Jour 233

J’ai rêvé que je me trouvais à nouveau en France, d’où j’arrivais il y a exactement un mois, le 9 janvier dernier. J’allais y rencontrer Raymond Depardon, un photographe, documentariste et réalisateur. J’ai découvert ses films à Aix-en-Provence, dans les années 80. Je veux dire un de ses films, dans la petite salle du cinéma de répertoire, un film sur l’Afrique. Est-ce que c’était Une femme en Afrique ? Oui, je viens de vérifier. Le film se déroule très lentement et l’amie qui m’accompagnait, qui est encore mon amie et que je vais visiter quand je le peux à Québec, voulait presque sortir de la salle. Elle avait dit, voyant la main de peau noire d’un homme essuyer très lentement une table dans un café, avec un grosse éponge jaune :
– Si c’est pour être venues voir ça…
Moi, ça me plaisait déjà.
La raison de mon déplacement était donc d’aller à sa rencontre, peut-être pour conclure une entente professionnelle –ça sent la publication éventuelle de mon récit. Il était occupé, parlait à un groupe d’individus, donnait des conseils. Comme il est âgé de 77 ans dans sa vie d’homme, il est normal qu’il soit amené à donner des trucs sur le métier dans des groupes de discussion, des séminaires… C’est ce qu’il faisait. J’arrivais et lorsqu’il se libérait je m’approchais pour le saluer. Pendant que j’effectuais les quelques pas qui me séparaient de lui, je me faisais la réflexion que je ne me sens pas en France comme je me sens au Québec. En France, je me sens toute proche de pouvoir concrétiser des projets de publication. Je me sens alimentée, abreuvée serait plus juste dans ma figure de style, par un bouillon de culture littéraire. Au Québec, je me sens tout juste bonne pour jouer dans mes plates-bandes et gribouiller sur mes toiles avec mes couleurs acryliques. C’est curieux l’importance que le milieu peut avoir sur moi.
Donc j’arrivais à sa hauteur et il me tendait la main, mais sans me regarder et sans arrêter de parler à quelqu’un qui venait tout juste de lui poser une question. Il s’apprêtait à retirer sa main de la mienne mais je l’en empêchais. Je tenais absolument à ce qu’il me regarde dans les yeux en me saluant, je me comportais comme si je voulais lui apprendre les bonnes manières. Ce n’était pas tant l’intérêt pour l’homme qui me faisait agir ainsi, que le désir de le « remettre à l’ordre ». Ce n’est pas tellement mon genre, pourtant. Il me semble.
Puis, sans transition, je me trouvais à la porte d’un appartement que j’habitais, seule, dans une ville, je ne sais laquelle. Toutes sortes de choses étaient déposées sur le trottoir. Nous étions, avec d’autres voisins, dans une grande corvée de ménage. Je remarquais à quel point il allait être difficile d’emprunter l’escalier pour retourner dans nos logements tellement il était étroit, de la largeur, à peine, d’un chat. L’escalier représente ici la difficulté de mon parcours en tant qu’écrivaine : escalier à monter (effort), étroit (pas d’espace pour moi mais pour tous les autres auteurs plus talentueux qui, eux, sont publiés), encombré (les méandres de mon parcours tortueux pour arriver à mes fins à mon âge avancé).

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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