Jour 677

Je découvre annoncé sur Facebook que Radio-Canada organise un concours du récit. J’imagine que le concours se tient chaque année. On a jusqu’à la fin de février pour soumettre un texte de 1 200 à 1 500 mots. Accompagné d’un montant de 25$, requis pour s’inscrire. C’est le nombre de mots que j’obtiens, quelque 1 200, quand je publie comme je l’ai fait avec les Jours 679 et 678, une même histoire scindée en deux fois 500 mots. Il doit s’agir d’une histoire vécue, qui se base sur des faits réels.
– Je pourrais participer, me suis-je dit. Je pourrais retravailler mon histoire de grosse côte sur la glace en hiver et envoyer mon texte. On ne sait jamais.
Je suis allée sur le site de Radio-Canada pour en apprendre un peu plus. J’ai découvert qu’un des lecteurs qui évaluera les textes est Marc Séguin.
– « Je souhaite être touché et ébranlé », a-t-il dit à propos du rôle qu’il s’apprête à jouer.
Pour mesurer la qualité des textes auxquels je me frotterais peut-être, si je décidais de participer, je suis allée lire le texte de la gagnante du concours de l’année 2017. Il s’agit d’une jeune femme, Sarah Walou. Son texte s’appuie sur une tension intérieure entre son identité québécoise et son identité arabe. On ne peut trouver mieux pour rendre compte des enjeux au cœur de notre société, surtout que le texte a été écrit en réaction à l’attentat de la mosquée de Québec en janvier 2017.
Je n’ai pas grand chance, finalement, avec mon histoire de voiture qui monte une grosse côte en hiver, un récit d’action qui ne visite guère l’introspection. Il n’y a pas de tension dans mon aventure, si ce n’est l’insignifiant suspens de découvrir si je réussirai à monter un côte abrupte sur la glace avec une petite voiture à traction avant.
Donc, vais-je participer en essayant de soumettre un autre texte, déjà écrit ou à naître ? Je pensais à ça pendant que je parcourais la distance qui m’amenait à Montréal –où je me trouve depuis hier, installée en ce moment à ma place préférée, soit à côté de chouchou à l’îlot central de la cuisine, chouchou qui tente de comprendre quelque chose à son cours de mécanique quantique. Je pensais aux textes que j’ai écrits en ces sept années de blogue et je me demandais si je pouvais en sélectionner un, et l’étoffer s’il est trop court, pour répondre aux critères du concours. Je pensais aux événements majeurs qui ont eu lieu dans ma vie et qui m’ont ébranlée et je les éliminais l’un après l’autre.
– Je ne suis quand même pas pour raconter comment s’est déroulée mon expérience d’enseignement du français à Grenoble, me suis-je dit avec presque des frissons d’horreur.
– Mais je pourrais raconter comment j’ai obtenu le poste pour enseigner le français à Grenoble, par exemple, grâce à une lettre de recommandation d’Alain Robbe-Grillet. Cela m’amènerait à aborder à nouveau le sujet des bouteilles qu’on lance à la mer –parce que je l’ai déjà abordé, du temps que je travaillais à l’université. Je raconterais ce faisant ce qui se passe quand la bouteille est ramassée, et ce qui se passe quand elle ne l’est pas.
J’ai énuméré ainsi quelques-uns des épisodes heureux et malheureux qui ont ponctué mon existence, et je me suis rendu compte que je n’avais envie de revenir sur aucun.
Qu’est-ce que je dois conclure ? Que je suis rendue trop vieille pour participer ? Si j’étais moins vieille, je serais moins zen et habitée probablement par des tensions intérieures ?

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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