Jour 699

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À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, édition originale.

Je vais devoir adapter mon entrain légendaire à mes capacités physiques déclinantes, me suis-je dit au terme de notre week-end. Autrement dit, il faudrait peut-être que je commence à envisager d’apprendre progressivement à en faire moins.
Je remonte un peu le fil des événements : nous sommes allés à Montréal aller et retour dans la journée de dimanche. Est-ce que c’est censé être fatigant faire de la route alors que je n’étais même pas au volant ? J’ai parlé avec mon amie pendant trois heures –dans ce café où curieusement personne d’autre que nous deux ne parlait. Je n’ai ressenti aucune fatigue, que du plaisir.
Sur le chemin du retour, à la hauteur des pyramides olympiques, mon mari m’a regardée.
– On y va ?, m’a-t-il demandé.
– Mince ! Je n’y pensais même pas !, ai-je répondu. On y va !, ai-je décidé.
C’est ici, j’avoue, que la fatigue s’est insidieusement infiltrée dans mon corps, alors même que nous n’étions pas en contact encore avec mon tonton. Il s’agit d’un tonton octogénaire à propos duquel je n’ai jamais écrit mais qui fut présent dans ma vie et auquel je suis très attachée. Il est installé depuis peu aux pyramides olympiques. J’y pénétrais, dimanche dernier, pour la première fois de ma vie.
Je me suis demandé, en arpentant les grands corridors sur lesquels donnent des services gouvernementaux dont certains, curieusement, étaient ouverts, si le complexe d’habitation hébergeait de jeunes familles. La question est pertinente car nous n’avons croisé que des personnes de l’âge d’or avancé, certaines marchant avec assurance et d’autres avec marchette. Est-ce que des poussettes circulent dans ces espaces, avec des bébés dedans ? Est-ce que, la semaine, des enfants hauts comme trois pommes  reviennent de la garderie, de l’école ?
– Entrez par le boulevard L’Assomption, m’a dit tonton au téléphone alors que nous étions en train de tournailler, à la recherche de la bonne tour.
Comme il est âgé, et encore ici j’avoue mon péché, j’ai eu tendance à ne pas le croire.
– Il doit se tromper de nom de boulevard ?, ai-je dit à mon mari. Il doit confondre avec le boul. L’Assomption à Joliette ?
– Prenez le boulevard l’Assomption, a répété tonton, tournez tout de suite à gauche, puis encore à gauche. Je vais aller vous attendre.
Je n’ai pas su quoi répondre au tonton qui était au bout de la ligne –fixe– dans son appartement et qui s’apprêtait à descendre pour nous rejoindre à la porte. Je ne voulais pas qu’il gèle car dimanche dernier il faisait froid en titi. Je voulais le croire et penser qu’il nous dirigeait au bon endroit. Je voulais sortir du véhicule et aller vérifier dehors mais aller vérifier quoi ? Je voulais éteindre mon téléphone, car je ne savais pas quoi répondre. Je voulais trouver quelque chose à répondre mais rien ne venait.
Mon mari, lui, toujours efficace, voulait trouver un endroit où se stationner, qu’il a trouvé, et le temps de le dire il était d’un côté de la porte vitrée, dehors, tandis que tonton était de l’autre côté, dedans ! Je suivais derrière, en essayant de taire ma fatigue.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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