Jour 462

Soyoung

Soyoung Yoon plays Sibelius en robe bustier.

Anne-Sophie Mutter, Sarah Chang, Soyoung Yoon, Hilary Hahn, Violaine Mélançon, Johanne Perron, Yo-Yo Ma et Yoko Ono, un coup parti, ne savent pas que j’ai eu de la difficulté à faire redémarrer mon feu, à mon retour de chez Bibi ce soir, où j’ai soupé après avoir fait manger papa au CHSLD. Anne-Sophie s’en fichait pas mal, qu’il commence à faire froid dans la maison, elle jouait le concerto de Sibelius devant public dans une robe bleue, longue et bustier. Il faut comprendre qu’elle était chez moi par l’intermédiaire des vidéos YouTube. Seigneur ! Jouer du violon, se démener comme une bonne dans une robe bustier ? Soyoung Yoon fait la même chose, comme en atteste la photo ci-dessus, jouer du violon de manière virtuose en robe bustier. Les seules rares fois que j’ai porté une robe bustier, il faut croire qu’elle était mal ajustée. J’ai passé tout le temps les bras collés le long du corps parce qu’il me semblait qu’au moindre mouvement du torse le bustier allait se déplacer !
À mon retour, tout à l’heure, je me suis lancée dans mes petites lignes. Eh oui ! J’ai repris les spirales de ma vie, qui apparaissent maintenant en avant-plan de mon long vase surdimensionné, et je me suis mise à les garnir de lignes rose et blanches, avec mes crayons gel. C’est plus fort que moi. C’est aussi moins massif, les lignes du serpentin ainsi décorées.
Le foyer est bien trop rempli de cendres, il va falloir que je le vide, mais il y a de fortes chances que ce soit Denauzier qui le vide, à son retour demain en fin de journée. Il revient demain en fin de journée, ça ne veut pas dire qu’il va se lancer dans le nettoyage du foyer à peine arrivé.
Quand il part ainsi pour quelques jours, je me mets en « mode création », profitant de ma solitude pour m’éclater. Je ne fais que le minimum d’entretien, de cuisine, de ménage. En fait, je ne fais même pas le minimum. C’est un peu fou, c’est comme si je n’étais pas capable de créer quand nous sommes deux dans la maison, lui et moi. Alors une fois seule, je me lance à corps perdu dans mes petites lignes de petite capacité. Je me prends pour une artiste, finalement.
Je me rappelle que j’étais au Conservatoire, en train de mettre mes bottes, c’était donc l’hiver et c’était il y a quarante ans. Une jeune fille était en train de mettre son manteau pour rentrer chez elle, elle venait de participer à un concert des élèves de sa classe. Elle était accompagnée de sa mère.
– Pourquoi Violaine est si bonne ?, lui avait-elle demandé.
– Violaine, c’est un cas à part, c’est un talent exceptionnel, avait répondu la mère.
Violaine étudiait à cette époque au Conservatoire, qu’elle allait bientôt quitter pour poursuivre ses études et faire carrière aux États-Unis. En fouillant sur Internet, je viens de découvrir qu’elle enseigne maintenant à l’Université McGill. Elle est toujours aussi belle, aussi souriante sur les photos d’elle que je trouve ici et là, mais comme la vie passe, d’un beau brun profond ses cheveux sont passés à un mélange de brun et gris…
Le feu vient de reprendre, je peux aller me coucher.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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