Jour 472

lamas

L’amas, le 16 février 2019.

Je n’en peux plus. C’est trop long. Une seule tige rose à la hauteur des pattes de l’animal me prend presque une heure de travail. Il m’en reste trois ou quatre à ajouter, à droite, pour couvrir tout l’espace contenu entre le sol jaune et les feuillages verts. D’abord, je trace une ligne droite au crayon gel, il faut passer plusieurs fois pour obtenir un effet uniforme. Puis, le long de la ligne droite qui représente la tige, je dessine le contour des bulles qui représentent des espèces de fleurs, et ensuite je comble les bulles avec du rose, au pinceau, plusieurs fois. C’est fou. Ce matin, je voulais m’attaquer aux tiges et bulles rose, mais finalement j’ai travaillé l’œil droit, j’ai essayé de lui associer un regard moins méchant. J’ai partiellement réussi. J’ai aussi ajouté une masse jaune, entre les yeux et le museau, pour créer une zone qui attire le regard dans la partie supérieure de la toile, car cette partie est majoritairement couverte de couleurs sombres. Pendant que je travaillais l’œil et la masse jaune, j’étais attentive aux bruits autour de moi dans la maison : celui très faible du pinceau sur la toile, celui inexistant des crayons gel, celui trop fort du ventilateur qui fait circuler dans la pièce la chaleur qui provient du foyer, celui toujours égal de l’horloge dans la cuisine, celui du moteur du frigo, celui de ma valve, celui de ma respiration. Celui, tout seul dans sa catégorie, de la chute d’un gros glaçon le long de la toiture.
Tout à l’heure je suis allée marcher, je ressentais le besoin de prendre de l’air et de faire de l’exercice. Idem par rapport aux bruits, j’essayais d’y être attentive. Celui qui prenait toute la place était le souffle de ma respiration car je montais une côte de quelque huit cents mètres, une côte qui est comme mon L’amas, en ce sens qu’elle ne finit plus. Celui qui me dérangeait le plus était le frottement de mes pantalons de nylon car il rendait nulle la possibilité de discerner des sons plus faibles. Je pouvais entendre le souffle du vent mais seulement à partir d’une certaine intensité. J’entendais bien sûr battre mon cœur. Je n’entendais pas les branches des arbres craquer, ni les oiseaux chanter.
Autrement dit, pour goûter vraiment les sons de la nature, il faut être immobile.
Je suis en train de lire la biographie de Michel Legrand. Il était un très grand ami de Jacques Demy. Jacques Demy a eu beaucoup de succès avec ses films musicaux, ses univers enchanteurs, Les parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort, Peau d’âne, entre autres. Quand il a voulu se tourner vers d’autres types de films –je sais qu’il a tenté de réaliser des films politiques–, cela s’est mis à moins bien aller dans sa carrière. Alors je me suis dit ceci, à propos de ma toile qui a d’abord été une composition abstraite avant de faire place à un animal qui porte des bijoux : je suis une peintre fondamentalement naïve et je n’en ai pas honte. Maintenant, pour affirmer le contraire de ce que je viens d’écrire, ma prochaine toile sera inspirée d’une composition abstraite de Calder que j’ai photographiée lors de ma récente visite au musée.

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Jour 473

Je suis prisonnière d’une spirale. Nous allons souper à Lavaltrie et nous mangeons merveilleusement. C’est tellement bon, du rôti de bœuf cuit à la perfection, que je ne peux m’arrêter. Donc, j’exagère. Je me lève ce matin et je ne mange pas, je me contente d’un peu de café, pour tenter d’équilibrer par le moins le gros plus d’hier. Tout à l’heure, je me rendrai à Joliette nourrir papa. Je n’irai pas à jeun, par crainte de me sentir étourdie, peut-être faible. Rien ne dit que je me sentirais étourdie ou faible, tellement j’ai accumulé de réserves hier, mais comme c’est la crainte qui l’emporte, j’ai mangé à quatorze heures un morceau de saumon poché. Point final. Ce soir, nous mangerons léger.
Demain, rebelote, nous recevons.
– Qu’est-ce que nous allons offrir aux invités ?, me demande mon mari.
Je n’ai guère la tête à l’alimentation, me sentant un peu honteuse de mes excès de la veille, alors je réponds à Denauzier que je vais y penser.
C’est un peu dans cet esprit que s’est décliné mon séjour montréalais. Comme je rencontrais des amis, et que souvent rencontrer des amis vient avec un repas au restaurant, je mangeais copieusement au restaurant et je ne mangeais presque rien le restant de la journée. De telle sorte qu’à mon retour à la maison, j’ai trouvé presque curieuse la reprise d’une routine de trois repas par jour, quoiqu’il arrive souvent que je ne m’en tienne qu’à deux. Mais ma préférence va à trois : un smoothie le matin, un repas léger le midi, un repas un peu plus élaboré le soir.
En d’autres mots, je suis aux prises avec un problème qui n’existe pas auprès des gens pauvres et qui est celui de trop manger. Qui plus est, je suis aux prises avec le problème d’avoir accès à un trop large éventail de nourriture.
Les assiettes de Allô mon Coco !, à cet égard, ont de quoi faire réfléchir tellement elles sont gargantuesques.
– L’idée est de repartir avec une boîte qui contient les restes, m’a expliqué Emma. Tu ramènes à la maison un vestige de ce qui t’a réjouie au restaurant !
Le mot vestige, ici, m’a fait sourire car il m’a semblé qu’il y avait un peu de moi dans la bouche de ma fille !
En outre, la manière d’intégrer un gros repas à l’horaire se fait dans deux directions. Avant le repas, on mange peu, après le repas, on mange encore moins. Si je prends pour exemple le gros souper d’hier : nous avons mangé peu le midi, de la soupe au miso, pour « se garder de la place » en prévision du soir. Ce matin, compte tenu que la place a été très bien remplie hier soir, après avoir été très bien gardée hier midi, me voilà à nouveau en mode économie…
Le mieux, bien entendu, serait de profiter de tout de manière raisonnable, mais telle n’est pas la manière dont je suis fabriquée. Pourtant, papa, qui est à l’origine de ma fabrication, est expert en l’art de profiter raisonnablement. Il est maintenant trop avancé dans sa maladie pour que je puisse lui demander de m’expliquer comment faire.

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Jour 474

gâteau

Gâteau Boston pris en photo à 16:16, recette dans la revue K pour Katrine. Un délice.

Quand mon mari revient de ses expéditions, tout se remet en branle de nos activités. Je sors de ma contemplation, de mes traits de pinceau appliqués lentement pour ne pas déborder de la ligne fine que je suis en train de tracer. Les lecteurs qui ont parcouru mes derniers textes savent qu’ici je tartine épais sur la contemplation solitaire, puisque je suis allée moi aussi en expédition urbaine, à Montréal, pendant cinq jours. Mais il est vrai qu’hier mardi j’ai beaucoup peint.
Dans le mouvement de remise en branle de nos activités, et ce malgré la neige, nous partons honorer à Lavaltrie l’invitation à souper que nous a faite la fille de Denauzier ce matin. Je vais voyager en tenant sur mes cuisses –et en essayant de ne pas bouger– la cloche à gâteau qui héberge le Boston que j’ai fait tout à l’heure, cuit dans un moule en forme de cœur, pour souligner la St-Valentin, mais ça ne paraît pas tellement sur la photo que les moules ont la forme d’un cœur. Ce qui paraît, en revanche, ce sont les grosses gouttes de ganache et de crème pâtissière sur le plateau. Je vais voir s’il est possible de les enlever sans faire encore plus de dégât.
J’ai trouvé un titre pour ma nouvelle toile, celle au quadrupède, ce sera L’amas. L’amas car l’animal peut ressembler à un lama avec son grand cou, et parce qu’il est peint de telle manière qu’y sont amassés des détails, des enjolivures, des éléments de la nature.
Dans la perspective d’une journée Portes ouvertes où seraient à découvrir cent tableaux sur les murs de la maison, il est préférable de donner un titre à mes toiles. Je me rends compte que la toile que j’appelle Macaronis ne pourrait pas s’appeler ainsi, c’est trop trivial, je vais devoir me forcer un peu pour trouver mieux. Je pense aussi à propos de ce petit format, dont le sujet peint est d’intérêt très moyen, qu’un prix demandé de 100$ me confine à une non-vente.
J’ai fait le tour de la maison et compté vingt toiles qui pourraient faire partie de ma nouvelle exposition. Cela inclut des anciennetés encadrées qui, à cause du cadre, ont coûté trois fois 100$.
J’ai aussi envisagé que si je tiens ledit événement Portes ouvertes, je vais investir une partie de la somme amassée dans l’achat de nouveaux pinceaux. Hier, j’ai dû enrouler de papier collant la partie poilue d’un pinceau car elle se détachait toute seule du manche. Et le papier collant, lui, se décolle tout seul quand je mets le pinceau dans l’eau.

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Jour 475

animalière

Sans rapport au texte. Pour le seul plaisir de l’imprimé. Mais quand même, un rapport, la belle dort et rêve peut-être, aux grenouilles.

J’ai fait un rêve qui me semble positif. J’étais avec d’autres en bordure d’un lac, avec vue plongeante sur l’eau car nous étions situés assez haut sur une galerie. Je passais derrière un ancien confrère du Séminaire et je me faisais la remarque que ce n’était pas le temps de le pousser car, compte tenu de la hauteur avant d’atteindre l’eau, il aurait pu se blesser. Or, c’est lui qui me poussait, d’un mouvement du bassin et des fesses, et comme je passais très près de lui, son mouvement était suffisant pour m’atteindre et me faire dévier. Je le trouvais drôle, dans le sens de amusant, de m’avoir fait ce que je m’étais dit qu’il ne fallait pas que je lui fasse. J’allais m’asseoir juste un peu plus loin et, en observant l’eau, il me semblait que j’en voyais le fond, pourtant c’était pas mal creux puisqu’on pouvait y plonger sans risquer de se blesser. C’était rassurant de voir le fond de l’eau, moi qui ai rêvé pendant des années que je plongeais dans une eau super archi noire dont je devenais prisonnière, seule au monde et sans aucun repère. Je me réveillais systématiquement en sueurs, en panique.
– On dirait qu’il y a une lumière au fond de l’eau !, m’exclamais-je.
J’aimais l’effet que créait cette lumière, cela m’apparaissait comme le prolongement, dans l’eau, de la vie sur terre. C’était comme si l’univers de l’eau ne constituait plus un mystère troublant, une menace. L’eau devenait un milieu de vie dans lequel le problème de la respiration ne se posait pas.
– Ça ne se peut pas qu’il y ait une lumière dans le fond, disait quelqu’un.
– Une lumière qui proviendrait d’un projecteur, une lumière bleue, ajoutais-je. Regardez, entre mes jambes on en voit très bien le faisceau.
J’étais effectivement assise les jambes en l’air et écartées, en équilibre précaire sur le coccyx, comme si je pratiquais un asana de yoga –pour ne pas faire référence à autre chose. Un homme arrivait qui se plaçait derrière moi et constatait qu’effectivement un faisceau de lumière bleue nous faisait des signes.
– C’est normal, disait alors une voix parmi nous, il y a une pièce de théâtre qui va bientôt commencer.
On voyait en effet bouger des décors poussés par des techniciens –dont les pieds s’enfonçaient légèrement dans la vase– et apparaître sur scène une salle qui ressemblait à un bar, un bistro, une taverne…
– Je n’y assisterai pas, me disais-je, n’ayant pas envie de me mouiller et de grelotter –et peut-être de manquer d’air.
Je choisissais d’aller explorer un autre endroit, et je me trouvais alors dans le sous-sol d’un grand édifice où étaient regroupés les services essentiels de type cuisine, plomberie, électricité… J’étais contente de me trouver là et de croiser ce que j’appelais du vrai monde, c’est-à-dire des employés efficaces, qui connaissaient bien leur métier, des manuels –par opposition aux intellectuels. Des manuels hommes. Il n’y avait pas de femme dans mon rêve.

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Jour 476

chat

Bibi a acheté ce chat et l’a offert en cadeau à ses amis dont les finances sont souples.

Admettons que je me fixe le nouveau défi de produire cent toiles et de les vendre cent dollars chacune. J’obtiens 10 000$ et je rembourse avec ce montant le voyage européen auquel je pense et que, bien entendu, je n’ai pas encore fait puisque, à ce stade, je ne fais qu’y penser. Je tiendrais une maison ouverte, pour la vente, qui regrouperait au moins cent personnes. Bibi m’aiderait pour les invitations, elle m’en parle régulièrement, en ce sens qu’elle aimerait que ses proches puissent profiter de mes créations, et elle connaît des proches dont les finances leur permettent d’investir en art. Pour le seul aspect d’ouvrir la maison à cent personnes, il n’y a pas de problème parce qu’elle est très grande et que je pourrais même installer des toiles dehors. Mais il ne faudrait pas qu’il pleuve. Si Yvon venait, il n’achèterait rien, il m’a déjà avertie. Sa propre maison déborde de toiles, d’une part, et bien qu’il me trouve un style certain, ce n’est pas un style avec lequel il aimerait vivre à longueur d’année. En ce sens, il est plus facile, je pense, d’acheter mes toiles quand on ne connaît pas trop l’histoire de la peinture et qu’on se contente de se laisser séduire par les couleurs et les lignes naïves. Certaines personnes viendraient qui achèteraient un petit format pour m’encourager. Pourquoi petit format, si on peut avoir un grand format pour le même prix ? C’est qu’avec un petit format on se trouve moins encombré, des fois que la toile ne soit pas un coup de cœur pour l’acheteur, mais plutôt un encouragement. À la limite, je connais des gens qui me donneraient 100$ sans même participer à ma journée Portes ouvertes. Je sais aussi, pour l’avoir vécu, qu’une telle journée s’étire sur plusieurs autres, en ce sens qu’une personne contactée me répondra qu’elle ne peut venir le 11 du mois, mais qu’elle peut venir le 12, et ainsi de suite. J’aimerais beaucoup vivre le phénomène suivant : les murs sont couverts de toiles à l’arrivée des gens, puis ils se vident peu à peu car je laisserais les gens partir avec leur achat. Dans une galerie, le peintre qui vend une toile colle un point rouge à côté du titre de l’oeuvre, sur le mur, et ne la remet à l’acheteur qu’à la fin de l’exposition, pour que tout le monde qui se présente à la galerie puisse découvrir l’ensemble de la production. Moi, j’arrangerais ça à la bonne franquette : on achète et on part avec son achat, sans emballage, ou alors j’essaierais peut-être de me procurer des sacs de plastique grand format pour protéger la toile minimalement, d’une part, et donner à mon exercice un semblant de professionnalisme, d’autre part. En ce sens, il ne faudrait pas que ce soient des sacs à poubelle noirs.
Maintenant que j’ai évoqué plusieurs cas de figure selon lesquels les gens ne seraient pas touchés par mes toiles, puis-je imaginer une seule seconde qu’une seule personne aimerait réellement une de mes créations, sans que je pense qu’elle se trompe ou qu’elle exagère ? Hum… difficile…

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Jour 477

Je récapitule encore. 1) Mercredi soir j’ai fait la route dans le gros véhicule de Denauzier par mauvais temps pour me rendre chez chouchou où je suis encore présentement. À mon arrivée chez elle –qui était autrefois chez moi– j’ai écrit un texte sur l’expérience de conduite éprouvante que je venais de vivre. 2) Jeudi en après-midi j’ai rencontré Yvon, nous sommes allés patiner au Vieux-Port, et ensuite, mais pas avant que la noirceur soit arrivée, nous sommes allés manger de la saucisse aux Trois Brasseurs du Vieux-Montréal. Je n’ai pas perdu mon téléphone lors de cette activité et j’ai mangé une pomme avec avidité. J’ai aussi pris en photo la couverture du livre de Kundera, Les testaments trahis, qui était en vitrine à la librairie de l’UQÀM. L’UQÀM, c’était le lieu de notre rencontre. À force de penser à mon affaire, dans les jours qui ont suivi, je suis allée chez Renaud-Bray et Olivieri essayer de trouver le même livre et découvrir qui avait fait la toile abstraite qui apparaît en page couverture, mais le livre n’était pas disponible ni d’un côté de la Côte-des-Neiges ni de l’autre. Il faut dire que c’est un essai écrit en 1993 et que les librairies ont tendance à privilégier un roulement basé sur les nouveautés. 3) Vendredi en début de journée j’ai peint mon quadrupède en écoutant le CD de Francis Cabrel, Samedi soir sur la terre. Chouchou m’a contactée pour me demander d’aller lui porter quelque chose chez l’amie où elle étudiait. Je suis donc partie plus tôt de l’appartement pour avoir le temps d’aller porter le quelque chose, d’autant que je voulais faire le trajet moitié métro et moitié à pied jusqu’au restaurant où je rencontrais Ludwika pour souper. Je suis arrivée la première parce que je suis retraitée et pas elle. Ludwika est toujours aussi belle et inspirante et nous avons passé cinq heures ensemble. 4) Samedi je rencontrais les amis plus intellectuels que sont mes deux ex-collègues hommes qui sont l’un peintre et l’autre sculpteur. Nous avons mangé tous les trois chez Mandy’s, rue Crescent, puis bu un café qui goûtait l’eau au Starbuck du coin, et ensuite, seule, je suis allée voir l’exposition Calder, mais il y avait tellement de monde autour des stabiles et des mobiles qu’il était difficile de se concentrer. Je me suis donc essentiellement intéressée aux salles qui regroupent les toiles modernes des artistes canadiens. J’ai pris des photos de plusieurs toiles abstraites pour essayer de les copier. Du Musée des beaux-arts je suis rentrée à N.D.G. à pied, et à mon arrivée j’avais une ampoule au talon du pied gauche. Emma était en train de mélanger de l’eau et du henné pour se décorer les mains à la manière arabe, je lui ai demandé de décorer aussi la mienne, la gauche, et comme ça prend du temps à sécher et qu’il ne faut pas bouger pendant que ça sèche, nous avons écouté deux films, le premier Leap Year avec Amy Adams, et le deuxième Now You See Me. En matière de films, Emma retient de moi : bien qu’ayant déjà vu les deux films, elle me les a suggérés tellement elle prend plaisir à revoir ceux qu’elle aime. 5) Aujourd’hui dimanche, j’ai brunché avec tonton et son fils. L’ensemble du projet s’est étalé de onze heures ce matin à dix-huit heures ce soir. Les assiettes, au restaurant, étaient excessivement généreuses. Anita était notre voisine, et par le plus grand des hasards nous étions tous habillés en rouge vin, ou bourgogne, tonton, cousin et moi. Comme d’habitude, et en raison du temps qui passe, j’ai eu le cœur serré lorsqu’est venu le temps de quitter tonton. J’ai écrit un premier texte à mon arrivée ici, puis joué au Rummy avec chouchou pendant que son ordinateur recevait une mise à jour logicielle, puis mangé très légèrement avant d’entamer ce deuxième texte. Maintenant, Emma est couchée, et je vais aller lire au lit, la biographie de Michel Legrand, J’ai le regret de vous dire oui.

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Jour 478

bourgogne

Variations sur la couleur bourgogne. Crédits photo : la serveuse. 

Je vais récapituler. 1) En allant au salon funéraire pour le décès de l’oncle de Denauzier, nous avons rencontré, non sans surprise, notre comptable, celui qui est le vingtième d’une famille de vingt-et-un enfants, mais comme le plus jeune est décédé, c’est lui maintenant le plus jeune, à soixante ans passés. Une de ses sœurs s’appelle Bibianne, et je connais aussi une autre Bibianne en Abitibi, donc j’en ai trois à mon actif avec mon aînée, d’où il ressort que oui, c’est un prénom rare, mais mon élargissement culturel me permet en vieillissant de traiter ce phénomène de rareté avec plus de mesure.
2) En allant à la SAQ de St-Jean-de-Matha, Denauzier et moi avons rencontré, qui faisait déguster un vin rouge espagnol, un ami d’enfance de mon frère Swiff. J’étais à peine entrée qu’il m’a dit sans hésiter que je m’appelais Lynda, en ajoutant qu’il était sûr de ne pas se tromper parce que j’ai la même voix que celle de ma sœur. Je lui ai trouvé une ressemblance avec un de mes cousins, bien entendu il ne pouvait s’agir du cousin, pour finir il a fallu qu’il me dise qui il était.
3) En allant au restaurant à Montréal rencontrer mes ex-collègues, c’était pendant les gros froids de fin janvier, j’ai rencontré Nicoletta, mon amie de l’Île-Perrot. Elle avait l’air très concentré de qui a peur de glisser sur les trottoirs glacés. Elle portait une tuque aux couleurs joyeuses, mais dans l’excitation de notre rencontre surprise, j’ai oublié de lui dire que j’aimais sa tuque.
4) En allant il y a un petit moment dans une autre SAQ de la banlieue de Québec, où j’allais rendre visite à mon amie Estelle, le caissier m’a dit que je m’appelais probablement Lynda et que nous avions étudié ensemble au Conservatoire. J’aurais aimé retourner à la SAQ lors de ce bref séjour pour lui parler un brin davantage, mais l’occasion ne s’est pas présentée.
5) En allant aujourd’hui dans une succursale de Allô mon Coco !, aussi loin qu’à ville d’Anjou où je ne vais jamais, pour bruncher avec mon cousin et mon oncle que je ne vois pas assez souvent, il est arrivé ceci :
– Dis-moi, cousin, ai-je glissé alors qu’on s’installait à la table qui nous avait été assignée, la dame, là, juste à côté, c’est Anita, tu ne penses pas ?
– Non, impossible, ça ne peut pas être elle.
– Elle lui ressemble excessivement si ce n’est pas elle. Je pense que c’est elle.
– Va vérifier, si tu ne me crois pas.
Alors je suis allée me planter à la table d’Anita. Elles étaient trois femmes à placoter. Les deux premières m’ont regardée sans comprendre jusqu’à ce qu’Anita, la dernière, lève la tête vers moi. Étreintes et surprise totale et comment vas-tu, quelle coïncidence. Anita, c’est une de mes cousines par alliance.
Cerise sur le sundae : une fois assis autour de la table, je constate que nous portons tous les trois un vêtement de couleur bourgogne. Moi, pour aller plus loin, parce qu’on m’a enseigné dans mes cours d’arts plastiques qu’il faut toujours repousser les limites, je porte un t-shirt de la couleur des banquettes.

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