Jour 492

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J’adore. Sobre. Ligne asymétrique des boutons à l’avant. Manches longues et amples.

Je ne comprends pas comment ça se fait qu’après avoir travaillé sur une toile, je ne suis pas prête à me lancer dans une autre. Je dois attendre que l’envie, l’inspiration se manifestent. Parfois ça prend des semaines. Si je peins pendant ces semaines que ça ne me tente pas, je peins sans passion, sans feu, je suis une peintre sur le pilote automatique. Je suis animée pour la peinture d’un petit feu sacré intermittent, en fin de compte.
C’est dommage que ce feu soit à peine sacré, si petit et intermittent, parce que je n’ai rien au programme aujourd’hui. J’aurais pu consacrer la journée à créer un nouveau tableau. Pas un grand format, mais peut-être un petit.
Quand je ne sais pas ce dont j’ai envie, comme c’est le cas en ce moment, pas envie d’écrire, ni de lire, ni d’aller dehors –j’attends l’après-midi–, ni de peindre, ni de cuisiner, je creuse je creuse pour essayer de nommer une chose qui m’inspire, et ce qui se présente à mon esprit est associé, encore et toujours, aux vêtements.
C’est étrange parce que je ne suis pas une grande consommatrice, je ne passe pas tellement de temps dans les magasins ou les friperies, je ne connais rien aux tendances, je n’ai aucune référence en ce qui concerne la mode, je suis rarement séduite par ce que je vois dans les revues, je m’habille toujours de la même manière, un peu à la garçonne en hiver avec des pantalons chauds achetés il y a mille ans à La Cordée, une chemise à manches longues, en coton ou en lin, boutonnée jusqu’au cou, des chaussures à talons plats. Jamais de fanfreluches, d’ornements girly comme dirait ma fille, d’imprimés agités qui vont dans tous les sens. Que du sobre.
– Tu t’habilles comme une petite fille, m’a dit une fois la tante de Denauzier.
– Tu t’habilles tellement n’importe comment, m’a dit une fois un collègue de l’université, que je n’ose plus t’inviter à dîner, je ne sais jamais dans quelle atricure tu vas arriver.
Je dois reconnaître que c’est vrai. Il m’arrive de penser à certains de mes pseudo agencements de tenue, du temps que je travaillais, et de me demander avec effroi aujourd’hui comment ai-je pu autant manquer de jugement sur le plan vestimentaire. Je me souviens du regard estomaqué d’une collègue à une réunion importante où nous étions une vingtaine autour de la grande table quand elle m’avait vue arriver. Je portais un haut d’été extensible sans manche de couleur gomme balloune sur un gros chandail d’hiver en tricot blanc cassé.
Je me souviens aussi qu’à une étape difficile de ma vie je me couchais épuisée, je m’endormais immédiatement, pour me réveiller systématiquement trois heures plus tard, et ne plus redormir. Pour me réconforter, m’apaiser, m’empêcher d’angoisser, je passais en revue dans ma tête les vêtements que je possédais. À cette époque, je ne possédais que des vêtements gris, et en très petit nombre. Je pense en particulier à un pantalon Mavi et à une veste de laine achetée à la boutique Divine sur l’avenue Laurier dont le col était en fausse fourrure. Une veste de mémère en fait, à motif de côtes, boutonnée à l’avant de haut en bas, dotée d’une bande étroite de la même laine que je nouais à la taille en guise de ceinture. Une fois qu’elle avait froid, j’avais emmitouflé Emmanuelle dans cette veste qui lui descendait jusqu’aux pieds et j’avais eu un choc en constatant à quel point le gris et les tons neutres de la fausse fourrure lui allaient admirablement au teint. Je suis habitée par un feu sacré, intense et constant, quand il est question de ma fille.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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