Jour 770

Nous vivons enfin l’été au chalet, parce que les fois d’avant que nous sommes venus, pour la majeure partie du temps il a plu. Il a plu tellement un certain week-end que j’ai lu au complet le livre de Micheline Dalpé qui contient beaucoup de pages. Ce week-end de beau temps j’ai aussi lu un livre au complet, mais une plaquette pas épaisse, Le Très-Bas de Christian Bobin, dont j’ai déjà parlé, ou plutôt à propos duquel j’ai déjà écrit quelques lignes. Ah oui, j’ai aussi fini Vol de nuit. La récompense de mes journées vécues, la récompense, devrais-je écrire pour me faire comprendre en étant plus précise, d’avoir vécu une journée supplémentaire dans mon corps a lieu le soir lorsque je m’installe au lit pour lire, sous l’ampoule bien lumineuse mais non aveuglante que mon mari a posée pour moi. Très vite il vient s’installer pour lire aussi, alors nous sommes un à côté de l’autre lisant –et pensant respectivement à quel point nous sommes au paradis dans notre petit nid, dans notre petit lit, dans notre chalet.
Ce matin j’ai lu sur la terrasse en chantier qui ceinture le chalet, en chantier parce que mon mari est en train d’en changer les planches pourries. Quand on achète un vieux chalet, il faut s’attendre à avoir toutes sortes de rénovations à y apporter. Le tapage des travaux allait peu de pair avec la lecture de mon texte aussi poétique que spirituel. Je dois écrire, cela étant, que je suis allée m’installer près de mon mari dehors alors qu’il avait déjà commencé ses travaux. Puis je me suis levée pour nous faire du thé, et à mon retour mon mari en a profité pour changer d’activité, il a actionné plusieurs fois sa scie à chaîne pour la nettoyer. Nettoyer une scie à chaîne consisterait si j’ai bien compris à la faire fonctionner à plein régime pendant plusieurs secondes. Bien peu de pair avec mon texte religieux. Plus tard, nous avons fait un tour de chaloupe sur le lac Miroir, calme comme le plus plat Miroir, un tour à plein régime du moteur pendant que je rêvais de nous laisser dériver dans les baies peu profondes pour observer le fond du lac. Munie d’une bouche cependant et pouvant parler, j’ai demandé à quelques reprises à mon mari de modérer nos transports et nous avons ainsi dérivé à ma manière pendant de belles minutes. Tout à l’heure, je me suis installée pour écrire ce mot, car subitement il m’a tenté d’écrire, et mon mari est venu s’asseoir non loin pour, cette fois, écouter sur son ordinateur des vidéos endiablées à souhait de musiciens faisant valoir leur talent dans le métro de New York. J’aime mon mari.
Pourquoi ai-je eu envie d’écrire tout d’un coup ? Pour exprimer que nous avons enjolivé les lieux grâce aux meubles de papa, les deux causeuses qui parent maintenant notre semblant de salon, de même que son tapis.
– Ça sent beaucoup ton père, a dit mon mari.
– Tu trouves ?, ai-je demandé en faisant semblant de rien, en me demandant s’il m’avait lue sur mon blogue mais je sais qu’il ne me lit pas.
Reste à voir si l’odeur de papa va persister ou si l’odeur du chalet va l’emporter. Pour l’instant, c’est vrai, ça sent incroyablement dans le chalet l’odeur que je reconnaissais entre toutes lorsque j’entrais dans l’appartement de papa. J’aime papa.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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