Jour 450

Lovenox– Si vous voulez, a dit le dermatologue, je peux vous donner une débarbouillette mouillée pour faire une compresse sur la joue. Vous n’avez qu’à retourner dans la salle d’attente une quinzaine de minutes.
Il a fait le mouvement de se lever mais je l’en ai empêché.
– Ce n’est pas nécessaire, ai-je répondu. Ma voiture est mal garée et j’ai peur d’attraper une contravention. Je préfère partir tout de suite.
– Je sais, a-t-il dit. Le stationnement ne fournit pas à la demande… Vous pouvez en faire une à la maison avec de l’eau froide, si vous en ressentez le besoin ce soir. La réaction cutanée va prendre un bon mois avant de s’estomper.
– Très bien, ai-je répondu.
Une fois à la maison, finalement, je n’ai pas fait de compresse. J’avais, pour imiter ma tante de 86 ans, bien que je n’en aie que 59 –pour encore trois semaines–, d’autres chats à fouetter, d’autres bobos à surveiller. Avant la maison, je suis en effet passée à la pharmacie pour faire tester la vitesse de coagulation de mon sang : beaucoup trop rapide.
– 1,8 !?, me suis-je exclamée en voyant le chiffre s’afficher sur l’appareil de la pharmacienne.
– Avez-vous changé quelque chose à vos habitudes alimentaires ?, a-t-elle demandé.
C’est toujours la même question, à laquelle je n’ai jamais de réponse autre que :
– Il me semble que non !?
– Il va falloir vous faire des injections au Lovenox
– Mince ! Pendant quatre jours, comme d’habitude ?
– Exact. Et revenir faire un test vendredi.
Donc, une fois à la maison, je me suis fait non pas une compresse, mais une injection dans le gras du ventre, si gras on peut dire qu’il y a. Il y en a peut-être en masse dans mes artères, mais pas tellement en couche sous-cutanée.
Je ne sais pas si c’est bien nécessaire d’appliquer ces mesures de protection anti-caillot, mais je les applique parce qu’on me dit de le faire et que, entre vivre encore quelques années, ou en vivre encore plusieurs, ma préférence va à plusieurs.
Après la piqûre, je suis allée m’asseoir à côté de mon mari. Je lui ai raconté mes péripéties, pendant que réchauffait le restant de bœuf Stroganoff préparé pour les 60 ans de Denauzier et plutôt bien réussi.
Après le bœuf , mon mari m’a annoncé ceci :
– Chérie, ce soir, il faut écouter l’émission de Séraphin parce que c’est la dernière de la saison.
– Bien…, ça ne nous dira pas grand-chose, on n’a pas suivi la série !
– Tout le monde dit qu’il faut l’écouter parce que ça va être très bon.
– Moi ce que je trouve bon, c’est la musique, ai-je répondu, contredisant en cela ma réponse à l’effet qu’on n’a pas suivi la série.
On ne l’a pas suivie, mais dans la pièce où mon mari a établi son quartier général, la télévision est allumée en permanence…
– Mais quand même, mon mari, tu ne penses pas qu’on ne comprendra rien ?
– Ne t’inquiète pas chérie, on va comprendre en masse, tu vas voir, a été sa réponse.
Je me suis éclatée de rire.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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