Jour 688

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Pavés d’omble chevalier sur couscous à la crème, pastilles à la courge et pastilles au basilic.

Ça fait deux fois que ça nous arrive. Deux fois que nous nous donnons rendez-vous à la Maison du spaghetti, mon amie et moi, pour découvrir que le restaurant n’est pas ouvert.
La maison du spaghetti était notre deuxième choix, dans la mesure où le premier choix, L’âtre, était fermé pour cause de pluie abondante en plein hiver.
– On pourrait aller au Cambodiana, ce n’est pas très loin d’ici ?, a suggéré mon amie au volant de son véhicule qui bloquait la circulation parce qu’arrêté en pleine rue devant le restaurant, or il y avait une voiture derrière qui attendait qu’on décide quelque chose.
– Je n’aime pas cet endroit, me suis-je dit intérieurement sans rien prononcer extérieurement, de telle sorte que mon amie ne pouvait pas savoir si on y allait ou pas.
– On devrait aller voir au centre-ville, ai-je fini par répondre, il doit bien y avoir un endroit pour nous accueillir quelque part ?
Aller au centre-ville, ça veut dire aller voir ce qui se passe sur le boulevard Manseau, sur une portion très courte de deux pâtés de maisons.
Nous nous sommes retrouvées au restaurant gastronomique Bercail pour y passer une soirée exquise. Nous avons commencé par nous demander, depuis le trottoir, si l’endroit était ouvert, nous avons marché dans l’allée qui y mène, nous avons atteint la galerie, avons poussé la porte, sommes entrées en nous exclamant que c’était ouvert.
Nous étions très peu nombreux ce mardi soir dans ce très grand espace.
– Il faut être courageux pour tenter de faire vivre un endroit pareil de nos jours, tu ne penses pas ?, ai-je demandé à mon amie. Ça doit coûter une fortune rien que pour le chauffage.
La même chose ce midi, avec tantine, dans un endroit fort plus modeste, le Kenny à Rawdon.
– Regarde comme c’est grand !, s’exclame tantine à chaque fois. Il y a trois salles !
Nous allons régulièrement à cet endroit, le plus souvent vide ou presque. Je paie l’essence et j’offre mes services de chauffeure pour nous y rendre, tantine paie le repas, et une fois le ventre plein, nous allons faire l’épicerie, à l’autre extrémité de la rue Queen.
– Je me demande comment les propriétaires se débrouillent pour faire vivre un endroit pareil, ai-je encore une fois exprimé.
Comme ma vie sociale est très active ces derniers temps, j’ai aussi eu l’occasion de rencontrer trois autres amies avant l’amie d’hier, à trois endroits différents.
La première amie c’était à Blainville, chez elle, dans sa cuisine. Nous avons mangé une salade composée et j’ai comblé le creux restant dans mon estomac par deux tranches de pain aux bananes suivies de deux biscuits aux pépites de chocolat, tranches et biscuits constituant il va de soi des entorses à mon mode de vie cétogène. Mais ils avaient été cuisinés maison par mon amie et je n’ai pas pu résister.
La deuxième amie c’était à Montréal, au lendemain de la tempête qui a rendu difficile notre parcours rue Sherbrooke jusqu’au café Starbucks de l’Avenue du Parc. Je n’y ai rien mangé, seulement bu un café moka nappé de crème fouettée. C’est dans ce café que les gens ne parlent pas parce qu’ils étudient devant leur ordinateur, des écouteurs dans les oreilles. Le café cela dit était plein.
Le troisième endroit, c’était à la Brûlerie du Roy, avec la troisième amie. Nous y avons mangé, elle du pain doré et moi une omelette, et bu toutes les deux du café. Il y avait beaucoup de clients au rez-de-chaussée, un peu moins à l’étage où nous étions.
Ma vie sociale m’amènera demain soir au CHSLD où je ne mangerai pas –mais normalement papa, lui, devrait avoir envie de manger– et où il y a beaucoup de clients.

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Jour 689

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Vieux garçons ou Oeillets d’Inde

Dans mon rêve de l’avant-dernière nuit, les Vieux garçons de leur nom vulgaire, qui sont des Œillets d’Inde de leur nom commun, étaient bien plus jaunes que ceux ci-contre. Je me suis amusée à chercher la signification du jaune dans l’univers onirique.
Le site Doctissimo l’associe à l’affirmation de soi face à un groupe et aussi la capacité à changer les règles et à vivre sa vie dans le partage et le bonheur. Je disposais d’une grande aisance dans l’affirmation de moi-même parce qu’il y avait des œillets d’Inde en masse entourant la maison de Jacques-Yvan. Je peux avancer aussi que j’ai une certaine aisance à changer les règles puisque j’ai tout quitté de ma vie à Montréal pour venir m’installer ici en campagne avec mon mari. Mais il me vient un doute : n’était-ce pas Jacques-Yvan qui était doté de cette capacité à s’affirmer puisque c’est sa maison qui était ainsi entourée de jaune ? Moi, je ne faisais que passer, et m’arrêter pour observer…
Chez Freud, le jaune est associé à l’urine, à la vessie, à la notion de rétention ou de relâchement de cet organe. Donc à la capacité –ou à la non capacité– de s’abandonner, de se laisser aller. Encore ici, je me laissais aller en masse, d’abord parce que je ne pédalais pas, puisque l’allée descendante sur laquelle je roulais en bicyclette me faisait avancer à bonne vitesse sans aucun effort.
Chez Jung, mon psychanalyste préféré, le jaune est associé au soleil, figure forte et positive, encore ici représentative de l’affirmation de Soi. Par un lien que je ne comprends pas tellement, et pour bien le comprendre il faudrait que je consulte des sources plus détaillées, le jaune devient chez Jung la figure du Père qui guide la voie de l’individu. Fidèle à mon naturel pragmatique, je ne me sentais pas tant guidée par un créateur universel que par le défilement de l’étroite allée bétonnée que je me contentais d’emprunter sans me poser de question…
De façon générale, sur le plan ésotérique, le jaune peut être négatif ou positif. Négatif, il représente le mensonge. Positif, il représente l’équilibre, le bonheur. Ici, je peux faire un lien entre Jacques-Yvan et l’interprétation négative. Pendant les quinze années que j’ai vécues avec lui, je l’ai perçu comme un être intègre, je dirais même comme un être incapable de mentir. Or, dans les dernières circonstances qui nous ont liés, avant que de nous séparer définitivement, j’ai découvert avec consternation qu’il avait menti.
Selon Georges Romey, que je ne connais pas, qui est psychothérapeute et l’inventeur de la méthode du rêve éveillé libre –et qui est encore plus vieux que papa puisque né en 1929–, le jaune, et inversement ici à Jung, fait appel à la Mère dans la perspective d' »une réparation de la frustration de l’amour maternel ». Ça, la réparation du manque d’amour maternel, je crois sincèrement que je m’en suis remise. Je pourrais peut-être même dire que je m’en suis remise en masse, à tel point que je suis presque sidérée quand je croise des gens de mon âge dont je découvre qu’ils n’ont pas résolu leurs problèmes d’amour mal vécu, d’amour souffrant et insuffisant envers leurs parents.
Maintenant, le mauve, le lilas ?

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Jour 690

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Je roulais sur un espace bétonné en plein comme celui ci-dessus, qui longe la surface couverte d’herbe, dans la partie inférieure de la photo.

Dans mon rêve, je roulais à bicyclette, à la noirceur, de manière tellement fluide, sans être ralentie par le vent, que je commençais à craindre d’aller trop vite. À craindre juste un peu sans qu’il s’agisse d’avoir peur. C’était le soir, et non la nuit, comme en témoignait une légère animation autour de moi. Des gens ici et là étaient dehors autour de leur maison et profitaient de la douceur du temps, par une belle soirée d’été. Il y avait beaucoup de lumières à l’horizon, les lumières d’une ville, mais je me situais à la campagne. Je savourais les deux formes de beauté, celle de la campagne qui m’enveloppait, et celle de la ville qui scintillait au loin. Je roulais sur un espace bétonné d’à peu près trois pieds de large, un espace tel un ruban qui se déroulait, se dissimulait et réapparaissait en fonction des courbes qui se présentaient par endroits. Il ne s’agissait ni d’une route, trop large, ni d’un sentier, inégal, mais d’une surface de ciment comme on en voit partout en ville qui sépare le trottoir de la maison. D’une surface très longue sur laquelle j’aurais pu rouler longtemps. À ma gauche, nul développement, que la nature. À ma droite, des maisons qui ceinturaient un lac. En prêtant attention à l’environnement, je constatais que je me situais à la Pointe-aux-Anglais, à proximité de la résidence secondaire de Jacques-Yvan, où j’ai passé mes week-ends et mes vacances d’été pendant quand même une dizaine d’années. Jacques-Yvan, justement, était à l’extérieur, seul, il transportait un seau d’une main, comme s’il revenait d’avoir fait une réparation de quelque chose autour de la propriété. Mon allure trop rapide sur ma bicyclette ne me permettait pas d’observer l’endroit comme je l’aurais voulu, alors je m’arrêtais non loin pour mettre pied à terre et découvrir à quoi ressemblait maintenant la propriété.
Ici, je m’interromps pour faire référence à un autre rêve que j’ai fait il y a des années, dans lequel j’étais aussi à bicyclette, une bicyclette rose de fillette. Après avoir roulé à peine quelques mètres je devais m’arrêter, bloquée je pense par un arbre qui se dressait devant moi. Une jeune fille en uniforme scolaire arrivait alors à ma hauteur… Je ne me rappelle plus du reste, mais la différence me semble frappante entre la circulation fluide, confortable et à bonne vitesse que j’avais sur ma bicyclette dans le rêve de la nuit dernière, par rapport à la presque impossibilité d’avancer de mon rêve ancien.
Ayant mis pied à terre, je me rendais compte que la propriété de Jacques-Yvan était belle, bien entretenue, entourée d’une grande quantité de fleurs jaunes de type Vieux garçons. L’aménagement autour de la maison était le résultat d’un travail d’entretien soutenu (assez contraire au tempérament de Jacques-Yvan, le travail d’entretien soutenu). Me rappelant que j’avais planté un arbre très près du vieux garage construit à côté de la maison, je dirigeais mon regard vers l’emplacement de cet arbre pour me rendre compte, bien entendu puisque nous sommes maintenant séparés, qu’il avait été scié. Dans la pénombre et au travers les touches jaunes des fleurs nombreuses qui s’étalaient autour de la maison sur les différents niveaux d’une terrasse qui n’existait pas dans mon temps et ni d’ailleurs maintenant, se détachaient de beaux lilas mauve pâle, un peu maigrichons, qui avaient la particularité d’être fleuris depuis le bas du tronc jusqu’en haut. Ces masses de couleur lilas dans une pénombre parsemée de jaune, un jaune un peu ocre non agressant mais apaisant, m’incitaient à penser que Jacques-Yvan s’en sortait bien de sa vie sans moi et qu’il ne me restait –sans flagellation aucune– qu’à apprécier l’harmonie des coloris de cet endroit.

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Jour 691

Je suis revenue très tard de notre soirée, d’autant que nous avons joué un petit peu au Chromino après le repas. C’était l’fun, en ce sens, que Bibi soit malade, cela dit de manière très égoïste, car elle était moins à son affaire et j’ai pu gagner deux parties. Cela n’arrive jamais en temps normal, elle gagne tout le temps. Je suis donc revenue très tard, vers une heure et demie du matin, tendue d’avoir roulé sur les routes étroites, glissantes et tortueuses, à la noirceur. Je me suis rendu compte que ça paraît quand mon mari n’y est pas. Avoir été là, il m’aurait recommandé de nettoyer les phares de ma voiture avant de faire la route, je me serais donné la peine de les nettoyer, et ainsi j’aurais mieux vu car honnêtement, soit affaire d’âge soit affaire de phares, mais probablement les deux, j’ai eu l’impression de m’arracher les yeux, même si je portais mes nouvelles lunettes. De la sorte, j’avais un peu mal à la tête une fois rentrée à la maison.
J’avais aussi un goût de café tellement fort dans la bouche que ça me piquait la langue. Il va falloir que je demande à mon frère qu’est-ce qu’il avait mis dedans. Je ne voulais pas trop boire car j’allais me lever pendant la nuit, mais je voulais quand même boire, et il ne me restait en outre que peu de nuit car je devais me lever tôt pour rencontrer une amie.
– Je pourrais lire un peu pour me détendre, me suis-je dit, mais quand j’ai mal à la tête je n’ai pas envie de lire.
Pour en finir de tous ces détails, je me suis couchée et j’ai très mal et très peu dormi.
Le lendemain j’ai rencontré mon amie et c’est cette rencontre qui est à l’origine, dans le texte du Jour 693, de ma réflexion philosophique sur le thème de la conversation, un art qui se construit à deux à partir de rien. Lorsque le violoniste –encore lui !– converse avec son violon, il s’appuie sur une partition, sur un thème écrit, il interprète une création existante. Quand deux personnes se rencontrent, elles conversent sans s’appuyer sur rien de concret au départ, elles entrecroisent leurs pensées et leur sensibilité et il en émane un résultat toujours différent. C’est d’une grande richesse et comme je l’ai écrit il y a de cela moins d’une heure ou deux, on dirait que c’est la première fois de ma vie que je m’en rends compte.
Pour mon souper chez les Pattes, j’avais pris le temps de me friser les cheveux. Plus précisément, les Pattes m’ayant demandé d’arriver plus tôt pour le plaisir de passer une partie de l’après-midi ensemble lui et moi, et n’ayant eu le temps que d’écrire mon blogue avant d’aller chez lui, j’avais apporté mon fer à friser dans mes affaires ainsi qu’un miroir de table, et rendue chez lui je me suis frisée.
– J’ai apporté mon fer à friser, ai-je annoncé aux Pattes. Je pourrais commencer par ça avant de nous lancer dans la préparation de la nourriture ?
– Tu veux t’arranger le siau, a été la réponse –délicieuse– de mon frère.
L’arrangeage du siau m’aura permis d’avoir l’air moins moche devant mon amie après mes deux heures de mauvais sommeil. Mais peut-être que l’effet de l’arrangeage était strictement psychologique, car lorsque j’ai demandé à ma sœur si ça paraissait que je m’étais fait une mise en beauté avec le fer à friser pour honorer notre soirée, elle m’a répondu que ça ne paraissait pas tellement. Ça devait donc paraître encore moins rendu le lendemain.
En peu de mots : je n’ai rien lu de mes quatre livres, j’ai détricoté mon projet de foulard, et pour me reprendre de ma mauvaise nuit, j’en ai dormi une suivante de quinze heures. C’est idéal pour le régime cétogène selon lequel les longues périodes sans manger sont recommandées. Nulle vache en devenir. Mais quand même, à travers tout ça, j’aurai écrit sept textes.

 

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Jour 692

Je suis plus à l’aise et plus facile à suivre quand je m’exprime de manière non philosophique en détaillant les petits événements de ma vie. Alors, allons-y gaiement.
Vendredi soir, je me suis rendue chez les Pattes pour un souper qui en était à sa deuxième édition. Les Pattes a eu l’idée de nous réunir l’an dernier, les quatre frères et sœurs autour d’un repas, car ça n’arrive jamais que nous ne soyons que nous quatre. Je trouve l’idée géniale. La deuxième édition avait lieu vendredi dernier. Pour respecter un tant soit peu mon mode de vie cétogène, je suis arrivée chez frérot avec une casserole de soupe au céleri-rave fait avec du bouillon d’os, avec de la roquette (ça, c’est pour l’aspect vitamine K et non cétogène), de la vinaigrette au tahini pour accompagner la roquette, et avec un pouding au chocolat –dont l’aspect gélatineux est obtenu avec des graines de chia. À la place du chocolat, et cela n’a rien à voir avec l’approche cétogène, c’est une fantaisie de ma part, j’ai remplacé la poudre de cacao de la recette par de la poudre de caroube.
– Je ne sais pas si c’est parce que je suis malade, a dit Bibi à la première cuillerée de mon pouding, mais je ne suis pas capable de me mettre ça dans la bouche.
Elle a même exprimé une petite moue de dégoût. C’est vrai qu’elle traîne une grippe.
– Moi non plus !, s’est empressé d’ajouter Swiff qui était soulagé de ne pas être le seul à ne pas aimer ça.
– Je n’y goûterai pas, a alors décidé les Pattes.
Au final, et en me régalant, j’ai mangé les trois parts des trois bols !
Des tartelettes achetées au IGA complétaient la partie dessert, alors ce n’était pas catastrophique que le pouding ne plaise pas.
Pour la soupe au céleri-rave, on a dit que c’était bon mais le potage aux poireaux a été davantage apprécié. Nous avions en effet deux potages différents à savourer, le mien et celui des Pattes (acheté chez un traiteur). Deux sortes de salade aussi, la mienne et celle, César, des Pattes. De la lasagne délicieuse en plat principal (encore traiteur). Les pâtes sont à proscrire chez les cétogènes, mais j’en ai pris quand même un peu, de toute façon je n’ai pas à être cétogène à 100% en tout temps, ma vie n’en dépend pas. J’essaie de l’être le plus souvent possible, pour le plaisir et pour ma santé. Avec Denauzier, je le suis de surcroît pour l’aider à contrôler son poids.

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Jour 693

CommentAtteindreL'Interiorite

Je devrais peut-être lire ce livre.

Au lieu d’un week-end vécu sur le mode de l’intériorité, se déroulant au chaud auprès du feu de notre nouveau poêle à combustion lente, alternant d’un livre à l’autre –des quatre que j’ai énumérés dans un texte précédent–, j’aurai passé un week-end tout en extériorité, alimenté par les relations humaines. Cela me plaît et surtout m’enrichit, même si, des moments passés avec autrui, il ne reste rien de palpable, rien de physique qui peut être touché de la main, rien d’accumulé dans une collection comme j’accumule les textes sur mon blogue, rien non plus qui me permette de prendre de l’avance, en préparant par exemples trois recettes pour bien démarrer la semaine.
C’est le problème, avec les gens thésauriseurs dont je suis. Je m’appuie en toute chose, en toute circonstance, sur ma capacité à faire fructifier, en fonction des occasions. Mon motto : transformer le temps (abstrait, non palpable) en biens (concrets, palpables). Autrement dit : j’ai quatre jours devant moi ? Je vais lire un livre par jour, donc quatre livres –il faut mettre la barre très haut pour obtenir un semblant de résultat. Je vais écrire deux textes par jour, donc huit textes. Je vais ajouter plusieurs lignes au tricot que j’ai commencé. Je vais tracer la tête de la vache, et quand j’aurai fini on pourra compter une toile de plus sur les murs. À travers tout ça, je vais bien entendu préparer au moins trois repas…
Or, un week-end passé avec autrui se conçoit de manière inverse, en fonction d’une non accumulation. C’est comme un musicien qui joue d’un instrument –dans un univers où les enregistrements n’existeraient pas ! Il ne reste rien de palpable du jeu et de l’art du musicien, une fois qu’il a fini de jouer. Son art est à savourer une seconde à la fois, dans la seconde qui passe. L’art du musicien, qui prend sa source dans l’énergie et dans la sensibilité de son être, est un art éphémère. Il faut y goûter au moment où il se produit. Après, il reste certes dans ma tête la mélodie de tel passage –sonate ou chanson, peu importe. Il reste aussi le souvenir de l’effet qu’a eu sur moi tel passage, effets divers allant de l’enchantement à l’angoisse, mais ces réminiscences sont déjà différentes –parce qu’elles sont créées par moi seule– de l’expression initiale et originale émanant du musicien au moment même où il jouait.
De la même manière, je me rappelle et je me nourris de ce qui a été dit, entre mon amie et moi, mais tout ce dont je me rappelle ne s’inscrit déjà plus dans une création à deux, dans un dialogue, dans un échange en temps réel. Tout ce dont je me rappelle de notre rencontre est une reconstruction déjà transformée car créée par moi seule de ce que nous avons vécu à deux. Car une conversation, –et on dirait que je découvre ça pour la première fois de ma vie aujourd’hui, et c’est comme la sonate du violoniste, finalement–, ça se construit en temps réel à deux, à partir de l’eau que deux sources apportent au moulin. Une conversation comme une improvisation. Comme une construction de Lego, chacune son morceau. Et ça ne s’alimente pas que de mots –c’est peut-être cette part fuyante qui me passionne le plus. Ça s’alimente de tel sentiment perçu dans le regard de l’autre, du froncement d’un sourcil, du tressaillement de la lèvre. Converser, c’est accueillir un être à travers mille détails, c’est tenter moi-même d’être à la hauteur de la beauté de l’autre, pour honorer cette beauté dont il m’est donné de profiter.
Je m’arrête là pour ne pas nous perdre. Je suis peut-être même déjà perdue.

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Jour 694

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– Tu n’as pas appliqué de bandelettes sur ton visage!, s’est exaspérée mon esthéticienne. – Bien… oui, j’avais beaucoup de points noirs, ai-je répondu. – Peut-être, mais ça arrache aussi le fin duvet… qui repousse plus fort ! – Bof, on verra bien, me suis-je dit.

C’est pareil avec la peinture, mais sur une période plus longue. Je crée des formes sur la toile, des traits, des masses de couleur, des textures. Je m’en veux de peindre si minutieusement, alors je me défoule avec un gros pinceau et j’applique de la couleur n’importe comment par-dessus les minuties. Dans ce va et vient de mouvements d’humeur, je me fabrique un fond dont la seule raison d’être est de couvrir le canevas blanc. Ensuite, je laisse la toile à la vue, pendant des jours, jusqu’à ce que j’aie envie d’y retoucher. Ces derniers temps, c’est une vache qui attend après moi. Comme je sais que je vais peiner à la doter d’une belle tête, proportionnée à son corps déjà tracé et qui me satisfait, je n’ose pas me lancer dans l’aventure. D’ailleurs, la toile est dans le garde-robe de mon bureau et je ne suis pas pressée de la sortir de là. Comme nous attendions des petits qui touchent à tout, j’ai rangé mille choses dans les garde-robes, avant Noël, et de ces milles choses plusieurs y sont encore. Je pourrais profiter de ma solitude ce week-end pour me consacrer à la tête de la vache, mais j’avoue que j’ai peur. Et que je suis paresseuse. J’ai peur de quoi ? C’est toujours la même réponse : j’ai peur de ne pas être capable. À cet égard, les 1 500 textes m’ont aidée à progresser dans la vie : je me dis que je ne suis peut-être pas capable de ceci, de cela, mais qu’au moins j’aurai essayé. Et pas essayé qu’une seule fois.
Une autre chose encore puisque, comme il est écrit dans le texte précédent, rien n’est jamais acquis : quand mon texte est modelé, arrangé par l’artisane que je suis, je le publie sur mon blogue, il devient accessible à la planète web. Et, bis, c’est immanquable, je remarque dès la première lecture en mode public telle répétition qui m’a échappée, tel mot qui manque –surtout les petits mots courts–, tel enchaînement qui n’est pas optimal pour le pauvre lecteur qui me lit et qui ne verra pas forcément où est-ce que je veux en venir, etc.
– Bof, on verra bien.
Ce sont les mots qui concluent mon travail de ce jour-là. Parfois je corrige, et parfois pas.
À force d’écrire des textes de même format, de me cantonner dans du toujours pareil, je me demande si je n’ai pas évacué la possibilité d’aller vers d’autres formats. En tout cas je n’ai rien écrit d’autre, ces six dernières années, que mes textes du jour. Pas de recueil de nouvelles –érotiques ou pas–, pas de roman. Il faut dire que, les premières années, je travaillais à temps plein. Je n’aurais pas eu le temps de travailler à l’université, d’écrire sur mon blogue un texte par jour et d’écrire à côté un projet qui demande plus de souffle. D’autant, en parlant de souffle, que j’avais des problèmes cardiaques et que je ne le savais pas, –mais je les sentais !
L’autre jour je me disais, fort vaguement cependant, que je pourrais me fixer un autre projet d’écriture quand j’aurai fini celui-ci, dans trois ans et des poussières. J’aurai au-delà de soixante ans, mais on peut écrire jusqu’à la fin de sa vie si la santé le permet.
Ce que je retiens, des quelque 1 500 textes écrits à ce jour, c’est qu’ils sont souvent le réceptacle d’observations sur un thème d’importance véritablement nulle dans ma vie et a fortiori dans la vie des autres. Qui peut bien s’intéresser au sac à main de tantine qui tombe sans arrêt, retenu par la sangle, dans la pliure de son bras sans que cela la dérange ? Personne. Or, c’est son sac glissant comme une couleuvre que je remarque avant le reste, et il me faut fournir un effort pour laisser le sac de côté et m’intéresser, à la place, aux produits qui sont écrits sur la liste de tantine.

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