Jour 674

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Vache

Aujourd’hui j’ai envie de tout abandonner. Quelle folie, quand même, que cet amoncellement de textes qui ne racontent rien, qui ne vont nulle part, qui n’ont qu’une seule fonction : maintenir relativement stable et sain mon équilibre mental. Seigneur ! Ce qu’il ne faut pas faire ! Je pourrais choisir l’exercice physique, ce serait plus forçant. Mon amie, mon amie que j’ai rencontrée cette semaine à Montréal, mon amie que j’aime tant, que je trouve tellement belle, marche énormément pour maintenir son poids stable et, par ricochet probablement, son équilibre mental. Elle est très mince, cela dit en passant. J’ai choisi une manière paresseuse en comparaison, je ne fais bouger que mes doigts. Mon amie marche 20 000 pas fitbitiens quotidiennement. Fiou ! Ça prend quand même du temps ! Trois heures, m’a-t-elle dit. Quand je vis à ma manière sédentaire, au chaud non loin du foyer, j’en fais 3 000. Ces jours-là, je suis majoritairement dans mon bureau à écrire, dans la cuisine à cuisiner, dans la salle de séjour auprès de mon mari à perdre du temps assise sur son fauteuil même si on y manque de place, et cela inclut quelques montages de marches pour aller à l’étage chercher des choses. Quand je me force en faisant du ménage par exemple, et du lavage au sous-sol, je peux arriver à 5 000 pas. Quand je me botte le derrière en allant dehors marcher dans les environs, j’en accumule autour de 8 000. Quand mon mari m’amène au village où je dois aller faire tester mon sang pour connaître ma vitesse de coagulation et que je reviens à pied, je peux terminer la journée avec le 10 000 fichu nombre de pas recommandé pour être en forme, en forme relative. Quand je suis à Montréal maintenant, et que je fais tout en transport en commun, c’est merveilleux, j’en accumule un gros tas sans même m’en rendre compte. La journée que j’ai rencontré mon amie, que nous sommes allées manger au restaurant Cadet, boulevard St-Laurent, que nous sommes ensuite allées acheter un cadeau au complexe Desjardins, que je suis allée au métro Berri, de là au métro Radisson attendre l’autobus me ramenant à Joliette, j’ai fait plus de 15 000 pas ! YES ! Il faut dire que je suis arrivée à Radisson cinq minutes après le départ de l’autobus et qu’il m’a fallu attendre deux heures pour le suivant. Alors je suis allée me perdre à la place Versailles, j’ai marché comme une bonne même si j’étais chargée comme un mulet, pendant une heure et demie. Je suis montée dans l’autobus en sueurs tellement je m’étais dépensée. J’ai eu le temps de me reposer en masse parce qu’il nous a fallu deux heures pour nous rendre à Joliette, à cause de la neige, du peu de neige qui tombait. Au lendemain de ma journée de marche intense, je dois reconnaître ceci : j’avais mal aux genoux. Ce soir, 19:17, j’ai accumulé 4 267 pas selon mon bracelet Fitbit. C’était ma journée tantine, et ces journées-là je ne marche presque pas. Et ce soir je n’ai pas envie de marcher non plus, je veux me consacrer à une pauvre vache qui m’attend depuis des semaines, figée sur une toile que j’ai rangée dans un placard pendant les vacances de Noël. Donc, je m’y mets.

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Jour 675

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Je tape « non événement » pour un résultat en images, dans Google, et j’obtiens cette maquette de couverture accompagnée du texte suivant : Le « non-événement » comme appel du sens chez trois cinéastes. Quand même !

Je le sais, dans le fond, ce que j’aimerais raconter. J’aimerais raconter un non événement, le non événement qui me fait carburer depuis sept ans, le non événement de tous mes textes publiés sur mon blogue, au-delà de 1 500, autant de bouteilles lancées à la mer que peu de lecteurs et qu’aucun éditeur ne ramassent. J’aimerais exprimer sur la place publique, bien que je le fasse déjà, que l’écriture est au centre de ma vie, qu’elle m’est essentielle, que j’existe et que je me définis à travers elle.
– Qu’est-ce qui me distingue des autres, déjà ?, m’arrive-t-il de me demander. Ah oui !, c’est mon blogue. Ouf ! Heureusement qu’il est là !
En même temps, je sais bien que je n’écris pas pour être lue tant que ça, pour être reconnue, pour pouvoir dire que j’ajoute une voix au milieu littéraire. Mais je ne peux pas dire non plus que j’écris pour moi, parce que si je n’avais pas ma grappillette de lecteurs, je n’aurais pas tenu le coup pendant sept ans. J’aurais décidé à un moment donné que je ne me définis pas par l’écriture, finalement, et j’aurais arrêté de chercher. De chercher quoi ? À écrire mieux ? À être lue et appréciée ? À être une pierre dans l’édification du paysage littéraire ? La pierre Badouzienne, comme la musique Mozartienne ?
– Ce n’est pas important de chercher quelque chose en particulier, me disait papa du temps qu’il avait encore toute sa tête, l’important c’est de tout simplement chercher.
Je cherche en masse, tous les jours, il me semble.
Certes, j’ai cédé trop souvent à la tentation de tourner les coins ronds, à la facilité.
– Ce sera ça pour aujourd’hui, me disais-je à propos du texte publié cette fois-là et ces autres fois encore, compte tenu de la fatigue, du manque de temps, de l’absence de conditions propices à la réflexion, au temps de ma vie d’autrefois.
Mais je n’ai pas toujours cédé non plus, je voulais que mon père soit fier de moi, bien qu’il ne m’ait jamais lue, bien entendu.
Ç’aurait été facile de souvent céder, de toute façon, sur la base que personne ne me lit. Personne ne me lit, mais je me relirai peut-être un jour, me rattrapais-je. C’est comme cuisiner, on va manger de toute façon parce qu’on est obligé, mais c’est préférable quand la recette a réussi. Et me lire, une chose est sûre, personne n’est obligé !
En même temps, j’ai le plus souvent cherché à ce que mes textes me plaisent, me nourrissent autant, sinon mieux, que mes recettes.
J’écris, et je suis convaincue de bien écrire. Je suis convaincue qu’un lecteur sensible au travail du texte, à la recherche qui se fait à travers les mots, à l’existence qui s’écrit au jour le jour à travers le souffle qui anime ma personne peut être touché, intéressé, amusé par mes inventions, par ma démarche. Bref, nourri lui aussi.
J’écris pour ma grappillette, moi qui pensais devenir écrivaine. Devant ce constat d’échec quant à la renommée, je ne suis pas atteinte, c’est ça le pire. En autant que j’écrive, tel pourrait s’intituler le récit de ma vie.
J’avais rencontré une connaissance sur le campus universitaire, c’était il y a longtemps, qui m’avait demandé où en étaient mes projets personnels.
– Je n’en ai plus aucun, avais-je répondu.
C’était vrai, à cette époque je n’en avais aucun, hormis le travail et la famille et les exigences qui viennent avec.
– Je n’en ai plus aucun, et c’est comme ça que je me porte le mieux, avais-je ajouté.
Je ne sais même pas, avec le recul, si c’était vrai ou pas vrai.
Je me rappelle d’une entrevue qu’avait accordée Polanski et d’une remarque qu’il avait exprimée à peu près ainsi :
– À quoi ça sert, tout ça, si le succès ne suit pas ?
Et je m’étais dit qu’il ne faudrait pas qu’il soit à ma place !
J’écris, telle est l’activité à laquelle s’ancre ma vie. Tel est mon récit. Telle est la teinte que je donne à ma vie, la teinte –indéfinie– de l’écriture.

 

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Jour 676

Je poursuis sur ma lancée d’hier. Quel pourrait être l’événement de ma vie que j’aimerais raconter en vue de participer au concours de Radio-Canada ? Puisqu’il s’agit de soumettre un récit, je dois me baser sur un événement survenu bel et bien dans ma vie, sur un fait vécu. Marc Séguin, qui sera un des membres du comité de lecture, mais je ne sais pas quels seront les autres membres, souhaite, a-t-il dit, être ébranlé. Si j’ai bien compris, il aimerait lire un auteur qui le déstabiliserait, l’étonnerait, l’émouvrait –je pense que c’est la première fois de ma vie que j’écris le verbe émouvoir au conditionnel présent. Les autres lecteurs du comité de lecture vont s’attendre à la même chose, de toute façon. Une chose est sûre, mon récit d’action ne me fait pas partir gagnante, d’action qui se passe en voiture quand je dois monter la grosse côte entièrement glacée. C’était dimanche dernier et tantine –qui d’autre– m’accompagnait. Si je m’intéressais dans mon récit à un phénomène de société qui a la cote en ce moment, admettons le mouvement MoiAussi, je partirais peut-être avec une longueur d’avance. Ou si je décrivais les tourments intérieurs qui m’ont habitée lors d’un événement bouleversant, je pense à mon premier mariage –parce que je suis rendue à trois–, mariage qui m’a vue prononcer Oui à un être perdu alors que je l’étais encore plus, je pourrais peut-être espérer faire des points. En dehors des récits d’action qui se multiplient sur mon blogue parce que je me cantonne souvent dans l’anecdotique, en dehors des événements qui ont créé en moi des tensions, des bouleversements, mais que je n’ai pas envie de revisiter, en dehors aussi des moments heureux, qui ont eux aussi nourri ma vie mais qu’il ne me tente pas non plus d’exploiter, je ne saurais dire pourquoi au moment où j’écris ces lignes, il me faudrait y réfléchir, en dehors enfin de mon sujet fétiche, à savoir la recherche de ma voie, que j’aborde régulièrement sur une note plus détachée celle-là, j’ose écrire philosophique, je ne vois pas vers quel épisode de ma vie je pourrais me tourner. Une autre manière d’exprimer mon dilemme : je ne vois pas quel événement pourrait servir de point de départ audit récit que je voudrais soumettre. Sarah Wallou, en tant que jeune femme moitié arabe, moitié québécoise, a exprimé son déchirement entre ses deux identités lors de l’attentat à la mosquée de Québec. Son texte m’a plu, émue peut-être pas, mais je suis coriace quand vient le temps d’être émue. Je vais être émue par un silence, par un regard, par un événement de rien du tout dans un contexte le plus souvent banal. Je n’ai pas été émue, à la lecture du texte de Sarah, mais séduite par son aisance, par sa capacité, naturelle certainement, à bien rythmer ses phrases, à enchaîner ses idées. À revenir sur certaines phrases pour introduire d’autres idées. En définitive, je dois continuer d’y penser. Qu’est-ce que j’aimerais bien raconter ?

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Jour 677

Je découvre annoncé sur Facebook que Radio-Canada organise un concours du récit. J’imagine que le concours se tient chaque année. On a jusqu’à la fin de février pour soumettre un texte de 1 200 à 1 500 mots. Accompagné d’un montant de 25$, requis pour s’inscrire. C’est le nombre de mots que j’obtiens, quelque 1 200, quand je publie comme je l’ai fait avec les Jours 679 et 678, une même histoire scindée en deux fois 500 mots. Il doit s’agir d’une histoire vécue, qui se base sur des faits réels.
– Je pourrais participer, me suis-je dit. Je pourrais retravailler mon histoire de grosse côte sur la glace en hiver et envoyer mon texte. On ne sait jamais.
Je suis allée sur le site de Radio-Canada pour en apprendre un peu plus. J’ai découvert qu’un des lecteurs qui évaluera les textes est Marc Séguin.
– « Je souhaite être touché et ébranlé », a-t-il dit à propos du rôle qu’il s’apprête à jouer.
Pour mesurer la qualité des textes auxquels je me frotterais peut-être, si je décidais de participer, je suis allée lire le texte de la gagnante du concours de l’année 2017. Il s’agit d’une jeune femme, Sarah Walou. Son texte s’appuie sur une tension intérieure entre son identité québécoise et son identité arabe. On ne peut trouver mieux pour rendre compte des enjeux au cœur de notre société, surtout que le texte a été écrit en réaction à l’attentat de la mosquée de Québec en janvier 2017.
Je n’ai pas grand chance, finalement, avec mon histoire de voiture qui monte une grosse côte en hiver, un récit d’action qui ne visite guère l’introspection. Il n’y a pas de tension dans mon aventure, si ce n’est l’insignifiant suspens de découvrir si je réussirai à monter un côte abrupte sur la glace avec une petite voiture à traction avant.
Donc, vais-je participer en essayant de soumettre un autre texte, déjà écrit ou à naître ? Je pensais à ça pendant que je parcourais la distance qui m’amenait à Montréal –où je me trouve depuis hier, installée en ce moment à ma place préférée, soit à côté de chouchou à l’îlot central de la cuisine, chouchou qui tente de comprendre quelque chose à son cours de mécanique quantique. Je pensais aux textes que j’ai écrits en ces sept années de blogue et je me demandais si je pouvais en sélectionner un, et l’étoffer s’il est trop court, pour répondre aux critères du concours. Je pensais aux événements majeurs qui ont eu lieu dans ma vie et qui m’ont ébranlée et je les éliminais l’un après l’autre.
– Je ne suis quand même pas pour raconter comment s’est déroulée mon expérience d’enseignement du français à Grenoble, me suis-je dit avec presque des frissons d’horreur.
– Mais je pourrais raconter comment j’ai obtenu le poste pour enseigner le français à Grenoble, par exemple, grâce à une lettre de recommandation d’Alain Robbe-Grillet. Cela m’amènerait à aborder à nouveau le sujet des bouteilles qu’on lance à la mer –parce que je l’ai déjà abordé, du temps que je travaillais à l’université. Je raconterais ce faisant ce qui se passe quand la bouteille est ramassée, et ce qui se passe quand elle ne l’est pas.
J’ai énuméré ainsi quelques-uns des épisodes heureux et malheureux qui ont ponctué mon existence, et je me suis rendu compte que je n’avais envie de revenir sur aucun.
Qu’est-ce que je dois conclure ? Que je suis rendue trop vieille pour participer ? Si j’étais moins vieille, je serais moins zen et habitée probablement par des tensions intérieures ?

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Jour 678

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Sonic, encore, suite et fin.

– Il ne faudrait pas rencontrer quelqu’un dans le tournant bien traître, en haut, me suis-je dit.
Mais quand le haut de la côte, dans le tournant bien traître, s’est trouvé dans mon champ de vision, j’ai découvert qu’une Volkswagen bloquait le chemin au beau milieu en ligne diagonale, ne me permettant pas de passer.
– Estie de câlice !
Ce sont des mots qui peuvent sortir de ma bouche, je m’en confesse, dans des situations difficiles. Comme je ne les ai pas prononcés fort, ils ont échappé à tantine.
– Qu’est-ce qu’il y a ?, m’a-t-elle demandé voyant qu’au lieu d’avancer je ralentissais et  m’arrêtais sur le semblant d’accotement transformé en banc de neige.
La passagère avant de la Volkswagen a alors choisi ce moment pour baisser sa vitre et me faire signe de passer.
– Cocotte !, ai-je grommelé. Comme si je pouvais avancer maintenant que j’ai perdu mon élan !
Je suis descendue de ma voiture pour aller voir la conductrice –elles étaient quatre femmes dans la voiture. Je n’avais pas grand-chose à lui dire, hormis que je ne pouvais plus passer parce que j’avais perdu mon élan, autant de mots que, finalement, je ne lui ai pas adressés. Je me suis contentée de lui demander si elle avait une traction aux quatre roues –je voulais faire la connaissante. Elle m’a répondu que non. Debout, dehors, je l’ai regardée essayer de s’en sortir, jusqu’à ce qu’elle décide de se laisser glisser sur le côté et de faire fonctionner ses feux d’urgence. On ne pouvait pas aider, en poussant, parce que c’était trop glissant. Je suis retournée dans ma voiture –juste au bon moment car tantine s’apprêtait à en sortir, or elle aurait pu tomber en perdant pied sur la glace vive.
– Maintenant qu’il y a de la place pour passer, ai-je dit à tantine en reprenant le volant, nous allons reculer jusqu’en bas de la côte.
– Es-tu capable de reculer ?, a-t-elle demandé. Tu ne vas quand même pas reculer dans une côte ? C’est bien trop dangereux !
– Je vais quand même essayer, ai-je répondu, je ne vois pas ce qu’on peut faire d’autre. On aurait pu prendre un autre chemin si le pont du 4e rang n’avait pas été bloqué, ai-je ajouté, mais il est bloqué, justement.
J’aime reculer car j’en profite pour prendre la position de l’homme qui étire le bras comme pour enserrer le derrière de la banquette du passager. De l’autre main, nonchalante, il maîtrise le volant. Ça me donne un style, viril, d’autant que je conduis une voiture manuelle.
– Ne recule pas autant ! On n’a pas besoin de retourner à Chertsey !, s’est exclamée tantinette qui avait peut-être un peu peur.
– Non, mais on a besoin d’un bon élan, ai-je répliqué. Et pour avoir un bon élan, il faut pouvoir parcourir une certaine distance.
Des véhicules étaient maintenant arrêtés en bas de la côte, trois ou quatre voitures qui étaient arrivées sur l’entrefaite et dont les conducteurs savaient, probablement parce qu’ils habitaient le coin, qu’ils ne pourraient pas monter jusqu’en haut de la côte, en incluant le tournant bien traître, s’ils n’avaient pas toute la marge de manœuvre, à savoir l’élan, pour le faire.
– Tu es prête tantine ? On y va !
J’ai pesé sur le champignon. Et j’ai monté la côte sans le moindre problème. Je me suis trouvée tellement bonne que je me suis lancé des fleurs en y allant de YES ! et de YOUPI ! et de Seigneur que je suis bonne !

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Jour 679

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Modèle 2018 de la Sonic, étrangement semblable au mien –2012.

J’ai demandé à tantine si elle allait se rappeler que j’avais été si bonne. En fait, je me suis trouvée tellement bonne que j’ai poussé un cri dans l’auto, un cri de félicitations à mon égard, ponctué de plusieurs interjections.
– Je ne vois pas pourquoi je ne m’en rappellerais pas, a-t-elle répondu.
– Bien, parce que de tout temps, les histoires de véhicule ne te passionnent pas.
– Non, non, je vais m’en rappeler, m’a-t-elle assurée.
Voici ce qui s’est passé.
Nous sommes allées à Chertsey par les petites routes et par cette neige fine et glissante d’aujourd’hui, tantine et moi.
– Beau temps mauvais temps on va y aller, lui avais-je dit dans les jours précédents.
Je ne pensais pas si bien dire. Nous allions rendre visite à son fils et il aurait été catastrophique qu’on ne puisse y aller.
L’aller s’est bien déroulé. Prudente, je roulais lentement. J’allais encore plus lentement aux intersections parce que je devais surveiller le nom des chemins et m’assurer de prendre le bon. Je lisais aussi par moments les étapes de l’itinéraire que me transmettait Google Maps sur mon téléphone. La prochaine fois, je vais essayer de trouver comment faire pour que les étapes me soient transmises par une voix, de type : « Dans cinq cents mètres, tourner à gauche, puis, tourner à droite ». Ce sera plus pratique.
– Roule donc un peu !, s’impatientait tantine. Non seulement tu ralentis aux intersections, mais tu ralentis aussi quand on croise une voiture. On n’arrivera jamais !
– Heureusement, on ne croise pas beaucoup de voitures !, fut ma réponse à cette remarque qui est revenue quelques fois en cours de trajet.
Nous sommes finalement arrivées à notre destination sans ennui, avons profité de la compagnie du fils, pour le plus grand bonheur de sa mère, et nous sommes revenues.
– Maintenant, si tu te perds, ça ne me dérange pas, m’a dit tantine. On arrivera à l’heure qu’on arrivera.
– Il ne faudrait pas trop se perdre cependant, ai-je noté, parce qu’il ne me reste pas trop d’essence…
J’ai le don d’installer l’inquiétude dans l’esprit de ma tante.
Nous sommes revenues au terme d’une toute petite demi-heure, alors que l’aller nous avait pris un bon quarante minutes.
– Il ne nous reste qu’à rouler sur la rue des Monts, tantine. Regarde, nous sommes presque arrivées.
– C’est déjà la rue des Monts ?
– Oui, mais il faut le savoir parce que dans cette neige on ne voit pas grand-chose.
Je savais qu’une côte pas mal à pic nous attendait plus loin. Je la craignais parce que du temps de ma vie avec François, nous avions été bloqués dans cette côte, par un temps semblable.
– Il y a une charrue derrière moi, c’est bien, ai-je remarqué.
– Pourquoi ?
– Parce que si on reste pris dans la côte qui s’en vient, le conducteur va peut-être s’arrêter et nous aider. Pour nous donner une chance, je vais prendre un élan. Tu vas être contente, toi qui n’as pas arrêté de dire que j’allais trop lentement !
– N’accélère pas trop, par exemple, m’a-t-elle répondu.
J’ai accéléré dans les limites du raisonnable, et commencé à monter la grosse côte.

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Jour 680

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Stores dans un environnement moderne, propre et éclairé, tout le contraire du climat vétuste, sombre et négligé qui régnait dans mon rêve.

J’ai fait un rêve construit sur le modèle d’un scénario de film, en ce sens qu’il commençait par le dénouement, et venait ensuite l’histoire depuis le début nous permettant de comprendre ce dénouement. Un jeune homme marchait qu’on ne voyait que de dos, et une personne était à ses côtés mais on ne la voyait pas. Parce que ce jeune homme s’orientait vers la gauche, dans une sorte de halo de lumière bleue vaporeuse, il fallait comprendre qu’il était exclu de l’école ou quelque chose du genre, il venait de recevoir le verdict d’une mauvaise action qu’il n’avait pas commise.
– C’est injuste ! Voyons donc, c’est un bon, il n’est pas méchant !, étions-nous quelques-uns à nous insurger.
Nous entrions alors dans un appartement très vieux, laissé à l’abandon, sombre parce que nous étions la nuit, mais aussi parce que deux toiles recouvraient les grandes fenêtres, une toile opaque blanche comme on voyait autrefois partout, d’un blanc devenu jaune tirant même sur le brunâtre, et par-dessus la toile il y avait aussi des stores vénitiens en imitation de bois, dont les lamelles avaient mangé de la misère. Dans cette maison sombre et désordonnée, je devais dormir sous l’évier de la salle de bain, dans la petite vanité. Cela ne me dérangeait pas tellement puisque je me savais être dans une maison hors norme. J’étais séduite, d’ailleurs, par ce climat unique et mystérieux. Au bout d’un moment, lassée, quand même, d’être si mal placée sous l’évier et de manquer d’espace, je demandais à un jeune homme évanescent, existant à peine, aussi vaporeux que le halo lumineux du début, si je pouvais circuler dans la maison. Il m’en donnait l’autorisation d’une voix très douce. Je découvrais alors que les chambres étaient jonchées de matelas directement déposés sur le sol, sans literie les recouvrant, mais des individus étaient couchés dessus, dont une femme couverte des orteils aux oreilles par des couvertures de laine rouge. Le jeune homme à peine existant m’ayant informée que je pénétrais dans la chambre de la mère, j’en déduisais que sous les couvertures rouges se trouvait le corps –longiligne– d’une femme à la chevelure brune. Je me faisais d’elle l’idée d’une personne bohème et instable psychologiquement. L’instabilité, ici, allait de pair avec la vie de bohème, comme si c’était un mal nécessaire, qui allait de soi, alors je ne m’en formalisais pas. C’était le prix à payer, l’instabilité, pour évoluer dans ce climat unique qui m’attirait comme un aimant.
Puis, de vaporeux et cachés par des couvertures, les personnages de mon film prenaient forme humaine de chair et d’os. Deux hommes, très beaux, étaient assis sur un banc, peut-être dans un parc, et auprès d’eux une belle femme blonde aux longs cheveux ondulés, bohème aussi, fumait une cigarette. Tous les trois attendaient de se trouver un emploi, mais disons que la jeune femme attendait plutôt que les deux hommes aient trouvé un emploi, autrement dit son rôle était limité à l’attente nonchalante, décontractée, dans une douce mélancolie. Elle y avait chez elle un restant de mode hippie des années soixante. J’enviais cette femme, j’aurais voulu être à sa place et tenir compagnie aux deux hommes. L’un d’eux ensuite se trouvait en face de moi pour me dire que ce n’était pas parce qu’il était sans emploi qu’il méritait moins que les autres individus sur la planète.
– Si vous en avez l’occasion, ajoutait-il après m’avoir adressé quelques mots, essayez de faire passer le message que j’aimerais bien être professeur.
– De quelle matière ?, lui demandais-je.
– De physique, répondait-il en se bombant subtilement le torse.
À l’évocation de cette seule matière d’enseignement, je réalisais que j’avais devant moi–mais je n’en avais pas douté– un homme sérieux et intelligent qui voulait se construire une vie.
Je quittais ces personnages dont je me disais qu’il émanait d’eux le charme de leur culture européenne, pour entrer dans une pièce et me trouver assise à une table avec une dame âgée, aux cheveux gris coiffés en chignon bien lisse, ne portant aucun maquillage. Elle connaissait la musique du groupe Deep Forest et entreprenait d’ailleurs de chanter les paroles d’une de leur chanson, bien que dans la musique de Deep Forest, du moins celle que je connais, il n’y ait que des imitations de sons humains et pas de mots en tant que tels. J’étais ébahie qu’une dame de cet âge connaisse ce groupe au point d’en chanter les paroles. Une fois de plus, j’avais l’impression d’être en présence d’une femme hors de l’ordinaire.
Et je ne me rappelle plus, malheureusement, des circonstances qui nous auraient menés, ne pas les avoir oubliés, au dénouement présenté en début de ce récit !

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