Jour 809

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Les garçons maniaient la puise avec dextérité.

Nous avons pêché sur un lac miroir hier lundi le 10 juillet à sept heures du matin, en plein soleil, dans une baie tranquille bien que traversée des croassements nombreux des corneilles. C’est comme ça que je devrais appeler notre lac, ça me vient tout d’un coup : je devrais l’appeler le lac Miroir, à la place de son vrai nom que je trouve difficile à prononcer, le lac Moyre.
– Habille-toi bien, chérie, tu vas voir sur le lac ce n’est pas chaud, m’a dit mon mari.
J’ai donc accumulé des couches pour me protéger du froid et aussi des bibittes. Un tee-shirt blanc à manches courtes, une veste en polar que m’a donnée tantine avec capuchon, un coupe-vent sans manches en nylon par-dessus, une veste de flottaison pour couper encore plus du vent, une casquette sous la capuchette, un filet sur la casquette recouverte de la capuchette, et un deuxième filet pour rendre encore plus performante ma protection contre les mouches noires et les mouches à chevreuil.
– Fiou !, il fait chaud, me suis-je plainte alors que je venais d’embarquer dans la chaloupe.
– Dans la baie, à l’ombre, ce sera plus frais, m’a dit Denauzier.
Au final, dans la baie à l’ombre j’ai enlevé toutes les couches recouvrant le tee-shirt et je me suis sentie terriblement vivante.
J’ai pêché debout, même si la chaloupe est pourvue de sièges spécialement conçus pour le confort des pêcheurs. J’ai pêché debout parce que je me suis rappelé qu’à peu près à pareille date l’an dernier, sur le même lac, j’ai vu pêcher dans une chaloupe semblable à la nôtre deux jeunes hommes qui me donnaient l’impression de croquer dans la vie à pleines dents. Ils ne se rendaient pas compte qu’ils croquaient dans la vie à pleines dents, probablement, parce qu’ils étaient jeunes. Ils me donnaient cette impression à moi, la presque sexagénaire, qui les regardais depuis notre embarcation qui passait près de la leur. Les deux jeunes hommes étaient torse nu, debout, donc, et leur pêche était bonne. Ils maniaient la puise et la canne en s’exclamant et en gesticulant, faisant ainsi clapoter leur chaloupe. Il se dégageait de cette scène que je savourais avec un brin d’envie, voire de jalousie, une énergie formidable que je sentais ne plus couler dans mes veines. Or, hier matin à sept heures, bien qu’ayant écourté mon sommeil pour me rendre pêcher, je me sentais aussi jeune et énergique et dynamique et vivante que les jeunes hommes imprimés dans ma mémoire dans ce croquis que j’ai conservé de l’an passé.
Que faut-il retenir de mon histoire ? Qu’avoir quitté la vie professionnelle dans la ville à l’université me convient à merveille. Que les jeunes hommes, si je les revoyais cette année dans le même croquis seraient encore aussi beaux. Que le chalet nous comble de beauté et de bien-être. Que les corneilles, même, sont en train de devenir mes amies.

 

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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