Jour 466

Dans mon rêve, je vivais un repos d’âme, de corps et d’esprit, la tête appuyée sur l’épaule d’un homme noir haïtien.
Il venait de se produire une sorte de putsch dans une église où seuls des gens de peau noire avaient été conviés. Ça veut dire que j’y étais l’unique blanche. On appelait à se rendre dans le chœur une catégorie de ces gens, qui y allaient, et il s’avérait que ceux qui restaient sur les bancs étaient des noirs non haïtiens. Cette séparation mettait en évidence, comme en attestaient l’humeur maussade et les réactions belliqueuses des gens restés sur les bancs, la différence fondamentale entre les deux groupes : les Haïtiens étaient généreux, affables, bons –ils riaient de bon cœur dans le chœur, ils faisaient des blagues et s’échangeaient des cadeaux–, alors qu’avec leur dureté de caractère, les autres étaient déjà en train de se chamailler.
Je me disais donc qu’il n’était pas question que je m’unisse à un homme qui ne serait pas Haïtien.
Je pressentais de manière diffuse que celui qui allait être mon compagnon dans la vie était celui-là même qui m’avait offert son épaule pour me reposer. À cette idée, je devenais tellement émue que je me mettais à souhaiter, comme le veut l’expression, que le temps s’arrête. Ainsi donc, j’avais peut-être à mes côtés l’homme auquel, désormais, j’entendais donner le meilleur de moi-même. J’envisageais d’ailleurs, sachant que nos références culturelles étaient très différentes, de me contenter d’accompagner cet homme sans lui poser mille questions, sans parler, sans rien exprimer qui aurait pu diluer le sentiment exquis qui m’habitait d’être avec lui, et lui avec moi.
Il se déroulait ensuite toutes sortes de situations incroyables dans mon rêve, dont une course sous l’eau entre deux femmes, et j’étais celle, hors de l’eau, qui encourageait la première à gagner, or cette première, je pense, était moi. L’ubiquité, en rêve, facilite la mise en place de scénarios improbables, c’est bien connu. La compétition se faisait dans des corridors d’eau qui empruntaient des formes compliquées, qui montaient et descendaient à l’intérieur d’une grande maison. On pouvait voir à travers ces corridors de forme cylindrique parce que les parois étaient faites en verre. Je m’égosillais pour encourager la première nageuse, je sautillais, je faisais tous les temps. L’enjeu était de taille car la première à atteindre la ligne de fin se voyait offrir la récompense ultime, une récompense qui prenait forme humaine en ce qu’il s’agissait de pouvoir faire sa vie avec cet homme dont l’épaule n’était égale à nulle autre.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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