Jour 458

Je salue quand même mon intuition, mes mini connaissances, peut-être un peu ma sensibilité, quand j’ai sélectionné Maxim, des trois grands interprètes violonistes que j’ai écoutés ce week-end, sur la base qu’il est le plus expressif. Le plus expressif et le plus solide, ai-je envie d’ajouter aujourd’hui, maintenant que je le connais depuis trois jours ! Ce que j’appelle la solidité, c’est la résultante de plusieurs ingrédients mélangés dans la même jatte : l’assurance, l’expérience, la technique infaillible, le goût du risque, une dose de ludisme dans le sens de savoir jouer avec les limites, sans jamais amener l’auditeur à se sentir inconfortable. L’auditeur est confortable tant qu’il sent qu’il peut se reposer à 100% sur la maîtrise du musicien. Toujours est-il que je salue mon flair parce que je ne savais pas encore que j’avais affaire au musicien qu’on dit être le plus grand violoniste au monde !
Fiou ! Ça doit être lourd à porter comme réputation. C’est pour ça que je suis un peu rassurée d’apprendre qu’il s’est cassé, qu’il a craqué sous l’effet de la pression, et qu’il s’est reconstruit, car il me semble qu’on est plus solide et plus riche une fois qu’on s’est cassé et reconstruit. Pendant la période qui a précédé la chute devant l’amener à la cassure, il devait être bien malheureux parce qu’il n’était certainement plus lui-même. J’écris tout ça comme si je le connaissais et que je témoignais des souffrances qu’il aurait traversées… je suis une cocotte groupie exaltée.
Il ressemble un peu à Richard Bohringer –dont je ne connais absolument pas le parcours artistique, mais que j’ai déjà croisé dans une petite rue de l’Île Saint-Louis. Il m’avait regardée, arrivé à ma hauteur, parce que je portais un épais foulard rose sur la tête et ça devait quand même attirer l’attention.
Le violon de Maxim a été fabriqué en 1747, un Stradivarius. Les violons, ça ne fonctionne pas de la même manière que les motoneiges : mon mari, qui vient de s’en acheter une nouvelle, ne tarit plus d’éloge sur la modernité, la fiabilité, l’efficacité et la souplesse de sa machine, rien à voir, m’a-t-il dit, avec les modèles puant l’essence conçus il y a dix ou quinze ans, quand la technologie était moins avancée. Pour les violons, c’est le contraire, plus c’est ancien mieux c’est, il ne semble pas y avoir de technologie qui entre en ligne de compte. Je me suis demandé, dans cette veine, si l’enseignement de l’instrument était demeuré le même à travers les années. Et si on joue aujourd’hui du violon comme on en jouait en 1900 ? Jean Sibelius jouait semble-t-il jour et nuit sur son violon, quand il a composé ce concerto que je commence à connaître par cœur. Jouait-il avec le même niveau de virtuosité que les musiciens prodigieux d’aujourd’hui ? En fin de compte, un concerto, c’est une série de notes. Y a-t-il une manière différente d’enchaîner ces notes aujourd’hui qu’il y a ne serait-ce que cinquante ans ? J’en parlerai à Ludwika à notre prochaine rencontre.
J’ai déjà écrit, à propos de Melody Gardot et peut-être aussi à propos des chanteurs de Pentatonix, que j’adore quand on entend les instrumentistes ou les chanteurs prendre leur souffle avant de se lancer dans un long trait musical. Même chose pour Maxim, j’adore quand il prend son souffle, je l’entends très bien depuis hier soir, alors qu’à mes premières écoutes, il y a deux jours, je ne discernais pas cet aspect.

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Jour 459

spiralesFinales

F-i FI, N-i NI, FINI ! Ajout des spirales et rinceaux en portion du bas, et agrandissement du cadre dans le cadre, en portion du haut. 

Je n’ai pas eu l’occasion encore de passer mes toiles en revue parce que hier dimanche, jour que je pensais le faire, j’ai peint des spirales toute la journée. Ça y est, la toile est maintenant au mur et je n’y touche plus.
Je découvre que je ne suis pas la seule à retoucher mes œuvres, Jean Sibelius l’a fait de son concerto pour violon. Le concerto a été joué pendant un temps, au début des années 1900, puis Sibelius l’a retiré de la circulation pour en récrire l’andante, notamment, et deux ans plus tard le concerto était joué à nouveau. Ça ne veut pas dire que la réécriture lui a pris deux ans, elle a été faite, j’imagine, parallèlement à d’autres projets en chantier, Sibelius étant un compositeur prolifique, d’autant qu’il a vécu longtemps, 91 ans.
Je découvre aussi que le violoniste Maxim Vengerov serait russo-israélien. Il me semble, maintenant que je le sais, que ses traits sont davantage israélites que russes. Ce que j’aime, de l’histoire de Maxim, c’est qu’il a chuté, à un moment donné, pour mieux se relever et croire plus que jamais à la mission de la musique dans le monde, et de son rôle de messager. Il a acquis une maturité spirituelle, je dirais.
J’ai voulu écouter tout à l’heure le concerto pour violon de Beethoven, interprété bien entendu par Maxim, mais la musique de Sibelius m’habite tellement que je vais plutôt écouter, après avoir écrit ce texte, le même concerto pour violon que j’écoute depuis deux jours, et dont on dit qu’il a des « ambiances sombres et minérales » (Wiki).
Je vais m’attaquer, maintenant que les spirales sont finies, à une toile qui représente une pomme, faite il y a dix ans. Quand j’ai déposé la toile sur la table afin de la transformer, il y a quelques jours, j’ai presque décidé de ne pas y toucher, tellement elle me reporte loin dans le passé –pourtant, dix ans, c’est rien. Cependant, comme je désire très fort que les toiles exposées sur les murs soient toutes à mon goût, au goût de la personne que je suis devenue, eh bien je vais travailler par-dessus. La pomme va rester pomme, mais je vais essayer de la rendre plus riche de sens.
Certains de mes dessins, très maladroits, sont encore plus anciens que la pomme et je ne ressens pas le désir de les retravailler, je les aime tels quels, ils me représentent fidèlement. Je pense à trois dessins au pastel sec qui sont encadrés l’un au-dessus de l’autre dans la grande pièce d’où j’écris ces lignes. Pour la pomme c’est différent, elle ne m’a jamais donné satisfaction.
Alors je m’y mets.

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Jour 460

Argerich

Martha Argerich, en 2015.

Je viens de prendre des Tylenol. Mon mal de tête ne s’en va pas. Il faut dire que je n’ai pas beaucoup dormi, pour m’être couchée très tard, transportée que j’étais par mes interprètes violonistes. Il n’empêche que mon préféré c’est le très expressif Maxim, mais je n’en ai observé que trois jouant Jean Sibelius : Anne-Sophie, Soyoung et Maxim. Comme je les connais personnellement, je me permets de les présenter par leur prénom !
Je me demande si les musiciens qui l’accompagnent dans l’orchestre sont impressionnés par son talent. Les violonistes, disons ceux du premier pupitre, seraient-ils capables de jouer le même répertoire en tant que solistes ? Se demandent-ils comment ils pourraient faire pour devenir aussi bons que lui, Maxim ?
Des milliers de notes sont égrenées sous ses doigts en une demi-heure de concerto. Combien de calories dépense-t-il au cours de sa performance ? S’assure-t-il de ne pas manger avant sa prestation pour que sa digestion n’altère pas sa vivacité ? Si oui, s’assure-t-il aussi d’avoir assez de forces au préalable ? Pourrait-il être faible et épuisé et redevenir miraculeusement vivant, du seul fait de se mettre à jouer en concert devant des gens, sous l’effet de l’adrénaline ?
Que vit-il pendant qu’il joue ? Son corps tangue, se penche, se redresse, il est habité par les émotions qu’il se fait vivre lui-même et qu’il nous livre. Est-ce délicieux avant tout, ce qu’il vit intérieurement, ou surtout exigent ?
Comment fait-il pour retenir toutes ces notes ? Les anticipe-t-il au fur et à mesure qu’il joue, les nomme-t-il dans sa tête ? Ça ne se peut pas qu’il les nomme, ça va trop vite, il n’en a pas le temps. Quand je jouais de la guitare, je nommais les notes de ma sonate de Scarlatti, –la, do, fa, mi, ré-do-si, mi– en en respectant le rythme. Et encore aujourd’hui, toujours ce même quarante ans plus tard, il m’arrive souvent de nommer des notes dans ma tête, parfois avec l’air qui vient avec, d’autres fois sans l’air, juste les notes.
Maxim a-t-il un caractère impossible ? Est-il humaniste ou, au contraire, essentiellement centré sur lui ? Ses chambres d’hôtel deviennent-elles des capharnaüms à peine une heure après qu’il s’y soit installé ? Il y a des gens qui disent que c’est le cas de Martha Argerich, le capharnaüm dans ses chambres, les valises ouvertes et les vêtements qu’elle en sort qui vont s’échouer sur la moquette. Il n’y a pas moyen de savoir si c’est vrai ou faux, Wiki ne le mentionne pas ! Je me demande d’ailleurs comment cette pseudo information s’est rendue jusqu’à moi. Aurait-elle été répandue par la bouche de Charles Dutoit qui a été quatre ans son mari ?
Lorsqu’il passe plusieurs jours sans jouer de son instrument, en supposant que ça arrive, est-ce que Maxim est malheureux ? En manque, comme on peut être en manque d’une drogue ? Quand son corps tangue et qu’il joue dans une concentration totale, est-il en transe, est-il transporté par la musique au-delà de lui-même, est-il le messager par lequel passe la prodigieuse beauté sonore dont il fait bénéficier l’humanité ? Admettons qu’il soit en transe et qu’il survienne un événement qui l’oblige à s’arrêter, serait-il capable de reprendre là où il en était, ou n’aurait-il aucune idée de l’endroit, du concerto, où il en était ?

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Jour 461

vengerov

Maxim Vengerov, violoniste russe.

Finalement j’ai vidé le foyer tout à l’heure, du moins une partie. J’ai passé l’aspirateur pour avoir l’impression de respirer moins de particules de poussière de bois.
Je me suis réveillée avec un mal de tête, qui n’est pas tout à fait parti, pour avoir trop joué dans la fumée hier soir, en essayant de réanimer le feu. Puis, réalisant que ma voiture était dehors, par ce temps de neige, je me suis sortie du lit aussitôt, il était 8:45, pour venir la mettre dans le garage, de manière à libérer l’espace si la charrue vient à passer pour déneiger la cour.
J’ai bu un grand verre d’eau, et là c’est un café chaud.
J’ai d’abord fait des petites lignes, une fois le feu reparti et l’aspirateur passé. En écoutant le concerto pour violon de Sibelius. J’ai choisi cette fois un violoniste masculin, Maxim Vengerov, un Russe. Sur la page Wikipédia qui documente son parcours, il apparaît habillé à la Elvis, il porte des lunettes fumées, une petite veste de biker sans manches, un gros ceinturon à boucle métallique, une chaîne qui sort de la poche avant, à côté du ceinturon, etc. Il a commencé l’étude de son instrument à quatre ans.
C’est bien pour dire à quel point les stéréotypes sont tenaces et ancrés dans ma personne, je me sens plus en confiance quand je l’écoute que lorsqu’il s’agit d’une femme, moins inquiète qu’il se trompe. Il est un homme, il est solide, il est un roc. Autre cliché bien ancré : je ne m’inquiéterai nullement, bien qu’elle soit de sexe féminin, d’une interprète asiatique : dans mon esprit, elles sont entraînées comme des robots et un robot ne connaît pas le phénomène du trac.
Malheureusement, je ne suis pas capable d’écrire et d’écouter de la musique en même temps, alors après les petites lignes de mon début de journée, j’ai stoppé l’écoute de la vidéo, mais je vais m’y remettre quand je repasserai aux petites lignes.
Les extraordinaires musiciens qui rendent notre vie meilleure et partagent leur talent avec les quidams mélomanes ou non mélomanes que nous sommes, sont des êtres qui mangent, boivent, dorment, comme nous. Qui ont des enfants. Mais qui ont aussi une vie d’exception. Il existe plein de gens d’exception, dans tous les domaines, mais je suis plus impressionnée par les musiciens parce que je les ai vus de près, à l’œuvre, au Conservatoire. Je pense à Catherine Perrin, bien qu’elle ne soit pas de niveau virtuose au clavecin, autant que le sont les interprètes que j’écoute depuis hier sur YouTube. Elle était dans le même autobus que moi, une fois c’était il y a bien entendu quarante ans. Elle argumentait avec le chauffeur, elle considérait qu’elle n’avait pas à fournir de billet pour son trajet car il était arrivé quelque chose, je ne sais plus quoi. Elle parlait fort, très à l’aise, tout le monde l’entendait, elle faisait ses gammes en vue de devenir présentatrice culturelle à Radio-Canada. Elle insistait, elle voulait gagner, mais son adversaire était fermé comme une huître, incapable d’argumenter, se bornant à exprimer un refus catégorique. J’étais sortie de l’autobus dans un état d’ambiguïté considérable : cette jeune femme avait devant elle un brillant avenir, comment allais-je m’y prendre pour suivre ses traces, ne serait-ce que minimalement, pour me créer un avenir minimal ?

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Jour 462

Soyoung

Soyoung Yoon plays Sibelius en robe bustier.

Anne-Sophie Mutter, Sarah Chang, Soyoung Yoon, Hilary Hahn, Violaine Mélançon, Johanne Perron, Yo-Yo Ma et Yoko Ono, un coup parti, ne savent pas que j’ai eu de la difficulté à faire redémarrer mon feu, à mon retour de chez Bibi ce soir, où j’ai soupé après avoir fait manger papa au CHSLD. Anne-Sophie s’en fichait pas mal, qu’il commence à faire froid dans la maison, elle jouait le concerto de Sibelius devant public dans une robe bleue, longue et bustier. Il faut comprendre qu’elle était chez moi par l’intermédiaire des vidéos YouTube. Seigneur ! Jouer du violon, se démener comme une bonne dans une robe bustier ? Soyoung Yoon fait la même chose, comme en atteste la photo ci-dessus, jouer du violon de manière virtuose en robe bustier. Les seules rares fois que j’ai porté une robe bustier, il faut croire qu’elle était mal ajustée. J’ai passé tout le temps les bras collés le long du corps parce qu’il me semblait qu’au moindre mouvement du torse le bustier allait se déplacer !
À mon retour, tout à l’heure, je me suis lancée dans mes petites lignes. Eh oui ! J’ai repris les spirales de ma vie, qui apparaissent maintenant en avant-plan de mon long vase surdimensionné, et je me suis mise à les garnir de lignes rose et blanches, avec mes crayons gel. C’est plus fort que moi. C’est aussi moins massif, les lignes du serpentin ainsi décorées.
Le foyer est bien trop rempli de cendres, il va falloir que je le vide, mais il y a de fortes chances que ce soit Denauzier qui le vide, à son retour demain en fin de journée. Il revient demain en fin de journée, ça ne veut pas dire qu’il va se lancer dans le nettoyage du foyer à peine arrivé.
Quand il part ainsi pour quelques jours, je me mets en « mode création », profitant de ma solitude pour m’éclater. Je ne fais que le minimum d’entretien, de cuisine, de ménage. En fait, je ne fais même pas le minimum. C’est un peu fou, c’est comme si je n’étais pas capable de créer quand nous sommes deux dans la maison, lui et moi. Alors une fois seule, je me lance à corps perdu dans mes petites lignes de petite capacité. Je me prends pour une artiste, finalement.
Je me rappelle que j’étais au Conservatoire, en train de mettre mes bottes, c’était donc l’hiver et c’était il y a quarante ans. Une jeune fille était en train de mettre son manteau pour rentrer chez elle, elle venait de participer à un concert des élèves de sa classe. Elle était accompagnée de sa mère.
– Pourquoi Violaine est si bonne ?, lui avait-elle demandé.
– Violaine, c’est un cas à part, c’est un talent exceptionnel, avait répondu la mère.
Violaine étudiait à cette époque au Conservatoire, qu’elle allait bientôt quitter pour poursuivre ses études et faire carrière aux États-Unis. En fouillant sur Internet, je viens de découvrir qu’elle enseigne maintenant à l’Université McGill. Elle est toujours aussi belle, aussi souriante sur les photos d’elle que je trouve ici et là, mais comme la vie passe, d’un beau brun profond ses cheveux sont passés à un mélange de brun et gris…
Le feu vient de reprendre, je peux aller me coucher.

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Jour 463

spirale2

Voici où m’ont conduite les spirales de ma vie. Je m’arrête là pour le moment.

Je me demande quel était le compositeur préféré de Michel Legrand. Je me demande aussi s’il avait des tonalités préférées. Je me demande s’il était capable de reproduire les couleurs avec les sons, aussi bien que mon ami André, décédé à 61 ans. J’ai déjà écrit à ce sujet dans mes textes d’il y a quelques années. André savait créer avec les touches de son piano, donc auditivement, les couleurs telles qu’elles sont perçues par l’œil. C’est difficile à expliquer. Il disait :
– Écoute ça.
Le ça, c’étaient ses dix doigts qui jouaient un accord, et cet accord vibrait comme vibre le jaune, ou le rouge.
– Quelle couleur ?, demandait-il ensuite.
– Vert !, m’exclamais-je. Un vert très riche, plein de chlorophylle !
Je ressentais vraiment, se dégageant du piano, une éclaboussure de vert, dans le petit local de pratique où nous passions nos journées.
J’avais envoyé une demande à François Dompierre qui aimait improviser sur des thèmes soumis par les auditeurs, à la radio, mais il n’avait pas réussi l’exercice, pas du tout.
Donc, Michel Legrand. Il fait référence dans son livre, toujours le même, J’ai le regret de vous dire oui, au concerto pour flûte et harpe, K.299, qui l’émeut plus que tout, tellement il y décèle le génie musical de Mozart. J’ai eu envie de l’écouter pendant que je traçais mes spirales. Avec mes petites capacités, j’y ai décelé des modulations inattendues qui m’ont séduite, le temps qu’elles ont eu lieu, c’est-à-dire quelques secondes. Ça s’arrête-là, en ce sens que je ne suis pas capable de me représenter, comme en est capable Michel Legrand, le travail colossal et hors du commun qui est à l’origine de ce chef-d’œuvre musical, et des autres qui existent sur la terre.
Un coup partie, après Mozart, j’ai  écouté le concerto pour violoncelle de Dvorák (impossible de reproduire l’accent diacritique sur le r), et celui pour violon de Mendelssohn. Je les ai écoutés sur YouTube, de mon ordinateur bas de gamme, dont le son est celui d’une boîte de conserve. En outre, si le mouvement du concerto est le moindrement long, il est interrompu par une publicité, puis il reprend comme si de rien n’était.
Le concerto pour violoncelle, je m’en rappelle parce que c’était la pièce maîtresse du programme de fin de conservatoire de Johanne Perron. Elle l’avait joué avec l’OSQ et s’en était énormément voulu d’avoir fait un do bécarre au lieu d’un do dièse, à quelque endroit de l’oeuvre, et le plus impressionnant c’est que je m’en étais rendu compte, parce que bien entendu j’avais assisté à ce concert donné en salle publique.
Une autre étudiante de fin de programme, en piano, avait joué un concerto l’année suivante avec l’OSQ, je ne me rappelle plus lequel, et j’avais eu moins de plaisir à me laisser porter par le dialogue piano orchestre parce que je savais que cette pianiste était excessivement nerveuse, elle l’avait été toute l’année, probablement. Elle est décédée jeune, d’un cancer, et je me demande s’il n’y a pas de ce stress plus grand que nature à l’origine de sa maladie.
Le concerto pour violon de Mendelssohn, lui, a été le choix d’Angèle Dubeau à son examen de fin d’année. J’y ai assisté également, il me semble que c’était à Québec, à l’Institut canadien, rue Ste-Angèle, quel drôle de hasard, mais je trouve ça curieux parce qu’Angèle était étudiante au Conservatoire de Montréal. Mais peut-être que tous les étudiants violonistes des conservatoires du Québec se rendaient à une seule salle à une même date, pour ne pas faire déplacer les juges musiciens d’une ville à l’autre. Peut-être que c’est à Québec qu’il y avait le plus de violonistes finissants cette année-là ? Je ne sais plus.
Je me demande si je vais avoir le temps de faire ce que je voulais le plus faire, cette fin de semaine que je suis seule. Je voulais et veux encore et après tout il me reste demain, passer en revue les toiles qui décorent les murs et essayer de les apprécier pour ce qu’elles sont, mes créations, sans m’en vouloir d’être pourvue de si peu de talent.

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Jour 464

poiré

Poiré de glace bien frais. Un délice.

Je me suis levée à 9 heures, c’est pas si mal –comprendre pas si tard–, compte tenu que j’étais épuisée hier et que je m’étais couchée après minuit. J’ai fait du feu car en l’absence de mon mari je dois faire le feu. J’ai fait du café, idem en l’absence du mari, pas de café dans la cafetière. J’ai fait un smoothie avec une mangue Ataulfo, un avocat, des épinards et du kéfir. J’ajoute des céréales de son, même si les céréales, toutes, sont à exclure chez les cétogènes.
Ensuite, place aux choses sérieuses. J’ai peint des spirales sur ma toile, celle qui est couverte d’un vase jaune surdimensionné, en clin d’œil au thème récent des spirales de ma vie. Malheureusement, elles ressemblent à des ronds de poêle plutôt qu’à des spirales, d’autant que je les ai peintes en gris foncé. Qu’est-ce que des ronds de poêle ? Ce sont des éléments à serpentin en français correct. J’étais en plein traçage d’éléments à serpentin lorsque le téléphone a sonné : mes amis voisins m’invitaient à faire de la raquette avec eux. Il était 12:45.
– À 13:15 je suis chez vous, ai-je répondu.
J’ai amélioré un bout de serpentin, j’ai tout foutu là ensuite de mes gréments de peinture, en m’assurant quand même de ne pas laisser mes contenants d’acrylique non couverts. Je me suis habillée en extrême vitesse, j’ai ramassé mes affaires car je savais que je ne reviendrais pas à la maison, en ce sens qu’après avoir fait de la raquette je filerais directement au CHSLD nourrir papa.
Je me suis donc rendue chez les amis en voiture. Nous avons fait de la raquette dans le bois et sur le lac. C’était merveilleux.
Au retour, nous avons bu un poiré de glace, provenant d’un producteur québécois qui s’appelle le Domaine des Salamandres. J’ai fait attention de ne pas caler ma coupe d’un seul coup, comme je suis capable de le faire. J’ai même attendu que les amis aient fini leur coupe pour finir la mienne. J’étais on ne peut plus confortablement installée au soleil dans la petite véranda des amis. C’était le moment ou jamais de profiter de la vie, mais un coup d’œil à ma montre bracelet m’a fait réaliser que j’étais déjà en retard pour le souper de papa.
Encore une fois, je suis partie en vitesse, j’ai fait la route jusqu’à Joliette, bien concentrée. Je suis arrivée à 17:00 pile, mais heureusement la distribution du repas s’est faite plus tard que d’habitude. J’ai ensuite promené papa sur l’étage et entamé un mini brin de conversation avec le nouveau voisin de papa, mais papa n’aime pas que je m’arrête pour parler à un tel et tel autre, alors ce ne fut qu’un mini brin. Cet homme m’est très sympathique.
Je suis revenue à la maison à 19:00, après quelques courses en cours de route, dont une plante au IGA, pour faire comme mes amis qui ont cette plante dans leur véranda. Elle est devenue énorme avec les années et elle fleurit généreusement.
Rebelote une fois dans la maison, c’est-à-dire place aux choses sérieuses, j’ai peint mes spirales serpentins jusqu’à ce que, cette fois, mon téléphone m’avertisse, sans pour autant sonner, que chouchou m’avait envoyé des mots par Messenger.
Maintenant il est tard et je m’accorde un peu de temps pour  relaxer.

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