Jour 465

chaussettes

Il est unique, inclassable, original jusque dans sa manière de porter ses chaussettes!

Cet Haïtien à l’épaule bienveillante, cet homme bon, généreux, aimant, rigolo, ayant en un mot toutes les qualités, c’est mon mari dans la réalité. Pourquoi apparaît-il de peau noire dans mon rêve ? Je dirais que c’est pour exprimer la différence de milieu dont nous sommes issus. Quand il parle de ma vie passée, notamment de ma vie montréalaise auprès de mes compagnons universitaires (car il y en a eu trois, de trois universités différentes !), mon mari d’aujourd’hui, à savoir Denauzier, utilise l’expression high class. J’appartenais à un milieu high class avant de venir me perdre auprès d’un bûcheron de l’Abitibi. C’est ce qu’il dit.
Hier soir, pendant que je préparais des friandises à son attention pour son expédition de motoneige, des friandises cétogènes sans glucides –alors que je sais qu’il va manger des glucides en masse en mon absence !–, il ronflait sur le canapé. Or, mon mari ne peut pas juste ronfler sur le canapé. D’abord il ronfle les pieds croisés, pour montrer qu’il est au-dessus de ses affaires, et ensuite, comble du chic, il dort avec un cure-dent coincé à la commissure des lèvres.
Ce matin, quand il a déplacé mon véhicule, il en a d’abord poussé le siège pour avoir l’espace de s’y asseoir. Il te pousse ça avec une efficacité fulgurante et en un temps record. Il ne s’accroche pas dans les fleurs du tapis, c’est le moins qu’on puisse dire.
Avec les amis et la famille, il est celui, et l’unique et le seul, qui va dire des choses qui ne se disent pas. À chaque fois, ça me court-circuite le corps, par empathie pour la personne visée, parce que parfois il y a des personnes visées, puis je me ravise, je me dis Ah oui, c’est mon mari ! Il est fabriqué comme ça.
Il est fabriqué de telle manière qu’il est inclassable, il est hors catégorie, il est hors norme. Comble du chic encore une fois, mais cette fois-ci c’est un vrai chic, quand il dit ces choses qui ne se disent pas, il se passe ensuite la langue vite fait sur ses belles lèvres sensuelles.
Pour le punir de m’avoir fait vivre un court-circuit interne, je cache des boules de papier dans ses souliers. Mais c’est mentir que d’affirmer que je désire le punir. Mais ce n’est pas mentir, le coup de l’emballage de cellophane dans ses souliers.
Mon mari, encore, est celui qui fait bouger les cadres sur les murs parce qu’il les accroche et bien entendu il ne s’en rend pas compte; ou celui, plutôt paresseux, qui lance son linge sale à terre, à proximité du panier d’osier, plutôt que de le mettre dedans.
Hier, je cherchais un mouchoir de poche que j’ai oublié sur la banquette arrière de son véhicule lorsque nous avons fait la promenade avec belle-maman. Je me suis trompée de véhicule et j’ai ouvert la portière du camion Sierra. Le désordre y était tel que j’ai refermé la portière au plus vite.
Mon mari est aussi celui qui va remplacer par un tie wrap la tirette brisée d’une fermeture éclair. Il porte alors sa belle veste noire virile de motocycliste en arborant un tie wrap qui retrousse au centre de sa poitrine !
J’aime mon mari. Je l’aime sans raison parce que l’amour, bien sûr, ça ne s’explique pas. Mais aussi, j’aime mon mari pour mille raisons. Parce qu’il va dire, par exemple, pour m’informer qu’il a trouvé le bon côté du drap, quand on s’y met à deux pour couvrir le matelas :
– Il faut le tourner de bord, chérie, le sticker est icitte.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

Jour 466

Dans mon rêve, je vivais un repos d’âme, de corps et d’esprit, la tête appuyée sur l’épaule d’un homme noir haïtien.
Il venait de se produire une sorte de putsch dans une église où seuls des gens de peau noire avaient été conviés. Ça veut dire que j’y étais l’unique blanche. On appelait à se rendre dans le chœur une catégorie de ces gens, qui y allaient, et il s’avérait que ceux qui restaient sur les bancs étaient des noirs non haïtiens. Cette séparation mettait en évidence, comme en attestaient l’humeur maussade et les réactions belliqueuses des gens restés sur les bancs, la différence fondamentale entre les deux groupes : les Haïtiens étaient généreux, affables, bons –ils riaient de bon cœur dans le chœur, ils faisaient des blagues et s’échangeaient des cadeaux–, alors qu’avec leur dureté de caractère, les autres étaient déjà en train de se chamailler.
Je me disais donc qu’il n’était pas question que je m’unisse à un homme qui ne serait pas Haïtien.
Je pressentais de manière diffuse que celui qui allait être mon compagnon dans la vie était celui-là même qui m’avait offert son épaule pour me reposer. À cette idée, je devenais tellement émue que je me mettais à souhaiter, comme le veut l’expression, que le temps s’arrête. Ainsi donc, j’avais peut-être à mes côtés l’homme auquel, désormais, j’entendais donner le meilleur de moi-même. J’envisageais d’ailleurs, sachant que nos références culturelles étaient très différentes, de me contenter d’accompagner cet homme sans lui poser mille questions, sans parler, sans rien exprimer qui aurait pu diluer le sentiment exquis qui m’habitait d’être avec lui, et lui avec moi.
Il se déroulait ensuite toutes sortes de situations incroyables dans mon rêve, dont une course sous l’eau entre deux femmes, et j’étais celle, hors de l’eau, qui encourageait la première à gagner, or cette première, je pense, était moi. L’ubiquité, en rêve, facilite la mise en place de scénarios improbables, c’est bien connu. La compétition se faisait dans des corridors d’eau qui empruntaient des formes compliquées, qui montaient et descendaient à l’intérieur d’une grande maison. On pouvait voir à travers ces corridors de forme cylindrique parce que les parois étaient faites en verre. Je m’égosillais pour encourager la première nageuse, je sautillais, je faisais tous les temps. L’enjeu était de taille car la première à atteindre la ligne de fin se voyait offrir la récompense ultime, une récompense qui prenait forme humaine en ce qu’il s’agissait de pouvoir faire sa vie avec cet homme dont l’épaule n’était égale à nulle autre.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 467

Celine-Dion

Céline, force-toi un peu pour rassurer ton public, prends une dizaine de livres…

Je viens de perdre une petite demi-heure à regarder des photos de Karl Lagerfeld, décédé à 85 ans, c’est plus jeune que Michel Legrand qui allait sur ses 87 ans, et plus jeune que papa, qui ne sait pas qu’il a 88 ans. Hier soir, toujours au lit au côté de mon mari dormant, j’ai continué la lecture de J’ai le regret de vous dire oui. Je me rappelle avoir lu, dans le livre même, que cette formule antithétique est un clin d’œil à un personnage français qui aurait répondu de cette manière dans je ne sais plus trop quelle circonstance. Le problème, c’est que je me rappelle qu’il s’agit d’un emprunt, mais je ne me rappelle pas de quel personnage il s’agit, ni de la circonstance. Même chose avec le catogan. J’ai cherché ce que signifiait le mot, hier, à mes premières consultations d’articles sur le décès de KL. L’homme était reconnaissable, peut-on lire, à ses lunettes fumées, à son éventail, à son catogan, à ses gants cloutés, à ses cheveux blanchis tous les matins au shampooing sec (Klorane), etc. Eh bien ce matin, refouinant dans des articles semblables, je me suis rendu compte que je ne me rappelais déjà plus de la signification du mot catogan. Quand il ne s’agit que d’un mot, c’est facile d’en trouver la signification sur Internet. Quand il s’agit d’une phrase qui est passée à l’histoire, c’est facile aussi, il existe plein de sites web qui recensent les adages, les citations, les phrases célèbres. Quand l’expression est réutilisée sur une base plus individuelle, comme semble le faire Michel Legrand, c’est presque assuré que je ne trouverai pas réponse à ma question sur Internet. Je ne peux quand même pas parcourir une à une les pages que j’ai lues, ça me donnerait mal à la tête et peut-être mal au cœur, parce que ce genre de parcours se fait en vitesse et en lecture diagonale. C’est la même chose, encore, avec les toiles dont je cherche le titre. Il en faut de la patience et du cliquage dans des banques de photos pour finir par y arriver. Il doit bien exister un logiciel de reconnaissance visuelle pour ce genre de problème, mais je suis trop paresseuse pour explorer cette voie.
En parcourant mes articles people sur les vedettes, toujours en lien avec le décès de KL, je suis tombée sur cette photo ci-dessus de notre Céline qui a exprimé un vibrant message d’adieu à son ami défunt. Mais ce qui peut nous faire vibrer ici, c’est aussi la maigreur de notre artiste. Si Céline était aux prises, comme je le suis, avec le phénomène de la gourmandise –et parfois même de la gloutonnerie quand je suis devant un plateau d’huîtres–, il me semble qu’elle afficherait de mini-rondeurs ici et là. Elle pourrait profiter de tout sans avoir besoin d’équilibrer le lendemain, par du moins, les gros plus de la veille. Je suis aussi tombée par hasard, au cours de mes consultations matinales, sur une photo de l’écrivaine Heather O’Neill. Quand on se demandait récemment, avec ma cousine, quels étaient nos canons de beauté, j’aurais dû répondre, pour la beauté féminine, Heather O’Neill, mais je ne la connaissais pas encore.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Jour 468

spirale

Les spirales de ma vie.

Quelques informations ci-dessous, en réponse à mes questionnements précédents. D’abord Calder.
La toile que je veux copier s’intitule, si on peut dire, Untitled, elle a été faite en 1930 avec de la peinture à l’huile sur canevas. Je voulais commencer mon expérience de copiste aujourd’hui, mais des imprévus dans l’horaire de mon mari font que je ne suis pas seule à la maison, alors que j’étais censée l’être. Je reporte donc à plus tard mon projet de copie, car il arrive que j’aie besoin d’être seule pour me concentrer autant que je le désire, quand je pressens que mon aventure picturale va me prendre tout mon p’tit change.
Je pense que Tower 2 est le nom de la tour qui a été ajoutée à la National Gallery of Art, tour qui héberge une quarantaine d’œuvres de Calder. Mes sources ne précisent pas si ces œuvres sont regroupées dans une ou plusieurs salles. Une photo d’une des salles, ou de l’unique salle, apparaît à la fin de mon texte précédent, Jour 469.
Je découvre en outre l’existence de l’adresse suivante : 2 Calder Tower, East Kilbride, en Écosse. La présence du 2, ici, peut entraîner de la confusion, du moins en a-t-elle entraîné dans mon cerveau. Il s’agit d’un refuge pour les sans-abris dans lequel on n’est guère susceptible de voir se mouvoir des mobiles. Mais encore là, je peux me tromper.
Ensuite Michel Legrand.
J’ai lu plusieurs chapitres de mon livre hier soir, au lit, pendant que mon mari dormait. Rien ne m’a éclairée quant à l’effet que la dépression nerveuse a eu sur le compositeur, orchestrateur, arrangeur, chanteur, pianiste, etc. Je veux dire qu’il n’est pas fait mention des situations qu’il aurait pu vouloir éviter, éliminer, ou des habitudes qu’il aurait pu vouloir développer, en remplacement d’autres qui auraient pu avoir un effet néfaste sur sa santé. En revanche, Michel Legrand exprime qu’il a besoin de mener une vie saine, que fêter en boîte jusqu’aux petites heures du matin n’est pas sa tasse de thé, qu’à ce titre il était incapable de suivre Claude Nougaro dans ses excès, par exemple. Il préfère faire fructifier ses nuits en composant, il est une fourmi qui engrange, il se consacre passionnément à sa passion quand la ville tourne au ralenti la nuit, encore une fois si on peut dire ça comme ça. Il est aussi question des délais dans le dernier chapitre que j’ai lu. Plus ils sont courts, plus l’inventivité est au rendez-vous, moins il réfléchit, en d’autres mots, mieux c’est. Je ne peux pas m’empêcher de penser, au fil de ma lecture, à quel point Michel Legrand est captif de son immense talent, en ce sens qu’il ne peut pas vivre s’il a l’impression de faire du surplace. Il a eu besoin de ratisser large pour avoir accès, constamment, à toutes sortes d’expériences nouvelles. Je sais que je devrais écrire ces phrases au passé, car l’homme nous a quittés récemment, il allait avoir 87 ans.
Enfin, les spirales.
Au nombre des problèmes qui jalonnent ma vie sans se résoudre jamais, m’obligeant à lâcher prise mais c’est plus facile à écrire qu’à mettre en pratique, il y a la méticulosité dont je fais preuve quand je peins, qui me prend un temps fou. Il y a le nombre de livres qui s’accumulent car je n’ai pas le temps de les lire. Il y a l’exercice physique auquel je ne me soumets pas assez régulièrement. Il y a, encore non abordé dans mes textes, le problème du désordre dans les armoires qui se recrée à peine ai-je tout classé. Or, je me suis arrangée pour ajouter de la pression à la spirale du manque de temps en lecture, en ce sens que j’ai emprunté un livre à une amie, pas plus tard que cet après-midi, et que je me suis engagée à le lui remettre rapidement, lu, bien entendu.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 469

CalderAbstrait

Calder, Tower 2 ?

La toile ci-contre de Calder, dont je ne suis pas certaine qu’elle s’intitule Tower 2, me fait penser à une toile de Magritte qui s’intitule Les idées claires.
Il y a longtemps eu, accrochée dans la salle de bain, à Montréal, dont les murs sont couverts de tuiles bleu gris, une reproduction laminée d’une toile de Magritte sur laquelle une grosse pierre grise est suspendue dans le ciel comme s’il s’agissait d’un nuage. Je trouvais que la couleur dominante de la toile de Magritte se mariait bien avec la couleur des tuiles qui couvraient les murs. Un nuage est peint au-dessus de la grosse pierre, d’ailleurs, et tous deux, nuage et pierre, évoquent l’immobilité quand, en-dessous, les vagues de l’océan évoquent le mouvement. Un professeur m’ayant expliqué qu’il n’y a rien de plus difficile à rendre sur toile que des vagues en mouvement, on ne peut que saluer ici le talent du peintre –et comprendre que le professeur voulait me dissuader de peindre des vagues, sachant que je n’y arriverais pas !

 

MAGRITTE3images

Magritte, Les idées claires, 1955.

J’imagine que c’est la couleur grise qui sert ici de liant entre les deux toiles, dans mon esprit, et peut-être aussi un effet d’immobilité (pierre et nuage). Les deux toiles, en somme, sont peintes avec des tons neutres et on peut voir dans les deux un effet d’horizon lointain. Les lignes, chez Calder, sont obliques et courbes, là où Magritte n’exploite que l’horizontalité. Je dois préciser que le calibrage des couleurs de l’affiche qui décorait ma salle de bain donnait un résultat nettement plus gris que celui de la photo ci-contre qui est nettement plus bleu.
Un jour, à force d’absorber de l’humidité au fil de nos douches, le panneau du laminage, fait de sciure de bois et de colle, est devenu tout mou. Il s’est déchiré à l’endroit où un clou le retenait, pour venir s’échouer sur le comptoir, où il est resté, simplement appuyé au mur, pendant longtemps. Parallèlement, j’ai suspendu au clou, pour le cacher, une petite sculpture de résine représentant un ange –rose– que je traîne dans mes affaires depuis des lustres.
Le Magritte m’a été donné par Bibi –qui voulait s’en débarrasser–, et l’ange par une jeune fille très mal organisée –qui voulait me remercier–, pour laquelle je tapais des textes à l’occasion, à mon retour d’Europe, période pendant laquelle j’étais moi-même très mal organisée. La jeune fille était étudiante en arts et faisait des suppléances au Séminaire quand la professeure d’arts plastiques tombait malade. Aujourd’hui, cette professeure est décédée. Pour ma part, j’habitais à Joliette, je travaillais à temps partiel dans une librairie de la rue Notre-Dame, je n’avais pas de manteau d’hiver digne de ce nom –je portais donc ce que j’appelle des réguines– et le seul bon souvenir que je conserve de cette période est celui de mes séances de patin sur la rivière. J’y allais régulièrement, même par temps glacial. Étrangement, quand je me revois sur la rivière L’Assomption, seule pendant des kilomètres, je patine sur une glace noire ultra lisse à travers laquelle on discerne presque le fond de la rivière… Tel est l’atout du souvenir, il embellit la réalité. La glace sur laquelle je suis allée patiner sur la même rivière, cet hiver, est blanche, craquée, couverte de bosses et parfaitement opaque.

Tower 2

En cherchant sur Internet hier quel peut être le titre de la toile de Calder, je suis tombée sur la photo ci-contre d’une pièce magnifique entièrement consacrée à Alexander Calder, à la National Gallery of Art, in Washington D.C. Je ne sais pas si Tower 2 désigne l’ensemble des installations, ou seulement le tableau qui apparaît –minuscule– au fond de la pièce, ou même s’il ne s’agit pas du nom d’une nouvelle tour qui a été construite en ajout au musée…

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Un commentaire

Jour 470

CalderAbstrait

J’adore cette toile abstraite de Calder. Dès que je termine L’amas, je m’attaque à sa reproduction en espérant que je ne m’en éloignerai pas trop.

Il y a pire : j’ai acheté un exemplaire du journal Le Devoir il n’y a pas longtemps, en vente au Métro d’alimentation, lorsque la une portait sur l’insalubrité des lieux à l’Université de Montréal. J’ai lu l’article, j’y ai découvert que le plus bas soumissionnaire retenu ne faisait pas bien son travail, et lu en conclusion de l’article que les choses malgré tout s’amélioraient, et qu’il ne devrait plus y avoir de problème à très court terme. Pourquoi faire sa une avec ça ? Mystère et boule de gomme. Or, qu’est-il arrivé des autres cahiers du Devoir ? Ils ont traîné sur la table basse de la salle de séjour jusqu’à ce qu’un matin, seule à la maison, j’aie dû réanimer le feu de foyer qui s’était éteint et utilisé pour ce faire, quoi de mieux, les cahiers de papier jamais ouverts, même pas froissés, qui ont attendu en vain que je daigne les consulter.
Que penser, également, de la belle Simone ? Mon signet couvert des couleurs de la librairie Renaud-Bray n’a pas changé de place depuis l’automne dernier, dans ses Mémoires d’une jeune fille rangée. Un signet qui témoigne d’une petite lecture de seulement le quart du livre. Et je ne parle pas ici de La force des choses, dont je ne me rappelle toujours pas si je l’ai lu ou pas lu. Et que dire de ces autres livres encore qui forment une pile dans leur catégorie « en attente ».
Je n’ai pas abordé, en outre, le problème spiralien de l’exercice physique. Hier, nous avons marché dans la forêt, derrière la maison, Denauzier et moi, en plein soleil, dans la blancheur éclatante de la neige. Je me penchais souvent pour ramasser les branchettes qui déparaient, par leur couleur foncée, la beauté immaculée de notre sentier. Je marchais, je me penchais, je ramassais la branche ou les feuilles ou l’écorce et j’essayais de les lancer à côté du sentier. C’était quand même exigeant, du moins pour mes capacités, parce que ça revenait tout le temps : me pencher, ramasser, me relever, lancer, me pencher à nouveau… Denauzier, lui, s’occupait d’enlever les branches plus grosses qui courbaient dangereusement sous le poids de la neige. Il s’agissait de bois mort, il faut le dire, qui obéissait facilement. À notre retour à la maison il n’était que quinze heures, j’ai proposé à mon mari d’aller chercher sa maman pour la sortir de chez elle et lui permettre, en voiture, d’admirer la nature et le bleu du ciel. C’est ce que nous avons fait, pour aboutir chez le frère de Denauzier, où nous avons bu du vin rouge dehors autour d’un feu, tout le monde enchanté de se voir. Nous sommes revenus juste assez tôt pour que la mère de Denauzier ne rate pas le souper, à la salle à manger de sa résidence. Elle s’y est d’ailleurs rendue avec, je pense, son manteau sur le dos ! Toujours est-il que de la promenade en forêt et de la visite surprise chez le frère qui est mon beau-frère, c’est bien entendu la rencontre familiale, sans bouger nullement autour de la bûche rougie par le feu, qui a constitué le temps fort de la journée.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

Jour 471

Macha Meril et Michel Legrand se marient - Paris

J’adhère à cette conception du couple telle que décrite par Macha : « J’ai personnellement une très haute idée du mariage. Il n’y a rien de plus noble que de donner sa vie à l’autre. Créer un couple, construire un devenir ensemble, c’est quelque chose d’artistique. »

En fait, je suis prisonnière de plusieurs spirales. J’ai commenté récemment la spirale de la nourriture. En voici les plus récents développements. Vendredi dernier nous avons reçu mon frère et ma tante à souper –des quiches à la pancetta et au chorizo. Comme je n’avais pas faim au moment du repas, mais que j’ai mangé pareil et mangé somme toute normalement, selon l’adage que « l’appétit vient en mangeant », je me suis couchée penaude, en me disant que le lendemain samedi je me contenterais de presque rien pendant toute la journée. Or, ce samedi, je suis allée marcher plus d’une heure dans le froid. À mon retour, me sentant un peu faible, j’ai mangé des noix pour être capable de patienter jusqu’au souper.
Nous avons pris ce souper chez la mère de Denauzier –j’avais apporté des boulettes au riz– et je n’ai servi que peu de boulettes à tout le monde. Au bout du compte, j’ai été la seule, je pense, à ne pas manger à ma faim. Il en découle que le dimanche matin à mon réveil je ne pensais qu’à manger. Denauzier avait préparé du gruau dont je me suis régalée, mais je l’ai mangé tard m’étant réveillée tard, de telle sorte qu’à midi je n’avais pas faim, mais Denauzier si, etc. Au secours !
Il y a aussi la spirale de la lecture. Je ne compte plus les livres commencés qui attendent que je me remette à les feuilleter. Je pense d’abord à Michel Legrand (et à Stéphane Lerouge, coauteur), J’ai le regret de vous dire oui. J’ai terminé à Montréal chez chouchou le chapitre dans lequel il est question de la dépression américaine de Legrand, qui a entraîné son retour à Paris au terme de deux ans de vie en Californie. Je n’avais pas fini le chapitre sur cette dépression que je me demandais si Legrand s’était mis à vivre autrement, en se protégeant du stress, en ne s’imposant plus des délais de création inhumains. Il en sera peut-être question au détour d’une phrase dans les chapitres suivants, sauf que les chapitres ne respectent pas un ordre chronologique. Ainsi, après le retour de Legrand et famille à Paris, un chapitre entier, assez étoffé, est consacré à Barbra, nous faisant rebasculer en Amérique.
Les photos qui accompagnent le texte apparaissent, elles, en ordre chronologique. Celles de la deuxième moitié du livre nous font découvrir un Michel Legrand plus vieux, accompagné de Macha Méril qu’il a épousée alors qu’il était âgé de 82 ans. Il est souvent accompagné, également, d’Agnès Varda, un petit bout de femme aux cheveux deux couleurs et aux habits colorés qui donne l’impression « d’en avoir dedans ».
Un autre livre qui m’attend, et c’est inexcusable car il s’agit d’une plaquette de cent pages aérées, s’intitule Miley Cyrus et les malheureux du siècle. C’est un essai qui aborde positivement le thème de la jeunesse. Je sais que je vais aimer le lire, et pourtant la force d’inertie qui me tient les pieds scotchés au plancher m’empêche de me rendre le prendre dans mes mains pour ensuite me aller m’asseoir sur le canapé au coin du feu pour le savourer.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire