Jour 686

Certains jours je me dis que j’aimerais être journaliste parce que je saurais au moins quel sujet doit couvrir le texte que je m’apprête à écrire. Mon oncle l’était, journaliste, celui qui est décédé en laissant sa veuve bien démunie, et avec laquelle je fais les plus belles sorties gastronomiques au restaurant Kenny à Rawdon, sur une base hebdomadaire. Tous mes lecteurs savent que nos sorties gastronomiques sont suivies de courses alimentaires que nous faisons au IGA. C’était spécial cette semaine parce que tantine faisait ses courses en fonction de la venue ce week-end d’un couple d’amis. Elle a donc acheté plus qu’à l’ordinaire, guidée en cela par moi qui lui proposais ceci et cela. À chaque ceci et cela, tantine me demandait pourquoi est-ce que je les lui proposais, parce que d’habitude je ne lui propose rien, et je lui répondais que c’était pour ses invités.
Il était question d’invités, dans mon rêve de la nuit dernière, dont je me rappelle vaguement. Je devais héberger des gens, un couple, et je me rendais compte qu’il allait nous manquer une chambre. J’en parlais à Denauzier, mais Denauzier dans mon rêve était Jacques-Yvan. Par une entourloupette que je m’explique mal, Jacques-Yvan et moi décidions d’un commun accord qu’il me suffisait d’acheter une nouvelle propriété pour héberger les amis. Je trouvais l’idée quand même bonne et, aussitôt dit aussitôt fait, je me retrouvais miraculeusement propriétaire d’une nouvelle maison à Montréal. Une fois la transaction signée, cependant, je me demandais avec un certain effroi où est-ce que j’allais passer la nuit, comme si ma récente acquisition faisait en sorte que je n’avais plus d’endroit où vivre.
– Je pourrais demander à Jacques-Yvan de me vendre un étage de son duplex !, m’exclamais-je comme si j’énonçais l’idée du siècle.
Sur ces mots, je me rendais frapper à sa porte pour lui faire part de mon idée géniale, mais plutôt que d’esquisser un sourire, sa bouche esquissait une moue presque de dédain.
– Où vais-je dormir, alors ?, me demandais-je en quittant sa galerie et me dirigeant vers le trottoir.
– Chez moi !, me répondait une voix, une voix à laquelle ne correspondait aucun corps physique. Une voix comme une hallucination sonore, si on peut dire ça comme ça.
– Qui peut bien me proposer un hébergement pour la nuit ?, me demandais-je. S’agit-il d’un hébergement en ville ou à la campagne ?, me disais-je aussi, espérant qu’il s’agissait d’un hébergement pas trop loin parce que je n’avais pas envie de conduire ma voiture.
Je nommais dans ma tête toutes les personnes que je connaissais et je n’arrivais pas à en trouver une qui aurait pu m’héberger –ou m’offrir de m’héberger.
– Bof !, finissais-je par me répondre. Je suis comme la cigale, pas prévoyante pour une cenne, pas prudente, pas réfléchie. Je n’ai qu’à assumer, sans me flageller.
J’essayais alors de marcher en direction de la rue commerçante comme si j’assumais mes imprévoyances, mais cela me demandait tout mon p’tit change. Je revenais sans cesse au fait que je ne savais pas où passer la nuit et que la noirceur commençait justement à envelopper la ville.
– Je pourrais me hisser sur la plus haute branche d’un arbre, me disais-je en atteignant la rue commerçante qui était bordée de beaux grands érables. Je bénéficierais de la lumière des lampadaires –parce que j’ai peur du noir– et d’une bonne branche confortable pour roupiller.
– Et ta sœur ?!, entendais-je à nouveau dans ma tête, dans le sens de la locution chère aux Français quand quelque chose les irrite, et dans le sens véritable de ma sœur car son visage, rajeuni de trente ans et peut-être un peu bouffi, se manifestait à mon esprit.
– C’est trop compliqué ces transactions, ces maisons, ces sœurs. Je monte me coucher, me disais-je alors, déterminée à ne pas me laisser déstabiliser, et cherchant la meilleure manière de m’agripper au tronc de l’érable que j’avais choisi.

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Jour 687

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Photo provenant du site web de Paris Match, le 26 janvier 2018.

La France rend hommage à ses morts par l’intermédiaire des pages couvertures de mes Paris Match. Je ne sais pas si ce sera comme ça pendant toute l’année 2018, mais les dernières semaines ont été riches en adieux : Jean d’Ormesson, Johnny Hallyday, France Gall et Paul Bocuse. Deux pianistes également sont décédées en janvier qui enseignaient au Conservatoire de Québec. Je me souviens de l’une d’elles, dont la récompense pour avoir accompagné un soliste en concours de fin d’année devant un jury constitué de grosses pointures était de fumer une cigarette en compagnie du soliste, elle qui ne fumait pas dans son quotidien.
En prime, mais non en primeur, j’apprends à l’instant de la bouche de mon mari que Jacques Languirand est lui aussi décédé, à l’âge de 86 ans, c’est plus jeune que mon papa qui en a 87.
Je ne sais pas pourquoi, quand je pense à Jean d’Ormesson, c’est Louis de Funès qui se manifeste visuellement à mon esprit. Peut-être, vite fait, les visages des deux hommes se ressemblent-ils. Si j’essaie de chasser Louis de Funès pour me rapprocher mentalement de l’auteur Jean d’Ormesson –que je pense n’avoir jamais lu–, et par un phénomène fort étrange, c’est Madeleine Chapsal qui vient s’installer dans ma pensée. Jean, pétillant, et Madeleine, souffrante à certains égards, sont très différents. J’ai lu d’elle Douleur d’août qui raconte il me semble une rupture amoureuse. Je m’intéressais à cette auteure, à l’époque où j’ai lu ce roman, parce que le personnage principal de ce récit écrit au je avait entrepris une psychanalyse et que j’étais en train d’en vivre une moi-même.
De Johnny Hallyday je n’ai rien à écrire, je ne connais pas son parcours, les seuls textes que j’ai lus à son sujet sont ceux du Paris Match lui rendant hommage à la suite de son décès.
De France Gall je peux écrire ceux-ci : je me rappelle l’avoir vue danser et chanter Ella Elle l’a à une émission de variété télévisée. J’étais dans le salon, chez ma vieille amie d’Enghien-les-Bains –maintenant décédée–, qui allait et venait pour nous préparer à manger, c’était le soir. Je m’en voulais de ne pas l’aider, mais j’avais l’impression que ça lui rendait service de ne pas m’avoir dans les jambes entre sa cuisine et la salle à manger, alors je faisais comme si l’émission m’intéressait.
De Paul Bocuse je peux écrire ceci : un collègue de l’université, très alcoolique, s’était longtemps intéressé à la cuisine de Paul Bocuse. Il avait chez lui un livre très épais de ce grand chef, de format semblable à l’encyclopédie de notre Jehane Benoît. Il m’avait invitée à souper chez lui, un soir que nous nous étions croisés par hasard, dans son quartier. Nous avions mangé une poitrine de poulet désossée, sans peau, un peu trop grillée, accompagnée de rien, toute nue dans l’assiette. J’en aurais mangé deux alors qu’il avait à peine touché à la sienne.
Jacques Languirand. J’ai lu sa biographie écrite par Aline Apostolska, Le cinquième chemin, pendant que papa était à l’hôpital et que nous le veillions, pensant qu’il était mourant. Le livre appartient à mon beau-frère. C’était à l’été 2015, il faisait extrêmement chaud dans la chambre. De son séjour à l’hôpital, papa était revenu avec quinze livres en moins, qu’il avait rapidement retrouvées grâce à une grande quantité de chocolats Russell Stover.

 

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Jour 688

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Pavés d’omble chevalier sur couscous à la crème, pastilles à la courge et pastilles au basilic.

Ça fait deux fois que ça nous arrive. Deux fois que nous nous donnons rendez-vous à la Maison du spaghetti, mon amie et moi, pour découvrir que le restaurant n’est pas ouvert.
La maison du spaghetti était notre deuxième choix, dans la mesure où le premier choix, L’âtre, était fermé pour cause de pluie abondante en plein hiver.
– On pourrait aller au Cambodiana, ce n’est pas très loin d’ici ?, a suggéré mon amie au volant de son véhicule qui bloquait la circulation parce qu’arrêté en pleine rue devant le restaurant, or il y avait une voiture derrière qui attendait qu’on décide quelque chose.
– Je n’aime pas cet endroit, me suis-je dit intérieurement sans rien prononcer extérieurement, de telle sorte que mon amie ne pouvait pas savoir si on y allait ou pas.
– On devrait aller voir au centre-ville, ai-je fini par répondre, il doit bien y avoir un endroit pour nous accueillir quelque part ?
Aller au centre-ville, ça veut dire aller voir ce qui se passe sur le boulevard Manseau, sur une portion très courte de deux pâtés de maisons.
Nous nous sommes retrouvées au restaurant gastronomique Bercail pour y passer une soirée exquise. Nous avons commencé par nous demander, depuis le trottoir, si l’endroit était ouvert, nous avons marché dans l’allée qui y mène, nous avons atteint la galerie, avons poussé la porte, sommes entrées en nous exclamant que c’était ouvert.
Nous étions très peu nombreux ce mardi soir dans ce très grand espace.
– Il faut être courageux pour tenter de faire vivre un endroit pareil de nos jours, tu ne penses pas ?, ai-je demandé à mon amie. Ça doit coûter une fortune rien que pour le chauffage.
La même chose ce midi, avec tantine, dans un endroit fort plus modeste, le Kenny à Rawdon.
– Regarde comme c’est grand !, s’exclame tantine à chaque fois. Il y a trois salles !
Nous allons régulièrement à cet endroit, le plus souvent vide ou presque. Je paie l’essence et j’offre mes services de chauffeure pour nous y rendre, tantine paie le repas, et une fois le ventre plein, nous allons faire l’épicerie, à l’autre extrémité de la rue Queen.
– Je me demande comment les propriétaires se débrouillent pour faire vivre un endroit pareil, ai-je encore une fois exprimé.
Comme ma vie sociale est très active ces derniers temps, j’ai aussi eu l’occasion de rencontrer trois autres amies avant l’amie d’hier, à trois endroits différents.
La première amie c’était à Blainville, chez elle, dans sa cuisine. Nous avons mangé une salade composée et j’ai comblé le creux restant dans mon estomac par deux tranches de pain aux bananes suivies de deux biscuits aux pépites de chocolat, tranches et biscuits constituant il va de soi des entorses à mon mode de vie cétogène. Mais ils avaient été cuisinés maison par mon amie et je n’ai pas pu résister.
La deuxième amie c’était à Montréal, au lendemain de la tempête qui a rendu difficile notre parcours rue Sherbrooke jusqu’au café Starbucks de l’Avenue du Parc. Je n’y ai rien mangé, seulement bu un café moka nappé de crème fouettée. C’est dans ce café que les gens ne parlent pas parce qu’ils étudient devant leur ordinateur, des écouteurs dans les oreilles. Le café cela dit était plein.
Le troisième endroit, c’était à la Brûlerie du Roy, avec la troisième amie. Nous y avons mangé, elle du pain doré et moi une omelette, et bu toutes les deux du café. Il y avait beaucoup de clients au rez-de-chaussée, un peu moins à l’étage où nous étions.
Ma vie sociale m’amènera demain soir au CHSLD où je ne mangerai pas –mais normalement papa, lui, devrait avoir envie de manger– et où il y a beaucoup de clients.

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Jour 689

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Vieux garçons ou Oeillets d’Inde

Dans mon rêve de l’avant-dernière nuit, les Vieux garçons de leur nom vulgaire, qui sont des Œillets d’Inde de leur nom commun, étaient bien plus jaunes que ceux ci-contre. Je me suis amusée à chercher la signification du jaune dans l’univers onirique.
Le site Doctissimo l’associe à l’affirmation de soi face à un groupe et aussi la capacité à changer les règles et à vivre sa vie dans le partage et le bonheur. Je disposais d’une grande aisance dans l’affirmation de moi-même parce qu’il y avait des œillets d’Inde en masse entourant la maison de Jacques-Yvan. Je peux avancer aussi que j’ai une certaine aisance à changer les règles puisque j’ai tout quitté de ma vie à Montréal pour venir m’installer ici en campagne avec mon mari. Mais il me vient un doute : n’était-ce pas Jacques-Yvan qui était doté de cette capacité à s’affirmer puisque c’est sa maison qui était ainsi entourée de jaune ? Moi, je ne faisais que passer, et m’arrêter pour observer…
Chez Freud, le jaune est associé à l’urine, à la vessie, à la notion de rétention ou de relâchement de cet organe. Donc à la capacité –ou à la non capacité– de s’abandonner, de se laisser aller. Encore ici, je me laissais aller en masse, d’abord parce que je ne pédalais pas, puisque l’allée descendante sur laquelle je roulais en bicyclette me faisait avancer à bonne vitesse sans aucun effort.
Chez Jung, mon psychanalyste préféré, le jaune est associé au soleil, figure forte et positive, encore ici représentative de l’affirmation de Soi. Par un lien que je ne comprends pas tellement, et pour bien le comprendre il faudrait que je consulte des sources plus détaillées, le jaune devient chez Jung la figure du Père qui guide la voie de l’individu. Fidèle à mon naturel pragmatique, je ne me sentais pas tant guidée par un créateur universel que par le défilement de l’étroite allée bétonnée que je me contentais d’emprunter sans me poser de question…
De façon générale, sur le plan ésotérique, le jaune peut être négatif ou positif. Négatif, il représente le mensonge. Positif, il représente l’équilibre, le bonheur. Ici, je peux faire un lien entre Jacques-Yvan et l’interprétation négative. Pendant les quinze années que j’ai vécues avec lui, je l’ai perçu comme un être intègre, je dirais même comme un être incapable de mentir. Or, dans les dernières circonstances qui nous ont liés, avant que de nous séparer définitivement, j’ai découvert avec consternation qu’il avait menti.
Selon Georges Romey, que je ne connais pas, qui est psychothérapeute et l’inventeur de la méthode du rêve éveillé libre –et qui est encore plus vieux que papa puisque né en 1929–, le jaune, et inversement ici à Jung, fait appel à la Mère dans la perspective d' »une réparation de la frustration de l’amour maternel ». Ça, la réparation du manque d’amour maternel, je crois sincèrement que je m’en suis remise. Je pourrais peut-être même dire que je m’en suis remise en masse, à tel point que je suis presque sidérée quand je croise des gens de mon âge dont je découvre qu’ils n’ont pas résolu leurs problèmes d’amour mal vécu, d’amour souffrant et insuffisant envers leurs parents.
Maintenant, le mauve, le lilas ?

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Jour 690

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Je roulais sur un espace bétonné en plein comme celui ci-dessus, qui longe la surface couverte d’herbe, dans la partie inférieure de la photo.

Dans mon rêve, je roulais à bicyclette, à la noirceur, de manière tellement fluide, sans être ralentie par le vent, que je commençais à craindre d’aller trop vite. À craindre juste un peu sans qu’il s’agisse d’avoir peur. C’était le soir, et non la nuit, comme en témoignait une légère animation autour de moi. Des gens ici et là étaient dehors autour de leur maison et profitaient de la douceur du temps, par une belle soirée d’été. Il y avait beaucoup de lumières à l’horizon, les lumières d’une ville, mais je me situais à la campagne. Je savourais les deux formes de beauté, celle de la campagne qui m’enveloppait, et celle de la ville qui scintillait au loin. Je roulais sur un espace bétonné d’à peu près trois pieds de large, un espace tel un ruban qui se déroulait, se dissimulait et réapparaissait en fonction des courbes qui se présentaient par endroits. Il ne s’agissait ni d’une route, trop large, ni d’un sentier, inégal, mais d’une surface de ciment comme on en voit partout en ville qui sépare le trottoir de la maison. D’une surface très longue sur laquelle j’aurais pu rouler longtemps. À ma gauche, nul développement, que la nature. À ma droite, des maisons qui ceinturaient un lac. En prêtant attention à l’environnement, je constatais que je me situais à la Pointe-aux-Anglais, à proximité de la résidence secondaire de Jacques-Yvan, où j’ai passé mes week-ends et mes vacances d’été pendant quand même une dizaine d’années. Jacques-Yvan, justement, était à l’extérieur, seul, il transportait un seau d’une main, comme s’il revenait d’avoir fait une réparation de quelque chose autour de la propriété. Mon allure trop rapide sur ma bicyclette ne me permettait pas d’observer l’endroit comme je l’aurais voulu, alors je m’arrêtais non loin pour mettre pied à terre et découvrir à quoi ressemblait maintenant la propriété.
Ici, je m’interromps pour faire référence à un autre rêve que j’ai fait il y a des années, dans lequel j’étais aussi à bicyclette, une bicyclette rose de fillette. Après avoir roulé à peine quelques mètres je devais m’arrêter, bloquée je pense par un arbre qui se dressait devant moi. Une jeune fille en uniforme scolaire arrivait alors à ma hauteur… Je ne me rappelle plus du reste, mais la différence me semble frappante entre la circulation fluide, confortable et à bonne vitesse que j’avais sur ma bicyclette dans le rêve de la nuit dernière, par rapport à la presque impossibilité d’avancer de mon rêve ancien.
Ayant mis pied à terre, je me rendais compte que la propriété de Jacques-Yvan était belle, bien entretenue, entourée d’une grande quantité de fleurs jaunes de type Vieux garçons. L’aménagement autour de la maison était le résultat d’un travail d’entretien soutenu (assez contraire au tempérament de Jacques-Yvan, le travail d’entretien soutenu). Me rappelant que j’avais planté un arbre très près du vieux garage construit à côté de la maison, je dirigeais mon regard vers l’emplacement de cet arbre pour me rendre compte, bien entendu puisque nous sommes maintenant séparés, qu’il avait été scié. Dans la pénombre et au travers les touches jaunes des fleurs nombreuses qui s’étalaient autour de la maison sur les différents niveaux d’une terrasse qui n’existait pas dans mon temps et ni d’ailleurs maintenant, se détachaient de beaux lilas mauve pâle, un peu maigrichons, qui avaient la particularité d’être fleuris depuis le bas du tronc jusqu’en haut. Ces masses de couleur lilas dans une pénombre parsemée de jaune, un jaune un peu ocre non agressant mais apaisant, m’incitaient à penser que Jacques-Yvan s’en sortait bien de sa vie sans moi et qu’il ne me restait –sans flagellation aucune– qu’à apprécier l’harmonie des coloris de cet endroit.

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Jour 691

Je suis revenue très tard de notre soirée, d’autant que nous avons joué un petit peu au Chromino après le repas. C’était l’fun, en ce sens, que Bibi soit malade, cela dit de manière très égoïste, car elle était moins à son affaire et j’ai pu gagner deux parties. Cela n’arrive jamais en temps normal, elle gagne tout le temps. Je suis donc revenue très tard, vers une heure et demie du matin, tendue d’avoir roulé sur les routes étroites, glissantes et tortueuses, à la noirceur. Je me suis rendu compte que ça paraît quand mon mari n’y est pas. Avoir été là, il m’aurait recommandé de nettoyer les phares de ma voiture avant de faire la route, je me serais donné la peine de les nettoyer, et ainsi j’aurais mieux vu car honnêtement, soit affaire d’âge soit affaire de phares, mais probablement les deux, j’ai eu l’impression de m’arracher les yeux, même si je portais mes nouvelles lunettes. De la sorte, j’avais un peu mal à la tête une fois rentrée à la maison.
J’avais aussi un goût de café tellement fort dans la bouche que ça me piquait la langue. Il va falloir que je demande à mon frère qu’est-ce qu’il avait mis dedans. Je ne voulais pas trop boire car j’allais me lever pendant la nuit, mais je voulais quand même boire, et il ne me restait en outre que peu de nuit car je devais me lever tôt pour rencontrer une amie.
– Je pourrais lire un peu pour me détendre, me suis-je dit, mais quand j’ai mal à la tête je n’ai pas envie de lire.
Pour en finir de tous ces détails, je me suis couchée et j’ai très mal et très peu dormi.
Le lendemain j’ai rencontré mon amie et c’est cette rencontre qui est à l’origine, dans le texte du Jour 693, de ma réflexion philosophique sur le thème de la conversation, un art qui se construit à deux à partir de rien. Lorsque le violoniste –encore lui !– converse avec son violon, il s’appuie sur une partition, sur un thème écrit, il interprète une création existante. Quand deux personnes se rencontrent, elles conversent sans s’appuyer sur rien de concret au départ, elles entrecroisent leurs pensées et leur sensibilité et il en émane un résultat toujours différent. C’est d’une grande richesse et comme je l’ai écrit il y a de cela moins d’une heure ou deux, on dirait que c’est la première fois de ma vie que je m’en rends compte.
Pour mon souper chez les Pattes, j’avais pris le temps de me friser les cheveux. Plus précisément, les Pattes m’ayant demandé d’arriver plus tôt pour le plaisir de passer une partie de l’après-midi ensemble lui et moi, et n’ayant eu le temps que d’écrire mon blogue avant d’aller chez lui, j’avais apporté mon fer à friser dans mes affaires ainsi qu’un miroir de table, et rendue chez lui je me suis frisée.
– J’ai apporté mon fer à friser, ai-je annoncé aux Pattes. Je pourrais commencer par ça avant de nous lancer dans la préparation de la nourriture ?
– Tu veux t’arranger le siau, a été la réponse –délicieuse– de mon frère.
L’arrangeage du siau m’aura permis d’avoir l’air moins moche devant mon amie après mes deux heures de mauvais sommeil. Mais peut-être que l’effet de l’arrangeage était strictement psychologique, car lorsque j’ai demandé à ma sœur si ça paraissait que je m’étais fait une mise en beauté avec le fer à friser pour honorer notre soirée, elle m’a répondu que ça ne paraissait pas tellement. Ça devait donc paraître encore moins rendu le lendemain.
En peu de mots : je n’ai rien lu de mes quatre livres, j’ai détricoté mon projet de foulard, et pour me reprendre de ma mauvaise nuit, j’en ai dormi une suivante de quinze heures. C’est idéal pour le régime cétogène selon lequel les longues périodes sans manger sont recommandées. Nulle vache en devenir. Mais quand même, à travers tout ça, j’aurai écrit sept textes.

 

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Jour 692

Je suis plus à l’aise et plus facile à suivre quand je m’exprime de manière non philosophique en détaillant les petits événements de ma vie. Alors, allons-y gaiement.
Vendredi soir, je me suis rendue chez les Pattes pour un souper qui en était à sa deuxième édition. Les Pattes a eu l’idée de nous réunir l’an dernier, les quatre frères et sœurs autour d’un repas, car ça n’arrive jamais que nous ne soyons que nous quatre. Je trouve l’idée géniale. La deuxième édition avait lieu vendredi dernier. Pour respecter un tant soit peu mon mode de vie cétogène, je suis arrivée chez frérot avec une casserole de soupe au céleri-rave fait avec du bouillon d’os, avec de la roquette (ça, c’est pour l’aspect vitamine K et non cétogène), de la vinaigrette au tahini pour accompagner la roquette, et avec un pouding au chocolat –dont l’aspect gélatineux est obtenu avec des graines de chia. À la place du chocolat, et cela n’a rien à voir avec l’approche cétogène, c’est une fantaisie de ma part, j’ai remplacé la poudre de cacao de la recette par de la poudre de caroube.
– Je ne sais pas si c’est parce que je suis malade, a dit Bibi à la première cuillerée de mon pouding, mais je ne suis pas capable de me mettre ça dans la bouche.
Elle a même exprimé une petite moue de dégoût. C’est vrai qu’elle traîne une grippe.
– Moi non plus !, s’est empressé d’ajouter Swiff qui était soulagé de ne pas être le seul à ne pas aimer ça.
– Je n’y goûterai pas, a alors décidé les Pattes.
Au final, et en me régalant, j’ai mangé les trois parts des trois bols !
Des tartelettes achetées au IGA complétaient la partie dessert, alors ce n’était pas catastrophique que le pouding ne plaise pas.
Pour la soupe au céleri-rave, on a dit que c’était bon mais le potage aux poireaux a été davantage apprécié. Nous avions en effet deux potages différents à savourer, le mien et celui des Pattes (acheté chez un traiteur). Deux sortes de salade aussi, la mienne et celle, César, des Pattes. De la lasagne délicieuse en plat principal (encore traiteur). Les pâtes sont à proscrire chez les cétogènes, mais j’en ai pris quand même un peu, de toute façon je n’ai pas à être cétogène à 100% en tout temps, ma vie n’en dépend pas. J’essaie de l’être le plus souvent possible, pour le plaisir et pour ma santé. Avec Denauzier, je le suis de surcroît pour l’aider à contrôler son poids.

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