Jour 812

Aujourd’hui a été jour d’indiscipline et de non conformité. D’abord, je n’aurai marché que 3 000 pas, pour avoir été bien assise dans ma voiture entre mon village et celui de tantine, dans ma voiture encore en direction de Rawdon où nous avons fait les courses, retour au village de tantine et enfin retour à la maison.
Sachant que je n’allais pas beaucoup marcher comme c’est le cas chaque fois que je vais voir tantine, donc une fois par semaine, j’ai décidé ce matin de délaisser mon allure de petite fille en baskettes pour aller vers des sandales. Les baskettes sont les seules chaussures dans lesquelles mes orthèses se glissent parfaitement, alors que mes sandales, on le devine, ne s’y prêtent guère.
– Comme tu es belle !, s’est exclamée la potière du village, chez laquelle je suis allée acheter une théière et ses tasses avant de me rendre chez tantine.
– Merci, ai-je répondu modestement.
Je portais, pour aller avec les sandales, une chemise de lin d’un beau bleu faite en Italie, qui se veut plus féminine que mes tenues habituelles. Sous la chemise, qui est un peu de la longueur d’une tunique, je portais un short plutôt court, à tel point que tantine a pensé, quand je suis arrivée chez elle, que la chemise était mon seul vêtement. Elle s’apprêtait à me dire que j’étais pas mal écourtichée pour mon âge quand elle a découvert, soulevant un pan de ma tunique, mon short de couleur beige. Alors, plutôt que de me dire que j’étais écourtichée, elle m’a dit que j’étais élégante et que je devrais m’habiller de cette manière plus souvent.
Pour aller avec la féminité des sandales et de la chemise tunique, je me suis mis du rouge à lèvres. J’ai voulu demander à tantine d’en mettre aussi, au moment où nous nous apprêtions à quitter sa maison pour aller faire les courses à Rawdon. Bien entendu, je ne lui ai pas demandé de mettre de mon rouge à lèvres à moi mais du sien, qui est plutôt rose, mais d’une chose à l’autre j’ai oublié.
Écrivant ces lignes, je me rends compte que j’ai également oublié quelque chose d’important. La semaine dernière, tantine m’a offert un t-shirt de couleur marine fabriqué en fibre de bambou très agréable à porter, parce que, sans s’en rendre compte, elle en a acheté deux identiques. J’ai accepté son cadeau avec plaisir, en lui disant cependant que c’était à la condition que l’on porte chacune notre t-shirt la prochaine fois qu’on ferait les courses ensemble, qui était aujourd’hui.
J’espère y penser la semaine prochaine.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Jour 813

DSC_4702

Framboisier urbain pour terrasse.

J’aime le chiffre 13. J’essaie de trouver dans mes souvenirs un événement qui serait survenu quand j’avais 13 ans, soit il y a de cela 45 ans. Rien ne vient. J’avais déjà mes règles à 13 ans, je les ai eues à 11 ans alors que je fréquentais l’école primaire Les Mélèzes. J’avais déjà commencé l’école secondaire, au Séminaire de Joliette, je l’ai commencée à 12 ans. J’aime l’idée du 13 à la douzaine, quand on achète du blé d’Inde en épi directement du producteur, en ce sens que je n’ai jamais bénéficié de cette petite douceur au marché d’alimentation Métro ou Provigo. Quand je travaillais les premières années à l’université, mon numéro de poste téléphonique était le 1301, que je déclinais ainsi, treize zéro un. Après, ce fut le numéro 8873, qui contient phonétiquement le chiffre treize mais c’est tiré par les cheveux parce que je ne disais jamais que mon numéro de poste était le huit mille huit cent soixante-treize, je ne disais pas non plus que c’était le quatre-vingt-huit soixante-treize, je disais toujours, et comme tout le monde, huit huit sept trois.
Huit, c’est la marque française de soutien-gorge très légers que j’ai portés quand j’étais adolescente. Maintenant, je porte des soutien-gorge costauds comme si je partais en guerre, non pas que la taille de ma poitrine l’exige, mais plutôt parce que je trouve ces modèles confortables. En fait, à chaque fois que je suis sur le point de mettre un soutien-gorge costaud comme si je partais en guerre, habituellement en début de journée, j’entends ma voix intérieure qui se plaint, elle me dit « Oh non, pas ce gros attirail encore aujourd’hui », mais une fois l’attirail en place, après quelques contorsions car certains modèles sont dépourvus d’agrafes et doivent être passés au-dessus de ma tête, je ne ressens aucun inconfort. Huit, c’est encore le chiffre des unités dans mon âge, à savoir 58 ans. C’est le chiffre des dizaines dans l’âge de papa, à savoir 86 ans. J’allais écrire que huit c’est encore le nombre de plantes qu’il y a dans mon bureau, où je suis en ce moment, mais je me rends compte qu’il y en a neuf.
À propos des plantes, j’ai décidé de mettre mon orchidée dehors, sur la galerie avant orientée presque plein sud, mais comme il y a un lierre qui protège la galerie, elle est plutôt à l’ombre, mais bénéficie de plus de lumière que dans la maison. À propos des plantes encore, j’ai rempoté mon Anthurium cet après-midi. Il commençait à étouffer dans son pot de grosseur moyenne. Ne trouvant pas de pot plus gros à la maison, j’ai séparé les tiges en essayant de démêler les racines toutes emberlificotées, et grâce à ma patience légendaire je dispose maintenant de trois Anthurium au lieu d’un seul.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 814

DSC_4699

Inukshuk

J’ai passé énormément d’heures ce week-end sur la toile que j’ai trempée dans l’eau du lac, il y a deux semaines, tellement j’étais déprimée de ne pas savoir comment l’approcher. Je m’y prenais d’une manière cérébrale, j’étais à la recherche d’un concept, j’étais dans le champ. Je le savais, que j’étais dans le champ, or je m’obstinais, incapable de lâcher prise. L’approche s’est décidée d’elle-même, bien entendu, à travers le geste, en couvrant une masse par-ci et une autre par-là. En fin de journée aujourd’hui lundi, j’ai su de quelle manière j’allais m’y prendre pour créer ma composition. C’est dire que pendant quatre jours, j’ai travaillé sans savoir si je ne faisais pas tout ça pour rien. « Tout ça » désigne des masses couvertes d’encre que j’applique avec des crayons gel. Chaque masse me prend quand même pas mal de temps car le crayon ne trace qu’une ligne fine sur laquelle je reviens souvent. « Quatre jours » sont les jours que nous avons passés au chalet, dans la mesure où je ne transporte pas la toile d’une maison à l’autre. Je la laisse là-bas, au lac Moyre, ainsi que la boîte de crayons.
Denauzier a de la difficulté à bien dormir dans notre nouvelle acquisition. À ce jour, nous avons essayé trois matelas sans succès. Il faut dire que le lit est petit, les couvertures pas assez grandes et le plancher pas trop de niveau. Pour ma part, je dors plutôt bien. Une des nuits que nous venons de passer là-bas, j’ai rêvé que mon amie contrebassiste qui vit en Allemagne me disait à quel point il est important de bien gérer sa vie. Elle me faisait savoir qu’il est essentiel de se donner une ligne de conduite et qu’il ne faut pas trop en déroger. Je l’admirais de me parler si sagement, d’autant qu’elle était la preuve vivante qu’une vision à long terme donne d’excellents résultats.
Dans mon nouveau patelin de ma nouvelle vie dans le bois, j’ai trouvé une âme charitable qui accepte de marcher avec moi dans le but de contrer les ours à deux, c’est moins apeurant que de les rencontrer seule. Nous avons marché avec des grelots attachés à nos poignets pour nous annoncer en cas de présence d’ours, même si j’ai lu quelque part que la technique des grelots n’est pas très efficace. Nous avons marché huit kilomètres. Au début j’avais chaud, alors j’ai enlevé ma veste, mais assez rapidement il s’est mis à pleuvoir, alors j’ai remis ma veste, et la pluie ne s’est pas arrêtée. Et de légère, elle est devenue drue. À notre retour, nous étions complètement trempées. Il faut croire que nous sommes elle et moi de tempérament spartiate car nous nous sommes quittées à la croisée de nos chemins respectifs en nous remerciant l’une et l’autre et en nous souhaitant de reprendre l’expérience de la marche –pas forcément sous la pluie– dès que possible.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 815

– Vous êtes une dame Lépine, n’est-ce pas ?, m’a demandé la cardiologue quand elle s’est glissée derrière le rideau pour venir interpréter les photos prises par la technicienne.
– Mme Longpré, a rectifié la technicienne avant que j’aie le temps d’ouvrir la bouche.
Il me semble avoir entendu le mot « anomalie » entre la technicienne et la cardiologue, quand cette dernière est enfin arrivée pour interpréter les résultats de l’échocardiographie. Or, sa seule courte phrase a été la suivante, au terme d’une vérification de trois secondes et quart :
– Tout est bien.
– Tout est bien ou tout est très bien ?, ai-je voulu m’assurer.
– C’est une question de nomenclature, a répondu la dame. Si vous voulez que ce soit très bien, je peux vous dire que c’est très bien. Mais pour nous, cardiologues, seul un cœur non opéré peut être très bien.
– Il n’y a rien à signaler, donc, ai-je répondu en m’y prenant autrement pour l’amener à me parler de l’anomalie.
– Rien à signaler. Tout est très bien, a-t-elle dit pour me rassurer. Nous allons vous rappeler l’an prochain, ou peut-être même dans deux ans seulement, tellement c’est très très bien.
Riche de ma bonne santé cardiaque et de ma découverte du livre paru chez Gallimard qui va me coûter 59 $ plus taxes, je suis sortie de l’hôpital en voulant faire plaisir, encore une fois, à mon Fitbit.
– Prends ton temps chérie, ne t’inquiète pas, j’ai plein de choses à faire pendant ton examen, m’avait dit mon mari en me déposant devant l’hôpital quelque deux heures plus tôt.
– Si c’est comme l’autre fois avec ma mère, avait-il ajouté, tu vas attendre trois heures avant que ce soit ton tour, de toute façon.
Sur ces paroles encore fraîches à ma mémoire, je suis donc partie au centre-ville à pied faire une transaction à la Banque de Montréal. Après la transaction, j’ai traversé la rue pour me rendre au Van Houtte, où je sais qu’il se trouve un appareil téléphonique public, objet sur le point d’entrer dans la catégorie des antiquités. J’ai glissé mes deux 25¢ pour obtenir la communication, mais le deuxième 25¢ a été rejeté. J’ai glissé à nouveau le deuxième 25¢ plus lentement, mais il a aussi été rejeté. J’ai essayé avec un troisième 25¢ qui traînait miraculeusement dans ma poche, et il a aussi été rejeté. On pourrait penser que l’objet antiquité fonctionnait comme encore plus autrefois avec un seul 25¢, or ce n’était pas le cas.
– Enfoncez bien votre pièce, continuait de dire la dame de sa voix automatisée au bout du fil.
J’ai fini par m’adresser à la jeune fille qui travaillait derrière le comptoir qui m’a transmis sans problème le téléphone du magasin.
– Chéri ?, fut mon premier mot à mon mari. Où es-tu ? Dis-moi où tu es et je vais aller te rejoindre, ai-je même ajouté, encore toute à l’élan d’avoir si bien marché.
– Je suis devant l’hôpital, a répondu mon mari, je t’attends depuis une demi-heure.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 816

product_9782070197248_195x320

Merci à la technicienne de m’avoir fait connaître l’existence de ce livre.

Je suis tellement bien suivie par ma nouvelle cardiologue que dès hier jeudi à la première heure –c’est le cas de le dire car je suis arrivée avant l’ouverture de la clinique–, je devais me présenter à l’hôpital pour une échocardiographie. J’ai été la patiente d’une technicienne ayant toutes les qualités –beauté naturelle, discrétion, compétence– dont j’ai découvert, parce que le livre était bien placé à côté de son clavier d’ordinateur, qu’elle était en train de lire Lettres à Anne, un livre brique épaisse qui regroupe les 1 218 lettres que François Mitterrand a écrites à Anne Pingeot.
Advenant que les lettres soient courtes, me suis-je demandé en me rhabillant, est-ce que je ne me lasserai pas de les lire une à la suite de l’autre, en ce sens que je vais goûter un fragment pour le quitter aussitôt, et que je vais sentir s’installer un rythme répétitif qui va finir par m’endormir. En même temps, c’est assez prétentieux de ma part de penser que je pourrais n’être pas touchée par la plume de François Mitterrand. J’aurai l’occasion d’y revenir, de toute façon, puisque je viens à l’instant, ce matin vendredi, de commander le livre par téléphone à la librairie René Martin.
– C’est assez cher, m’a dit la jeune fille au téléphone, pour s’assurer qu’elle ne le commandait pas pour rien.
– C’est combien ?, ai-je demandé.
– C’est 42 $ avant taxes.
– Ce n’est pas cher, ai-je répondu en précisant qu’il y a beaucoup de pages puisqu’il y a beaucoup de lettres.
– Je me suis trompée madame, a rectifié la jeune fille, c’est 59 $ avant taxes.
– Ce n’est pas cher non plus, ai-je conclu.
J’ai souvenir d’un livre écrit par leur fille, Mazarine Pingeot, dans lequel il me semble avoir lu que Mitterrand, à la fin de sa vie, avait hâte pratiquement d’être sous terre pour ne plus subir les tensions du couple qu’il formait avec Anne, tensions qui s’avéraient être la répétition de celles qu’il avait connues avec Danielle. D’ailleurs, dans ce livre de Mazarine, n’était-il pas question d’un médecin avec lequel Mitterrand, en toute fin de vie, passait plus de temps qu’avec Anne ? D’ailleurs (bis), un livre n’a-t-il pas été écrit par ce médecin et mis en circulation par le monde de l’édition, pour en être retiré aussitôt, pour une question de droits d’auteur ou de permissions de la famille ou… ? Triple d’ailleurs, Jacques-Yvan n’aurait-il pas lu ce livre en le téléchargeant quelque part sur Internet ?
Ce serait une agréable surprise, quoi qu’il en soit, que d’être portée par la beauté des sentiments de Mitterrand tout au long du millier de lettres, pour contrebalancer la non beauté de la lassitude à laquelle réfère mon paragraphe précédent.
Comble du narcissisme. Non seulement ai-je douté de l’intérêt qu’aura sur moi la plume de Mitterrand, mais aussi ai-je eu le culot de penser, j’étais en train d’arpenter les corridors de l’hôpital pour en sortir lorsque cette pensée m’a habitée, que c’est un peu ce que je fais, sur mon blogue, écrire une lettre par jour à mes lecteurs abstraits, non incarnés, à mon large public qui ne se lasse pas, jour après jour, et ce depuis maintenant 1 384 jours…

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 817

kicfileasset-67945__0069_fudge_sandwich

Ce sont des carrés aux Rice Krispies nouveau genre, avec du fudge entre les deux épaisseurs. Fiou ! Ça doit être sucré en titi !

Suivi de mes dossiers hautement importants. Je n’ai pas gagné à la loto, je fais référence au billet que le tabagiste m’a vendu, ou que j’ai accepté de me faire vendre, parce que je trouvais l’homme sympathique. J’ai passé deux jours à Joliette, or je n’ai eu ni le temps ni l’occasion d’aller lui demander depuis combien de temps il est aux commandes de sa tabagie. Pourtant, le commerce de la fleuriste n’en est pas très éloigné, mais je suis restée longtemps dans le commerce moribond et du coup je suis retournée à la maison presque en courant.
J’ai passé deux jours à Joliette, et maintenant je m’ennuie de papa. J’aimerais lui tenir compagnie pendant une semaine. Si je faisais cela, c’est tantine qui s’ennuierait de moi, mais nous pourrions toujours, papa et moi, aller la saluer comme nous l’avons d’ailleurs fait lundi dernier. Je n’ose pas penser au jour où papa ne sera plus capable de monter et de descendre l’escalier, car il habite à l’étage. Il en est encore capable, parfois difficilement, parfois facilement. Lundi, au retour de notre visite chez tantine, il y est arrivé difficilement, au point de me demander de le pousser dans le dos à chacun de ses efforts pour monter les marches. Je vais changer de sujet.
Mes nouvelles acquisitions achetées chez la fleuriste me causent beaucoup de souci. Certaines de mes nouvelles plantes préfèrent l’est, ou l’ouest, et d’autres le sud. Aucune n’est destinée à un séjour nordique, or une table le long d’une fenêtre donnant sur le nord serait l’endroit tout indiqué pour les héberger. Pour l’instant, après en avoir rempoté quelques-unes tout à l’heure, je les ai toutes déposées sur la table nordique. Je vais étudier la situation de plus près dès demain, avec une boussole que Denauzier a retrouvée dans son garage.
– Si je laisse toutes les plantes sur la table et que j’arrête d’y penser, est-ce que ce serait une bonne idée ?, ai-je demandé à mon mari pendant que nous soupions.
– Ce serait une excellente idée, mais je pense que tu n’en seras pas capable.
Aujourd’hui, j’ai fait les courses avec tantine. J’ai acheté un sac de guimauves et une boîte de Rice Krispies. À mon retour à la maison, j’ai demandé à mon mari s’il voulait faire des carrés au Rice Krispies.
– Il est écrit sur la boîte, chérie, que cette recette ne doit être faite que par des femmes et que les hommes qui s’y frottent s’y piquent.
– À ce moment-là, ai-je répondu, je vais faire la recette, mais pourrais-tu peler les carottes qui accompagneront le poulet ?
– Sur ce côté de la boîte, m’a dit mon mari en tournant la boîte qu’il tenait toujours dans ses mains, il est écrit que les hommes courageux peuvent quand même essayer.
Au final, la recette a légèrement brûlé pendant que mon mari courageux se battait avec la cuiller de bois pour la remuer dans la mixture, mais nous en avons mangé chacun deux carrés sans leur trouver un goût calciné.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Jour 818

bcjrpbmu0hcswg4k00csos84c-source-11905696

La plante que j’ai achetée pour presque rien est une Guzmania, mais il faut que je m’attende à ce qu’elle ne fleurisse pas.

De retour à la maison, papa me faisait savoir qu’il avait faim.
– Qu’est-ce qu’on mange ce midi ?, m’a-t-il demandé.
– Je ne sais pas, je vais regarder ce qu’il y a dans le frigo.
– J’aimerais bien manger de la galette de sarrasin (c’est son repas préféré et je pense qu’à son âge ce sera aussi le mien).
– Penses-tu que Bibi a de la farine de sarrasin ?, ai-je demandé à papa.
– Elle en a tout le temps, fut la réponse, mais il s’agissait d’une fausse réponse parce qu’elle n’en avait pas.
Je suis allée en acheter, encore une fois à quelques rues au centre-ville. De retour à la maison, papa me demande, cette fois, où était passé le chat.
– Je l’ai cherché dans toutes les pièces, m’a-t-il informée. On dirait qu’il s’est sauvé.
Cherche le chat, ouvre les portes de tous les garde-robes et de toutes les armoires, armoires que papa appelle, fort joliment, des cabanons.
– Il ne serait pas dans ces cabanons ?, m’a-t-il demandé en pointant les armoires du bas, dans la cuisine.
On a fini par le trouver caché dans une boîte de carton. Fiou !
– Bibi aurait fait une crise cardiaque, a dit papa, lui avoir annoncé qu’on avait perdu le chat !
J’ai ensuite entamé la préparation des galettes en me demandant, pendant que je délayais le mélange, s’il y avait de la mélasse dans le garde-manger.
– Sais-tu, papa, si Bibi a de la mélasse ?, ai-je demandé.
– Elle en a tout le temps (bis), fut la réponse, mais il s’agissait d’une fausse  réponse… donc je suis retournée d’où j’arrivais, je veux dire le magasin où je venais d’acheter la farine, pour acheter cette fois de la mélasse.
– Rebonjour, m’a dit la dame à la caisse.
– Rebonjour, m’a dit papa à mon retour. Est-ce qu’on mange ?
Je l’ai fait patienter avec quelques gorgées de boisson Ensure, qu’il aime, heureusement.
– Je ne suis pas très bonne pour faire cuire les galettes, ai-je commencé quand est venu le temps de les mettre à la poêle.
– Aimerais-tu mieux qu’on mange des crêpes ?, a suggéré papa.
– Non, le mélange des galettes est déjà fait. C’est la cuisson qui m’embête un peu, mais tu vas voir, je vais me déniaiser et ça va être bon.
– C’est ça, a répondu papa. Déniaise-toi.
Les galettes se sont avérées excellentes, j’ai même réussi à les faire sauter dans la poêle sans utiliser un instrument de style spatule pour les retourner. Papa en a mangé deux, et moi trois. La mélasse, cependant, s’est avérée pas assez sucrée à mon goût, j’ai acheté de la BlackStrap biologique. En ce moment, car le temps a passé et nous sommes déjà rendus à l’heure du souper, les pâtes sont en train de cuire et la sauce à spaghetti sera bientôt assez chaude pour que je baisse le niveau de chaleur au chiffre deux sur la cuisinière électrique.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire