Jour 448

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ÉES et le Mystère Carmen au TNM.

Qu’est-ce que j’ai préféré de mes récentes aventures à Montréal ? La soirée au TNM où j’ai assisté à la représentation du Mystère Carmen ? L’après-midi du lendemain passé en compagnie d’Oscarine ? Le souper ce même lendemain avec mon ex belle-sœur ? La conversation dans la cuisine avec chouchou, le soir de ce même lendemain jusqu’à minuit –nous menant au surlendemain ? J’ai tout aimé.
Le plus instructif de ces événements fut sans contredit le récit d’Éric-Emmanuel Schmitt qui retrace le parcours du compositeur Georges Bizet, selon une approche je dirais philosophique et psychanalytique. J’aimerais mentionner ici qu’une de mes fidèles lectrices, qui se reconnaîtra peut-être, aurait savouré chaque minute de la soirée. D’une part, elle est musicienne, quand le récit d’ÉES est ponctué d’intermèdes musicaux avec les prestations d’un pianiste et de deux chanteurs, un ténor et une soprano. En fait, le pianiste appuie le narrateur et joue presque tout le temps, tandis que les chanteurs, par moments, ne sont pas présents sur scène. D’autre part, et rejoignant en cela les intérêts de mon amie lectrice, le texte de ce spectacle musical nous fait découvrir les étapes de la construction de l’opéra Carmen, ou de la genèse de sa création, pour parler moins mécaniquement. Par exemple, on y apprend que Bizet a écrit douze versions de L’amour est un oiseau rebelle, avant de trouver la bonne, la signifiante, la poignante, l’aérienne, la presque cruelle. La première version, qui est présentée aux spectateurs –mais pas les onze autres !– était pas mal « pompier ». Or, à force de chercher, et sur les conseils d’une interprète, Bizet a fini par donner naissance à la version sublime qui nous donne des frissons.
Sur le plan justement de la recherche, j’ai renoué au cours de ce spectacle musical avec certaines de mes préoccupations personnelles, lesquelles ont été exprimées dans mes textes au fil des ans, en ce qui a trait à ma voie : où est ma voie; se pourrait-il qu’elle n’ait eu de cesse de m’échapper; se pourrait-il que ma vie se soit déroulée tout croche tout de travers parce que je n’ai pas eu la vigilance, le flair, l’intuition, l’intelligence, la sensibilité de la remarquer, voire de la saisir, lorsqu’elle s’est présentée ?
Ce spectacle musical encore m’a amenée à constater que je n’ai rien compris et que je commence seulement à (me) comprendre, à la veille de mes soixante ans : ma voie se trouve là sous mes pas. Elle n’existe pas par magie, créée par un Dieu omniscient, en attente que je l’attrape au vol. Elle n’est pas réservée qu’aux initiés, qu’aux plus futés, qu’aux êtres dont le discernement serait supérieur à celui du restant de l’humanité. Ma voie, c’est moi, c’est ma vie, c’est ce que je fais de ma vie. Fiou ! Ça m’en aura pris du temps pour comprendre que je suis au volant du véhicule, que c’est moi qui décide du trajet, ou du moins que c’est moi qui conduis en me laissant porter par les hasards du trajet…
Un autre aspect du spectacle explore le côté féministe du personnage Carmen, mais comme je ne suis pas tellement d’accord avec la conclusion d’ÉES à ce propos, et que je n’ai pas les mots justes pour exprimer ma pensée et que ça ne me tente pas de les chercher, je m’arrête déjà là.

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Jour 449

3ans4mois

3 ans et demi

Je me suis fait réveiller par l’alarme de mon téléphone à 9:40. J’ai voulu étirer un peu mon bien-être sous la couette, mais je me suis forcée pour aller laver un peu de vaisselle. Il y en avait pas mal sur le comptoir de la cuisine. Je suis chez chouchou jusqu’à demain matin jeudi, et elle est pour sa part surchargée d’études. Dans ces moments de surcharge qui se produisent en fait régulièrement, la vaisselle passe en dernier, alors je m’en suis occupé, mais occupé partiellement parce que j’ai manqué de temps. J’avais rendez-vous avec ma tendre amie Oscarine à 11:30 chez elle. Après la vaisselle, je me suis amusée avec mes nouvelles amies les crèmes solaires. Je ne me sentais pas assez concentrée pour mélanger la crème teintée à la régulière blanche à FPS (facteur de protection solaire) 60. J’ai eu le pressentiment que si je me lançais là-dedans, j’allais arriver bariolée chez mon amie, alors je n’ai appliqué que la crème blanche, de telle sorte que je me suis présentée chez Oscarine le teint de la couleur de la farine, quand pour sa part elle exhibait son beau hâle car elle revient tout juste d’un séjour au soleil.
Nous sommes allées dîner dans un restaurant indien du boulevard St-Laurent, puis nous avons flâné dans le coin de la rue St-Viateur en entrant ici et là dans des boutiques, pour le plaisir. Nous avons terminé notre périple par une visite à la section des produits de beauté d’une pharmacie. Comme mon amie est une bonne conseillère en soins de la peau, je risque fort d’acheter, quand je serai passée à travers mes crèmes, les mêmes qu’elle s’achète, elle, et qui sentent délicieusement bon.
Je ne sais pas si c’est l’enfance de la petite de trois ans que nous avons gardée qui a pénétré ma personne, mais je me sens comme si j’avais moi aussi trois ans sur la photo ci-dessus, prise au restaurant, lorsque, avec mes tantes, nous avons parlé kératose actinique. Je me sens aussi insouciante que l’est la petite –qui rit tout le temps–, aussi imperméable aux conseils, aux consignes, aux conventions. Libre de contraintes dans le temps présent.
– Tu vas faire attention et ne pas perdre tes élastiques ?, a demandé le grand-papa alors que sa petite-fille tentait d’ouvrir le paquet de 100 spécimens colorés que je lui avais acheté.
– Oui !, a-t-elle répondu en donnant l’impression de s’en ficher pas mal parce qu’elle était irrésistiblement attirée par les couleurs vives qui se répandaient sur la table au fur et à mesure qu’elle vidait le paquet.
– Tu devrais demander une petite boîte à grand-maman, a ajouté le grand-papa. Une petite boîte ou un petit sac. Demande à grand-maman un petit sac.
– Oui !, a répété la demoiselle en me tendant un élastique pour que je lui fasse une lulu et sans bien entendu me demander le petit sac.
– Tu veux que je te fasse des lulus ?, ai-je demandé en manquant de solidarité envers mon mari.
– Oui !, a-t-elle à nouveau répondu.
– Est-ce que je te fais une ou deux lulus ?
– Une !, s’est-elle exclamée en me montrant deux doigts.
– Une avec un pompon et une sans pompon ?, a demandé la grand-maman.
La petite a freiné son élan qui allait lui faire répondre un énième Oui sonore à la suite des autres. Elle s’est touché la tête, des fois qu’il y aurait eu des pompons, elle m’a regardée et est passée du oui au non :
– Non !, pas pompon !, a-t-elle répondu.
– Et après on met les élastiques dans un petit sac ?, ai-je tenté.
– Non !, pas petit sac !

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Jour 450

Lovenox– Si vous voulez, a dit le dermatologue, je peux vous donner une débarbouillette mouillée pour faire une compresse sur la joue. Vous n’avez qu’à retourner dans la salle d’attente une quinzaine de minutes.
Il a fait le mouvement de se lever mais je l’en ai empêché.
– Ce n’est pas nécessaire, ai-je répondu. Ma voiture est mal garée et j’ai peur d’attraper une contravention. Je préfère partir tout de suite.
– Je sais, a-t-il dit. Le stationnement ne fournit pas à la demande… Vous pouvez en faire une à la maison avec de l’eau froide, si vous en ressentez le besoin ce soir. La réaction cutanée va prendre un bon mois avant de s’estomper.
– Très bien, ai-je répondu.
Une fois à la maison, finalement, je n’ai pas fait de compresse. J’avais, pour imiter ma tante de 86 ans, bien que je n’en aie que 59 –pour encore trois semaines–, d’autres chats à fouetter, d’autres bobos à surveiller. Avant la maison, je suis en effet passée à la pharmacie pour faire tester la vitesse de coagulation de mon sang : beaucoup trop rapide.
– 1,8 !?, me suis-je exclamée en voyant le chiffre s’afficher sur l’appareil de la pharmacienne.
– Avez-vous changé quelque chose à vos habitudes alimentaires ?, a-t-elle demandé.
C’est toujours la même question, à laquelle je n’ai jamais de réponse autre que :
– Il me semble que non !?
– Il va falloir vous faire des injections au Lovenox
– Mince ! Pendant quatre jours, comme d’habitude ?
– Exact. Et revenir faire un test vendredi.
Donc, une fois à la maison, je me suis fait non pas une compresse, mais une injection dans le gras du ventre, si gras on peut dire qu’il y a. Il y en a peut-être en masse dans mes artères, mais pas tellement en couche sous-cutanée.
Je ne sais pas si c’est bien nécessaire d’appliquer ces mesures de protection anti-caillot, mais je les applique parce qu’on me dit de le faire et que, entre vivre encore quelques années, ou en vivre encore plusieurs, ma préférence va à plusieurs.
Après la piqûre, je suis allée m’asseoir à côté de mon mari. Je lui ai raconté mes péripéties, pendant que réchauffait le restant de bœuf Stroganoff préparé pour les 60 ans de Denauzier et plutôt bien réussi.
Après le bœuf , mon mari m’a annoncé ceci :
– Chérie, ce soir, il faut écouter l’émission de Séraphin parce que c’est la dernière de la saison.
– Bien…, ça ne nous dira pas grand-chose, on n’a pas suivi la série !
– Tout le monde dit qu’il faut l’écouter parce que ça va être très bon.
– Moi ce que je trouve bon, c’est la musique, ai-je répondu, contredisant en cela ma réponse à l’effet qu’on n’a pas suivi la série.
On ne l’a pas suivie, mais dans la pièce où mon mari a établi son quartier général, la télévision est allumée en permanence…
– Mais quand même, mon mari, tu ne penses pas qu’on ne comprendra rien ?
– Ne t’inquiète pas chérie, on va comprendre en masse, tu vas voir, a été sa réponse.
Je me suis éclatée de rire.

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Jour 451

Je me suis fait brûler à l’azote deux bobos qui décoraient mon visage depuis l’été dernier, un sur la pommette gauche, un sur le front, à la limite de la ligne des cheveux, en plein centre. Le traitement sur la pommette a tellement fait enfler la peau que cela gêne ma vue, je vois une masse rosâtre –la couleur de ma peau– en permanence dans le bas de mon champ de vision. Le traitement sur le haut du front m’a fait l’effet d’un marteau qui frappait sur l’os. Ouille !
– Dorénavant, m’a dit le dermatologue, un homme jeune, gaucher, de nationalité étrangère mais je ne saurais dire laquelle, de carnation basanée et de cheveux noirs, vous devez porter des protections solaires en tout temps, m’a-t-il dit.
– Un chapeau à large bord en été, des lunettes fumées, de la crème solaire il va sans dire, des manches longues jusqu’aux poignets, la chemise attachée au premier bouton à l’endroit du col, a-t-il ajouté en désignant sa propre chemise attachée au premier bouton pour se citer en exemple.
– Vous continuez à vivre comme avant, mais vous ajoutez tout ça à votre routine.
– D’accord, ai-je répondu. Je fais déjà pas mal tout ce que vous venez d’énumérer, sauf le chapeau à large bord.
J’ai voulu ajouter que je trouve que ça ne me va pas bien, que ça me donne un air « gino », mais je me suis retenue.
– C’est la pêche qui est problématique, je trouve, ai-je ajouté.
– Vous allez pêcher sur des étendues d’eau qui reflète les rayons du soleil ?, a-t-il demandé.
– Oui, et ça dure toute la journée, plusieurs journées de suite…
– Faites attention, a-t-il simplement commenté. Avec les précautions, il ne devrait pas y avoir de problème.
Quelques jours auparavant, au restaurant où nous étions six autour de la table, j’ai annoncé à ma famille, car nous étions une tablée familiale, que j’allais prochainement chez le dermatologue faire traiter une kératose actinique.
– J’en arrive, m’a dit ma sœur. La rougeur est apparue sur le nez, et maintenant j’ai une petite zone qui se développe sur le front.
– J’en ai sur le nez, m’a dit ma tante, en pointant son nez qui, effectivement, était couvert d’une plaque rouge.
– Vous crémez-vous en masse ?, ai-je demandé.
– J’essaie, a répondu ma sœur.
– Non, je ne fais rien, a répondu ma tante. Je ne vais pas souvent dehors et surtout pas en plein soleil, c’est trop fatigant.
Elle a 86 ans.
– J’ai déjà assez de choses à surveiller, a-t-elle ajouté. Et à mon âge, ce n’est peut-être pas si grave…
En parlant d’âge : je suis allée nourrir papa hier soir. En m’approchant de son fauteuil roulant, et en mettant la main sur son bras, j’ai dit :
– Coucou papa !
Il m’a regardée tout en ne me regardant pas, en ce sens que son regard est constamment fixe et brumeux, un peu comme s’il était aveugle.
– Lynda, a-t-il dit.
– C’est moi !, me suis-je exclamée.
– Et Bibi ?, a-t-il demandé.
– Elle va venir demain.
– Elle est mieux de se dépêcher, a dit papa.
– Pourquoi ?
– Parce que je ne suis pas éternel.
– Ah bon ! Est-ce que tu as envie de « partir » ?, ai-je demandé.
– De quoi ?
– De « partir ».
Je me suis demandé quel autre mot je pourrais utiliser mais je n’en ai pas eu besoin car papa a répondu, fidèle à lui-même, la tête encore habitée par les grandes vérités, les adages, les réflexions sages et les proverbes :
– Bien… on part tous un jour…

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Jour 452

J’étais de noir vêtue, pour l’anniversaire, le 8 mars.
– C’est de circonstance, m’a dit Denauzier, nous soulignons le deuil de la cinquantaine.
J’ai trouvé que sa réponse avait bien d’l’allure, d’autant que je vais souligner mon propre deuil dans moins d’un mois.
Je me fais une joie de penser à l’avance aux vêtements que je possède et que je pourrais porter pour tel ou tel événement spécial, or arrive l’événement et mes tentatives de port s’avèrent toutes décevantes. Je n’ai pas le talent de la sœur de Denauzier en ce qui concerne la mise en valeur de ma personne. Quand j’étais plus jeune, je portais n’importe quoi, un peu n’importe comment, et j’étais toujours relativement agréable à regarder. En vieillissant, ce n’est pas pareil. Je trouve que les manches ont avantage à être longues pour cacher mes bras aux veines proéminentes. Que les décolletés en V me donnent un air mémère. Que les talons me donnent mal aux pieds. Et ceci, et cela.
Justement cette semaine, maintenant que je suis libérée de mon rôle de grand-maman, je voulais faire le point sur mes vêtements et sortir de mon walk-in tous ceux que je ne porte pas. J’en parlais à une tante qui a travaillé dans le domaine de la mode pendant vingt-cinq ans. Nous avons elle et moi un point en commun : les vêtements pliés sur les tablettes ou suspendus sur les cintres nous plaisent tous, mais nous ne les portons pas. Je les passe en revue régulièrement, et j’arrive toujours aux mêmes constats (sentimentaux) :
– Je ne suis quand même pas pour donner celui-là, il est en lin et c’est un souvenir de N. qui était avec moi quand je l’ai acheté.
– Ni celui-ci, il m’a été donné par unetelle.
– Ni celui-là, je l’ai payé deux dollars et sa couleur est unique.
– Celui-ci, il suffirait que je le repasse et je le porterais.
– Comment ça se fait que j’ai acheté cette tunique sans me rendre compte qu’elle était trop grande ? Elle est belle en titi, mais trop grande !
J’étais vêtue de noir : un pantalon acheté à la St-Vincent-de-Paul, à Joliette, 2$. Des sandales noires achetées à Rawdon pour le mariage de ma belle-fille l’automne dernier, au très chic magasin des Chaussures Pop. Une camisole avec dentelle à la hauteur de la poitrine, achetée à Toronto, payée trop cher bien que provenant d’une friperie. Un chandail noir très léger, à manches longues, qui requiert le port de la camisole pour annuler l’effet mémère de son décolleté en V.
Pour tout maquillage, un rouge à lèvres non pas rouge mais orange, très mat, et donc difficile à appliquer. Quand je le porte pour aller chez tantine, elle me dit que mes lèvres sont trop colorées, que je devrais choisir une couleur plus douce et l’estomper. Cette fois-ci, surprise, elle m’a dit que j’avais les lèvres d’une très jolie couleur !
Pour tout bijou, pour tout accessoire rehaussant la tenue d’une sobriété excessive, mon sautoir acheté chez la potière du village et dont me frère dit qu’il me donne un air aussi vieux que celui de tante Laurette, quand elle avait 90 ans.
J’essaie de décorer un brin, d’ajouter une ceinture, par exemple. Je me regarde dans la glace, j’essaie d’évaluer le résultat avec ceinture, je n’ai aucune idée de ce que je dois en penser : est-ce mieux, est-ce une maladresse, est-ce beau ? Incapable de me répondre, j’y vais pour la frugalité, je m’en tiens au minimum, pas de ceinture.
Je me rappelle avoir écrit il y a cinq six ans que je voulais porter la même robe fuseau noire pour les prochaines fêtes soit de Noël, soit d’anniversaire de naissance, jusqu’à ce que je ne sois plus capable d’entrer dedans. Eh bien je ne le pourrai pas, car j’ai donné la robe, elle était trop grande, finalement, et trop longue.

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Jour 453

Voici, de manière très très personnelle, ce qui me vient à l’esprit quand je pense à chacun des invités présents lors de l’anniversaire de Denauzier.
L’amie J. portait une tenue originale et élégante qui faisait honneur au rouge. À cause du rouge, cette tenue, pantalon et veste, attirait mon regard lorsque, juchée, je m’adressais à mon auditoire.
Son compagnon P. portait une chemise grise à manches longues. J’ai eu tôt fait de remarquer qu’elle était fraîchement repassée, pourtant il l’avait portée toute la journée. P. est celui des amis qui a tranché le saumon et accepté de réduire les pommes de terre en purée.
L’autre ami M. sait faire vibrer nos cœurs. Il a eu un mot pour souligner l’anniversaire de mon mari qui résume à merveille le parcours des dix dernières années de Denauzier. Sa compagne, G., fait battre ses cils de manière irrésistible à chaque mouvement des paupières. Je suis certaine qu’elle ne s’en rend pas compte. On dirait une biche.
Une autre amie était parmi nous, discrète comme à son habitude. Je voulais aller échanger quelques mots avec elle, mais d’une chose à l’autre j’ai été happée.
La sœur de Denauzier est d’une grande beauté, je lui ai déjà dit qu’elle me faisait penser à Marie-Ève Janvier. Son mari, au physique élancé, m’a causé la plus grande surprise lorsque, un matin, je l’ai vu tartiner sa tranche de pain grillé de plus d’un pouce d’épais de confiture.
Le frère de Denauzier m’a déjà dit quelque chose de réconfortant de sa voix douce que je retiendrai toute ma vie. Sa femme bouge ses mains avec un léger balancement du tronc d’une manière particulière qui lui nuirait si elle était, admettons, une meurtrière. À moins de se les tenir attachées, on la reconnaîtrait tout de suite.
La maman de Denauzier est très belle et à chaque fois que je le lui dis elle pense que je me moque d’elle.
Nous avons pris en photo notre petite-fille de trois ans. Sur la photo, elle met ses lunettes fumées à l’envers, comme l’a déjà fait Emma au même âge. À l’époque, j’avais dit :
– Emma, tu mets tes lunettes à l’envers.
Elle avait répondu :
– Non, pas à l’envers.
J’ai voulu refaire le test. J’ai dit à la petite :
– Sais-tu que tu mets tes lunettes à l’envers ?
J’étais convaincue qu’elle allait répondre :
– Non, pas à l’envers.
Eh bien non, elle a retiré la monture de son visage, elle l’a regardée, et l’a replacée correctement, à l’endroit !
Chouchou a dormi avec la petite. Au premier mouvement de son corps, comme elle allait s’endormir, elle a entendu un Couac ! de canard qui était caché sous les couvertures.
La plus jeune fille de Denauzier n’a pas tellement profité de la soirée parce qu’elle était malade, ainsi que son compagnon. J’ai eu l’occasion de sauver ses clefs d’une perte éventuelle car la petite avait déjà la main dessus quand je me suis trouvée à passer au bon endroit, au bon moment.
L’autre fille de Denauzier est à l’origine de l’achat des lunettes fumées. Elle est aussi à l’origine de l’achat de bonbons, que la petite appelle « des bommbons ». Je me suis dit que ç’allait être difficile, gérer l’envie des bommbons, mais ce ne fut pas le cas. Son compagnon est un homme timide qui, bien que timide, nous a proposé de retourner encore cette année à la cabane à sucre en compagnie de ses parents.
Ma tantine est ma tantine. Je suis allée m’asseoir au bout de la table, lors du repas, pour lui tenir la main.
– Contente que tu viennes t’asseoir, belle nièce, m’a-t-elle dit.
Je lui ai aussi tenu la main lors de photos que nous avons prises plus tôt cette semaine, dans un restaurant, lors d’une mini-fête. J’avais aussi tenu la main de ma grand-maman de la même manière pour une autre prise de photos, il y a de cela vingt-sept ans.
Les Pattes sont les pattes.
– Tu manges toujours autant ?, lui a demandé mon beau-frère, interloqué.
– Oui, a-t-il répondu.
Idem, plongée dans le passé : je me suis rappelé qu’il avait mangé un paquet complet de douze saucisses à hot-dog, une après l’autre, lors d’une fête en été. Je n’en étais pas revenue.

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Jour 454

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Parade de mode : bottes, manteau, bonnet nouveaux. En sus : brosses à dent et élastiques pour les lulus. N’apparaît pas sur la photo : le pommpon du bonnet.

Avec tout ça, je n’ai rien écrit ces derniers jours. Garder une petite de trois ans et quatre mois c’est du sport. Elle est sur la route en ce moment, Denauzier au volant, pour rejoindre son coin de pays, l’Abitibi. À mon avis, le coin de pays ce sera pour une autre fois car il neige beaucoup, ç’a commencé tout d’un coup. Les deux amis, à savoir petite et mari, doivent emprunter la route très sinueuse de Notre-Dame-de-la-Merci. Par un temps pareil, ce sera infernal. Je vais me dépêcher d’écrire quelques lignes pendant que je suis encore seule !
Vendredi dernier, 8 mars, nous avons souligné l’anniversaire de Denauzier, 60 ans. J’avais invité les gens qui sont les plus présents dans notre vie quotidienne. Les gens qu’on appelle à la dernière minute et qui sont partants pour venir souper ou faire de la raquette. Ces gens chez lesquels on peut sonner sans s’être annoncé pour aller boire un café. Nous étions vingt en incluant la petite.
Côté Denauzier Longpré, deux couples d’amis étaient avec nous.
Côté Denauzier, ses deux filles étaient présentes, son frère, sa sœur et sa maman.
Côté Longpré, les Pattes était des nôtres. Il avait apporté de l’eau gazeuse, du fromage et des baguettes en quantité industrielle.
– Qu’est-ce que j’apporte comme fromages, m’avait-il demandé au téléphone quelques jours auparavant.
– Des pâtes molles et des pâtes dures, avais-je répondu, et tu peux choisir comme tu veux entre le lait de vache, de chèvre ou de brebis.
Le pire, c’est que nous avons été peu nombreux à manger du fromage, tellement nos estomacs étaient gonflés par les victuailles diverses.
Mon incontournable tantine était présente aussi.
– Toi, tantine, lui ai-je dit en voiture alors que nous arrivions à la maison quelque trois heures avant le souper, tu jouis d’un passe-droit, tu arrives avant tout le monde.
Chouchou avait fait le trajet en autobus, presque un aller et retour. Sa participation constituait une entorse à mon principe de sélection, dans la mesure où on ne la voit jamais, elle est trop occupée !
Pour ouvrir le bal, nous avons fait circuler un monticule de saumon fumé sur une belle assiette de fantaisie. Je prends la peine de le mentionner car nous avons très peu d’assiettes de fantaisie, pas davantage que d’articles de maison un tant soit peu recherchés. Assez peu méticuleux, plutôt durs sur le matériel, nous nous débrouillons avec les moyens du bord, brounche que brounche.
Pendant que notre ami tranchait le saumon, Denauzier était dehors à faire frire des rouleaux impériaux. La particularité de l’événement, en effet, est qu’il a sollicité la participation active de mon mari.
Autre particularité : je suis montée sur un petit banc pour lire à nos invités le texte que j’ai publié le Jour 465J’ai procédé en début de soirée car quand les gens ont un verre dans le nez ils sont plus dissipés ! Plutôt sûre de moi, j’ai demandé à ce que tout le monde s’assoie. Ainsi juchée, j’ai d’abord expliqué que le principe des invitations était basé sur les fréquentations courantes qui embellissent notre vie quotidienne. Certains ne se connaissaient pas, alors j’ai présenté tout le monde, puis j’ai lu mon texte. J’ai parlé vite, pour être certaine qu’on m’écoute jusqu’au bout.
– Ça va être long ?, m-a-t-on d’ailleurs demandé.
– 500 mots !, me suis-je exclamée.
J’y suis allée de ma lecture, et les invités, assis et attentifs, m’ont fait le cadeau de m’écouter.

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