Jour 230

Je me suis remise à mon récit de vie aujourd’hui lundi, après l’interruption du week-end. Il a fallu que je le lise depuis le début, avant de savoir quelle partie je voulais développer.  J’ai lu les quarante premières pages. Je suis rendue à quelque soixante-cinq d’écrites. Finalement, j’ai fourni un peu plus de chair aux éléments qui apparaissent en début de récit, éléments que je pensais avoir suffisamment travaillés.
J’ai aussi demandé à une amie si elle accepte de lire mes premières pages. Elle accepte.
Au moins deux difficultés m’attendent cette semaine. La première sera de décrire des situations concrètes, au moins quatre. J’écris plus facilement quand j’invente au fur et à mesure. Quand au contraire le contexte est déjà circonscrit, que je sais ce qui va se produire et qu’il me suffit de bien décrire les étapes, les enchaînements, les mouvements dans l’espace, ça devient laborieux. Ça me plait moins. Ça peut rapidement sentir l’effort.
L’autre difficulté est de taille. Il s’agit d’expliquer un état d’être qui m’a habitée dans ma petite enfance et de faire des liens entre ce dernier état d’une part, et des choix que j’ai eu à faire dans ma vie d’autre part. Faux. Il ne s’agit pas de choix que j’ai eu à faire, mais plutôt de choix que j’ai faits sans même réaliser que j’étais en train de choisir entre différentes options possibles. En outre, et comme de bien entendu, je ne me demandais pas si mes décisions pouvaient avoir des conséquences, bonnes ou mauvaises. Or, ce que j’appelle cet état d’être m’échappe. Je ne m’y retrouve pas dans le mélange d’émotions qui m’ont habitée jadis, et je ne veux pas non plus donner l’impression de tourner les coins ronds, de résumer trop grossièrement. Je voudrais pouvoir m’expliquer certaines de ces émotions, mais je pense que cette tentative est vouée à l’échec. Je ne suis pas psychologue. Il ne me reste qu’une manière de m’y prendre, c’est de décrire, de m’en tenir aux faits, mais les faits appréhendés par la conscience d’une enfant de deux ans sont forcément réinterprétés cinquante-huit ans plus tard, et présentés avec mes yeux d’adulte alors qu’ils ont été vécus quand j’étais toute petite. Le décalage est énorme.
En prime, je vais essayer de traduire en mots des phénomènes qui ont peut-être été vécus par tous les enfants, en pensant que je suis la seule à les avoir vécus. Ça aussi, ça pourrait arriver.
Un autre défi sera de faire grossir ma pâte, de la faire gonfler, de la laisser s’expandre, jusqu’à atteindre la grosseur d’un livre. Et au cours du processus d’expansion, il faudra que je sois attentive à ne pas emprunter une voie qui causerait du tort aux autres déjà tracées. Et ces différentes voies que je vais tracer devront se rencontrer, se parler, ne pas s’éloigner l’une de l’autre. Je peux être spécialiste en matière de perte de cohésion, si je ne fais pas attention.
Je ne suis pas sortie de l’auberge, mais si j’arrive à un semblant de résultat livresque, ce serait déjà une belle réalisation. Voyez, je deviens modeste, moins idéaliste.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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