
Nature morte de la St-Valentin avec arrosoir. Font notamment partie du tableau : les napperons rouges de Noël, la boîte de chocolat Lindt, une maisonnette qui me vient de tantine, sous le toit de laquelle sont rangées dans neuf cases des petits pots de confiture.
J’oscille, encore et toujours, entre deux possibilités, tout ou rien. Je n’aurai pas changé d’un iota ma vie durant. J’étais aussi excessive autrefois que maintenant. Je lisais mon récit de vie hier et je le trouvais excellent. Je le lis aujourd’hui et j’ai envie d’abandonner. Je le lisais hier et je me disais que lorsque ce sera publié, ça va faire un tabac. Je le lis aujourd’hui et je tombe de sommeil sous le rythme soporifique du sujet-verbe-complément.
J’ai réussi la série des quatre descriptions auxquelles j’ai fait référence. Mais voilà que je dois m’attaquer à d’autres descriptions : de tel moment quand il s’est produit telle rencontre inopportune avec unetelle; de telle visite faite à un ami lors de laquelle il s’est produit tel événement inimaginable; de telle activité qui m’a fait découvrir une sensation exquise, etc. Le fait de savoir à l’avance ce que je dois écrire me coupe les ailes et me donne un style pompier.
À part les descriptions de situations, je vais aussi devoir m’attaquer à des interprétations de certains de mes comportements, à des analyses –légères– de sentiments mal gérés… Rien de bien réjouissant, or ce sera de glisser ce non réjouissant dans le texte mine de rien, sans lourdeur, qui s’avère un gros défi.
Je me demande aussi de quelle manière je veux découper le texte. Pour créer de la vie, il faut faire des allers et retours entre le présent et le passé, ou alors respecter la chronologie des événements mais dans des histoires présentées en parallèle. Ce n’est pas une obligation, ces alternances, mais ça peut être une méthode gagnante. Les auteurs habiles sont capables de faire se croiser des histoires parallèles, jusqu’à ce qu’elles se fondent en une seule. Éric Plamondon, par exemple, est capable de réussir ça. J’ai fait quelques essais en ce sens. J’ai retranché de la page 15 une portion d’histoire que je suis allée placer à la page 31. Or, d’avoir placé cette portion à la page 31 fait en sorte que le mot « partition » –il est question de musique– revient quatre fois dans ladite page 31, pour avoir été utilisé deux fois dans le texte qui précède cette nouvelle portion, et deux fois dans la portion en tant que telle. S’il s’agissait d’un mot passe-partout comme « faire », « dire », ce ne serait pas dérangeant, mais quand le mot est plus rarement utilisé, ça sent la redite.
Et il y a aussi cet imparfait qui nous fige dans le passé et dont je n’arrive pas à me soustraire.
Et il y a ma capacité physique qui ne sera peut-être pas capable de supporter la reprise quasi complète des cent cinquante pages si elles devaient me déplaire, en bout de ligne.
Aurais-je écrit tout ça juste pour m’occuper, à ce moment-là ? Pour remplir mes tiroirs ? Pour me faire patienter jusqu’au printemps qui me verra aller dehors et commencer mes jardinages ?
J’ai réussi à bien décrire deux des quatre situations dont il a été question dans mon texte précédent, Jour 230. Pour que ce soit intéressant, j’ai un peu perverti la réalité, ajouté des détails, des petits rebondissements. Je ne pourrai pas travailler beaucoup demain et jeudi car nous avons des rendez-vous à Joliette, mon mari et moi. Alors disons qu’à la fin de la semaine, ce vendredi, j’espère être passée à travers les quatre descriptions qui me tarabustent. Donc encore deux à écrire, une ou deux pages chacune, ce n’est pas la mer à boire. Bien sûr, quand ces pages seront écrites, je vais les relire et les trouver poches, donc je vais les retravailler et je vais finir par atteindre une qualité de texte qui me satisfait, qui correspond à ce que je peux faire de mieux. Ça ne veut pas dire, bien sûr, que ce que je trouve bon est considéré également bon par d’autres lecteurs, et par des éditeurs.
Voyons voir quelles ont été mes occupations hier samedi, en fonction d’un souper que nous organisions et qui a requis pas mal de préparation, pas seulement culinaire. Pourquoi tant de préparation ? Parce que je peux passer des jours sans m’occuper de rien de ménager. Surtout depuis que je me sens happée par mes écritures célestes. Ensuite, bien sûr, à ne rien frotter, je me fais rattraper.