Jour 766

Ciel ! J’ai sauté un chiffre, je suis passée du texte 767 au texte 765. Ce doit être parce que j’ai trop hâte d’en finir de mon projet de dix ans ! Ou alors, c’est l’attraction inconsciente pour les trois chiffres consécutifs en ordre décroissant, exprimant le décompte, qui m’a fait écrire 5 aux unités. Mais en y repensant, il me semble que je visualisais le nombre de jours dans une année, 365, quand j’ai commencé mon texte hier soir. Encore là, on pourrait déduire que j’ai hâte d’en être rendue à seulement 365 textes à écrire. Pourtant, je suis un peu près du compte, mine de rien, puisque sur les 2 200 textes que je désire écrire (220 par année pendant 10 ans), j’en ai déjà les presque deux tiers (1 435) derrière moi, derrière la cravate, derrière le passe-galette comme le dit papa.
Ciel !, en début de texte aujourd’hui, se veut une référence directe à ma salière de plâtre d’hier, sur laquelle est gravé le mot Ciel, qui fait partie des toutes sortes d’affaires qui décorent l’abat-jour au chalet, pour ceux qui y ont compris quelque chose.
J’avais sculpté une tasse, aussi, en plus de la salière et de la poivrière. En plus de la ciellière et de la poirière. Dans un esprit un peu moins subtil, et profitant qu’une tasse offre une surface à graver plus grande que la salière ou la poivrière, qui étaient de petit format, il est gravé sur la tasse Une à deux passes par jour. Bien sûr, le mot passe pourrait ici être interprété comme on l’entend dans le monde des sports, une passe au hockey ou au baseball. Dans mon esprit cependant, la première idée qui se présente est sexuelle : il s’agit d’une tasse que s’est achetée, pour s’encourager jusqu’à la fin de sa vie professionnelle, une personne péripatéticienne à l’approche de la retraite –car un ou deux clients par jour ce n’est pas beaucoup. Une autre idée sexuelle se présente à mon esprit : il s’agit d’une tasse achetée par une personne, elle aussi avancée en âge, qui s’adonne à l’onanisme une ou deux fois par jour, en ce sens qu’à l’adolescence cette fréquence peut facilement aller jusqu’à cinq ou six fois par jour, pendant des années.

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Femme au doigt sur le menton et aux oreilles d’extraterrestre.

Ce matin en rangeant des livres, je suis tombée sur la sculpture ci-contre inspirée de la Femme au chapeau de Modigliani. Comme elle n’est pas couverte de texte gravé, bien qu’elle ait été sculptée par moi dans le même cours de mon certificat en arts plastiques, je ne peux me lancer dans les interprétations qui pourraient être données à ce texte gravé. Je pourrais cependant m’amuser à trouver aujourd’hui, dix ans plus tard, quel texte j’aimerais y graver. Ce pourrait être Motus et bouche cousue.
Si ne serait-ce qu’un seul lecteur comprend les facéties qui sont au centre de mon court récit de ce soir, je lui offre une de mes sculptures !

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Jour 765

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Abat-jour nouvelle manière, j’ai cinquante-huit ans.

Nous sommes allés à Montréal pour rien. L’entrepreneur qui devait entamer ce matin à la première heure des travaux d’excavation devant et dans la maison de Notre-Dame-de-Grâce a décidé à la dernière minute qu’il s’occuperait de nous plus tard dans la semaine. J’étais convaincue qu’à notre arrivée vers onze heures le sol serait déjà creusé, le trottoir arraché et la rue bloquée par les pépines. Loin s’en faut. Je suis une idéaliste, il m’arrive souvent de l’oublier.
Idéaliste et artiste, selon mon mari. Voici ci-contre ma plus récente création, un abat-jour de verre –trouvé dans le garage de Denauzier– que j’ai couvert de toutes sortes d’affaires. Il décore depuis cette dernière fin de semaine la pièce centrale au chalet du lac Miroir. La photo, comme plusieurs de mes photos malheureusement, ne met pas mon sujet en valeur. Les carreaux de la nappe rouge, les barreaux de chaises, la belle théière fabriquée par Martine Buczkowski créent une quantité non négligeable d’interférence dans ma composition visuelle.

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Abat-jour ancienne manière, j’avais vingt ans.

J’ai déjà fabriqué un abat-jour quand j’étais au début de la vingtaine et que je vivais à Québec. C’est une amie qui m’avait entraînée dans cette aventure car à l’époque, c’est certain, je n’y aurais pas pensé moi-même. On achetait la structure métallique dans un magasin d’artisanat, du papier de riz, du polymère, de la frange pendouillante et de la couleur acrylique pour teindre le papier. Un pinceau, si on n’en avait pas déjà. On obtenait le résultat ci-contre que j’ai trouvé sur Internet en tapant « papier de riz » dans Google. Autrement dit, la lampe n’a pas été faite par moi, mais elle ressemble aux quelques-unes que j’ai faites autrefois, moyennant la longueur de la frange, j’allais vers plus court.

flyCatcherAu nombre des toutes sortes d’affaires qui entrent dans la composition de mon abat-jour, il y a une cartouche de papier gommé qui sert à attraper les mouches –mon père en achetait quand j’étais petite qu’il faisait pendre dans la véranda du chalet au lac Vert. Un savon de format miniature comme on en trouve dans les hôtels. Un bonbon Werther’s Original dans son emballage de couleur dorée. Des bijoux que je ne porte plus, incluant des perles de verroterie. Les plumes d’une perdrix que Denauzier a rapportée de sa promenade en quatre roues –et que nous avons mangée apprêtée avec des tranches d’orange. Un bouchon de liège d’une bouteille de vin Antu qui provient du frère de Denauzier. Des bouts de laine multicolore que m’a donnée Emma. Un capteur de rêve. Un enfile-chaussure qui traînait dans le chalet. Une salière et une poivrière en plâtre que j’ai sculptées moi-même du temps de mes études en arts plastiques et sur lesquelles il est gravé ciel pour le sel, et poire pour le poivre. Etc.

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Jour 767

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La belle Nastassja Kinski en 2016.

Lorsque je suis arrivée, papa ressemblait davantage à un gisant qu’à un vivant. Il était étendu dans un fauteuil inclinable, la bouche ouverte, les yeux fixant le vide, les mains jointes, les majeurs appuyés sous le menton. Je me suis assise à côté de lui, inconfortablement parce que pour lui tenir la main et entendre ses rares paroles, il me fallait me contorsionner sur ma chaise droite. Au bout de quelques caresses et de quelques paroles insignifiantes de type Bonjour papa, c’est moi ta fille, la cadette, Lynda, comment vas-tu ?, son regard s’est dirigé vers moi. Il a eu son raclement de gorge tellement caractéristique qui l’aura accompagné toute sa vie.
– Il faudrait qu’on aille à la Caisse, m’a-t-il dit tout de go, il y a 11 000$ de trop dans mon compte.
– C’est un montant considérable, ai-je répondu, si c’est une erreur, il serait préférable de régler ça sans tarder.
– Allons-y, alors.
Il me vient en mémoire à quel point les déplacements de rien du tout avec papa pouvaient me plaire. Le moindre Allons-y résonnait à mes oreilles comme une partie de plaisir. Je me rappelle d’un appel que nous avions fait à partir d’un téléphone public au Métro d’alimentation, je nous trouvais semblables à deux gamins qui utilisent l’appareil pour la première fois. Il tenait l’écouteur et j’insérais les pièces. Les pièces retombaient et je les réinsérais, et papa pensait que je le faisais exprès. Je me rappelle encore être allée dans un dépanneur avec lui il y a très très longtemps et m’être éclatée de rire –pour une vétille probablement qui n’aurait fait rire personne–, au point où les gens à côté de nous avaient sursauté. Je me rappelle du film Paris, Texas, de ce passage où Travis raconte que le simple fait d’aller à l’épicerie avec Nastassja était toute une aventure. J’ai vécu la même chose avec mon père, à maintes reprises.
– On prend quel véhicule ?, ai-je demandé.
– Le tien, ça va aller plus vite, a répondu papa.
– Tu as ton carnet de Caisse sur toi ?, ai-je vérifié.
– Oui, tiens, je te le donne, a-t-il répondu en me tendant une poussière entre le pouce et l’index.
– On va commencer par aller dans le stationnement dehors, tu peux t’asseoir sur ton fauteuil roulant et je vais te pousser.
Il faut que je tire papa du fauteuil inclinable, que je l’aide à se tenir sur ses pieds, que je le tourne en direction du fauteuil roulant, que je dépose ses mains sur les accoudoirs du fauteuil roulant pour qu’il comprenne dans quel sens il doit s’asseoir. Une fois cela fait, nous partons.
– Je pense avoir vu un guichet automatique dans la grande salle, tout au bout, ai-je suggéré à papa, on pourrait aller y faire la lecture de ton carnet ?
– Parfait, a dit papa. Si le 11 000$ a été déposé par moi, il n’y a pas de problème, mais s’il s’agit d’une fraude, je suis un faux riche.
Arrivés devant les grandes portes qui tiennent la nourriture au chaud, car nous sommes dans la salle où se prennent les repas, nous nous arrêtons.
– Tu peux peser sur le premier bouton, papa. Ça va démarrer l’opération.
Il y a effectivement des boutons gris sur ces espèces de portes, papa pèse sur le premier du bas.
– C’est toi qui as mon carnet, se rappelle papa. Il faut que tu l’insères.
– C’est vrai !, j’avais déjà oublié, ai-je répondu en étirant le bras comme si j’insérais un carnet dans un lecteur de vrai guichet automatique.
– Ça indique combien ?, demande aussitôt papa.
– Plus de 11 000$ déposés par toi le mois passé, au mois d’août. Il n’y a pas de problème, papa, tu es un vrai riche.
– Il ne faut rien exagérer !, a répondu papa. Voilà quand même un problème de réglé.

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Jour 768

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Des urubus à la place des vaches.

Des rectifications s’imposent par rapport au texte précédent : le maïs est plus haut que six pieds, il atteint au moins sept, sinon huit pieds. Pour m’en assurer, je suis allée me promener entre les rangées. Les épis cependant ne semblent pas à maturité, ils ne dépassent pas dans leur enveloppe la taille d’une grosse saucisse.
Demain, je n’irai pas voir tantine puisqu’elle est au centre d’une activité en lien avec son club de scrabble. Je m’en suis rappelé pendant que je déracinais tout à l’heure. Je vais donc pouvoir continuer de déraciner, mais je vais peut-être aussi aller voir mon père à St-Jacques.
Pendant que je déracinais, je me demandais où est-ce que je m’en allais avec ce projet de potager. J’ai déjà bien assez de travail avec l’entretien des plates-bandes. Un travail qui est toujours à recommencer, malgré que j’aie pris la précaution d’étendre de la pellicule anti mauvaises herbes sous le paillis. Un travail, en outre, que j’ai effectué sans me documenter, sans réfléchir, sans m’informer, en bon bélier, plantant des hostas en plein soleil. Ils sont tout brûlés et font pitié en cette fin d’été qui ne fut pourtant pas ensoleillé. Il va donc falloir que j’envisage leur déménagement. Pour les mettre où ? En ceinture du futur potager –dont une partie est plutôt ombragée ? C’est une idée farfelue. C’est une idée farfelue de faire un potager dans un endroit ombragé et de penser ceinturer ce potager ombragé de hostas. De plus, Denauzier et moi étant souvent partis au chalet, quand ce n’est pas ailleurs, qui en prendra soin ?
Les vaches que je voulais prendre en photo sont rendues à l’autre bout de la terre du cultivateur, tellement loin que je ne les ai pas vues. Elles étaient remplacées, à ma grande surprise, par des urubus qui apparaissent ci-dessus en photo-vedette, mais on ne se rend pas compte que ce sont des urubus, on peut penser à des corneilles. Il m’aurait fallu un téléobjectif plus puissant. J’ai été la première à penser que c’étaient des corneilles, mais lorsque les volatiles se sont mis à déployer leurs grandes ailes dentelées, j’ai su à quoi j’avais affaire.
Pendant mon travail à quatre pattes dans la terre, mon ami Fitbit a confondu mes mouvements des bras avec mes pas. J’ai donc en ce moment plus de 8 000 pseudo-pas à mon actif. Bien entendu, j’ai travaillé comme une bonne, trois heures sans discontinuer. Je parle de détente, de paresse, de farniente, en fait il n’en est rien, je suis une fourmi qui aime se tuer à l’ouvrage.
Je pensais exploiter le texte précédent en faisant valoir que je suis chanceuse de vivre dans un environnement si beau, de boire du café en prenant mon temps, et toutes ces conditions de vie qui me sont données et qui ne le sont pas à une grande majorité de gens. D’une chose à l’autre, je me suis laissée dériver par des préoccupations d’une extrême futilité, à telle enseigne que de ma gratitude nul mot n’a été écrit.

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Jour 769

Voici où nous en sommes ce 20 septembre 2017. Je suis seule à la maison, Denauzier étant parti pour affaires à Lachute. Je suis assise devant mon ordi sur la terrasse dehors, côté ouest, les oreilles caressées par le bruissement des feuilles des érables à l’extrémité du terrain. Mon ordi repose sur une table minuscule qui me laisse à peine un peu de place pour manipuler ma souris. À quelques mètres de la lisière des arbres se trouve un champ de maïs dont les plants arrivent pas loin des six pieds de hauteur. Derrière moi, côté montagnette et forêt, les écureuils jacassent joyeusement sur le bruit de fond des grillons. Les corneilles, comme d’habitude, expriment sans retenue qu’elles ne sont pas contentes par rapport à quelque chose, je ne sais pas quoi. Je n’entends pas les élancements sonores des cigales, mais à Montréal hier je les entendais. C’est parce que je suis allée à Montréal hier que je ressens le besoin de me reposer aujourd’hui. Je me suis préparé un café, il est trop chaud en ce moment pour que j’y trempe les lèvres. Le Fitbit me gâche la vie en ce sens que je resterais bien assise ici tout l’après-midi, mais je pense qu’après mon écriture j’irai me dépenser un peu dans mon lopin de terre –destiné au potager l’an prochain– pour en enlever les mauvaises herbes.
Demain, je serai auprès de tantinette et il faudrait que j’aménage aussi son terrain en prévision de l’hiver. J’ai commencé la semaine dernière, mais en plein soleil en pleine chaleur je n’ai pas avancé autant que je l’aurais voulu.
Mon amie m’a téléphoné pour me demander si je reprenais avec elle cette année l’expérience de la danse en ligne et je lui ai répondu par la négative. Pourtant, ce serait bénéfique pour ma mémoire moins vive qu’à trente ans et pour ma piètre capacité de coordination des mouvements.
J’ai téléphoné pour ma part à ma belle-maman pour lui demander si elle avait arrosé son orchidée, l’arrosage hebdomadaire étant prévu aujourd’hui mercredi. Oui, m’a-t-elle dit, à dix heures ce matin c’était déjà fait. De mon côté, je vais attendre encore un jour ou deux.
Il y aurait du ménage à faire dans la maison, des draps et des vêtements à plier et à ranger, des meubles, plusieurs, à épousseter. J’essaie d’être zen et d’accepter que mes journées, traversées par des plages de paresse, de farniente, de détente, se terminent sans qu’aucun trait, faute de temps et d’énergie disponible, ne soit venu rayer quelques-uns des cinquante-trois éléments de ma liste.
À ce propos, un élément vient à l’instant de s’ajouter : je vais me rendre au bout du rang, munie de mon appareil photo, voir si les vaches et les bœufs et les taures et les veaux sont encore suffisamment proches de la clôture qui délimite le champ où ils broutent pour me permettre de les prendre en photo. Ils étaient très près de la clôture hier, mais nous sommes passés en coup de vent, en auto, direction Montréal et ne sommes rentrés que tard le soir.

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Jour 770

Nous vivons enfin l’été au chalet, parce que les fois d’avant que nous sommes venus, pour la majeure partie du temps il a plu. Il a plu tellement un certain week-end que j’ai lu au complet le livre de Micheline Dalpé qui contient beaucoup de pages. Ce week-end de beau temps j’ai aussi lu un livre au complet, mais une plaquette pas épaisse, Le Très-Bas de Christian Bobin, dont j’ai déjà parlé, ou plutôt à propos duquel j’ai déjà écrit quelques lignes. Ah oui, j’ai aussi fini Vol de nuit. La récompense de mes journées vécues, la récompense, devrais-je écrire pour me faire comprendre en étant plus précise, d’avoir vécu une journée supplémentaire dans mon corps a lieu le soir lorsque je m’installe au lit pour lire, sous l’ampoule bien lumineuse mais non aveuglante que mon mari a posée pour moi. Très vite il vient s’installer pour lire aussi, alors nous sommes un à côté de l’autre lisant –et pensant respectivement à quel point nous sommes au paradis dans notre petit nid, dans notre petit lit, dans notre chalet.
Ce matin j’ai lu sur la terrasse en chantier qui ceinture le chalet, en chantier parce que mon mari est en train d’en changer les planches pourries. Quand on achète un vieux chalet, il faut s’attendre à avoir toutes sortes de rénovations à y apporter. Le tapage des travaux allait peu de pair avec la lecture de mon texte aussi poétique que spirituel. Je dois écrire, cela étant, que je suis allée m’installer près de mon mari dehors alors qu’il avait déjà commencé ses travaux. Puis je me suis levée pour nous faire du thé, et à mon retour mon mari en a profité pour changer d’activité, il a actionné plusieurs fois sa scie à chaîne pour la nettoyer. Nettoyer une scie à chaîne consisterait si j’ai bien compris à la faire fonctionner à plein régime pendant plusieurs secondes. Bien peu de pair avec mon texte religieux. Plus tard, nous avons fait un tour de chaloupe sur le lac Miroir, calme comme le plus plat Miroir, un tour à plein régime du moteur pendant que je rêvais de nous laisser dériver dans les baies peu profondes pour observer le fond du lac. Munie d’une bouche cependant et pouvant parler, j’ai demandé à quelques reprises à mon mari de modérer nos transports et nous avons ainsi dérivé à ma manière pendant de belles minutes. Tout à l’heure, je me suis installée pour écrire ce mot, car subitement il m’a tenté d’écrire, et mon mari est venu s’asseoir non loin pour, cette fois, écouter sur son ordinateur des vidéos endiablées à souhait de musiciens faisant valoir leur talent dans le métro de New York. J’aime mon mari.
Pourquoi ai-je eu envie d’écrire tout d’un coup ? Pour exprimer que nous avons enjolivé les lieux grâce aux meubles de papa, les deux causeuses qui parent maintenant notre semblant de salon, de même que son tapis.
– Ça sent beaucoup ton père, a dit mon mari.
– Tu trouves ?, ai-je demandé en faisant semblant de rien, en me demandant s’il m’avait lue sur mon blogue mais je sais qu’il ne me lit pas.
Reste à voir si l’odeur de papa va persister ou si l’odeur du chalet va l’emporter. Pour l’instant, c’est vrai, ça sent incroyablement dans le chalet l’odeur que je reconnaissais entre toutes lorsque j’entrais dans l’appartement de papa. J’aime papa.

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Jour 771

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La toile, ma plus récente, qui attend que je m’occupe d’elle.

J’ai dressé une liste des choses que je désire faire, que je dois faire, que je ne dois pas oublier de faire. J’obtiens 53 éléments, et encore il y a des omissions. Ces choses vont du très banal Poser une toile sur le mur de l’escalier car ça fait déjà deux semaines qu’elle attend que je m’occupe d’elle; au moins intéressant pour mes finances Payer mon avocate qui vient de m’envoyer une facture mais elle n’est pas du tout salée et en outre c’est sa dernière facture car mon dossier est enfin réglé, après huit ans de tâtonnements maladroits; au mémo Apporter des pâtes la prochaine fois que nous venons au chalet car nous avons mangé ce soir les pâtes du dernier sac de spaghettini et il ne reste plus qu’une petite quantité de macaroni Catelli. Au nombre des omissions, je pense à Apporter une Bible la prochaine fois que nous venons au chalet; car j’aimerais bien lire des passages de la Bible, des fois de temps en temps. Ce serait pour faire comme Jeanne Moreau qui, à la fin de sa vie, en interview, citait volontiers des textes religieux, je me rappelle d’une mention faite au Livre de Job. Elle était grande lectrice et sera ainsi morte pas mal plus instruite que moi quand je mourrai. Je dresse une liste pour le plaisir de rayer les éléments qui deviennent choses du passé lorsqu’ils sont concrétisés. Par exemple, je peux déjà rayer Acheter des trombones; puisque mon frère les Pattes m’en a acheté au Bureau en gros où il s’est rendu récemment. Mais ce n’est pas demain la veille que je pourrai rayer l’élément Aménager l’espace autour du cabanon. Je suggère à Denauzier de couvrir une partie du terrain en pente à cet endroit avec de la tourbe, mais il n’est pas convaincu que ce soit la bonne option. Hier jeudi, je me suis lancée inconsidérément dans le désherbage des plates-bandes de tantine qui ont bien entendu manqué d’amour puisque tonton est décédé et que c’est lui qui s’occupait des travaux extérieurs pendant que tantine cuisinait. J’en aurais pour des jours à nettoyer le terrain de tantine avant l’hiver, alors que je ne suis même pas capable de trouver le temps d’aménager le nôtre –qui est immense. À cet égard, j’ai passé la journée de mercredi à quatre pattes dans un carré de terre destiné à devenir un potager. Or, nous n’avons pas eu le temps de nous occuper du projet de potager ce printemps, alors la terre a été envahie par de hautes mauvaises herbes que je m’acharne à enlever une à une en remuant ensuite la terre avec une griffe de jardinage pour en retirer les racines. Plus la racine est longue et coriace, plus je suis satisfaite d’avoir pu l’extraire. J’adore faire ce genre de tâche que tout le monde déteste, mais bien entendu ça me prend un temps fou. Ça me prend aussi un temps fou sous la douche pour me laver, une fois entrée à la maison, les baskettes pleines de terre. En d’autres mots, je manque de temps. La vie au chalet et l’entretien de deux maisons génèrent bien sûr un accroissement des responsabilités d’entretien, mais je bénéficie régulièrement, cela étant, de deux heures de route entre les deux maisons pour mettre ma liste à jour !

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