Jour 496

Tantine et moi formons une bonne équipe en ce que nous sommes liées par un point commun : l’insensibilité à notre corps quand les circonstances ne tolèrent aucune défaillance. Je donne un exemple en remontant le temps. Nous sommes ce matin, je suis en train de peindre, je regarde ma montre, dix heures trente. Mince ! Je suis à nouveau, encore, une fois de plus, éternellement, en retard. J’appelle tantine, car le jeudi est le jour J réservé à tantine.
– Tantine, lui dis-je en parlant fort au téléphone parce qu’elle n’entend pas bien, je vais être en retard.
– Ah bon ! À quelle heure vas-tu arriver ? Tu m’avais dit onze heures moins quart.
– Je vais être chez toi à onze heures.
– Très bien, belle nièce, je t’attends.
Onze heures n’était pas réaliste, mais il faut parfois se fixer des objectifs irréalistes pour atteindre un semblant d’efficacité. Il aurait fallu que je réponde onze heures et quart, mais je ne voulais même pas m’entendre prononcer cette heure, car cela aurait signifié que nous serions en retard pour aller nourrir papa.
Habituellement, je nourris papa en compagnie des Pattes le mercredi soir. Mais cette semaine c’était spécial, je l’ai nourri ce midi jeudi en compagnie de tantine.
J’ai fait comme hier lorsque j’ai décidé d’aller marcher, mais en exagérant encore plus : au lieu de m’accorder quinze minutes de préparation, je m’en suis accordé cinq. J’ai donc sauté l’étape du lavage du visage et du crémage, mais ce n’était pas assez pour que je sois dans ma voiture en cinq minutes. J’y étais à dix heures cinquante-sept, selon l’horloge de mon tableau de bord.
– L’horloge a certainement de l’avance, me suis-je dit pour m’encourager.
J’ai voulu vérifier quelle heure il était sur ma montre bracelet, mais je me suis ravisée, cela allait me faire perdre du temps. J’ai roulé trop vite et dangereusement, j’ai même freiné dans une côte dans un tournant, et cela m’a fait perdre la maîtrise de mon véhicule pendant quelques secondes.
– C’est malin, me suis-je dit en me trouvant bien cocotte, une fois passées la frousse et la grosse chaleur qui vient avec.
Arrivée chez tantine, je me suis empressée de lui dire que nous étions en retard, en voulant l’inciter à cesser de caresser sa chienne et à se lever de son La-Z-Boy.
– Tu veux dire que tu es en retard, moi je ne le suis pas, a-t-elle répliqué.
– Tu as raison, mais dépêchons-nous quand même.
J’ai écourté le plus possible les exclamations sur le bel hiver que nous avons et sur la chance que nous avons d’habiter au Québec dans la nature si généreuse. Ce sont les exclamations habituelles de tantine dès qu’elle met le pied dehors. J’ai démarré sans tarder et j’ai roulé encore une fois un peu vite pour nous conduire à Joliette, mais pas si vite que ça, et la chaussée était sèche, contrairement à l’endroit où j’ai perdu la maîtrise de mon véhicule qui offrait une surface glacée. Il a fallu que je tournaille un peu pour dénicher une place de stationnement, qui s’est trouvée ne pas être à proximité du CHSLD.
– J’aurais dû déposer tantine devant l’édifice, me suis-je dit en déplorant ne pas y avoir pensé.
Quand nous nous sommes enfin immobilisées, tantine a été la première à sortir pour vomir en s’appuyant d’une main sur la portière tellement elle était chancelante !
– Tu n’es pas si cowboy d’habitude !, s’est-elle exclamée.
– Pardonne-moi, tantine, j’ai conduit trop vite, je suis désolée !
À ce moment précis de notre aventure, j’ai voulu ralentir le rythme, quitte à ne pas aller nourrir papa, ou à nous y rendre ne serait-ce que pour le dessert. Mais tantine n’écoute pas son corps, c’est mon affirmation de départ, alors hoquetant et tentant de reprendre son souffle, elle m’a dit de me dépêcher car il était presque midi.
Bien entendu, je nous ai épargné la montée des cinq étages par les escaliers. Nous avons pris l’ascenseur et sommes arrivées sur l’étage en même temps que les plateaux des repas.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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