Jour 494

chezchouchou

La tempête du 20 janvier 2019, vue de la fenêtre chez chouchou.

Avant même le départ de mon mari, je suis allée chercher la toile suspendue au mur et l’ai couchée à plat sur la table, en prévision de m’y mettre sans tarder.
J’ai commencé par tracer les tiges avec un vert vivifiant, en les dotant d’angles aigus fort improbables, pour faire changement de la prééminence des rondeurs. J’ai ensuite dessiné une feuille de plante imaginaire sur un bout de papier, j’ai découpé mon dessin avec des ciseaux, et j’ai tracé le contour du dessin avec un crayon feutre partout où je voulais qu’il y ait des feuilles sur la toile. Comme ça, mes feuilles sont toutes pareilles. J’ai couvert d’une autre sorte de vert la surface de chaque feuille et décoré celles-ci avec des lignes tracées au crayon gel, avec des points gros comme une tête d’épingle, et avec des morceaux de serviettes de table déposés sur l’acrylique encore humide. J’ai passé les heures consacrées à l’enjolivure de mes feuilles à me dire que j’étais bizarrement constituée, puisque de loin on n’allait rien voir des lignes fines et des points minuscules. Je ne me suis pas arrêtée de les tracer pour autant.
Dans l’intervalle, il s’est mis à faire très froid et je devais ne pas oublier d’alimenter le foyer pour ne pas geler. J’ai travaillé intensément le mardi soir, et le mercredi toute la journée et toute la soirée. Puis encore le jeudi matin, jusqu’à ce que je me rende compte qu’il était rendu 10:30 et que j’étais en retard pour aller chercher tantine. Il s’en est suivi un parcours pour aller chez elle au cours duquel j’ai roulé trop vite, et un parcours avec elle pour aller nourrir papa au cours duquel, m’a-t-elle dit, j’ai roulé en cowboy.
Le jeudi en fin d’après-midi après mes quelques heures passées avec tantine, tiges et feuilles existaient sur la toile dans le vide, si on peut dire, sans vase. Encore ici, j’ai procédé au moyen d’un dessin sur un papier plié en deux. J’ai dessiné une moitié de vase sur la double épaisseur de papier, et une fois celui-ci déplié, j’ai obtenu un vase aux deux moitiés identiques. Comme on nous apprend à l’école primaire dans les cours d’arts plastiques. J’ai tracé le contour du vase avec le crayon feutre sur la toile, et j’ai ensuite rempli la surface délimitée par ce contour en appliquant de l’acrylique avec mes doigts à toute vitesse, sans me préoccuper des couleurs. Pourquoi à toute vitesse ? Parce que m’être posé la moindre question, à propos des couleurs ou de l’éventualité d’un motif, je serais encore en train de me casser la tête.
Maintenant, si j’en étais capable, j’aimerais mettre une table ronde sous le vase, mais j’ai peur de tout gâcher parce que je ne maîtrise pas la perspective, d’une part, et que cela risque, d’autre part, de cacher le nombre total de mes masses, 2 665, qui apparaît en bas de la toile. Mon mari, à qui j’ai expliqué les difficultés que j’ai rencontrées –et qui est très patient– m’a suggéré de me pratiquer sur un papier en faisant des croquis pour obtenir une surface de table qui ne donne pas l’impression que le vase va glisser et tomber.
J’écris cette démarche beaucoup trop longue même si je sais qu’elle est sans intérêt pour mes lecteurs. Heureusement, j’ai sauté de grands bouts qui auraient rendu mon texte encore plus ennuyant, les avoir détaillés. Ce qu’il faut retenir finalement, et cela ne tient qu’en une phrase, c’est que mes projets prennent du temps à aboutir, il a fallu un an et demi dans le cas qui nous occupe aujourd’hui.
Au moment où j’écris ce texte, une nouvelle toile, de même format, m’attend sur la même table. Je vais la couvrir de tous mes restants d’acrylique –qui ont servi pour La force du nombre— et démarrer mon travail sur un fond coloré, comme je le fais tout le temps, et non sur une toile blanche. Je vais essayer de toutes mes forces de ne pas me lancer dans des minuties qui n’en finissent plus.
Un dernier mot par rapport à tantine : après avoir nourri papa, nous sommes allées acheter du poulet au comptoir de Joliette BBQ, trois choix du chef en boîtes, que nous avons mangé chez mon frère. Sur cette courte distance roulée pas vite dans la circulation de la ville, tantine a encore eu mal au cœur, d’où il ressort, je pense, qu’elle n’a pas eu mal au cœur à cause de ma conduite, mais parce qu’elle était trop affamée. Je terminerai, pour appuyer mes dires, en mentionnant que de chez mon frère à chez elle, alors qu’elle avait encore le ventre plein, elle a parlé comme une bonne dans la voiture, sans inconfort aucun.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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