Jour 784

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Restaurant Vendôme –maintenant fermé– : je n’y suis jamais entrée.

Seigneur qu’il s’en est passé des choses et Seigneur qu’il m’est difficile, à cause de mon âge, de m’en rappeler. Je ne tenterai pas de parcourir le temps à rebours en présentant les événements dans l’ordre, à partir des plus anciens. Je vais y aller comme ça vient pour résumer brièvement les moments forts de ces derniers jours pendant lesquels je n’ai pas écrit, faute de temps.
Nous sommes allés à Québec, dans la vieille partie de la ville, trois nuits et quatre jours. C’était la première fois de ma vie que je goûtais la formule AirBnB. Nous avons séjourné dans un lieu magnifique, chargé d’histoire –mais entièrement rénové–, situé Côte-de-la-Montagne. Nous étions situés à quelques portes, vers le bas de la côte, du restaurant Vendôme, dont il ne subsiste que l’enseigne à l’extérieur. C’était commode pour mes amis de la Colombie-Britannique, et je dirais même pour Denauzier, que je fasse partie du groupe puisque j’ai habité neuf ans à Québec.
La ville est cent fois plus belle, il me semble, qu’il y a quarante ans quand j’y suis arrivée, mais c’est peut-être aussi que mon esprit, moins tourmenté, est plus apte à saisir la grâce, la poésie, le charme et encore tous ces autres mots en périphérie de ce champ sémantique.
– Comment ai-je pu habiter ici tant d’années et ne pas m’être perdue davantage dans les rues, me suis-je demandé partout où mes pas me portaient. Comment ça se fait que l’idée ne m’a jamais effleurée d’habiter le Vieux-Québec, alors que j’ai habité plein d’autres quartiers : Ste-Foy, Montcalm, St-Jean-Baptiste, Limoilou, St-Roch… Comment ça se fait que les événements du passé qui sont gravés dans chaque pierre, au sens propre comme au sens figuré, ne m’attiraient pas dans ce temps d’autrefois ? Comment ça se fait, enfin, que je n’ai pas eu envie de me rendre sur les lieux dont il fait référence dans les romans de Jacques Poulin ?
C’est en partie parce que j’étais trop préoccupée à essayer de trouver la voie qui serait celle de mon avenir. Je ne respirais pas par le nez, en prenant mon temps, en profitant, en savourant. C’est aujourd’hui seulement, à bientôt soixante ans, que je me rends compte à quel point je n’ai pas su saisir les richesses qui étaient pourtant là, juste à côté de moi, à portée de main.
Il faut croire que je me reprends en masse : en visitant les rues qui longent les Remparts, je me sentais dans un état proche de l’euphorie. Mon frère les Pattes m’a téléphoné et je lui ai dit que je n’étais pas capable de lui parler, tout absorbée que j’étais par la beauté. Pourtant, les rues transversales sont bloquées par des travaux de réfection majeurs qui font le plus grand bruit. De la même manière, le café Temporel de la rue Couillard est pratiquement inaccessible…

À propos du restaurant Vendôme, entre autres édifices abandonnés.

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Jour 785

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Key Lime Pie, je l’ai servie avec un saupoudrage non de zeste mais de sucre de noix de coco.

Je n’avais pas envie d’écrire hier, alors je n’ai pas écrit. Il m’arrive souvent de ne pas savoir quoi écrire. Je m’installe devant mon ordi, je fixe l’écran blanc qui attend des lettres noires, et assez souvent un filon se présente que j’exploite pour en faire quelque cinq cents mots. Mais hier je n’avais pas envie d’essayer, d’attendre le filon, d’être patiente. Il y a du relâchement dans ma discipline de fer.
Je suis venue m’installer devant mon ordi à plusieurs reprises par nécessité. Nous sommes cinq personnes à nous envoyer des courriels ces derniers jours en rapport avec des travaux qui doivent être faits aux duplex à Montréal. Il nous fallait décider de la manière dont nous allions nous coordonner pour demander un permis à la Ville et choisir un entrepreneur et tout le tralala. Je suis venue donner mon avis et répondre à des propositions régulièrement au cours de la journée, mais je ne suis pas restée assise pour écrire. Puis il a été décidé que nous allions nous rencontrer, les propriétaires concernés, ce soir vendredi à 17 heures, pour nous y retrouver un peu. La formule questions réponses à travers des courriels, en effet, n’est pas facile à suivre, surtout quand une partie des explications est transmise par des joueurs ni francophones ni anglophones. Je n’écris pas ça pour critiquer, j’adore –et je m’ennuie de; et je me sens nourrie par;– la multiethnicité de mon ancienne ville. Toujours est-il qu’une fois le rendez-vous fixé, je suis venue moins souvent à mon ordi, sinon que pour y lire la recette d’une tarte à la lime, recette que j’aurais pu imprimer et aimanter à la porte du frigo pour plus de commodité, mais j’ai préféré, cela m’arrive souvent, ne pas m’accommoder de la commodité.
J’aime particulièrement le point 1.7, de la soumission de l’entrepreneur italien, qui se lit comme suit : installer couche de gravié pour entrer principal existantes et placer. Les deux derniers mots « et placer » arrivent sans qu’on s’y attende, ils installent à eux seuls une rafraîchissante poésie. Ils me font penser à la période pendant laquelle ma sœur et moi parlions en inversant l’ordre des mots, quand nous étions jeunes, juste pour énerver notre pauvre mère :
– Maman, queue de cheval ma faire veux-tu me ?
Il y avait un rythme dans cette jolie tournure, qui pourrait se transcrire ainsi :
– Maman | queue de cheval ma | faire veux-tu me ?
Il va falloir que je demande à Bibi si elle se rappelle de cet épisode de notre enfance.
Parlant de Bibi, j’ai commencé hier soir au lit la lecture du Très-Bas pour hausser un peu mon niveau de connaissances et ajouter une touche de noble culture théologique à mes préoccupations matérielles. Je retrouve chez Bobin le goût de la formule répétitive qui est à mon sens une des caractéristiques de l’écriture de Joan Didion. Et comme je suis influençable, je suis la première à utiliser les formules répétitives depuis que j’ai lu deux romans de Joan Didion
l’hiver dernier.
J’ouvre au hasard Le bleu de la nuit, de J.D. :

Si nous et nos enfants étions capables d’avoir chacun de l’autre une vision claire, la peur s’en irait-elle ? La peur s’en irait-elle pour nous deux, ou la peur ne s’en irait-elle que pour moi ?

La première page du Très-Bas, maintenant :

C’est une phrase qui est dans la Bible. C’est une phrase du livre de Tobie, dans la Bible. La Bible est un livre qui est fait de beaucoup de livres…

Un texte de mon blogue dont je tape un numéro au hasard avec l’outil de recherche, Jour 943 :

J’ai encore deux heures à ma disposition. Deux heures de bonheur. Deux heures de bonheur seule dans la grande maison à la campagne. Pas deux heures de bonheur parce que je suis seule…

D’où il ressort, bien entendu, que je fais la fraîche-pette en me frottant aux plus grands.

Tarte à la lime : les Pattes est venu en manger un morceau en soirée déjà avancée. Ce fut la réussite de ma journée, mais c’est long à faire, il faut gratter longtemps l’écorce des limes pour obtenir une cuillerée à table comble de zeste. Et gratter pour obtenir le zeste c’est forçant. J’ai servi la tarte en informant mon frère qu’il y avait deux ingrédients mystères dans ma recette. Comme il lui aurait été impossible de trouver de quels ingrédients il s’agissait, je ne l’ai pas laissé chercher. La cuisine n’est pas un domaine dans lequel il excelle. Le premier ingrédient mystère est du sucre de noix de coco pour décorer la couche de crème fouettée. Je l’ai acheté dans une petite boutique bio de mon village. C’est un sucre brun de la couleur de la cassonade foncée. Délicieux. Le deuxième ingrédient mystère est du yaourt à la noix de coco, en petite quantité, mélangé à la crème fouettée. Je l’ai acheté hier au Métro d’alimentation de mon village, en compagnie de mon mari. Pour vous dire à quel point mon frère n’y connait rien en cuisine, il a pensé que le saupoudrage brun sur la crème fouettée était de la cannelle !

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Jour 786

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Bonne fête Emmanuelle !

Je porte aujourd’hui le 23 août 2017 mon beau foulard à imprimé de papillons acheté aux Îles-de-la-Madeleine l’été dernier à peu près à pareille date en compagnie de chouchou. Le foulard me permet de me sentir un petit peu proche d’elle, bien qu’elle soit loin puisqu’elle fête ses 21 ans à New York avec son amie. New York. Encore une occasion d’aller visiter le passé : nous y sommes allés avec chouchou, Jacques-Yvan et moi, elle n’avait peut-être pas dix ans ? À la fin de notre escapade de quelques jours, je lui avais demandé quel moment elle avait préféré de son voyage. Elle m’avait répondu que ç’avait été l’attente pour aller visiter les hauteurs de l’Empire State Building parce que pendant cette attente d’une heure, debout sans bouger, elle avait lu le livre qu’on venait tout juste de lui acheter à la librairie francophone qui se trouvait pas très loin, le livre du Petit Nicolas.
À propos de livres : Bibi, bien qu’elle ne me lise pas sur mon blogue, a peut-être pressenti que j’avais besoin d’une forme d’aide plus efficace que le shampooing bleu pour surmonter les effets du temps qui nous amène tranquillement vers la fin de nos jours. Elle m’a prêté deux livres, des plaquettes pas épaisses, de Christian Bobin. Un premier qui raconte la vie, d’après ce que je peux comprendre de la quatrième de couverture, de St-François-d’Assise et qui s’intitule Le Très-Bas, et un autre qui sans le vouloir fait un clin d’œil au départ récent de Réjean Ducharme, L’inespérée.
Il faut croire que les futilités l’emportent sur la réflexion, sur l’absorption patiente de phrases, de pages, de chapitres à lire : j’ai trouvé à Rawdon un pot de grès qui pourra héberger l’orchidée de ma belle-maman. Je me suis stationnée devant le commerce et j’ai dit à tantine, avant de quitter mon véhicule :
– Tantine, si les policiers arrivent, tu parleras avec eux.
– Pourquoi tu me dis ça ?, s’est étonnée tantine.
– Parce que du temps qu’elle était petite, je disais ça à Emma à chaque fois qu’elle devait m’attendre dans l’auto.
Ah ! Emma, toujours elle, tous les jours elle, dans mon cœur et dans mes pensées !

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Jour 787

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Psychanalyse

Je pense à un film assez moyen que j’ai vu à la télévision l’an dernier, Insomnia, dans lequel Al Pacino, dans le rôle d’un policier renommé, dit à une policière qui vient d’entrer dans la profession de ne pas se laisser dévier de sa voie. Le policier, sous l’effet d’un manque de sommeil qui altère son jugement, agit de manière non éthique et la jeune policière propose de le couvrir pour cacher la faute qu’il vient de commettre. Al Pacino lui répond alors qu’elle ne doit pas se laisser dévier de sa voie, que sa carrière est à construire, et que le chemin sur lequel elle est en train de la construire, un petit peu chaque jour, ne doit pas être pavé d’erreurs qui viendront la hanter. Encore les voies et les carrefours et les changements de routes.
Je me demande si des gens de ma cohorte à l’école secondaire sont devenus psychanalystes. J’ai eu l’occasion d’échanger, lors du conventum en juin 2016, avec une psychiatre, avec des médecins, des spécialistes, mais nulle trace de psychanalyste. Un de mes professeurs de littérature à l’université Laval, il était déjà dans la cinquantaine à l’époque de mes études au baccalauréat, poursuivait parallèlement à sa carrière en enseignement des lettres une formation en psychologie analytique. Je ne sais pas s’il est devenu psychanalyste pratiquant. Je me demande aussi s’il se trouve des psychanalystes, ou disons seulement un seul, dans la région de Lanaudière.
Une autre chose, à savoir le shampooing bleu, semble manquante dans Lanaudière, du moins au Pharmaprix où je me suis rendue hier soir. Rupture d’inventaire serait l’expression correcte, je pense. Rupture d’inventaire depuis deux mois. Seigneur ! Il y en avait plein les tablettes à la pharmacie de la Promenade du Musée !
Quel est l’intérêt du shampooing bleu dans ces chroniques ? Pour les lecteurs, j’ai bien peur qu’il n’y en ait aucun. Pour ma personne, comme c’est aussi le cas des copeaux pour les orchidées, des gommes à mâcher dans les distributrices, des t-shirts identiques et autres frivolités, le shampooing bleu me distrait de l’effet inéluctable du temps qui passe. Il me distrait du vieillissement de papa, de la douleur de le voir si diminué, de la douleur empreinte d’émotion positive quand il m’adresse quelques mots et fixe son regard dans le mien. Il me distrait des cataractes à venir, ou encore des importants travaux qui devront être effectués pour refaire les conduites d’égout et d’eau à Montréal –et qui vont me coûter beaucoup de sous… Le shampooing, les copeaux et les t-shirts me distraient de toutes ces affaires-là, comme le dirait papa.
Je lui ai demandé hier comment le médecin, qu’il a rencontré la semaine dernière, avait  trouvé son état de santé.
– Un médecin n’est pas exempt de tomber malade, a été la première réponse de papa car j’avais posé ma question de telle sorte qu’on pouvait effectivement penser que je m’intéressais à la santé du médecin.
– Je veux dire ton état de santé à toi, ai-je rectifié.
– Oh ! pour moi, il n’y a aucun problème, tout est numéro un, a répondu papa, en ajoutant qu’il prendrait bien une bière.
Je nous en ai servi une bouteille à deux.

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Jour 788

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Mes lecteurs se souviennent-ils que je voulais m’inspirer du croquis d’un homme ayant des cheveux spaghettis pour donner une orientation à cette toile que je m’apprêtais à commencer? Crayons gel et serviettes de table en papier.

Je peux bien m’intéresser aux voies, aux carrefours, aux croisements des routes. Voici le rêve qu’a fait papa la nuit dernière, que je transcris ici de mémoire dans ses mots :
– J’étais avec Linda. Tu marchais dans une direction, et moi dans l’autre, et on se rencontrait à un croisement de routes. On était en moto. Tu disais qu’il fallait aller à Québec, mais moi je voulais rentrer à la maison.
– Dans quelle ville, la maison ?, ai-je demandé.
– À Joliette. Je voulais venir dormir dans ma chambre, mais on ne rencontrait pas de bonnes indications sur la route. Il était écrit Québec, Trois-Rivières, Shawinigan et toutes ces affaires-là sur les pancartes. Tout d’un coup on est tombé sur la pancarte qui indiquait la route à prendre pour se rendre à Montréal. Je savais que si on suivait cette direction, j’allais pouvoir venir me coucher et me reposer. Je t’ai dit de bien suivre cette direction et je me suis senti soulagé.
– Qui conduisait ?, ai-je voulu savoir.
– Je ne sais pas. On était peut-être deux ou trois…
Papa est revenu à quelques reprises sur son rêve, en répétant que nous nous étions rencontrés à un croisement, qu’il était heureux que nos routes se soient croisées et qu’il se sentait en sécurité. Ne pas savoir que papa n’est plus capable de lire depuis des années à cause de ses yeux malades, j’aurais pu penser qu’il lit mon blogue !
Copeaux de bois : nul fleuriste ne s’est trouvé sur mon trajet menant au Centre visuel.
Dentifrice : j’en ai acheté pour les Pattes.
Centre visuel : deux petites taches quelque part sur mon œil droit donnent à penser que je pourrais être atteinte de dégénérescence maculaire. Heureusement, les taches n’ont pas progressé depuis l’an dernier. Par ailleurs, un voile naissant sur le cristallin donne à penser que je serai aux prises avec des cataractes.
Shampooing bleu : rien ne presse, c’est assez loin dans mes priorités, à bien y penser.
Papa : il m’a appelée tout à l’heure, de son lit. Il m’a dit qu’il avait décidé de m’engager pour la soirée.
– Qu’est-ce que je peux faire ?, ai-je demandé en m’assoyant sur le lit, à côté de lui.
– Je ne sais pas. J’étouffe.
Je me suis mise à le caresser, les cheveux, les bras, les oreilles, le dos, les épaules.
– Ça, c’est la meilleure médecine, m’a-t-il dit en fermant les yeux. Ça fait du bien.
Lettres à Anne : la lecture de ma grosse brique épaisse n’avance pas vite. Si on va au chalet en fin de semaine, je pourrai peut-être m’y consacrer.
Toile en photo-vedette faite avec des crayons gel et des serviettes de table en papier : on ne voit pas l’entièreté de la toile. Je pense que j’aime le résultat.
Et papa fait dodo.

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Jour 789

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Pot de grès perforé conçu pour les orchidées.

Voici les petites choses insignifiantes qui sont au cœur de mes préoccupations aujourd’hui. Il me faut cependant commencer par hier soir. Après notre souper composé exclusivement de blé d’Inde, quatre épis chaque, parce que nous tentons de devenir progressivement végétariens, nous sommes allés Denauzier et moi manger de la crème glacée chez sa maman. Nous désirons devenir végétariens tout en nous permettant de consommer des produits laitiers. S’il n’avait pas été si tard, j’aurais proposé à mon mari de nous rendre chez sa maman à pied. On peut donc dire qu’il a été chanceux. Arrivée chez sa maman que j’adore, je me suis rappelé lui avoir proposé de prendre soin de son orchidée. Elle a besoin de loger dans un pot plus grand au sein de copeaux de bois en meilleur état. Je désire donc, aujourd’hui, trouver sur mon trajet un fleuriste qui vend des copeaux de bois et des pots de grès perforés conçus pour les orchidées. Mon trajet sera celui qui me mènera, en après-midi, de chez Bibi, où je m’occupe de papa –mais je n’ai rien à faire en ce moment parce qu’il dort–, jusqu’au centre visuel pour mon examen annuel. Pendant mon examen annuel, mon mari viendra chez Bibi me remplacer auprès de papa. Je m’attends à me faire dire par l’optométriste que mes verres ont besoin d’être changés, en ce sens que je ressens souvent le besoin d’enlever mes lunettes. Mais il est possible que je ressente le besoin d’enlever mes lunettes parce que la monture est trop lourde. Sur mon trajet encore, je vais m’arrêter à l’épicerie Arc en Vrac, une épicerie d’aliments naturels, pour acheter un tube de pâte dentifrice au fenouil que je désire offrir à mon frère, les Pattes d’ours.
Il va me rester une course à faire, mais je ne pense pas, faute de temps, être capable de la faire aujourd’hui. J’ai acheté à Montréal où j’étais la semaine passée séjournant chez chouchou, un shampooing de la marque PHYTO. Il m’a coûté cher, 29$. Il s’agit d’un shampooing bleu, qu’on utilise pour donner de l’éclat aux cheveux gris, ou pour enlever leur teinte jaune aux cheveux teints. Deux personnes m’ayant suggéré d’utiliser ce shampooing étant donné que mes cheveux sont rendus jaunes, j’ai acheté ledit produit. Je l’ai acheté à Montréal, au Pharmaprix de la Promenade du Musée où je me trouvais, angle Reine-Marie et Côte-des-Neiges. Pour m’assurer que le contenant, pourtant fait en plastique, ne se fasse pas trop brasser au cours de mon trajet de retour en direction de St-Jean-de-Matha, je l’ai déposé, cocotte, entre mes vêtements pliés dans un sac. Or le contenant s’est dévissé, et à mon arrivée à la maison j’ai trouvé dans mon sac une pile de vêtements dégoulinants de bleu. Je me suis empressée d’aller les laver, mais les vêtements blancs sont ressortis bleus, malgré que je les aie lavés trois fois à la machine. Cela étant, mon désir de me procurer le shampooing bleu n’est nullement altéré. Il me reste à trouver le temps d’aller l’acheter.

 

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Jour 790

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My name is Edward, but I go by Ed.

J’aurais aimé m’appeler Natacha. Les prénoms que nous portons, mes frères et sœur, témoignent à mon sens d’une lacune intellectuelle, culturelle, imaginaire… importante chez mes parents. Je m’appelle Linda à cause de la chanson Linda le temps passe vite. Mon frère s’appelle Michel à cause du chanteur de Linda le temps passe vite. Sur mon certificat de naissance, mon prénom porte le y, mais pas celui de mon frère. Je ne pense pas avoir déjà vu, écrit, le prénom Mychel.
Quand on me demanderait comment je m’appelle, je répondrais, plutôt fière, que je m’appelle Natacha –ou Natasha dans sa forme slave d’origine–, et je m’empresserais d’ajouter que tout le monde m’appelle Natcha. Comme ça, je définirais moi-même la manière de déformer mon prénom, pour éviter, bien sûr, que l’on m’appelle Nat.
Cela me fait penser non pas au quartier St-Honoré à Paris, mais au film Citizen Four qui raconte l’histoire d’Edward Snowden. Au début du documentaire, Edward se présente ainsi :
My name is Edward, but I go by Ed.
Avoir découvert avant aujourd’hui qu’il est possible de se construire une vie professionnelle que l’on aime –avoir eu foi en moi, autrement dit, et je n’ajoute pas « avant aujourd’hui » car je ne suis pas sûre, à 58 ans, d’avoir un tant soit peu foi en moi– j’aurais peut-être tenté de devenir psychologue. Mais je pense au fond que c’est à la littérature, à l’écriture, que j’aurais dû me consacrer. En d’autres mots, pour un ensemble de raisons et sans vouloir me dénigrer, je n’ai pas été à même de m’approprier ma voie. Je me consacre à l’écriture par la bande au moyen de mes publications régulières sur mon blogue. C’est ce qui fait que, finalement, et peut-être pour aujourd’hui seulement, j’aimerais croire à la réincarnation !
Dans une vie que j’aurais réussi au-delà de mes espérances, je serais psychanalyste, et j’écrirais à mes heures des textes de fiction qui seraient publiés par des maisons d’édition qui me soutiendraient dans ma démarche artistique et intellectuelle. Mon prénom de plume serait Natcha, pendant que ma pratique psychanalytique serait faite sous le prénom de mon certificat de naissance, Natacha –ou Natasha. Forte de ce beau parcours et de l’environnement social, culturel, professionnel qui vient avec et dans lequel je baignerais, je côtoierais des gens avec lesquels les références communes seraient plus nombreuses que dans la vie qui a été la mienne jusqu’à présent. Côtoyant ces gens qui partageraient mes valeurs et moi les leurs, plus que maintenant, je serais peut-être devenue une Lynda Natasha dont je ne suis pas même capable d’imaginer la richesse de la vie intérieure, affective et spirituelle.

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