Jour 675

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Je tape « non événement » pour un résultat en images, dans Google, et j’obtiens cette maquette de couverture accompagnée du texte suivant : Le « non-événement » comme appel du sens chez trois cinéastes. Quand même !

Je le sais, dans le fond, ce que j’aimerais raconter. J’aimerais raconter un non événement, le non événement qui me fait carburer depuis sept ans, le non événement de tous mes textes publiés sur mon blogue, au-delà de 1 500, autant de bouteilles lancées à la mer que peu de lecteurs et qu’aucun éditeur ne ramassent. J’aimerais exprimer sur la place publique, bien que je le fasse déjà, que l’écriture est au centre de ma vie, qu’elle m’est essentielle, que j’existe et que je me définis à travers elle.
– Qu’est-ce qui me distingue des autres, déjà ?, m’arrive-t-il de me demander. Ah oui !, c’est mon blogue. Ouf ! Heureusement qu’il est là !
En même temps, je sais bien que je n’écris pas pour être lue tant que ça, pour être reconnue, pour pouvoir dire que j’ajoute une voix au milieu littéraire. Mais je ne peux pas dire non plus que j’écris pour moi, parce que si je n’avais pas ma grappillette de lecteurs, je n’aurais pas tenu le coup pendant sept ans. J’aurais décidé à un moment donné que je ne me définis pas par l’écriture, finalement, et j’aurais arrêté de chercher. De chercher quoi ? À écrire mieux ? À être lue et appréciée ? À être une pierre dans l’édification du paysage littéraire ? La pierre Badouzienne, comme la musique Mozartienne ?
– Ce n’est pas important de chercher quelque chose en particulier, me disait papa du temps qu’il avait encore toute sa tête, l’important c’est de tout simplement chercher.
Je cherche en masse, tous les jours, il me semble.
Certes, j’ai cédé trop souvent à la tentation de tourner les coins ronds, à la facilité.
– Ce sera ça pour aujourd’hui, me disais-je à propos du texte publié cette fois-là et ces autres fois encore, compte tenu de la fatigue, du manque de temps, de l’absence de conditions propices à la réflexion, au temps de ma vie d’autrefois.
Mais je n’ai pas toujours cédé non plus, je voulais que mon père soit fier de moi, bien qu’il ne m’ait jamais lue, bien entendu.
Ç’aurait été facile de souvent céder, de toute façon, sur la base que personne ne me lit. Personne ne me lit, mais je me relirai peut-être un jour, me rattrapais-je. C’est comme cuisiner, on va manger de toute façon parce qu’on est obligé, mais c’est préférable quand la recette a réussi. Et me lire, une chose est sûre, personne n’est obligé !
En même temps, j’ai le plus souvent cherché à ce que mes textes me plaisent, me nourrissent autant, sinon mieux, que mes recettes.
J’écris, et je suis convaincue de bien écrire. Je suis convaincue qu’un lecteur sensible au travail du texte, à la recherche qui se fait à travers les mots, à l’existence qui s’écrit au jour le jour à travers le souffle qui anime ma personne peut être touché, intéressé, amusé par mes inventions, par ma démarche. Bref, nourri lui aussi.
J’écris pour ma grappillette, moi qui pensais devenir écrivaine. Devant ce constat d’échec quant à la renommée, je ne suis pas atteinte, c’est ça le pire. En autant que j’écrive, tel pourrait s’intituler le récit de ma vie.
J’avais rencontré une connaissance sur le campus universitaire, c’était il y a longtemps, qui m’avait demandé où en étaient mes projets personnels.
– Je n’en ai plus aucun, avais-je répondu.
C’était vrai, à cette époque je n’en avais aucun, hormis le travail et la famille et les exigences qui viennent avec.
– Je n’en ai plus aucun, et c’est comme ça que je me porte le mieux, avais-je ajouté.
Je ne sais même pas, avec le recul, si c’était vrai ou pas vrai.
Je me rappelle d’une entrevue qu’avait accordée Polanski et d’une remarque qu’il avait exprimée à peu près ainsi :
– À quoi ça sert, tout ça, si le succès ne suit pas ?
Et je m’étais dit qu’il ne faudrait pas qu’il soit à ma place !
J’écris, telle est l’activité à laquelle s’ancre ma vie. Tel est mon récit. Telle est la teinte que je donne à ma vie, la teinte –indéfinie– de l’écriture.

 

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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