Jour 694

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– Tu n’as pas appliqué de bandelettes sur ton visage!, s’est exaspérée mon esthéticienne. – Bien… oui, j’avais beaucoup de points noirs, ai-je répondu. – Peut-être, mais ça arrache aussi le fin duvet… qui repousse plus fort ! – Bof, on verra bien, me suis-je dit.

C’est pareil avec la peinture, mais sur une période plus longue. Je crée des formes sur la toile, des traits, des masses de couleur, des textures. Je m’en veux de peindre si minutieusement, alors je me défoule avec un gros pinceau et j’applique de la couleur n’importe comment par-dessus les minuties. Dans ce va et vient de mouvements d’humeur, je me fabrique un fond dont la seule raison d’être est de couvrir le canevas blanc. Ensuite, je laisse la toile à la vue, pendant des jours, jusqu’à ce que j’aie envie d’y retoucher. Ces derniers temps, c’est une vache qui attend après moi. Comme je sais que je vais peiner à la doter d’une belle tête, proportionnée à son corps déjà tracé et qui me satisfait, je n’ose pas me lancer dans l’aventure. D’ailleurs, la toile est dans le garde-robe de mon bureau et je ne suis pas pressée de la sortir de là. Comme nous attendions des petits qui touchent à tout, j’ai rangé mille choses dans les garde-robes, avant Noël, et de ces milles choses plusieurs y sont encore. Je pourrais profiter de ma solitude ce week-end pour me consacrer à la tête de la vache, mais j’avoue que j’ai peur. Et que je suis paresseuse. J’ai peur de quoi ? C’est toujours la même réponse : j’ai peur de ne pas être capable. À cet égard, les 1 500 textes m’ont aidée à progresser dans la vie : je me dis que je ne suis peut-être pas capable de ceci, de cela, mais qu’au moins j’aurai essayé. Et pas essayé qu’une seule fois.
Une autre chose encore puisque, comme il est écrit dans le texte précédent, rien n’est jamais acquis : quand mon texte est modelé, arrangé par l’artisane que je suis, je le publie sur mon blogue, il devient accessible à la planète web. Et, bis, c’est immanquable, je remarque dès la première lecture en mode public telle répétition qui m’a échappée, tel mot qui manque –surtout les petits mots courts–, tel enchaînement qui n’est pas optimal pour le pauvre lecteur qui me lit et qui ne verra pas forcément où est-ce que je veux en venir, etc.
– Bof, on verra bien.
Ce sont les mots qui concluent mon travail de ce jour-là. Parfois je corrige, et parfois pas.
À force d’écrire des textes de même format, de me cantonner dans du toujours pareil, je me demande si je n’ai pas évacué la possibilité d’aller vers d’autres formats. En tout cas je n’ai rien écrit d’autre, ces six dernières années, que mes textes du jour. Pas de recueil de nouvelles –érotiques ou pas–, pas de roman. Il faut dire que, les premières années, je travaillais à temps plein. Je n’aurais pas eu le temps de travailler à l’université, d’écrire sur mon blogue un texte par jour et d’écrire à côté un projet qui demande plus de souffle. D’autant, en parlant de souffle, que j’avais des problèmes cardiaques et que je ne le savais pas, –mais je les sentais !
L’autre jour je me disais, fort vaguement cependant, que je pourrais me fixer un autre projet d’écriture quand j’aurai fini celui-ci, dans trois ans et des poussières. J’aurai au-delà de soixante ans, mais on peut écrire jusqu’à la fin de sa vie si la santé le permet.
Ce que je retiens, des quelque 1 500 textes écrits à ce jour, c’est qu’ils sont souvent le réceptacle d’observations sur un thème d’importance véritablement nulle dans ma vie et a fortiori dans la vie des autres. Qui peut bien s’intéresser au sac à main de tantine qui tombe sans arrêt, retenu par la sangle, dans la pliure de son bras sans que cela la dérange ? Personne. Or, c’est son sac glissant comme une couleuvre que je remarque avant le reste, et il me faut fournir un effort pour laisser le sac de côté et m’intéresser, à la place, aux produits qui sont écrits sur la liste de tantine.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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