Jour 679

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Modèle 2018 de la Sonic, étrangement semblable au mien –2012.

J’ai demandé à tantine si elle allait se rappeler que j’avais été si bonne. En fait, je me suis trouvée tellement bonne que j’ai poussé un cri dans l’auto, un cri de félicitations à mon égard, ponctué de plusieurs interjections.
– Je ne vois pas pourquoi je ne m’en rappellerais pas, a-t-elle répondu.
– Bien, parce que de tout temps, les histoires de véhicule ne te passionnent pas.
– Non, non, je vais m’en rappeler, m’a-t-elle assurée.
Voici ce qui s’est passé.
Nous sommes allées à Chertsey par les petites routes et par cette neige fine et glissante d’aujourd’hui, tantine et moi.
– Beau temps mauvais temps on va y aller, lui avais-je dit dans les jours précédents.
Je ne pensais pas si bien dire. Nous allions rendre visite à son fils et il aurait été catastrophique qu’on ne puisse y aller.
L’aller s’est bien déroulé. Prudente, je roulais lentement. J’allais encore plus lentement aux intersections parce que je devais surveiller le nom des chemins et m’assurer de prendre le bon. Je lisais aussi par moments les étapes de l’itinéraire que me transmettait Google Maps sur mon téléphone. La prochaine fois, je vais essayer de trouver comment faire pour que les étapes me soient transmises par une voix, de type : « Dans cinq cents mètres, tourner à gauche, puis, tourner à droite ». Ce sera plus pratique.
– Roule donc un peu !, s’impatientait tantine. Non seulement tu ralentis aux intersections, mais tu ralentis aussi quand on croise une voiture. On n’arrivera jamais !
– Heureusement, on ne croise pas beaucoup de voitures !, fut ma réponse à cette remarque qui est revenue quelques fois en cours de trajet.
Nous sommes finalement arrivées à notre destination sans ennui, avons profité de la compagnie du fils, pour le plus grand bonheur de sa mère, et nous sommes revenues.
– Maintenant, si tu te perds, ça ne me dérange pas, m’a dit tantine. On arrivera à l’heure qu’on arrivera.
– Il ne faudrait pas trop se perdre cependant, ai-je noté, parce qu’il ne me reste pas trop d’essence…
J’ai le don d’installer l’inquiétude dans l’esprit de ma tante.
Nous sommes revenues au terme d’une toute petite demi-heure, alors que l’aller nous avait pris un bon quarante minutes.
– Il ne nous reste qu’à rouler sur la rue des Monts, tantine. Regarde, nous sommes presque arrivées.
– C’est déjà la rue des Monts ?
– Oui, mais il faut le savoir parce que dans cette neige on ne voit pas grand-chose.
Je savais qu’une côte pas mal à pic nous attendait plus loin. Je la craignais parce que du temps de ma vie avec François, nous avions été bloqués dans cette côte, par un temps semblable.
– Il y a une charrue derrière moi, c’est bien, ai-je remarqué.
– Pourquoi ?
– Parce que si on reste pris dans la côte qui s’en vient, le conducteur va peut-être s’arrêter et nous aider. Pour nous donner une chance, je vais prendre un élan. Tu vas être contente, toi qui n’as pas arrêté de dire que j’allais trop lentement !
– N’accélère pas trop, par exemple, m’a-t-elle répondu.
J’ai accéléré dans les limites du raisonnable, et commencé à monter la grosse côte.

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Jour 680

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Stores dans un environnement moderne, propre et éclairé, tout le contraire du climat vétuste, sombre et négligé qui régnait dans mon rêve.

J’ai fait un rêve construit sur le modèle d’un scénario de film, en ce sens qu’il commençait par le dénouement, et venait ensuite l’histoire depuis le début nous permettant de comprendre ce dénouement. Un jeune homme marchait qu’on ne voyait que de dos, et une personne était à ses côtés mais on ne la voyait pas. Parce que ce jeune homme s’orientait vers la gauche, dans une sorte de halo de lumière bleue vaporeuse, il fallait comprendre qu’il était exclu de l’école ou quelque chose du genre, il venait de recevoir le verdict d’une mauvaise action qu’il n’avait pas commise.
– C’est injuste ! Voyons donc, c’est un bon, il n’est pas méchant !, étions-nous quelques-uns à nous insurger.
Nous entrions alors dans un appartement très vieux, laissé à l’abandon, sombre parce que nous étions la nuit, mais aussi parce que deux toiles recouvraient les grandes fenêtres, une toile opaque blanche comme on voyait autrefois partout, d’un blanc devenu jaune tirant même sur le brunâtre, et par-dessus la toile il y avait aussi des stores vénitiens en imitation de bois, dont les lamelles avaient mangé de la misère. Dans cette maison sombre et désordonnée, je devais dormir sous l’évier de la salle de bain, dans la petite vanité. Cela ne me dérangeait pas tellement puisque je me savais être dans une maison hors norme. J’étais séduite, d’ailleurs, par ce climat unique et mystérieux. Au bout d’un moment, lassée, quand même, d’être si mal placée sous l’évier et de manquer d’espace, je demandais à un jeune homme évanescent, existant à peine, aussi vaporeux que le halo lumineux du début, si je pouvais circuler dans la maison. Il m’en donnait l’autorisation d’une voix très douce. Je découvrais alors que les chambres étaient jonchées de matelas directement déposés sur le sol, sans literie les recouvrant, mais des individus étaient couchés dessus, dont une femme couverte des orteils aux oreilles par des couvertures de laine rouge. Le jeune homme à peine existant m’ayant informée que je pénétrais dans la chambre de la mère, j’en déduisais que sous les couvertures rouges se trouvait le corps –longiligne– d’une femme à la chevelure brune. Je me faisais d’elle l’idée d’une personne bohème et instable psychologiquement. L’instabilité, ici, allait de pair avec la vie de bohème, comme si c’était un mal nécessaire, qui allait de soi, alors je ne m’en formalisais pas. C’était le prix à payer, l’instabilité, pour évoluer dans ce climat unique qui m’attirait comme un aimant.
Puis, de vaporeux et cachés par des couvertures, les personnages de mon film prenaient forme humaine de chair et d’os. Deux hommes, très beaux, étaient assis sur un banc, peut-être dans un parc, et auprès d’eux une belle femme blonde aux longs cheveux ondulés, bohème aussi, fumait une cigarette. Tous les trois attendaient de se trouver un emploi, mais disons que la jeune femme attendait plutôt que les deux hommes aient trouvé un emploi, autrement dit son rôle était limité à l’attente nonchalante, décontractée, dans une douce mélancolie. Elle y avait chez elle un restant de mode hippie des années soixante. J’enviais cette femme, j’aurais voulu être à sa place et tenir compagnie aux deux hommes. L’un d’eux ensuite se trouvait en face de moi pour me dire que ce n’était pas parce qu’il était sans emploi qu’il méritait moins que les autres individus sur la planète.
– Si vous en avez l’occasion, ajoutait-il après m’avoir adressé quelques mots, essayez de faire passer le message que j’aimerais bien être professeur.
– De quelle matière ?, lui demandais-je.
– De physique, répondait-il en se bombant subtilement le torse.
À l’évocation de cette seule matière d’enseignement, je réalisais que j’avais devant moi–mais je n’en avais pas douté– un homme sérieux et intelligent qui voulait se construire une vie.
Je quittais ces personnages dont je me disais qu’il émanait d’eux le charme de leur culture européenne, pour entrer dans une pièce et me trouver assise à une table avec une dame âgée, aux cheveux gris coiffés en chignon bien lisse, ne portant aucun maquillage. Elle connaissait la musique du groupe Deep Forest et entreprenait d’ailleurs de chanter les paroles d’une de leur chanson, bien que dans la musique de Deep Forest, du moins celle que je connais, il n’y ait que des imitations de sons humains et pas de mots en tant que tels. J’étais ébahie qu’une dame de cet âge connaisse ce groupe au point d’en chanter les paroles. Une fois de plus, j’avais l’impression d’être en présence d’une femme hors de l’ordinaire.
Et je ne me rappelle plus, malheureusement, des circonstances qui nous auraient menés, ne pas les avoir oubliés, au dénouement présenté en début de ce récit !

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Jour 681

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Empanadas. Les nôtres étaient au porc.

Que de petites choses ce soir parce que, justement, nous sommes déjà le soir. Je n’ai pas eu le temps d’écrire avant maintenant. Il faut dire que je me réveille tard, vers 8h30. Et que je suis moins disciplinée, au garde à vous, au pas militaire, depuis que je chemine dans cette vie tranquille de retraitée qui est la mienne à la campagne. Ce matin, au lieu d’écrire, j’ai paressé avec mon mari jusqu’à 10h30. Nous nous assoyons sur le fauteuil une place qui est grand pour une personne, mais petit pour deux. Je finis par me retrouver plus ou moins bien installée, mon poids majoritairement appuyé sur l’os de la hanche. Une recette de beignets empanadas a attiré notre attention à la télévision.
– As-tu remarqué s’il faut ajouter du liquide, un bouillon ?, ai-je demandé à Denauzier. Il me semble que sans liquide c’est un peu sec ?
– On peut faire marche arrière, a répondu mon mari.
Il suffit d’appuyer sur la flèche de marche arrière de la télécommande, c’est ultra pratique. Quand on écoute un film en plusieurs fois une demi-heure, une demi-heure par soir, pendant quatre soirs pour un film de deux heures, comme ça nous arrive souvent, je demande à mon mari de nous ménager une petite marche arrière de quelques minutes pour nous replonger dans l’histoire.
– Ah ! Ma femme !, répond mon mari à tous les coups, en appuyant cependant sur la flèche de marche arrière pour me faire plaisir.
Donc nous avons regardé à nouveau le déroulement de la recette et constaté que le seul liquide de la recette est du jus de lime dans une quantité je dirais d’un quart de tasse.
– Il y a déjà des tomates, a dit mon mari, ce n’est pas nécessaire d’ajouter un autre liquide.
– Bien non, il n’y a pas de tomates !?, me suis-je étonnée.
– Bien oui, c’est tout rouge, le mélange, une fois la viande prête à être déposée sur la pâte philo.
– Le rouge provient du paprika et du chili, je pense, je n’ai pas vu passer de tomates…
Marche arrière à nouveau. Pas de tomates.
– On pourrait essayer la recette ce soir, ai-je suggéré. Je fais justement les courses avec tantine cet après-midi. Il suffirait que j’écrive les ingrédients qui manquent.
Encore marche arrière pour noter les ingrédients.
Je suis revenue à 18 heures de mon après-midi passé avec tantine. Le temps de ranger les provisions, et de sélectionner les ingrédients nécessaires pour la recette, et de faire la recette et de laisser cuire le tout, nous avons mangé les empanadas –un peu secs et pas assez relevés à notre goût– autour de 20:30 heures.
Hier, j’étais avec papa. À chaque fois que j’arrive au CHSLD, pratiquement en courant tellement je cours après le temps –même si j’affirme vivre selon le rythme tranquille de la campagne à la retraite–, je pénètre dans un autre espace temps. Je monte les cinq étages à pieds. Pendant que je monte, je me fais la remarque que je m’en viens passer deux heures avec papa, à petite vitesse. Après le repas –hier il a tout mangé–, je le promène un peu dans le corridor, puis nous revenons dans sa chambre et je lui mets de la crème sur les mains, et aux autres endroits où il dit avoir mal. Hier, pendant que je massais ses mains, il m’a dit ceci :
– Ce serait bien que tu appliques de la crème sur mes coudes.
– As-tu des douleurs aux coudes ?
– Non, mais c’est un endroit, les coudes, qu’on oublie trop souvent, a-t-il doctement répondu.

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Jour 682

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Un peu de crème à l’érable, en remplacement du lait.

Le gruau, cela dit, contient beaucoup de glucides ! Nous en mangeons quand même à l’occasion, surtout au chalet, sans lait, qui contient aussi des glucides. Nous le cuisons à l’eau. Mais ce dernier week-end, justement, mon mari avait envie de faire un petit spécial, alors nous avons cuit le gruau à l’eau, mais nous l’avons nappé de Coureur des bois, la boisson alcoolisée. Ça entame bien la journée. Bien entendu, il n’y a pas du tout de glucides dans les boissons crémeuses alcoolisées ! Avoir mangé le gruau à la manière cétogène, nous l’aurions cuit à l’eau et ajouté un peu de beurre et de sel, pour donner du goût et une texture crémeuse. Mais j’avais oublié d’apporter le beurre. Je ne maîtrise pas encore parfaitement l’art du remplissage d’une glacière !
Je reviens à la pharmacienne qui me conseille de consulter une nutritionniste. L’idée me transporte dans le passé, à l’université, et je ne peux pas dire que cela m’inspire confiance. À l’époque que j’y travaillais, une semaine de l’année était consacrée à la nutrition. On pouvait, pour peu de frais, aller déguster le midi les plats des étudiantes –parce qu’il y a peu d’hommes dans ce domaine. On se rendait pour ce faire, quelques collègues, au pavillon Marguerite-d’Youville. Je travaillais alors au service de l’informatique et j’étais pas mal toute seule dans mon coin, à l’année. Alors ça m’avait fait vraiment plaisir que quelques femmes viennent me sortir de ma tanière pour me proposer de me joindre à elles. Nous étions donc allées quelques femmes manger les plats des étudiantes. Je pense y être allée trois ou quatre fois par la suite. Je ne me rappelle que du menu de la première fois, tellement il était contraire à mes manières : de la lasagne, accompagnée de riz blanc et de macédoine. J’avais été la seule à trouver étrange qu’on nous serve autant d’hydrates de carbone.
Je ne me rappelle pas du menu des autres fois, mais je me rappelle d’une fois que nous y étions allés à quatre, trois hommes et moi, seule femme. Je ne travaillais plus en informatique mais au registrariat. Nous avions parlé d’un film. Je demandais aux amis, à l’un d’eux en particulier, s’ils se rappelaient de tel passage du film. Ils me répondaient qu’ils s’en rappelaient, vaguement. Ils me demandaient si je me rappelais pour ma part de tel autre passage du film, et je répondais, tout aussi vaguement, que je m’en rappelais un peu. La conversation avait duré un bon moment, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’on ne parlait pas du même film. On parlait du même réalisateur, par exemple, Pedro Almodovar. Eux venaient de voir Volver, que je confondais avec Parle avec elle.

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Jour 683

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Rien n’est simple mais au moins j’aime le gruau !

Ça se complique en titi. L’alimentation cétogène encourage la consommation du gras et la non consommation des sucres. Jusque-là tout va bien. Mon mari trouve ça plus difficile que moi, la non consommation des sucres, mais il me dit en même temps qu’il commence à s’habituer. Ça fait plus de quatre mois maintenant que nous mangeons de cette façon. Je ne sais pas pourquoi, j’ai hâte de pouvoir dire, ou simplement penser, que ça fait un an. Une chose est sûre, c’est très efficace pour la perte de poids.
Mes dernières prises de sang, cependant, révèlent un haut taux de mauvais cholestérol. Ici, je sais au moins une chose : il y a un an, mon taux de mauvais cholestérol était déjà haut. Il serait donc souhaitable que je ne mange ni glucides, pour profiter des bienfaits cétogènes, ni gras, pour tenir compte des récents résultats des prises de sang. Mais cela pourrait vouloir dire aussi qu’il faudrait que je ne mange que de manière strictement cétogène, afin que mon corps dépense tout le gras que j’ingère. Cela demande un courage certain que je n’ai peut-être pas pour l’instant : courage de maintenir cette approche stricte en tout temps –y compris à Rawdon avec tantine !–, courage de manger gras alors qu’apparemment il y aurait déjà trop de gras dans mon corps. Si je vais par ailleurs vers l’approche hybride, ce n’est guère mieux, il me faudrait alors avoir le courage de ressentir tout le temps la faim, car lorsqu’on ne mange pas de glucides, on se rassasie par le gras !
Ce n’est pas tout. Quand le mauvais cholestérol est haut, les médecins prescrivent des statines –que les pharmaciens bien entendu nous vendent volontiers. Or, ma lecture du livre Code obésité, de Jason Fung, m’oriente vers le contraire : le mauvais cholestérol n’a pas à être traité tant que ça, ce qui importe c’est que le bon cholestérol soit, lui, suffisamment secrété dans le corps, et c’est mon cas.
– Bof, me suis-je dit, encore et toujours, je vais maintenir l’approche sans glucides avec gras, mais pas trop, et me tourner vers des aliments connus pour leurs vertus anti-cholestérol, parmi lesquels les fibres, les poissons, les amandes, le tofu, les avocats, et, découvertes récemment, les graines de lin. En fait, je mange les cinq premiers depuis toujours, mais je n’utilisais les graines de lin qu’occasionnellement, en remplacement du psyllium.
– Votre vitesse de coagulation est trop rapide, m’a informée hier la pharmacienne qui vérifie de façon hebdomadaire le taux de Coumadin qu’il y a dans mon sang, Coumadin qui m’est semble-t-il essentiel depuis que j’ai reçu ma chirurgie cardiaque. Avez-vous ajouté un nouvel aliment à votre diète ?
– Les graines de lin !, ai-je répondu sans hésiter, fière de ma trouvaille. Elles font baisser le mauvais cholestérol, selon un livre que j’ai acheté ici la semaine dernière, ai-je pris la peine de préciser.
– C’est vrai, mais elles rendent aussi le sang plus clair.
– Mince !
– De toute façon, a ajouté la pharmacienne, on contrôle peu le cholestérol par l’alimentation, si le foie en secrète trop il n’y a pas grand-chose à faire.
– Vous voulez dire que j’ai acheté mon livre pour rien ?
– C’est toujours bon pour la culture générale…, a improvisé la pharmacienne.
– Et les statines, est-ce que c’est vrai que ce n’est pas si nécessaire que ça ?
– Je ne peux pas dire que c’est faux, ce que vous dites… a répondu la dame. Si j’étais vous, a-t-elle ajouté presque en aparté, j’irais consulter une nutritionniste…

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Jour 684

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Bleu azur.

– Mon rêve de la nuit dernière était plus riche, ai-je ajouté. J’exprimais mon attachement pour Oscarine d’une manière presque amoureuse. La pauvre ! Je l’enlaçais comme une pieuvre, je la trouvais belle, j’admirais ses violettes africaines qui créaient des taches bleu azur dans mon champ de vision. Je ressentais une énergie très positive du seul fait d’être auprès d’elle.
– C’est peut-être en lien avec toutes ces amies que tu as vues récemment ?, a suggéré Denauzier.
– Sûrement. Je me demande ce que signifient ces taches bleues ? Les violettes étaient petites, entourées de feuilles velues, épaisses, d’un beau vert en parfaite santé. Oscarine, qui s’appelle Oscarine sur mon blogue parce qu’elle m’a donné à quelques occasions, dans la vie réelle, de petites fioles de parfum Oscar de la Renta, me donnait justement un parfum, quelque chose comme AVNEK, un drôle de nom écrit en lettres majuscules… ou NAVEK ? Elle me donnait le flacon et je m’en vaporisais un jet dans le cou, mais me voyant faire elle me suggérait de l’appliquer ailleurs. Je lui demandais où, et elle pointait du doigt la partie supérieure du pavillon de l’oreille, ou alors la nuque.
– Je me demande si le mot existe, m’a interrompue Denauzier en le tapant sur son téléphone : A-V-N-E-K, c’est bien ça ?
– Ça ressemblait à ça. Les lettres étaient écrites dans le sable, sur une plage, tracées avec un bout de bois…
– Ça déménage, on est rendus sur la plage !
– Pas longtemps parce que, subitement, je ressentais le pressant besoin de dire à mon amie que j’avais peur des examens à venir, pour lesquels je ne m’étais pas préparée. J’exprimais ma peur tout en ressentant par ailleurs une jalousie, car je soupçonnais qu’Oscarine allait mieux réussir que moi.
– Ça, ça ressemble à ta mammographie de mercredi prochain, s’est empressé de glisser mon mari.
– En effet, ai-je répondu sans vouloir m’attarder sur le sujet. Je m’apprêtais à m’isoler pour étudier dans une des pièces de la maison de mon amie, –les mathématiques, en particulier, me faisaient peur–, lorsque le téléphone sonnait. Un homme dont je ne reconnaissais pas la voix me disait que ce serait difficile, pour notre promenade du soir en bicyclette, apparemment prévue depuis un moment, parce que nous allions avoir le vent de face, et de plus il pleuvait… Je n’osais pas demander qui était à l’appareil, je faisais comme si je savais à qui je m’adressais, tout en me demandant où est-ce que je coincerais quelques heures d’études dans un programme si chargé.
– Telle que je te connais, tu avais presque hâte d’aller à la sortie de bicyclette pour découvrir avec qui tu passerais la soirée !, s’est exclamé mon mari –en ayant un peu raison.
– Puis, dans mon sommeil, mais à mi-chemin de me réveiller, ai-je enchaîné, sentant que le souvenir de mon rêve était déjà en train de s’évanouir, je voulais me convaincre que j’avais vu un sac d’un jaune très resplendissant, éblouissant, qui aveugle, finalement…
Seigneur ! Il y a trop d’éléments, je ne m’y retrouve plus !, ai-je soupiré.
– Écoute ça chérie !, me dit alors mon mari. Voici ce que je trouve pour AVNEK sur un site qui s’intitule What Stands For. J’ai tapé AVNEK et j’ai obtenu un texte assez long, dont ce passage qui te ressemble un peu : Others are often unable to see what you see.

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Jour 685

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Derrière la cravate.

Dans encore 25 textes, quand j’aurai atteint le Jour 660, j’aurai 7 ans de blogue derrière la cravate. Il m’en restera 3 devant pour atteindre les 10 ans d’écriture que je me suis fixés, à raison d’un texte par jour, du lundi au vendredi. Quand même.
– Je ne suis pas connue, je n’ai pas réussi à m’imposer en tant qu’écrivaine, j’écris sur un blogue pour une trentaine de lecteurs depuis bientôt sept ans, je patauge dans l’ombre, ai-je dit à ma quatrième amie au restaurant Bercail, regrettant toutefois, à peine a-t-il été sorti de ma bouche, le mot patauger.
– Tu as un talent caché, a reformulé mon amie avec plus de générosité.
– Les quarante ans qui nous séparent de l’école secondaire auront abouti à ça, à un blogue discret que j’alimente dans l’ombre, alors que je me voyais auteure à succès ! Le plus surprenant, ai-je ajouté, c’est que cela ne me dérange pas !
– En autant que tu écris, a résumé mon amie.
– Exact. Mais en même temps, si tu enseignais –mon amie est enseignante– juste pour dire que tu enseignes, tu ne serais pas heureuse ?
– Mais toi tu l’es, parce que tu aimes écrire, même si tu n’es pas lue ! Et je dirais qu’à chaque fois que tu entreprends un texte, tu essaies de l’écrire de ton mieux.
– Hum… Si mes statistiques d’accès m’indiquaient que personne ne vient me lire, je ne sais pas si je serais capable de continuer l’aventure…
– En autant qu’il y ait au moins un lecteur, autrement dit, a suggéré mon amie.
– On a déjà vu plus ambitieux !
– Bof !, a exprimé mon amie pour se moquer de moi car elle me lit.
– Te sens-tu inspirée quand tu écris au chalet, chérie ?, m’a demandé mon mari, ce matin lundi, alors que nous étions de retour à la maison.
Souvent le lundi matin nous sommes pressés de retomber dans nos routines respectives, après avoir passé le week-end au lac Miroir, mais ce matin nous avons bavardé un peu en étirant notre café.
– C’est comme quand j’écris ici, ou comme partout quand nous voyageons. Ce que je peux dire du texte écrit ce week-end au chalet, c’est qu’il ne m’a pas fait beaucoup d’effet. J’aime me sentir à la recherche de quelque chose en moi-même. J’aime avoir le sentiment que je cerne les contours d’un aspect caché de ma personne, quand j’écris. Or le texte de samedi dernier était le récit somme toute superficiel d’un rêve qui ne m’a pas appris grand-chose, il me semble. Je me sentais, l’écrivant, comme une greffière en cour qui transcrit ce qu’elle entend. J’ai tapé des mots qui ne m’ont pas remuée. Le seul passage qui me plaît un peu arrive à la toute fin, quand je m’entends me dire que je monte me coucher, et que monter, ici, signifie me hisser sur la branche d’un arbre…
– C’est la seule note originale, en fin de compte, a acquiescé mon mari. Le reste est constitué d’aspects réels de ta vie, les duplex, Jacques-Yvan, Montréal…

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