Jour 473

Je suis prisonnière d’une spirale. Nous allons souper à Lavaltrie et nous mangeons merveilleusement. C’est tellement bon, du rôti de bœuf cuit à la perfection, que je ne peux m’arrêter. Donc, j’exagère. Je me lève ce matin et je ne mange pas, je me contente d’un peu de café, pour tenter d’équilibrer par le moins le gros plus d’hier. Tout à l’heure, je me rendrai à Joliette nourrir papa. Je n’irai pas à jeun, par crainte de me sentir étourdie, peut-être faible. Rien ne dit que je me sentirais étourdie ou faible, tellement j’ai accumulé de réserves hier, mais comme c’est la crainte qui l’emporte, j’ai mangé à quatorze heures un morceau de saumon poché. Point final. Ce soir, nous mangerons léger.
Demain, rebelote, nous recevons.
– Qu’est-ce que nous allons offrir aux invités ?, me demande mon mari.
Je n’ai guère la tête à l’alimentation, me sentant un peu honteuse de mes excès de la veille, alors je réponds à Denauzier que je vais y penser.
C’est un peu dans cet esprit que s’est décliné mon séjour montréalais. Comme je rencontrais des amis, et que souvent rencontrer des amis vient avec un repas au restaurant, je mangeais copieusement au restaurant et je ne mangeais presque rien le restant de la journée. De telle sorte qu’à mon retour à la maison, j’ai trouvé presque curieuse la reprise d’une routine de trois repas par jour, quoiqu’il arrive souvent que je ne m’en tienne qu’à deux. Mais ma préférence va à trois : un smoothie le matin, un repas léger le midi, un repas un peu plus élaboré le soir.
En d’autres mots, je suis aux prises avec un problème qui n’existe pas auprès des gens pauvres et qui est celui de trop manger. Qui plus est, je suis aux prises avec le problème d’avoir accès à un trop large éventail de nourriture.
Les assiettes de Allô mon Coco !, à cet égard, ont de quoi faire réfléchir tellement elles sont gargantuesques.
– L’idée est de repartir avec une boîte qui contient les restes, m’a expliqué Emma. Tu ramènes à la maison un vestige de ce qui t’a réjouie au restaurant !
Le mot vestige, ici, m’a fait sourire car il m’a semblé qu’il y avait un peu de moi dans la bouche de ma fille !
En outre, la manière d’intégrer un gros repas à l’horaire se fait dans deux directions. Avant le repas, on mange peu, après le repas, on mange encore moins. Si je prends pour exemple le gros souper d’hier : nous avons mangé peu le midi, de la soupe au miso, pour « se garder de la place » en prévision du soir. Ce matin, compte tenu que la place a été très bien remplie hier soir, après avoir été très bien gardée hier midi, me voilà à nouveau en mode économie…
Le mieux, bien entendu, serait de profiter de tout de manière raisonnable, mais telle n’est pas la manière dont je suis fabriquée. Pourtant, papa, qui est à l’origine de ma fabrication, est expert en l’art de profiter raisonnablement. Il est maintenant trop avancé dans sa maladie pour que je puisse lui demander de m’expliquer comment faire.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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