Denauzier écoute aussi, puis J.E. qui portait cette semaine sur la disparition de la Sherbrookoise Édith Blais (je me suis demandé comment elle faisait pour payer ses frais de subsistance pendant ses déplacements en Afrique). Mon mari est monté se coucher avant le bulletin de nouvelles de fin de soirée. J’ai continué ma toile espérant venir à bout de ma dernière tasse récalcitrante, la rouge, en bas à gauche, récalcitrante parce que l’acrylique que j’ai utilisée, d’une marque nouvelle que je ne rachèterai pas, ne couvre pas. Au bout d’un moment, j’ai considéré que j’avais fini. J’ai pris une photo de ma toile pour la mettre en ligne sur Facebook en espérant quelques réactions de mes amis, puis après un brin de toilette je suis allée me coucher aussi, il était autour de 22 heures. Je me suis réveillée ce matin à 9:30, ça fait presque 12 heures de sommeil. Est-ce que ça veut dire que c’est exigeant physiquement de passer une journée à peindre ? Ou mentalement ?

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Jour 491

tassesmug

12 tasses, 12 couleurs, acrylique sur toile 16"X20"

J’ai fait le contraire de ce que j’ai écrit dans mon texte précédent. J’ai peint, même si ça ne me tentait pas. Après avoir écrit que rien ne me tentait et m’être rabattue sur le thème fétiche des vêtements pour noircir les lignes du Jour 492, je suis allée faire le tour des toiles qui décorent les murs de la maison. Je me suis demandé quelles seraient celles qui resteraient en place si je décidais d’organiser en début d’été prochain une journée Portes ouvertes pour vendre ma production. Il était clair que la toile qui est maintenant couverte de 12 tasses n’allait pas être vendue telle qu’elle était encore mardi dernier. Je l’ai décrochée du mur et cessé sans plus tarder l’évaluation des autres toiles. Je ne me suis pas posé de question. Apercevant sur un papier de soie, qui traînait dans mes affaires, le croquis de quatre tasses empilées l’une sur l’autre, je me suis dit :
– Je vais faire ça, quatre tasses empilées de format géant, de manière à couvrir toute la surface de la toile.
J’avais encore à l’esprit qu’il m’a fallu un an et demi pour aboutir de ma toile grand format à l’arrière-plan numéroté. Je voulais que pour une fois les résultats soient plus immédiats, et pour qu’ils le soient il ne faut pas que je réfléchisse. J’ai aussitôt commencé à dessiner sur papier une colonnette de quatre tasses, mais je m’y perdais avec mon format géant, je n’étais plus capable d’évaluer correctement les proportions. Alors j’ai tourné mon papier de côté de manière à utiliser le verso, et j’y suis allée pour une colonnette plus petite. À l’œil, j’ai évalué que j’allais être capable de placer trois colonnettes sur ma toile, en format paysage. C’est ce qui est arrivé. Donc j’ai dessiné les quatre tasses sur le papier, découpé mon dessin en suivant les lignes du contour, et tracé ensuite trois fois sur ma toile le contour de ma colonnette. J’ai toute ma journée, aujourd’hui jeudi, pour embellir mes tasses avec un mélange d’acrylique et d’eau. Je ne les couvrirai pas entièrement de couleur, je désire conserver le souvenir de l’ancienne toile au centre de chacune des tasses. À cette étape, cela dit, l’œil, du moins le mien, doit se forcer pour discerner les douze tasses, alors je vais faire en sorte qu’elles se dégagent davantage du fond vert foncé.
J’ai donc démarré ce projet de tasses avant-hier mardi. Je n’ai pu y travailler hier mercredi, pas davantage que je n’ai pu écrire, car trop d’événements m’ont accaparée entre la coiffeuse, tantine, les courses, le Chromino, papa et, surtout, compte tenu du temps que j’y ai consacré, la route à petite vitesse sur la glace vive. Je suis rentrée à la maison à 19:30 et rien ne me tentait d’autre que relaxer, assise à côté de mon mari.

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Jour 492

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J’adore. Sobre. Ligne asymétrique des boutons à l’avant. Manches longues et amples.

Je ne comprends pas comment ça se fait qu’après avoir travaillé sur une toile, je ne suis pas prête à me lancer dans une autre. Je dois attendre que l’envie, l’inspiration se manifestent. Parfois ça prend des semaines. Si je peins pendant ces semaines que ça ne me tente pas, je peins sans passion, sans feu, je suis une peintre sur le pilote automatique. Je suis animée pour la peinture d’un petit feu sacré intermittent, en fin de compte.
C’est dommage que ce feu soit à peine sacré, si petit et intermittent, parce que je n’ai rien au programme aujourd’hui. J’aurais pu consacrer la journée à créer un nouveau tableau. Pas un grand format, mais peut-être un petit.
Quand je ne sais pas ce dont j’ai envie, comme c’est le cas en ce moment, pas envie d’écrire, ni de lire, ni d’aller dehors –j’attends l’après-midi–, ni de peindre, ni de cuisiner, je creuse je creuse pour essayer de nommer une chose qui m’inspire, et ce qui se présente à mon esprit est associé, encore et toujours, aux vêtements.
C’est étrange parce que je ne suis pas une grande consommatrice, je ne passe pas tellement de temps dans les magasins ou les friperies, je ne connais rien aux tendances, je n’ai aucune référence en ce qui concerne la mode, je suis rarement séduite par ce que je vois dans les revues, je m’habille toujours de la même manière, un peu à la garçonne en hiver avec des pantalons chauds achetés il y a mille ans à La Cordée, une chemise à manches longues, en coton ou en lin, boutonnée jusqu’au cou, des chaussures à talons plats. Jamais de fanfreluches, d’ornements girly comme dirait ma fille, d’imprimés agités qui vont dans tous les sens. Que du sobre.
– Tu t’habilles comme une petite fille, m’a dit une fois la tante de Denauzier.
– Tu t’habilles tellement n’importe comment, m’a dit une fois un collègue de l’université, que je n’ose plus t’inviter à dîner, je ne sais jamais dans quelle atricure tu vas arriver.
Je dois reconnaître que c’est vrai. Il m’arrive de penser à certains de mes pseudo agencements de tenue, du temps que je travaillais, et de me demander avec effroi aujourd’hui comment ai-je pu autant manquer de jugement sur le plan vestimentaire. Je me souviens du regard estomaqué d’une collègue à une réunion importante où nous étions une vingtaine autour de la grande table quand elle m’avait vue arriver. Je portais un haut d’été extensible sans manche de couleur gomme balloune sur un gros chandail d’hiver en tricot blanc cassé.
Je me souviens aussi qu’à une étape difficile de ma vie je me couchais épuisée, je m’endormais immédiatement, pour me réveiller systématiquement trois heures plus tard, et ne plus redormir. Pour me réconforter, m’apaiser, m’empêcher d’angoisser, je passais en revue dans ma tête les vêtements que je possédais. À cette époque, je ne possédais que des vêtements gris, et en très petit nombre. Je pense en particulier à un pantalon Mavi et à une veste de laine achetée à la boutique Divine sur l’avenue Laurier dont le col était en fausse fourrure. Une veste de mémère en fait, à motif de côtes, boutonnée à l’avant de haut en bas, dotée d’une bande étroite de la même laine que je nouais à la taille en guise de ceinture. Une fois qu’elle avait froid, j’avais emmitouflé Emmanuelle dans cette veste qui lui descendait jusqu’aux pieds et j’avais eu un choc en constatant à quel point le gris et les tons neutres de la fausse fourrure lui allaient admirablement au teint. Je suis habitée par un feu sacré, intense et constant, quand il est question de ma fille.

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Jour 493

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Avec un Oumf! de jeunesse

J’ai retouché récemment cette peinture faite il y a dix ans. Une espèce de tapisserie tranquille. Je lui ai donné un petit oumf! de jeunesse en rehaussant les formes çà et là d’un trait de crayon gel blanc. Encore une fois, ça ne paraît pas tellement sur la photo. J’ai fait cette toile au chalet de St-Alphonse, du temps que j’y habitais avec François. Il venait de recevoir ses traitements de radiothérapie et essayait de se refaire des forces. Nous avions eu un printemps hâtif et je m’étais installée pour peindre dehors au soleil quelques jours de suite, profitant que les bibittes ne soient pas encore arrivées.
Puis, par je ne sais quel enchaînement d’événements, la toile s’est retrouvée dans la chambre à coucher de papa, à Joliette où il habitait à côté de chez Bibi. Il y avait sur le mur la toile installée à la verticale, rien d’autre autour, et juste en-dessous de la toile, le lit simple de papa, couvert d’une couverture de laine à motif à carreaux dans lesquels prédominait le noir. C’était très zen, les aménagements intérieurs chez papa, épuré, minimaliste. On avait l’impression d’entrer dans la chambre d’un moine. Papa est en CHSLD depuis plus d’un an maintenant et j’ai récupéré ma tapisserie tranquille.
Ce samedi, nous avons un souper les quatre enfants seulement, à savoir Swiff, les Pattes, moi et Bibi. Je me nomme avant de nommer Bibi, même si ce n’est pas poli, dans l’idée de respecter l’ordre des naissances, du plus jeune à la plus vieille. C’est mon frère les Pattes qui a initié cet événement. Nous avons eu une première édition de ce souper là où il habitait il y a deux ans, puis une deuxième édition l’an dernier là où il habitait –qui n’était pas le même endroit que l’année d’avant–, et cette année nous allons nous retrouver pour la troisième édition là où il vient d’aménager. Lors de la deuxième édition, pour ceux qui s’en souviennent –bien que ce soit impossible tellement c’est anodin, sans intérêt et perdu dans un tas d’innombrables autres anecdotes–, j’avais apporté un pudding à base de caroube et de graines de chia et Bibi, regardant le dessert, avait dit qu’elle n’était pas capable de se mettre ça dans la bouche et Swiff en avait profité pour dire Moi non plus ! C’est ici, au Jour 692.
Comme il n’est pas cuisinier, les Pattes va nous servir des brochettes achetées déjà marinées, m’a-t-il dit. Comme il n’est pas cuisinier (bis) et que ce sera, le lendemain de notre rencontre, l’anniversaire de Bibi, je vais apporter tout ce qu’il faut pour faire chez lui un gâteau en après-midi, avant l’arrivée de Swiff et de Bibi. Je vais aussi lui apporter une plante ou deux, car quand il déménage il laisse derrière lui les plantes que je lui donne. Mais surtout, pour revenir sur le thème de mes toiles illustres, je vais lui apporter la toile tapisserie qui était chez papa. Quand on arrive chez lui, dans le hall, un pan de mur offre sa surface, à côté de la porte d’entrée de son appartement, et il me semble que, suspendue à cet endroit, ma toile pourrait égayer le hall. Ça voudrait dire qu’elle serait suspendue dans un endroit public, à l’extérieur de son appartement, où seul circule cependant un public restreint. Quelqu’un de son édifice pourrait-il s’insurger qu’une telle toile soit à la vue ? Ça m’étonnerait. Quelqu’un de son édifice, dans le cas contraire, pourrait-il être séduit au point de voler la toile et de la cacher chez lui ? Ça m’étonnerait encore plus.

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Jour 494

chezchouchou

La tempête du 20 janvier 2019, vue de la fenêtre chez chouchou.

Avant même le départ de mon mari, je suis allée chercher la toile suspendue au mur et l’ai couchée à plat sur la table, en prévision de m’y mettre sans tarder.
J’ai commencé par tracer les tiges avec un vert vivifiant, en les dotant d’angles aigus fort improbables, pour faire changement de la prééminence des rondeurs. J’ai ensuite dessiné une feuille de plante imaginaire sur un bout de papier, j’ai découpé mon dessin avec des ciseaux, et j’ai tracé le contour du dessin avec un crayon feutre partout où je voulais qu’il y ait des feuilles sur la toile. Comme ça, mes feuilles sont toutes pareilles. J’ai couvert d’une autre sorte de vert la surface de chaque feuille et décoré celles-ci avec des lignes tracées au crayon gel, avec des points gros comme une tête d’épingle, et avec des morceaux de serviettes de table déposés sur l’acrylique encore humide. J’ai passé les heures consacrées à l’enjolivure de mes feuilles à me dire que j’étais bizarrement constituée, puisque de loin on n’allait rien voir des lignes fines et des points minuscules. Je ne me suis pas arrêtée de les tracer pour autant.
Dans l’intervalle, il s’est mis à faire très froid et je devais ne pas oublier d’alimenter le foyer pour ne pas geler. J’ai travaillé intensément le mardi soir, et le mercredi toute la journée et toute la soirée. Puis encore le jeudi matin, jusqu’à ce que je me rende compte qu’il était rendu 10:30 et que j’étais en retard pour aller chercher tantine. Il s’en est suivi un parcours pour aller chez elle au cours duquel j’ai roulé trop vite, et un parcours avec elle pour aller nourrir papa au cours duquel, m’a-t-elle dit, j’ai roulé en cowboy.
Le jeudi en fin d’après-midi après mes quelques heures passées avec tantine, tiges et feuilles existaient sur la toile dans le vide, si on peut dire, sans vase. Encore ici, j’ai procédé au moyen d’un dessin sur un papier plié en deux. J’ai dessiné une moitié de vase sur la double épaisseur de papier, et une fois celui-ci déplié, j’ai obtenu un vase aux deux moitiés identiques. Comme on nous apprend à l’école primaire dans les cours d’arts plastiques. J’ai tracé le contour du vase avec le crayon feutre sur la toile, et j’ai ensuite rempli la surface délimitée par ce contour en appliquant de l’acrylique avec mes doigts à toute vitesse, sans me préoccuper des couleurs. Pourquoi à toute vitesse ? Parce que m’être posé la moindre question, à propos des couleurs ou de l’éventualité d’un motif, je serais encore en train de me casser la tête.
Maintenant, si j’en étais capable, j’aimerais mettre une table ronde sous le vase, mais j’ai peur de tout gâcher parce que je ne maîtrise pas la perspective, d’une part, et que cela risque, d’autre part, de cacher le nombre total de mes masses, 2 665, qui apparaît en bas de la toile. Mon mari, à qui j’ai expliqué les difficultés que j’ai rencontrées –et qui est très patient– m’a suggéré de me pratiquer sur un papier en faisant des croquis pour obtenir une surface de table qui ne donne pas l’impression que le vase va glisser et tomber.
J’écris cette démarche beaucoup trop longue même si je sais qu’elle est sans intérêt pour mes lecteurs. Heureusement, j’ai sauté de grands bouts qui auraient rendu mon texte encore plus ennuyant, les avoir détaillés. Ce qu’il faut retenir finalement, et cela ne tient qu’en une phrase, c’est que mes projets prennent du temps à aboutir, il a fallu un an et demi dans le cas qui nous occupe aujourd’hui.
Au moment où j’écris ce texte, une nouvelle toile, de même format, m’attend sur la même table. Je vais la couvrir de tous mes restants d’acrylique –qui ont servi pour La force du nombre— et démarrer mon travail sur un fond coloré, comme je le fais tout le temps, et non sur une toile blanche. Je vais essayer de toutes mes forces de ne pas me lancer dans des minuties qui n’en finissent plus.
Un dernier mot par rapport à tantine : après avoir nourri papa, nous sommes allées acheter du poulet au comptoir de Joliette BBQ, trois choix du chef en boîtes, que nous avons mangé chez mon frère. Sur cette courte distance roulée pas vite dans la circulation de la ville, tantine a encore eu mal au cœur, d’où il ressort, je pense, qu’elle n’a pas eu mal au cœur à cause de ma conduite, mais parce qu’elle était trop affamée. Je terminerai, pour appuyer mes dires, en mentionnant que de chez mon frère à chez elle, alors qu’elle avait encore le ventre plein, elle a parlé comme une bonne dans la voiture, sans inconfort aucun.

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Jour 495

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La force du nombre, 53"X30", acrylique, crayons gel, papier.

Il y a 2 665 petites masses jaunes qui couvrent cette toile, toutes numérotées. Elles constituent l’arrière-plan en forme de cercles. La toile est suspendue au mur le long de l’escalier qui mène aux chambres à coucher. C’était en mai 2017 et d’ailleurs, à cette époque, j’ai mis en ligne un détail de cette toile, au Jour 854. Je la trouvais fade, ainsi couverte de son seul effet mosaïque. Je me suis longtemps demandé qu’est-ce que je voulais mettre à l’avant-plan.
Dans un premier essai effectué quelques mois plus tard, j’ai couvert le centre de la toile de taches noires protéiformes. Drôle d’idée, le noir. C’est ça le problème avec moi, je ne suis pas capable d’imaginer l’effet produit par un ajout sur une toile tant que je ne l’ai pas essayé. Je n’ai pas tardé à camoufler le noir par du violet, du sarcelle et du blanc, comme on peut le voir ci-contre. Ces trois couleurs ont l’avantage de créer de la vie. La toile a alors vécu dans la rencontre insipide d’un arrière-plan mosaïque et d’un avant-plan tricolore qui donnait l’impression d’être abandonné à lui-même.
Un soir que j’étais seule à la maison et que je cherchais à améliorer le pauvre sort de ma création, j’ai ajouté les cercles rouges qui forment une sorte d’essaim encore visible sur la photo. J’ai aussi fait d’autres essais, à d’autres moments, en parsemant la surface d’un effet tampon de la grosseur d’une bille qui n’est plus guère visible. Je pense que j’ai utilisé des boules de ouate pour obtenir cet effet. J’ai aussi collé du papier de soie sur lequel sont imprimés des flacons de parfum. Ces tentatives n’ont rien donné d’autre qu’une toile qui n’allait nulle part, couverte d’approches hétéroclites.
J’étais à la recherche d’une cohésion que je ne trouvais pas.
Puis, la semaine dernière, alors que Denauzier était à la veille de se rendre à Calgary, j’ai levé la tête en direction de la toile. Je pense que je me rendais au sous-sol, mettre du linge dans la machine à laver, et en cours de trajet mon regard s’est posé une microseconde sur la toile. C’est alors que je me suis demandé pourquoi je n’avais pas pensé à la couvrir d’un vase rempli de tiges vertes, décorées de feuilles étroites et élancées. Tout cela, le vase, les tiges vertes, les feuilles élancées, s’est imposé à mon esprit de manière très claire.

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Jour 496

Tantine et moi formons une bonne équipe en ce que nous sommes liées par un point commun : l’insensibilité à notre corps quand les circonstances ne tolèrent aucune défaillance. Je donne un exemple en remontant le temps. Nous sommes ce matin, je suis en train de peindre, je regarde ma montre, dix heures trente. Mince ! Je suis à nouveau, encore, une fois de plus, éternellement, en retard. J’appelle tantine, car le jeudi est le jour J réservé à tantine.
– Tantine, lui dis-je en parlant fort au téléphone parce qu’elle n’entend pas bien, je vais être en retard.
– Ah bon ! À quelle heure vas-tu arriver ? Tu m’avais dit onze heures moins quart.
– Je vais être chez toi à onze heures.
– Très bien, belle nièce, je t’attends.
Onze heures n’était pas réaliste, mais il faut parfois se fixer des objectifs irréalistes pour atteindre un semblant d’efficacité. Il aurait fallu que je réponde onze heures et quart, mais je ne voulais même pas m’entendre prononcer cette heure, car cela aurait signifié que nous serions en retard pour aller nourrir papa.
Habituellement, je nourris papa en compagnie des Pattes le mercredi soir. Mais cette semaine c’était spécial, je l’ai nourri ce midi jeudi en compagnie de tantine.
J’ai fait comme hier lorsque j’ai décidé d’aller marcher, mais en exagérant encore plus : au lieu de m’accorder quinze minutes de préparation, je m’en suis accordé cinq. J’ai donc sauté l’étape du lavage du visage et du crémage, mais ce n’était pas assez pour que je sois dans ma voiture en cinq minutes. J’y étais à dix heures cinquante-sept, selon l’horloge de mon tableau de bord.
– L’horloge a certainement de l’avance, me suis-je dit pour m’encourager.
J’ai voulu vérifier quelle heure il était sur ma montre bracelet, mais je me suis ravisée, cela allait me faire perdre du temps. J’ai roulé trop vite et dangereusement, j’ai même freiné dans une côte dans un tournant, et cela m’a fait perdre la maîtrise de mon véhicule pendant quelques secondes.
– C’est malin, me suis-je dit en me trouvant bien cocotte, une fois passées la frousse et la grosse chaleur qui vient avec.
Arrivée chez tantine, je me suis empressée de lui dire que nous étions en retard, en voulant l’inciter à cesser de caresser sa chienne et à se lever de son La-Z-Boy.
– Tu veux dire que tu es en retard, moi je ne le suis pas, a-t-elle répliqué.
– Tu as raison, mais dépêchons-nous quand même.
J’ai écourté le plus possible les exclamations sur le bel hiver que nous avons et sur la chance que nous avons d’habiter au Québec dans la nature si généreuse. Ce sont les exclamations habituelles de tantine dès qu’elle met le pied dehors. J’ai démarré sans tarder et j’ai roulé encore une fois un peu vite pour nous conduire à Joliette, mais pas si vite que ça, et la chaussée était sèche, contrairement à l’endroit où j’ai perdu la maîtrise de mon véhicule qui offrait une surface glacée. Il a fallu que je tournaille un peu pour dénicher une place de stationnement, qui s’est trouvée ne pas être à proximité du CHSLD.
– J’aurais dû déposer tantine devant l’édifice, me suis-je dit en déplorant ne pas y avoir pensé.
Quand nous nous sommes enfin immobilisées, tantine a été la première à sortir pour vomir en s’appuyant d’une main sur la portière tellement elle était chancelante !
– Tu n’es pas si cowboy d’habitude !, s’est-elle exclamée.
– Pardonne-moi, tantine, j’ai conduit trop vite, je suis désolée !
À ce moment précis de notre aventure, j’ai voulu ralentir le rythme, quitte à ne pas aller nourrir papa, ou à nous y rendre ne serait-ce que pour le dessert. Mais tantine n’écoute pas son corps, c’est mon affirmation de départ, alors hoquetant et tentant de reprendre son souffle, elle m’a dit de me dépêcher car il était presque midi.
Bien entendu, je nous ai épargné la montée des cinq étages par les escaliers. Nous avons pris l’ascenseur et sommes arrivées sur l’étage en même temps que les plateaux des repas.

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