Jour 469

CalderAbstrait

Calder, Tower 2 ?

La toile ci-contre de Calder, dont je ne suis pas certaine qu’elle s’intitule Tower 2, me fait penser à une toile de Magritte qui s’intitule Les idées claires.
Il y a longtemps eu, accrochée dans la salle de bain, à Montréal, dont les murs sont couverts de tuiles bleu gris, une reproduction laminée d’une toile de Magritte sur laquelle une grosse pierre grise est suspendue dans le ciel comme s’il s’agissait d’un nuage. Je trouvais que la couleur dominante de la toile de Magritte se mariait bien avec la couleur des tuiles qui couvraient les murs. Un nuage est peint au-dessus de la grosse pierre, d’ailleurs, et tous deux, nuage et pierre, évoquent l’immobilité quand, en-dessous, les vagues de l’océan évoquent le mouvement. Un professeur m’ayant expliqué qu’il n’y a rien de plus difficile à rendre sur toile que des vagues en mouvement, on ne peut que saluer ici le talent du peintre –et comprendre que le professeur voulait me dissuader de peindre des vagues, sachant que je n’y arriverais pas !

 

MAGRITTE3images

Magritte, Les idées claires, 1955.

J’imagine que c’est la couleur grise qui sert ici de liant entre les deux toiles, dans mon esprit, et peut-être aussi un effet d’immobilité (pierre et nuage). Les deux toiles, en somme, sont peintes avec des tons neutres et on peut voir dans les deux un effet d’horizon lointain. Les lignes, chez Calder, sont obliques et courbes, là où Magritte n’exploite que l’horizontalité. Je dois préciser que le calibrage des couleurs de l’affiche qui décorait ma salle de bain donnait un résultat nettement plus gris que celui de la photo ci-contre qui est nettement plus bleu.
Un jour, à force d’absorber de l’humidité au fil de nos douches, le panneau du laminage, fait de sciure de bois et de colle, est devenu tout mou. Il s’est déchiré à l’endroit où un clou le retenait, pour venir s’échouer sur le comptoir, où il est resté, simplement appuyé au mur, pendant longtemps. Parallèlement, j’ai suspendu au clou, pour le cacher, une petite sculpture de résine représentant un ange –rose– que je traîne dans mes affaires depuis des lustres.
Le Magritte m’a été donné par Bibi –qui voulait s’en débarrasser–, et l’ange par une jeune fille très mal organisée –qui voulait me remercier–, pour laquelle je tapais des textes à l’occasion, à mon retour d’Europe, période pendant laquelle j’étais moi-même très mal organisée. La jeune fille était étudiante en arts et faisait des suppléances au Séminaire quand la professeure d’arts plastiques tombait malade. Aujourd’hui, cette professeure est décédée. Pour ma part, j’habitais à Joliette, je travaillais à temps partiel dans une librairie de la rue Notre-Dame, je n’avais pas de manteau d’hiver digne de ce nom –je portais donc ce que j’appelle des réguines– et le seul bon souvenir que je conserve de cette période est celui de mes séances de patin sur la rivière. J’y allais régulièrement, même par temps glacial. Étrangement, quand je me revois sur la rivière L’Assomption, seule pendant des kilomètres, je patine sur une glace noire ultra lisse à travers laquelle on discerne presque le fond de la rivière… Tel est l’atout du souvenir, il embellit la réalité. La glace sur laquelle je suis allée patiner sur la même rivière, cet hiver, est blanche, craquée, couverte de bosses et parfaitement opaque.

Tower 2

En cherchant sur Internet hier quel peut être le titre de la toile de Calder, je suis tombée sur la photo ci-contre d’une pièce magnifique entièrement consacrée à Alexander Calder, à la National Gallery of Art, in Washington D.C. Je ne sais pas si Tower 2 désigne l’ensemble des installations, ou seulement le tableau qui apparaît –minuscule– au fond de la pièce, ou même s’il ne s’agit pas du nom d’une nouvelle tour qui a été construite en ajout au musée…

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Jour 470

CalderAbstrait

J’adore cette toile abstraite de Calder. Dès que je termine L’amas, je m’attaque à sa reproduction en espérant que je ne m’en éloignerai pas trop.

Il y a pire : j’ai acheté un exemplaire du journal Le Devoir il n’y a pas longtemps, en vente au Métro d’alimentation, lorsque la une portait sur l’insalubrité des lieux à l’Université de Montréal. J’ai lu l’article, j’y ai découvert que le plus bas soumissionnaire retenu ne faisait pas bien son travail, et lu en conclusion de l’article que les choses malgré tout s’amélioraient, et qu’il ne devrait plus y avoir de problème à très court terme. Pourquoi faire sa une avec ça ? Mystère et boule de gomme. Or, qu’est-il arrivé des autres cahiers du Devoir ? Ils ont traîné sur la table basse de la salle de séjour jusqu’à ce qu’un matin, seule à la maison, j’aie dû réanimer le feu de foyer qui s’était éteint et utilisé pour ce faire, quoi de mieux, les cahiers de papier jamais ouverts, même pas froissés, qui ont attendu en vain que je daigne les consulter.
Que penser, également, de la belle Simone ? Mon signet couvert des couleurs de la librairie Renaud-Bray n’a pas changé de place depuis l’automne dernier, dans ses Mémoires d’une jeune fille rangée. Un signet qui témoigne d’une petite lecture de seulement le quart du livre. Et je ne parle pas ici de La force des choses, dont je ne me rappelle toujours pas si je l’ai lu ou pas lu. Et que dire de ces autres livres encore qui forment une pile dans leur catégorie « en attente ».
Je n’ai pas abordé, en outre, le problème spiralien de l’exercice physique. Hier, nous avons marché dans la forêt, derrière la maison, Denauzier et moi, en plein soleil, dans la blancheur éclatante de la neige. Je me penchais souvent pour ramasser les branchettes qui déparaient, par leur couleur foncée, la beauté immaculée de notre sentier. Je marchais, je me penchais, je ramassais la branche ou les feuilles ou l’écorce et j’essayais de les lancer à côté du sentier. C’était quand même exigeant, du moins pour mes capacités, parce que ça revenait tout le temps : me pencher, ramasser, me relever, lancer, me pencher à nouveau… Denauzier, lui, s’occupait d’enlever les branches plus grosses qui courbaient dangereusement sous le poids de la neige. Il s’agissait de bois mort, il faut le dire, qui obéissait facilement. À notre retour à la maison il n’était que quinze heures, j’ai proposé à mon mari d’aller chercher sa maman pour la sortir de chez elle et lui permettre, en voiture, d’admirer la nature et le bleu du ciel. C’est ce que nous avons fait, pour aboutir chez le frère de Denauzier, où nous avons bu du vin rouge dehors autour d’un feu, tout le monde enchanté de se voir. Nous sommes revenus juste assez tôt pour que la mère de Denauzier ne rate pas le souper, à la salle à manger de sa résidence. Elle s’y est d’ailleurs rendue avec, je pense, son manteau sur le dos ! Toujours est-il que de la promenade en forêt et de la visite surprise chez le frère qui est mon beau-frère, c’est bien entendu la rencontre familiale, sans bouger nullement autour de la bûche rougie par le feu, qui a constitué le temps fort de la journée.

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Jour 471

Macha Meril et Michel Legrand se marient - Paris

J’adhère à cette conception du couple telle que décrite par Macha : « J’ai personnellement une très haute idée du mariage. Il n’y a rien de plus noble que de donner sa vie à l’autre. Créer un couple, construire un devenir ensemble, c’est quelque chose d’artistique. »

En fait, je suis prisonnière de plusieurs spirales. J’ai commenté récemment la spirale de la nourriture. En voici les plus récents développements. Vendredi dernier nous avons reçu mon frère et ma tante à souper –des quiches à la pancetta et au chorizo. Comme je n’avais pas faim au moment du repas, mais que j’ai mangé pareil et mangé somme toute normalement, selon l’adage que « l’appétit vient en mangeant », je me suis couchée penaude, en me disant que le lendemain samedi je me contenterais de presque rien pendant toute la journée. Or, ce samedi, je suis allée marcher plus d’une heure dans le froid. À mon retour, me sentant un peu faible, j’ai mangé des noix pour être capable de patienter jusqu’au souper.
Nous avons pris ce souper chez la mère de Denauzier –j’avais apporté des boulettes au riz– et je n’ai servi que peu de boulettes à tout le monde. Au bout du compte, j’ai été la seule, je pense, à ne pas manger à ma faim. Il en découle que le dimanche matin à mon réveil je ne pensais qu’à manger. Denauzier avait préparé du gruau dont je me suis régalée, mais je l’ai mangé tard m’étant réveillée tard, de telle sorte qu’à midi je n’avais pas faim, mais Denauzier si, etc. Au secours !
Il y a aussi la spirale de la lecture. Je ne compte plus les livres commencés qui attendent que je me remette à les feuilleter. Je pense d’abord à Michel Legrand (et à Stéphane Lerouge, coauteur), J’ai le regret de vous dire oui. J’ai terminé à Montréal chez chouchou le chapitre dans lequel il est question de la dépression américaine de Legrand, qui a entraîné son retour à Paris au terme de deux ans de vie en Californie. Je n’avais pas fini le chapitre sur cette dépression que je me demandais si Legrand s’était mis à vivre autrement, en se protégeant du stress, en ne s’imposant plus des délais de création inhumains. Il en sera peut-être question au détour d’une phrase dans les chapitres suivants, sauf que les chapitres ne respectent pas un ordre chronologique. Ainsi, après le retour de Legrand et famille à Paris, un chapitre entier, assez étoffé, est consacré à Barbra, nous faisant rebasculer en Amérique.
Les photos qui accompagnent le texte apparaissent, elles, en ordre chronologique. Celles de la deuxième moitié du livre nous font découvrir un Michel Legrand plus vieux, accompagné de Macha Méril qu’il a épousée alors qu’il était âgé de 82 ans. Il est souvent accompagné, également, d’Agnès Varda, un petit bout de femme aux cheveux deux couleurs et aux habits colorés qui donne l’impression « d’en avoir dedans ».
Un autre livre qui m’attend, et c’est inexcusable car il s’agit d’une plaquette de cent pages aérées, s’intitule Miley Cyrus et les malheureux du siècle. C’est un essai qui aborde positivement le thème de la jeunesse. Je sais que je vais aimer le lire, et pourtant la force d’inertie qui me tient les pieds scotchés au plancher m’empêche de me rendre le prendre dans mes mains pour ensuite me aller m’asseoir sur le canapé au coin du feu pour le savourer.

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Jour 472

lamas

L’amas, le 16 février 2019.

Je n’en peux plus. C’est trop long. Une seule tige rose à la hauteur des pattes de l’animal me prend presque une heure de travail. Il m’en reste trois ou quatre à ajouter, à droite, pour couvrir tout l’espace contenu entre le sol jaune et les feuillages verts. D’abord, je trace une ligne droite au crayon gel, il faut passer plusieurs fois pour obtenir un effet uniforme. Puis, le long de la ligne droite qui représente la tige, je dessine le contour des bulles qui représentent des espèces de fleurs, et ensuite je comble les bulles avec du rose, au pinceau, plusieurs fois. C’est fou. Ce matin, je voulais m’attaquer aux tiges et bulles rose, mais finalement j’ai travaillé l’œil droit, j’ai essayé de lui associer un regard moins méchant. J’ai partiellement réussi. J’ai aussi ajouté une masse jaune, entre les yeux et le museau, pour créer une zone qui attire le regard dans la partie supérieure de la toile, car cette partie est majoritairement couverte de couleurs sombres. Pendant que je travaillais l’œil et la masse jaune, j’étais attentive aux bruits autour de moi dans la maison : celui très faible du pinceau sur la toile, celui inexistant des crayons gel, celui trop fort du ventilateur qui fait circuler dans la pièce la chaleur qui provient du foyer, celui toujours égal de l’horloge dans la cuisine, celui du moteur du frigo, celui de ma valve, celui de ma respiration. Celui, tout seul dans sa catégorie, de la chute d’un gros glaçon le long de la toiture.
Tout à l’heure je suis allée marcher, je ressentais le besoin de prendre de l’air et de faire de l’exercice. Idem par rapport aux bruits, j’essayais d’y être attentive. Celui qui prenait toute la place était le souffle de ma respiration car je montais une côte de quelque huit cents mètres, une côte qui est comme mon L’amas, en ce sens qu’elle ne finit plus. Celui qui me dérangeait le plus était le frottement de mes pantalons de nylon car il rendait nulle la possibilité de discerner des sons plus faibles. Je pouvais entendre le souffle du vent mais seulement à partir d’une certaine intensité. J’entendais bien sûr battre mon cœur. Je n’entendais pas les branches des arbres craquer, ni les oiseaux chanter.
Autrement dit, pour goûter vraiment les sons de la nature, il faut être immobile.
Je suis en train de lire la biographie de Michel Legrand. Il était un très grand ami de Jacques Demy. Jacques Demy a eu beaucoup de succès avec ses films musicaux, ses univers enchanteurs, Les parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort, Peau d’âne, entre autres. Quand il a voulu se tourner vers d’autres types de films –je sais qu’il a tenté de réaliser des films politiques–, cela s’est mis à moins bien aller dans sa carrière. Alors je me suis dit ceci, à propos de ma toile qui a d’abord été une composition abstraite avant de faire place à un animal qui porte des bijoux : je suis une peintre fondamentalement naïve et je n’en ai pas honte. Maintenant, pour affirmer le contraire de ce que je viens d’écrire, ma prochaine toile sera inspirée d’une composition abstraite de Calder que j’ai photographiée lors de ma récente visite au musée.

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Jour 473

Je suis prisonnière d’une spirale. Nous allons souper à Lavaltrie et nous mangeons merveilleusement. C’est tellement bon, du rôti de bœuf cuit à la perfection, que je ne peux m’arrêter. Donc, j’exagère. Je me lève ce matin et je ne mange pas, je me contente d’un peu de café, pour tenter d’équilibrer par le moins le gros plus d’hier. Tout à l’heure, je me rendrai à Joliette nourrir papa. Je n’irai pas à jeun, par crainte de me sentir étourdie, peut-être faible. Rien ne dit que je me sentirais étourdie ou faible, tellement j’ai accumulé de réserves hier, mais comme c’est la crainte qui l’emporte, j’ai mangé à quatorze heures un morceau de saumon poché. Point final. Ce soir, nous mangerons léger.
Demain, rebelote, nous recevons.
– Qu’est-ce que nous allons offrir aux invités ?, me demande mon mari.
Je n’ai guère la tête à l’alimentation, me sentant un peu honteuse de mes excès de la veille, alors je réponds à Denauzier que je vais y penser.
C’est un peu dans cet esprit que s’est décliné mon séjour montréalais. Comme je rencontrais des amis, et que souvent rencontrer des amis vient avec un repas au restaurant, je mangeais copieusement au restaurant et je ne mangeais presque rien le restant de la journée. De telle sorte qu’à mon retour à la maison, j’ai trouvé presque curieuse la reprise d’une routine de trois repas par jour, quoiqu’il arrive souvent que je ne m’en tienne qu’à deux. Mais ma préférence va à trois : un smoothie le matin, un repas léger le midi, un repas un peu plus élaboré le soir.
En d’autres mots, je suis aux prises avec un problème qui n’existe pas auprès des gens pauvres et qui est celui de trop manger. Qui plus est, je suis aux prises avec le problème d’avoir accès à un trop large éventail de nourriture.
Les assiettes de Allô mon Coco !, à cet égard, ont de quoi faire réfléchir tellement elles sont gargantuesques.
– L’idée est de repartir avec une boîte qui contient les restes, m’a expliqué Emma. Tu ramènes à la maison un vestige de ce qui t’a réjouie au restaurant !
Le mot vestige, ici, m’a fait sourire car il m’a semblé qu’il y avait un peu de moi dans la bouche de ma fille !
En outre, la manière d’intégrer un gros repas à l’horaire se fait dans deux directions. Avant le repas, on mange peu, après le repas, on mange encore moins. Si je prends pour exemple le gros souper d’hier : nous avons mangé peu le midi, de la soupe au miso, pour « se garder de la place » en prévision du soir. Ce matin, compte tenu que la place a été très bien remplie hier soir, après avoir été très bien gardée hier midi, me voilà à nouveau en mode économie…
Le mieux, bien entendu, serait de profiter de tout de manière raisonnable, mais telle n’est pas la manière dont je suis fabriquée. Pourtant, papa, qui est à l’origine de ma fabrication, est expert en l’art de profiter raisonnablement. Il est maintenant trop avancé dans sa maladie pour que je puisse lui demander de m’expliquer comment faire.

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Jour 474

gâteau

Gâteau Boston pris en photo à 16:16, recette dans la revue K pour Katrine. Un délice.

Quand mon mari revient de ses expéditions, tout se remet en branle de nos activités. Je sors de ma contemplation, de mes traits de pinceau appliqués lentement pour ne pas déborder de la ligne fine que je suis en train de tracer. Les lecteurs qui ont parcouru mes derniers textes savent qu’ici je tartine épais sur la contemplation solitaire, puisque je suis allée moi aussi en expédition urbaine, à Montréal, pendant cinq jours. Mais il est vrai qu’hier mardi j’ai beaucoup peint.
Dans le mouvement de remise en branle de nos activités, et ce malgré la neige, nous partons honorer à Lavaltrie l’invitation à souper que nous a faite la fille de Denauzier ce matin. Je vais voyager en tenant sur mes cuisses –et en essayant de ne pas bouger– la cloche à gâteau qui héberge le Boston que j’ai fait tout à l’heure, cuit dans un moule en forme de cœur, pour souligner la St-Valentin, mais ça ne paraît pas tellement sur la photo que les moules ont la forme d’un cœur. Ce qui paraît, en revanche, ce sont les grosses gouttes de ganache et de crème pâtissière sur le plateau. Je vais voir s’il est possible de les enlever sans faire encore plus de dégât.
J’ai trouvé un titre pour ma nouvelle toile, celle au quadrupède, ce sera L’amas. L’amas car l’animal peut ressembler à un lama avec son grand cou, et parce qu’il est peint de telle manière qu’y sont amassés des détails, des enjolivures, des éléments de la nature.
Dans la perspective d’une journée Portes ouvertes où seraient à découvrir cent tableaux sur les murs de la maison, il est préférable de donner un titre à mes toiles. Je me rends compte que la toile que j’appelle Macaronis ne pourrait pas s’appeler ainsi, c’est trop trivial, je vais devoir me forcer un peu pour trouver mieux. Je pense aussi à propos de ce petit format, dont le sujet peint est d’intérêt très moyen, qu’un prix demandé de 100$ me confine à une non-vente.
J’ai fait le tour de la maison et compté vingt toiles qui pourraient faire partie de ma nouvelle exposition. Cela inclut des anciennetés encadrées qui, à cause du cadre, ont coûté trois fois 100$.
J’ai aussi envisagé que si je tiens ledit événement Portes ouvertes, je vais investir une partie de la somme amassée dans l’achat de nouveaux pinceaux. Hier, j’ai dû enrouler de papier collant la partie poilue d’un pinceau car elle se détachait toute seule du manche. Et le papier collant, lui, se décolle tout seul quand je mets le pinceau dans l’eau.

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Jour 475

animalière

Sans rapport au texte. Pour le seul plaisir de l’imprimé. Mais quand même, un rapport, la belle dort et rêve peut-être, aux grenouilles.

J’ai fait un rêve qui me semble positif. J’étais avec d’autres en bordure d’un lac, avec vue plongeante sur l’eau car nous étions situés assez haut sur une galerie. Je passais derrière un ancien confrère du Séminaire et je me faisais la remarque que ce n’était pas le temps de le pousser car, compte tenu de la hauteur avant d’atteindre l’eau, il aurait pu se blesser. Or, c’est lui qui me poussait, d’un mouvement du bassin et des fesses, et comme je passais très près de lui, son mouvement était suffisant pour m’atteindre et me faire dévier. Je le trouvais drôle, dans le sens de amusant, de m’avoir fait ce que je m’étais dit qu’il ne fallait pas que je lui fasse. J’allais m’asseoir juste un peu plus loin et, en observant l’eau, il me semblait que j’en voyais le fond, pourtant c’était pas mal creux puisqu’on pouvait y plonger sans risquer de se blesser. C’était rassurant de voir le fond de l’eau, moi qui ai rêvé pendant des années que je plongeais dans une eau super archi noire dont je devenais prisonnière, seule au monde et sans aucun repère. Je me réveillais systématiquement en sueurs, en panique.
– On dirait qu’il y a une lumière au fond de l’eau !, m’exclamais-je.
J’aimais l’effet que créait cette lumière, cela m’apparaissait comme le prolongement, dans l’eau, de la vie sur terre. C’était comme si l’univers de l’eau ne constituait plus un mystère troublant, une menace. L’eau devenait un milieu de vie dans lequel le problème de la respiration ne se posait pas.
– Ça ne se peut pas qu’il y ait une lumière dans le fond, disait quelqu’un.
– Une lumière qui proviendrait d’un projecteur, une lumière bleue, ajoutais-je. Regardez, entre mes jambes on en voit très bien le faisceau.
J’étais effectivement assise les jambes en l’air et écartées, en équilibre précaire sur le coccyx, comme si je pratiquais un asana de yoga –pour ne pas faire référence à autre chose. Un homme arrivait qui se plaçait derrière moi et constatait qu’effectivement un faisceau de lumière bleue nous faisait des signes.
– C’est normal, disait alors une voix parmi nous, il y a une pièce de théâtre qui va bientôt commencer.
On voyait en effet bouger des décors poussés par des techniciens –dont les pieds s’enfonçaient légèrement dans la vase– et apparaître sur scène une salle qui ressemblait à un bar, un bistro, une taverne…
– Je n’y assisterai pas, me disais-je, n’ayant pas envie de me mouiller et de grelotter –et peut-être de manquer d’air.
Je choisissais d’aller explorer un autre endroit, et je me trouvais alors dans le sous-sol d’un grand édifice où étaient regroupés les services essentiels de type cuisine, plomberie, électricité… J’étais contente de me trouver là et de croiser ce que j’appelais du vrai monde, c’est-à-dire des employés efficaces, qui connaissaient bien leur métier, des manuels –par opposition aux intellectuels. Des manuels hommes. Il n’y avait pas de femme dans mon rêve.

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