Jour 695

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Mise en beauté avant le party de Noël !

Donc mon mari est parti et je m’empresse de m’installer devant mon écran pour me mettre, comme je l’ai écrit hier, en mode création. J’ai toujours hâte de venir « créer », allons-y pompeusement, mais je ressens, en même temps que la hâte, une mini peur au ventre parce que bien entendu je suis la première à ne pas savoir ce qui sera créé ou, plus exactement, si « ça voudra créer » en-dedans de moi, s’il sortira quelque chose de ma tentative.
– Rien n’est acquis, me disait cette semaine Denauzier. Quand je serai ce week-end avec les amis, a-t-il ajouté, je ne sais pas si je serai capable de m’en tenir au régime cétogène. Ils vont se bourrer la face sous mes yeux, avec du pain, des pâtes, des patates, et une grande quantité de bière !
– C’est pareil pour moi quand je m’installe pour écrire, ai-je répondu sans vouloir faire la fraîche pet. Je ne sais jamais si je vais être capable de produire un texte de 500 mots…
– Rien n’est jamais acquis de toute façon, chantait Brassens…
– Bof, on verra bien, ai-je conclu en faisant référence au poids, au cétogène, au week-end entre amis dans le bois, à la volonté, à l’éternel recommencement de toute chose, de tout effort, etc.
J’ai un peu de pratique, j’en reviens à l’écriture, puisque j’ai écrit plus de 1 500 textes à ce jour, ces six dernières années. La pratique m’assure un petit coussin de confort. Pour donner un exemple de ce que m’apporte la pratique, je peux dire que j’en suis venue à accepter tout ce qui se présente. Une idée se profile, aussi insignifiante soit-elle, elle se meut de mon cerveau à mon clavier, sous mes doigts, et je la laisse s’exprimer. Je lui donne une chance. Je ne me demande pas si c’est une bonne ou une mauvaise idée, je ne questionne surtout pas son degré d’insignifiance, je lui souhaite plutôt la bienvenue, j’essaie de l’installer le mieux possible. L’idée se profile à travers des mots qui s’enchaînent d’eux-mêmes, je les reproduis tels que je les entends balbutier dans ma pensée, dans le même ordre. Quand ça fait quelques lignes que les mots s’enchaînent d’eux-mêmes, je m’arrête, je prends une gorgée de café –le plus souvent il est rendu froid–, je me relis, je déplace des mots, j’en enlève, je constate que le même mot apparaît trois fois de suite, c’est immanquable, commence alors le travail de l’artisan qui affine et modèle la matière. Quand j’arrive à l’étape de l’affinage, je me sens en vacances, c’est la récompense, je peux m’amuser tant que je veux. Youpi ! Yes ! Ma journée est faite.

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Jour 696

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Il y avait aussi la grand-mère contrebasse…

Hier j’ai travaillé sur mes écritures jusqu’au moment de me préparer pour me rendre à Joliette nourrir papa –il n’a rien voulu manger, cela dit en passant. Je quitte rarement mon ordinateur sans naviguer une minute ou deux sur quelques sites, pour le plaisir. J’étais debout, littéralement, sur le point de mettre mon ordinateur en veille, lorsque je suis tombée sur une publication via Twitter : une femme annonçait qu’elle s’apprêtait à entamer la lecture du livre de Jean-Martin Aussant, La fin des exils, paru l’automne dernier aux éditions Atelier 10. Vite fait, je n’ai pas réalisé qu’il s’agissait d’un livre de Jean-Martin Aussant. J’ai plutôt reconnu la facture visuelle des livres plaquettes de cette maison, pour en avoir lu un récemment, à savoir un recueil de textes féministes, Les tranchées, de Fanny Britt. C’est par le sous-titre de ce recueil, d’ailleurs, que j’ai découvert qu’il existe deux orthographes pour le mot ambiguïté, en ce sens qu’on peut aussi mettre le tréma sur le u et je ne le savais pas. Encore ici, le tréma sur le u fait peut-être partie des libertés qu’autorise la nouvelle orthographe.
J’avais prévu marcher une petite heure au centre commercial, avant d’aller voir papa. Je fais ça des fois de temps en temps. J’appelle ça du Fitbit facile. Je stationne ma voiture le plus près possible d’une porte, je vérifie qu’un des vêtements que je porte est doté d’une poche dans laquelle je pourrai mettre la clef de mon véhicule, je m’engouffre dans le centre commercial sans manteau lourd et sans sac embarrassant, et je marche comme une bonne sur une surface parfaitement lisse.
– J’irai voir, me suis-je dit pendant ma promenade, si je peux trouver le livre de Aussant à la librairie –car après en avoir reconnu la facture visuelle, j’ai découvert qui en était l’auteur.
Je suis entrée dans la librairie à la fin de mon parcours, j’ai fouillé dans la mini section des essais, je n’ai rien trouvé, alors je suis allée m’informer auprès de la vendeuse.
– Je cherche un livre de Jean-Marc Aussant, c’est publié par une maison d’édition qui veut propulser des idées novatrices dans le domaine social, il s’agit d’une plaquette vraiment pas épaisse, et la couverture est je dirais vert pâle, ou plutôt vert menthe.
J’ai tout dit ça, alors même que je savais que c’était presque ridicule.
– Comment vous écrivez Cossan, m’a demandé la vendeuse, C-o-s-s-a-n ?
Elle est comme moi, me suis-je dit, elle ne connaît pas Aussant.
Au bout d’une recherche un peu ardue, la jeune fille m’a informée qu’il n’y avait rien de Jean-Marc Aussant, mais qu’il existait un Jean-Martin Aussant.
– C’est en plein ça !, me suis-je exclamée –évidemment. Je me suis trompée de prénom, excusez-moi.
De fil en aiguille, nous avons découvert que le livre n’est pas disponible, en ce sens que les copies imprimées ont toutes été vendues.
– Vous pouvez le commander, cependant, a dit la jeune femme, mais je ne sais pas quand est-ce que nous allons le recevoir.
J’ai déjà fait ça, chez Renaud-Bray, commander le CD de Piccolo Saxo, pour ne jamais le recevoir, le réapprovisionnement auprès des fournisseurs européens n’ayant pas été possible. Pour vérifier si cela allait être possible avec Aussant, j’ai donc décidé de le commander.
– Il faut faire un dépôt de 5$, m’a prévenue la vendeuse.
– D’accord pour commander, d’accord pour le dépôt.
Et je suis ressortie pour m’engouffrer presque aussitôt dans mon auto, direction CHSLD.
Ce matin, mon mari partait pour son week-end de motoneige et je me suis installée devant mon ordinateur dès qu’il a été parti pour écrire un texte. Mais d’abord j’ai navigué sur un site ou deux, pour le plaisir. Sur quoi ne suis-je pas tombée ? Sur un article de Richard Martineau, qui reprend un article de Mathieu Bock-Côté, qui associe Aussant, semble-t-il, à un Sauveur qui viendra redorer le blason du PQ (ou quelque chose du genre). Je me suis dit que, mine de rien, avec mes promenades sur des surfaces planes et ma description d’une plaquette de couleur vert menthe, j’aborde de manière très originale un sujet politique et social.

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Jour 697

md19662599335Mon mari vient de quitter la maison pour quatre jours. Il est parti faire de la motoneige avec ses amis à la Manawan. À peine est-il parti que je m’empresse de me mettre en mode création devant mon ordi, un café à mes côtés. Depuis que nous chauffons au bois dans la salle de séjour au moyen d’un poêle à combustion lente acheté en décembre dernier, mon bureau est moins bien chauffé, alors je me suis installée à la table, immense, de notre salle à manger. Salle à manger et salle de séjour constituent une seule grande pièce dans laquelle nous passons le plus clair de notre temps. Derrière moi mijote une soupe de céleri-rave. J’en ai servi une à Noël, au clan Longpré, qui a eu beaucoup de succès. En fait, j’hésite entre utiliser le céleri-rave en train de mijoter pour en faire une soupe, encore, ou une purée.
À côté de moi, donc, un café, et à côté du café un numéro de la revue Elle Québec dans lequel j’ai trouvé une faute d’orthographe. Il me semble que ça arrive rarement. Je désire en faire part au comité de rédaction, et pour ne pas oublier de le faire j’ai mis la revue à côté de moi. Ça se pourrait aussi que ce que je pense être une faute d’orthographe soit une nouvelle manière d’accorder, de conjuguer, alors bien sûr je vais prendre la peine de d’abord vérifier.
À côté de la revue, le CD intitulé Silence –et surtout le livret qui vient avec– de Fred Pellerin, parce que je veux lire les paroles de ses chansons et savoir qui a fait les arrangements. Il est multi-instrumentiste, Fred : voix bien sûr, harmonica, guitare acoustique, classique, banjo, mandoline.
À côté du CD, quatre livres inscrits au programme de mon long week-end seule : Couples de John Updike; Feux de position de Tristan Malavoy; L’enfance d’un lac de Pauline Harvey; et Devenir vieux d’Étienne Lalonde.
Couples est un roman américain épais traduit en français dans la collection Folio, ça fait des années qu’il traîne dans ma bibliothèque et qu’il se fait déménager au fur et à mesure de mes changements de vie. Certains livres sont intéressants à lire dans un contexte précis, je trouve. Ce fut le cas de Paris est une fête, d’Ernest Hemingway, auquel il a été fait référence dans les médias lors de l’attentat au Bataclan, et que j’ai lu à ce moment-là. Couples était peut-être attrayant au moment où je me le suis procuré, j’étudiais alors au baccalauréat à l’Université Laval. Il en a peut-être était fait mention dans un de mes cours, ou alors, comme ça arrive le plus souvent, je l’aurai acheté sur un coup de tête. Mais avec les années les pages ont jauni, mes yeux se sont affaiblis, alors je trouve que les caractères, bien que je porte maintenant mes nouvelles lunettes, sont bien petits. Lire petit et jauni est plus forçant que lire sur du flambant blanc.
Feux de position a été publié en surfant sur le succès du Nid de pierres, quant à moi, et j’ai hâte de l’avoir terminé, il ne me reste que quelques chroniques à lire. D’ailleurs, je n’ai pas été séduite par le Nid de pierres, mais Bibi si. J’ai voulu lire les Feux de position pour découvrir comment Tristan Malavoy aborde des sujets de société, quel angle il adopte, quel éclairage il ajoute. J’ai pris le livre dans mes mains, à la librairie, en me disant qu’un jour j’allais peut-être vouloir, moi aussi, aborder des sujets de société sur mon blogue. Ça m’étonnerait que ça arrive, à bien y penser.
Les deux autres livres m’ont été donnés par l’éditeur des Herbes rouges. J’ai commencé le roman de Pauline Harvey il y a longtemps, je suis rendue semble-t-il à la page 45, où se trouve un signet, le papier est encore bien blanc et les caractères assez gros. J’espère le lire. Pour le recueil de poésie, ce sera difficile. Habituellement, les mots des poèmes glissent sur moi sans m’atteindre, à moins qu’ils ne soient chantés, comme les chante Fred.

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Jour 698

Angle Sherbrooke et L’Assomption se trouve l’école Marguerite-de Lajemmerais. Quand j’étais jeune, notre voisine au chalet était professeure à cette école. Elle passait l’année scolaire à Montréal et venait se ressourcer deux mois à la campagne. Elle habitait un appartement de rien du tout sur la rue Frontenac. Elle semblait ne pas avoir d’âge, en ce sens que bien qu’encore jeune elle semblait vieille à l’adolescente que j’étais. Ses cheveux, qu’elle tenait courts, étaient tellement fins qu’aucune coupe ne pouvait les modeler. Elle souffrait de strabisme, pour ne rien arranger. Elle avait, me racontait-elle, beaucoup de difficulté à se faire écouter en classe. Je ne connaissais pas grand-chose encore à la vie, mais j’avais quand même l’impression que ses vacances lui faisaient le plus grand bien.
Une amie, une autre amie que j’ai perdue de vue, a déjà habité au complexe des tours olympiques avec ses parents pendant longtemps. Une amie que j’ai connue à l’UQÀM, là où j’ai trouvé mon premier emploi à temps plein à vie. Nous allions dehors le midi elle et moi et elle me racontait à quel point elle vivait comme des épreuves insurmontables les présentations orales qu’elle devait faire en classe à cette époque-là, car elle travaillait le jour et étudiait le soir, la philosophie. Cette même amie a tout lu de ce que je ne suis pas capable de lire, la Recherche du temps perdu de Proust, notamment.
Une fois qu’elle avait réussi à tenir sa classe calme au point d’ouvrir la porte pendant que ses élèves faisaient un examen, la professeure souffrant de strabisme avait vu passer le directeur dans le corridor. Depuis quelque temps, il passait souvent non loin de sa classe et elle se demandait si son autorité déficiente n’était pas sur le point de lui faire perdre son poste. Le directeur passait, cette fois-là que la porte de la classe était ouverte, et au même moment un élève avait lancé un cri de mort, bousculant tout sur son passage, pupitres et personnes, jusqu’à ce qu’il se retrouve dans le corridor, prisonnier des bras du directeur qui peinait à le contenir. Le jeune homme venait de vivre sa première crise d’épilepsie.
Mon amie encore étudiante en philosophie me racontait à quel point il lui était difficile le matin de choisir des vêtements dans lesquels elle allait s’aimer.
– Sitôt que j’enlève mon manteau et que je constate à quel point mon habillement jure avec celui des autres, je ne désire qu’une chose, aller me cacher sous mes couvertures !
Je m’étais fait la réflexion que c’était pareil pour moi, mon habillement d’ailleurs a toujours juré avec celui des autres dans l’univers du travail, mais je ne peux pas dire que cela me dérangeait beaucoup.
Lorsqu’ils ont été trop âgés pour vivre de manière autonome dans leur tour olympique, les parents de mon amie ont tout simplement déménagé de l’autre côté de la rue Sherbrooke, au complexe Élogia. Un soir, nous avons assisté elle et moi à une conférence d’un spécialiste qui expliquait comment aider les gens atteints de la maladie d’Alzheimer. La mère de mon amie se portait bien, mais pas le père. Puis, je n’ai plus eu de nouvelles de mon amie, ce sont des choses qui arrivent, du moins dans la mienne, et en mettant les pieds dimanche dernier dans les édifices olympiques, je me suis dit que ses parents, déjà très âgés, étaient probablement maintenant décédés.
Sous le choc de cet événement inattendu, la classe entière, la professeure et le directeur, m’avait raconté notre voisine, avaient resserré leurs liens. Les problèmes d’autorité s’étaient estompés. À chaque fois qu’elle revenait sur cette histoire, parce qu’étant adolescente j’allais souvent tenir compagnie à la voisine, qui en retour me tenait compagnie aussi, la professeure se défendait bien de laisser entendre que le problème de santé de son élève avait été un événement positif.

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Jour 699

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À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, édition originale.

Je vais devoir adapter mon entrain légendaire à mes capacités physiques déclinantes, me suis-je dit au terme de notre week-end. Autrement dit, il faudrait peut-être que je commence à envisager d’apprendre progressivement à en faire moins.
Je remonte un peu le fil des événements : nous sommes allés à Montréal aller et retour dans la journée de dimanche. Est-ce que c’est censé être fatigant faire de la route alors que je n’étais même pas au volant ? J’ai parlé avec mon amie pendant trois heures –dans ce café où curieusement personne d’autre que nous deux ne parlait. Je n’ai ressenti aucune fatigue, que du plaisir.
Sur le chemin du retour, à la hauteur des pyramides olympiques, mon mari m’a regardée.
– On y va ?, m’a-t-il demandé.
– Mince ! Je n’y pensais même pas !, ai-je répondu. On y va !, ai-je décidé.
C’est ici, j’avoue, que la fatigue s’est insidieusement infiltrée dans mon corps, alors même que nous n’étions pas en contact encore avec mon tonton. Il s’agit d’un tonton octogénaire à propos duquel je n’ai jamais écrit mais qui fut présent dans ma vie et auquel je suis très attachée. Il est installé depuis peu aux pyramides olympiques. J’y pénétrais, dimanche dernier, pour la première fois de ma vie.
Je me suis demandé, en arpentant les grands corridors sur lesquels donnent des services gouvernementaux dont certains, curieusement, étaient ouverts, si le complexe d’habitation hébergeait de jeunes familles. La question est pertinente car nous n’avons croisé que des personnes de l’âge d’or avancé, certaines marchant avec assurance et d’autres avec marchette. Est-ce que des poussettes circulent dans ces espaces, avec des bébés dedans ? Est-ce que, la semaine, des enfants hauts comme trois pommes  reviennent de la garderie, de l’école ?
– Entrez par le boulevard L’Assomption, m’a dit tonton au téléphone alors que nous étions en train de tournailler, à la recherche de la bonne tour.
Comme il est âgé, et encore ici j’avoue mon péché, j’ai eu tendance à ne pas le croire.
– Il doit se tromper de nom de boulevard ?, ai-je dit à mon mari. Il doit confondre avec le boul. L’Assomption à Joliette ?
– Prenez le boulevard l’Assomption, a répété tonton, tournez tout de suite à gauche, puis encore à gauche. Je vais aller vous attendre.
Je n’ai pas su quoi répondre au tonton qui était au bout de la ligne –fixe– dans son appartement et qui s’apprêtait à descendre pour nous rejoindre à la porte. Je ne voulais pas qu’il gèle car dimanche dernier il faisait froid en titi. Je voulais le croire et penser qu’il nous dirigeait au bon endroit. Je voulais sortir du véhicule et aller vérifier dehors mais aller vérifier quoi ? Je voulais éteindre mon téléphone, car je ne savais pas quoi répondre. Je voulais trouver quelque chose à répondre mais rien ne venait.
Mon mari, lui, toujours efficace, voulait trouver un endroit où se stationner, qu’il a trouvé, et le temps de le dire il était d’un côté de la porte vitrée, dehors, tandis que tonton était de l’autre côté, dedans ! Je suivais derrière, en essayant de taire ma fatigue.

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Jour 700

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Emma tricotant, à la veille de l’Halloween en 2011.

Il est absolument impossible qu’un quelconque lecteur se rappelle avoir lu sur mon blogue que chouchou, autrefois jadis, voulait se déguiser en fleur. Moi, et c’est un peu normal parce que je suis l’auteure de toutes les folies que j’écris, je m’en rappelle ! Mais il y a beaucoup de folies dont je ne me rappelle pas.
Elle fréquentait alors l’école FACE, c’était je dirais dans les dernières années du niveau secondaire, et nous étions évidemment à l’approche de l’Halloween. J’ai retrouvé la référence à chouchou qui voulait se déguiser en fleur dans le texte du Jour 2 100. Il convient de préciser ici, pour que ce soit plus facile à comprendre, que chouchou, finalement, ne s’était pas déguisée en fleur, mais plutôt en Ninja. Comme l’atteste la photo ci-contre, se déguiser en Ninja revenait à se couvrir de vêtements noirs, d’un bonnet noir, d’un loup noir, et le manucure allait suivre avec du vernis noir. Le tricot, ici, n’a rien à voir avec le déguisement.
Il n’y a pas longtemps, j’ai voulu me remettre au tricot. J’ai suivi des cours avec mon amie Oscarine, du temps que je travaillais encore à l’université, et je voulais vérifier que je me rappelais encore de certaines techniques. Quand nous partons au chalet, il faut remplir une glacière en fonction du nombre de jours que nous serons là-bas, il faut prévoir les vêtements nécessaires, et je finis toujours par remplir un sac d’objets, de petites choses hétéroclites dont je pourrais avoir besoin selon que je me retrouve dans tel ou tel état d’esprit. Cette fois-là, j’avais inclus dans nos bagages une balle de laine et des aiguilles. Nous étions au chalet, donc, mon mari et moi, et je me suis lancée, un soir, dans le tricotage d’un bandeau que j’ai détricoté par la suite. Pendant que je tricotais, Denauzier fouillait dans un panier où nous rangeons les accessoires d’hiver de type mitaines, tuques, bas, cagoules… Et il est tombé sur une cagoule qui se porte sous le casque de motoneige, une cagoule trop petite pour lui, qu’il m’a proposé d’essayer. Je l’ai essayée, en faisant instantanément le lien, dans ma tête, qu’avec la tête ainsi couverte d’une cagoule, j’allais ressembler à chouchou portant le loup, du temps de l’Halloween de cette année-là quand elle étudiait à FACE.

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Maman tricotant, fin 2017.

– Prends-moi en photo stp !, ai-je demandé à mon mari qui, habitué maintenant à mes demandes loufoques, m’a prise en photo sans poser de question.
J’ai parlé au téléphone tout récemment avec chouchou et j’ai voulu vérifier si elle était au courant que dans les cafés, de nos jours, on voit plein d’étudiants qui ne parlent pas, qui restent assis là des heures, des écouteurs dans les oreilles, les yeux rivés sur leur écran d’ordinateur.
– Bien nous, a-t-elle répondu, nous y allions en groupe, le trimestre dernier, pour préparer nos laboratoires. Du coup, a-t-elle ajouté, on parlait !

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Jour 701

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Marché public, à Aix-en-Provence. Comment résister à tant de beauté?

Nous avons fait la route hier dimanche, Denauzier et moi, pour nous rendre à Montréal. J’y rencontrais mon amie Emlyne, mon amie d’Aix-en-Provence et de Paris. Mon amie que je n’avais pas vue depuis plus de vingt ans. Nous avions rendez-vous dans un café Starbucks, non loin de l’Université McGill. Je suis arrivée en retard parce que franchir la distance de la maison jusqu’à Montréal a été très facile, mais circuler dans les rues de la ville a été très laborieux.
Une fois dans le café, nous avons parlé bien sûr sans arrêt  –pendant trois heures. De là où elle était placée, Emlyne me faisait face et avait vue sur l’intérieur du café. Pour ma part, je faisais dos à l’intérieur du café. Quand je quittais mon amie des yeux, c’était pour contempler le mur derrière elle qui était couvert de photos prises je dirais sur le continent africain. Au terme des trois heures de placotage, nous nous sommes levées, sur le point de nous quitter. Une jeune fille est arrivée immédiatement, nous demandant si elle pouvait s’installer à notre table. J’ai alors réalisé que nous étions les deux seules mémères à parler, dans cet endroit. Tous les clients étaient jeunes, dotés d’écouteurs dans les oreilles et d’un ordinateur devant eux, de livres aussi, de notes manuscrites et de stylos comme autrefois. Ils étaient tous en train d’étudier !
– Ce n’était pas si exigeant dans notre temps ?, m’a demandé Emlyne.
– Je sais qu’Emmanuelle étudie elle aussi tout le temps, ai-je répondu, mais comme elle est en sciences et que ça m’impressionne, j’ai tendance à penser que les polytechniciens étudiaient peut-être autant dans notre temps ?
– Ouais, c’est difficile de savoir…, a répondu mon amie.
– Moi, en tout cas, je faisais tout sauf étudier, au baccalauréat. Je lisais mes livres à la dernière minute, je sautais des pages, j’étais caissière dans un restaurant, je n’étais pas sérieuse.
– Moi si, mais moins que les jeunes d’aujourd’hui, il me semble.
– Rappelle-toi, ai-je mentionné, on passait nos matinées à flâner dans les marchés publics  à Aix, ou à fureter dans les arrière-ruelles de Marseille même si ça donnait l’impression d’être dangereux parce que c’était mal fréquenté… Les hommes nous fixaient et on cherchait des femmes du regard, sans en trouver une seule !?
– Je ne me rappelle pas de ça, a répondu mon amie.
– Bien oui ! On était allées s’acheter des manteaux d’hiver, tu sais des manteaux de laine, pour hommes, trop grands pour nous, qui ne coûtaient presque rien !
– Ça je me rappelle. Ils n’étaient même pas chauds et il fallait mettre des épaisseurs de chandails en-dessous pour se protéger du mistral.
– Et du coup ça devenait trop lourd !
– Quoi ça ? Le mistral ?
– Bien non ! Les manteaux avec toutes les épaisseurs !
– Je me rappelle que tu portais ce manteau pour homme quand nous sommes arrivées à la gare de Lyon, a ajouté Emlyne, la journée de la grève des transports en commun. T’en rappelles-tu ?
– Je m’en rappelle très bien. On avait eu de la difficulté à sortir de la gare tellement c’était le chaos, les gens se marchaient sur les pieds et s’impatientaient. Comme je ne connaissais rien, je pensais que c’était toujours de cette manière qu’on sortait d’une gare, à Paris !
– On était naïves !, s’est exclamée mon amie.
– On l’est probablement encore autant, tu ne penses pas ?
Nous étions rendues dehors et j’ai demandé à Emlyne si elle aimait mes nouvelles lunettes fumées.
– Elles sont ajustées à ma vue, ai-je pris la peine de préciser.
– Tu ne portais pas de lunettes en-dedans ?, s’est étonnée mon amie.
– Bien oui ! Je les ai enlevées sous tes yeux, pendant que la jeune fille s’installait à notre table.
– Ah oui ! Ça se peut… a vaguement répondu mon amie.
Nous ressaisissant mutuellement, ébranlées par toutes ces paroles échangées, il est alors arrivé ceci, sur le trottoir, au moment de nous séparer :
– On va se revoir, de toute façon, avons-nous prononcé EN MÊME TEMPS.

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