Jour 672

Ivanka

Ivanka

Je reviens sur l’histoire de la galette des rois. Nous en avons mangé une chez les amis voisins le 6 janvier dernier, précédée d’un ragoût de pattes de cochon, le ragoût précédé de foie gras qui fondait dans la bouche, le foie gras précédé d’un potage de brocoli et pomme. J’ai acheté une autre galette dans les jours suivants à la pâtisserie Charlotte de Joliette. Nous avions convenu de la manger disons le 12 janvier, ou quelques jours plus tard, pour comparer. La première galette provenait du Fromentier, avenue Laurier à Montréal. Arrivé le jour de comparer, les amis étaient malades, alors nous avons reporté et le report a été fixé à aujourd’hui, le 13 février. Ça faisait donc plusieurs semaines que la galette nous attendait dans le congélateur.
J’ai écrit à ce sujet, d’ailleurs, début janvier.
Il était prévu que la galette soit mangée ce midi, et non ce soir, précédée d’un potage. Mais d’une chose à l’autre, le potage a été changé en moussaka, et la moussaka a été accompagnée d’une salade verte avec presque rien dedans, des graines de pomme grenade et des graines de sésame.
Pour comparer vraiment, il aurait fallu, bien sûr, que les deux galettes soient servies en même temps. Tout ce que je peux dire, par rapport à la galette de Joliette, c’est qu’on y goûte trop l’essence artificielle d’amande, mais cela ne nous a pas empêchés d’en prendre chacun deux fois.
Le problème, quand nous recevons, c’est qu’il nous faut entamer un blitz de ménage avant l’arrivée des invités. Ce matin, le blitz fut suffisamment important pour qu’au premier ding dong du premier couple d’amis, je sois encore sous la douche. Au deuxième ding dong du deuxième couple d’amis, je suis descendue de la chambre les cheveux en bataille pour saluer tout le monde, avant que de me rendre terminer ma beauté, si beauté il est possible d’envisager, dans la salle de bain du rez-de-chaussée.
Dans mon rêve de la nuit dernière, nous étions réunis de la même manière autour d’un repas. J’avais le très grand privilège de manger en compagnie de Melania Trump et d’Angelina Jolie. Avant de nous rendre au restaurant, je causais avec cette fois Ivanka. Je tenais un enfant dans mes bras, un garçon de deux ans qu’on disait turbulent mais qui ne l’était pas en présence d’Ivanka.
– J’aurai frayé avec ces gens riches et célèbres au moins une fois dans ma vie, me disais-je.
– Ne va pas penser que ces femmes sont plus belles que nous, disais-je aussi à une inconnue, à côté de moi.
Au restaurant, une table nous était réservée, faite sur le long. Angelina était assise à une extrémité, personne devant elle. Son épaule était appuyée contre le mur tellement elle manquait de place. À l’autre extrémité où je me trouvais, il y avait nettement plus de vie. Des enfants jouaient par terre et une dame vêtue d’un châle noir, une veuve grecque, leur répétait de ne pas s’éloigner alors qu’ils ne s’éloignaient pas.
– Nous n’avons pas la beauté des plus jeunes, des actrices et des femmes de président, disait la veuve.
Je ne réussissais pas à interpréter ses propos. Enviait-elle les beautés à l’autre bout de la table ? Essayait-elle de se convaincre qu’elle avait été belle un jour ? Regrettait-elle ne pas avoir mis de maquillage ?
– N’est-ce pas ?, ajoutait-elle en me regardant.
Je ne savais pas quoi répondre.
– Ne te force pas, me disais-je intérieurement. Ne souris pas pour rien. Ne fais rien. Ne dis rien.
Du coup, impassible, je fixais le visage de la veuve.
– Bien joué !, lançait alors une voix. On coupe !
– Marcelle, tu vas reprendre après la réplique de Bernard. Attention, tout le monde en place, on reprend !, lançait François Truffaut dans une énergie contagieuse qui me faisait craindre que nous allions y passer la nuit. Qui me faisait craindre et désirer.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 673

sarcelle-d-hiver-002

Sarcelle d’hiver femelle. C’est vrai que la toute petite portion de bleu qui apparaît dans le plumage ressemble à la couleur que j’ai utilisée pour tracer les contours de ma vache.

Ma priorité cette semaine serait de terminer ma vache. Elle me regarde en ce moment, du mur où je l’ai temporairement accrochée, dans mon bureau. Elle a des pattes de vache, que j’ai essayé de reproduire en m’inspirant d’une photo. J’en avais tracé de trop longues et trop fines que j’ai réussi à faire disparaître à grands coups de torchon mouillé. Comme la moitié du poitrail de l’animal est retranchée de ma toile, on ne voit que les deux pattes avant. Il faut imaginer que les deux pattes arrière seraient visibles si la toile était deux fois plus large. On voit aussi la tête, surmontée de deux cornes. Ce ne sont pas toutes les vaches qui ont des cornes, je pense. Mais la mienne en a. Ç’aurait été original de produire une vache dont on n’aurait vu que le poitrail arrière, avec non pas la tête à ce moment-là, mais la queue, et bien entendu les deux pattes arrière. Cela pourrait faire l’objet d’un projet de toile pour obtenir un diptyque.
En ce moment, car tout peut changer, le contour de l’animal est bleu turquoise. Je suis allée lire à l’instant le nom de la couleur qui est imprimé sur le tube d’acrylique que j’ai utilisé, il y est écrit Teal, et teal peut être traduit en français par sarcelle, et sarcelle est un volatile de la famille des canards. Le corps en tant que tel de ma moitié de vache est obtenu avec du jaune, cuivre, or ainsi qu’une noisette de noir, autant de couleurs que j’ai très grossièrement mélangées. Je me suis aussi forcée pour ne pas lécher la toile de manière à bien la couvrir. Je voulais obtenir un résultat brut qui laisse transparaître les coups de pinceau de l’œuvre qui était sur la toile avant que je ne me décide à la recouvrir par une moitié de corps de vache. Je vais créer, encore une fois et toujours, un animal qu’on pensera avoir été dessiné par un enfant. Une vache d’esprit naïf et de forme primitive. Je ne m’en sors pas.
C’est la même chose quand j’écris. J’écris que je monte une côte recouverte de glace dans ma voiture blanche. J’en fais un événement majeur. J’écris un récit autour de ce non-événement excessivement mineur que je soumets au concours de Radio-Canada.
Je couvre les murs de la maison de toiles dont je pourrais dire qu’elles ont été faites par Emmanuelle, du temps qu’elle fréquentait l’école maternelle. Personne, des gens qui viennent dans notre maison, ne les commente jamais. Mais si je me mettais à dire qu’elles ont été faites par Emmanuelle à la maternelle, peut-être certains visiteurs diraient-ils qu’on fait peindre les tout petits sur des toiles de grand format, de nos jours. Pour le blogue, c’est pareil, personne ou presque ne vient lire les niaiseries qui constituent l’essentiel de ma vie.
DV2NnfPXkAIrCrI.jpg largeJe suis en train de lire Pauline Harvey, L’enfance d’un lac. C’est dense comme écriture, chaque mot apporte une information nouvelle au sein de la même phrase. Je les relis pour en saisir au mieux les trois-quarts. C’est nettement plus forçant que de me laisser porter par mes paroles et dessins d’enfant de cinq ans.
Juste au moment où je termine le texte d’aujourd’hui, je tombe sur l’annonce de la sortie du livre dont la couverture apparaît ci-contre. Le tracé rouge ressemble au tracé sarcelle qui parcourt le corps de ma moitié de vache afin de créer les taches de son pelage. Je vais peut-être vouloir lire cette nouvelle parution, mais je sens que là aussi ce sera forçant pour mon univers mental d’enfant de cinq ans.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 674

13172678lpw-13173534-article-jpg_4976682_660x281

Vache

Aujourd’hui j’ai envie de tout abandonner. Quelle folie, quand même, que cet amoncellement de textes qui ne racontent rien, qui ne vont nulle part, qui n’ont qu’une seule fonction : maintenir relativement stable et sain mon équilibre mental. Seigneur ! Ce qu’il ne faut pas faire ! Je pourrais choisir l’exercice physique, ce serait plus forçant. Mon amie, mon amie que j’ai rencontrée cette semaine à Montréal, mon amie que j’aime tant, que je trouve tellement belle, marche énormément pour maintenir son poids stable et, par ricochet probablement, son équilibre mental. Elle est très mince, cela dit en passant. J’ai choisi une manière paresseuse en comparaison, je ne fais bouger que mes doigts. Mon amie marche 20 000 pas fitbitiens quotidiennement. Fiou ! Ça prend quand même du temps ! Trois heures, m’a-t-elle dit. Quand je vis à ma manière sédentaire, au chaud non loin du foyer, j’en fais 3 000. Ces jours-là, je suis majoritairement dans mon bureau à écrire, dans la cuisine à cuisiner, dans la salle de séjour auprès de mon mari à perdre du temps assise sur son fauteuil même si on y manque de place, et cela inclut quelques montages de marches pour aller à l’étage chercher des choses. Quand je me force en faisant du ménage par exemple, et du lavage au sous-sol, je peux arriver à 5 000 pas. Quand je me botte le derrière en allant dehors marcher dans les environs, j’en accumule autour de 8 000. Quand mon mari m’amène au village où je dois aller faire tester mon sang pour connaître ma vitesse de coagulation et que je reviens à pied, je peux terminer la journée avec le 10 000 fichu nombre de pas recommandé pour être en forme, en forme relative. Quand je suis à Montréal maintenant, et que je fais tout en transport en commun, c’est merveilleux, j’en accumule un gros tas sans même m’en rendre compte. La journée que j’ai rencontré mon amie, que nous sommes allées manger au restaurant Cadet, boulevard St-Laurent, que nous sommes ensuite allées acheter un cadeau au complexe Desjardins, que je suis allée au métro Berri, de là au métro Radisson attendre l’autobus me ramenant à Joliette, j’ai fait plus de 15 000 pas ! YES ! Il faut dire que je suis arrivée à Radisson cinq minutes après le départ de l’autobus et qu’il m’a fallu attendre deux heures pour le suivant. Alors je suis allée me perdre à la place Versailles, j’ai marché comme une bonne même si j’étais chargée comme un mulet, pendant une heure et demie. Je suis montée dans l’autobus en sueurs tellement je m’étais dépensée. J’ai eu le temps de me reposer en masse parce qu’il nous a fallu deux heures pour nous rendre à Joliette, à cause de la neige, du peu de neige qui tombait. Au lendemain de ma journée de marche intense, je dois reconnaître ceci : j’avais mal aux genoux. Ce soir, 19:17, j’ai accumulé 4 267 pas selon mon bracelet Fitbit. C’était ma journée tantine, et ces journées-là je ne marche presque pas. Et ce soir je n’ai pas envie de marcher non plus, je veux me consacrer à une pauvre vache qui m’attend depuis des semaines, figée sur une toile que j’ai rangée dans un placard pendant les vacances de Noël. Donc, je m’y mets.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 675

184-225x270

Je tape « non événement » pour un résultat en images, dans Google, et j’obtiens cette maquette de couverture accompagnée du texte suivant : Le « non-événement » comme appel du sens chez trois cinéastes. Quand même !

Je le sais, dans le fond, ce que j’aimerais raconter. J’aimerais raconter un non événement, le non événement qui me fait carburer depuis sept ans, le non événement de tous mes textes publiés sur mon blogue, au-delà de 1 500, autant de bouteilles lancées à la mer que peu de lecteurs et qu’aucun éditeur ne ramassent. J’aimerais exprimer sur la place publique, bien que je le fasse déjà, que l’écriture est au centre de ma vie, qu’elle m’est essentielle, que j’existe et que je me définis à travers elle.
– Qu’est-ce qui me distingue des autres, déjà ?, m’arrive-t-il de me demander. Ah oui !, c’est mon blogue. Ouf ! Heureusement qu’il est là !
En même temps, je sais bien que je n’écris pas pour être lue tant que ça, pour être reconnue, pour pouvoir dire que j’ajoute une voix au milieu littéraire. Mais je ne peux pas dire non plus que j’écris pour moi, parce que si je n’avais pas ma grappillette de lecteurs, je n’aurais pas tenu le coup pendant sept ans. J’aurais décidé à un moment donné que je ne me définis pas par l’écriture, finalement, et j’aurais arrêté de chercher. De chercher quoi ? À écrire mieux ? À être lue et appréciée ? À être une pierre dans l’édification du paysage littéraire ? La pierre Badouzienne, comme la musique Mozartienne ?
– Ce n’est pas important de chercher quelque chose en particulier, me disait papa du temps qu’il avait encore toute sa tête, l’important c’est de tout simplement chercher.
Je cherche en masse, tous les jours, il me semble.
Certes, j’ai cédé trop souvent à la tentation de tourner les coins ronds, à la facilité.
– Ce sera ça pour aujourd’hui, me disais-je à propos du texte publié cette fois-là et ces autres fois encore, compte tenu de la fatigue, du manque de temps, de l’absence de conditions propices à la réflexion, au temps de ma vie d’autrefois.
Mais je n’ai pas toujours cédé non plus, je voulais que mon père soit fier de moi, bien qu’il ne m’ait jamais lue, bien entendu.
Ç’aurait été facile de souvent céder, de toute façon, sur la base que personne ne me lit. Personne ne me lit, mais je me relirai peut-être un jour, me rattrapais-je. C’est comme cuisiner, on va manger de toute façon parce qu’on est obligé, mais c’est préférable quand la recette a réussi. Et me lire, une chose est sûre, personne n’est obligé !
En même temps, j’ai le plus souvent cherché à ce que mes textes me plaisent, me nourrissent autant, sinon mieux, que mes recettes.
J’écris, et je suis convaincue de bien écrire. Je suis convaincue qu’un lecteur sensible au travail du texte, à la recherche qui se fait à travers les mots, à l’existence qui s’écrit au jour le jour à travers le souffle qui anime ma personne peut être touché, intéressé, amusé par mes inventions, par ma démarche. Bref, nourri lui aussi.
J’écris pour ma grappillette, moi qui pensais devenir écrivaine. Devant ce constat d’échec quant à la renommée, je ne suis pas atteinte, c’est ça le pire. En autant que j’écrive, tel pourrait s’intituler le récit de ma vie.
J’avais rencontré une connaissance sur le campus universitaire, c’était il y a longtemps, qui m’avait demandé où en étaient mes projets personnels.
– Je n’en ai plus aucun, avais-je répondu.
C’était vrai, à cette époque je n’en avais aucun, hormis le travail et la famille et les exigences qui viennent avec.
– Je n’en ai plus aucun, et c’est comme ça que je me porte le mieux, avais-je ajouté.
Je ne sais même pas, avec le recul, si c’était vrai ou pas vrai.
Je me rappelle d’une entrevue qu’avait accordée Polanski et d’une remarque qu’il avait exprimée à peu près ainsi :
– À quoi ça sert, tout ça, si le succès ne suit pas ?
Et je m’étais dit qu’il ne faudrait pas qu’il soit à ma place !
J’écris, telle est l’activité à laquelle s’ancre ma vie. Tel est mon récit. Telle est la teinte que je donne à ma vie, la teinte –indéfinie– de l’écriture.

 

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Jour 676

Je poursuis sur ma lancée d’hier. Quel pourrait être l’événement de ma vie que j’aimerais raconter en vue de participer au concours de Radio-Canada ? Puisqu’il s’agit de soumettre un récit, je dois me baser sur un événement survenu bel et bien dans ma vie, sur un fait vécu. Marc Séguin, qui sera un des membres du comité de lecture, mais je ne sais pas quels seront les autres membres, souhaite, a-t-il dit, être ébranlé. Si j’ai bien compris, il aimerait lire un auteur qui le déstabiliserait, l’étonnerait, l’émouvrait –je pense que c’est la première fois de ma vie que j’écris le verbe émouvoir au conditionnel présent. Les autres lecteurs du comité de lecture vont s’attendre à la même chose, de toute façon. Une chose est sûre, mon récit d’action ne me fait pas partir gagnante, d’action qui se passe en voiture quand je dois monter la grosse côte entièrement glacée. C’était dimanche dernier et tantine –qui d’autre– m’accompagnait. Si je m’intéressais dans mon récit à un phénomène de société qui a la cote en ce moment, admettons le mouvement MoiAussi, je partirais peut-être avec une longueur d’avance. Ou si je décrivais les tourments intérieurs qui m’ont habitée lors d’un événement bouleversant, je pense à mon premier mariage –parce que je suis rendue à trois–, mariage qui m’a vue prononcer Oui à un être perdu alors que je l’étais encore plus, je pourrais peut-être espérer faire des points. En dehors des récits d’action qui se multiplient sur mon blogue parce que je me cantonne souvent dans l’anecdotique, en dehors des événements qui ont créé en moi des tensions, des bouleversements, mais que je n’ai pas envie de revisiter, en dehors aussi des moments heureux, qui ont eux aussi nourri ma vie mais qu’il ne me tente pas non plus d’exploiter, je ne saurais dire pourquoi au moment où j’écris ces lignes, il me faudrait y réfléchir, en dehors enfin de mon sujet fétiche, à savoir la recherche de ma voie, que j’aborde régulièrement sur une note plus détachée celle-là, j’ose écrire philosophique, je ne vois pas vers quel épisode de ma vie je pourrais me tourner. Une autre manière d’exprimer mon dilemme : je ne vois pas quel événement pourrait servir de point de départ audit récit que je voudrais soumettre. Sarah Wallou, en tant que jeune femme moitié arabe, moitié québécoise, a exprimé son déchirement entre ses deux identités lors de l’attentat à la mosquée de Québec. Son texte m’a plu, émue peut-être pas, mais je suis coriace quand vient le temps d’être émue. Je vais être émue par un silence, par un regard, par un événement de rien du tout dans un contexte le plus souvent banal. Je n’ai pas été émue, à la lecture du texte de Sarah, mais séduite par son aisance, par sa capacité, naturelle certainement, à bien rythmer ses phrases, à enchaîner ses idées. À revenir sur certaines phrases pour introduire d’autres idées. En définitive, je dois continuer d’y penser. Qu’est-ce que j’aimerais bien raconter ?

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 677

Je découvre annoncé sur Facebook que Radio-Canada organise un concours du récit. J’imagine que le concours se tient chaque année. On a jusqu’à la fin de février pour soumettre un texte de 1 200 à 1 500 mots. Accompagné d’un montant de 25$, requis pour s’inscrire. C’est le nombre de mots que j’obtiens, quelque 1 200, quand je publie comme je l’ai fait avec les Jours 679 et 678, une même histoire scindée en deux fois 500 mots. Il doit s’agir d’une histoire vécue, qui se base sur des faits réels.
– Je pourrais participer, me suis-je dit. Je pourrais retravailler mon histoire de grosse côte sur la glace en hiver et envoyer mon texte. On ne sait jamais.
Je suis allée sur le site de Radio-Canada pour en apprendre un peu plus. J’ai découvert qu’un des lecteurs qui évaluera les textes est Marc Séguin.
– « Je souhaite être touché et ébranlé », a-t-il dit à propos du rôle qu’il s’apprête à jouer.
Pour mesurer la qualité des textes auxquels je me frotterais peut-être, si je décidais de participer, je suis allée lire le texte de la gagnante du concours de l’année 2017. Il s’agit d’une jeune femme, Sarah Walou. Son texte s’appuie sur une tension intérieure entre son identité québécoise et son identité arabe. On ne peut trouver mieux pour rendre compte des enjeux au cœur de notre société, surtout que le texte a été écrit en réaction à l’attentat de la mosquée de Québec en janvier 2017.
Je n’ai pas grand chance, finalement, avec mon histoire de voiture qui monte une grosse côte en hiver, un récit d’action qui ne visite guère l’introspection. Il n’y a pas de tension dans mon aventure, si ce n’est l’insignifiant suspens de découvrir si je réussirai à monter un côte abrupte sur la glace avec une petite voiture à traction avant.
Donc, vais-je participer en essayant de soumettre un autre texte, déjà écrit ou à naître ? Je pensais à ça pendant que je parcourais la distance qui m’amenait à Montréal –où je me trouve depuis hier, installée en ce moment à ma place préférée, soit à côté de chouchou à l’îlot central de la cuisine, chouchou qui tente de comprendre quelque chose à son cours de mécanique quantique. Je pensais aux textes que j’ai écrits en ces sept années de blogue et je me demandais si je pouvais en sélectionner un, et l’étoffer s’il est trop court, pour répondre aux critères du concours. Je pensais aux événements majeurs qui ont eu lieu dans ma vie et qui m’ont ébranlée et je les éliminais l’un après l’autre.
– Je ne suis quand même pas pour raconter comment s’est déroulée mon expérience d’enseignement du français à Grenoble, me suis-je dit avec presque des frissons d’horreur.
– Mais je pourrais raconter comment j’ai obtenu le poste pour enseigner le français à Grenoble, par exemple, grâce à une lettre de recommandation d’Alain Robbe-Grillet. Cela m’amènerait à aborder à nouveau le sujet des bouteilles qu’on lance à la mer –parce que je l’ai déjà abordé, du temps que je travaillais à l’université. Je raconterais ce faisant ce qui se passe quand la bouteille est ramassée, et ce qui se passe quand elle ne l’est pas.
J’ai énuméré ainsi quelques-uns des épisodes heureux et malheureux qui ont ponctué mon existence, et je me suis rendu compte que je n’avais envie de revenir sur aucun.
Qu’est-ce que je dois conclure ? Que je suis rendue trop vieille pour participer ? Si j’étais moins vieille, je serais moins zen et habitée probablement par des tensions intérieures ?

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Jour 678

new-2018-chevrolet-sonic-5drhatchbackautomaticltw1sd-8541-16958617-6-1024

Sonic, encore, suite et fin.

– Il ne faudrait pas rencontrer quelqu’un dans le tournant bien traître, en haut, me suis-je dit.
Mais quand le haut de la côte, dans le tournant bien traître, s’est trouvé dans mon champ de vision, j’ai découvert qu’une Volkswagen bloquait le chemin au beau milieu en ligne diagonale, ne me permettant pas de passer.
– Estie de câlice !
Ce sont des mots qui peuvent sortir de ma bouche, je m’en confesse, dans des situations difficiles. Comme je ne les ai pas prononcés fort, ils ont échappé à tantine.
– Qu’est-ce qu’il y a ?, m’a-t-elle demandé voyant qu’au lieu d’avancer je ralentissais et  m’arrêtais sur le semblant d’accotement transformé en banc de neige.
La passagère avant de la Volkswagen a alors choisi ce moment pour baisser sa vitre et me faire signe de passer.
– Cocotte !, ai-je grommelé. Comme si je pouvais avancer maintenant que j’ai perdu mon élan !
Je suis descendue de ma voiture pour aller voir la conductrice –elles étaient quatre femmes dans la voiture. Je n’avais pas grand-chose à lui dire, hormis que je ne pouvais plus passer parce que j’avais perdu mon élan, autant de mots que, finalement, je ne lui ai pas adressés. Je me suis contentée de lui demander si elle avait une traction aux quatre roues –je voulais faire la connaissante. Elle m’a répondu que non. Debout, dehors, je l’ai regardée essayer de s’en sortir, jusqu’à ce qu’elle décide de se laisser glisser sur le côté et de faire fonctionner ses feux d’urgence. On ne pouvait pas aider, en poussant, parce que c’était trop glissant. Je suis retournée dans ma voiture –juste au bon moment car tantine s’apprêtait à en sortir, or elle aurait pu tomber en perdant pied sur la glace vive.
– Maintenant qu’il y a de la place pour passer, ai-je dit à tantine en reprenant le volant, nous allons reculer jusqu’en bas de la côte.
– Es-tu capable de reculer ?, a-t-elle demandé. Tu ne vas quand même pas reculer dans une côte ? C’est bien trop dangereux !
– Je vais quand même essayer, ai-je répondu, je ne vois pas ce qu’on peut faire d’autre. On aurait pu prendre un autre chemin si le pont du 4e rang n’avait pas été bloqué, ai-je ajouté, mais il est bloqué, justement.
J’aime reculer car j’en profite pour prendre la position de l’homme qui étire le bras comme pour enserrer le derrière de la banquette du passager. De l’autre main, nonchalante, il maîtrise le volant. Ça me donne un style, viril, d’autant que je conduis une voiture manuelle.
– Ne recule pas autant ! On n’a pas besoin de retourner à Chertsey !, s’est exclamée tantinette qui avait peut-être un peu peur.
– Non, mais on a besoin d’un bon élan, ai-je répliqué. Et pour avoir un bon élan, il faut pouvoir parcourir une certaine distance.
Des véhicules étaient maintenant arrêtés en bas de la côte, trois ou quatre voitures qui étaient arrivées sur l’entrefaite et dont les conducteurs savaient, probablement parce qu’ils habitaient le coin, qu’ils ne pourraient pas monter jusqu’en haut de la côte, en incluant le tournant bien traître, s’ils n’avaient pas toute la marge de manœuvre, à savoir l’élan, pour le faire.
– Tu es prête tantine ? On y va !
J’ai pesé sur le champignon. Et j’ai monté la côte sans le moindre problème. Je me suis trouvée tellement bonne que je me suis lancé des fleurs en y allant de YES ! et de YOUPI ! et de Seigneur que je suis bonne !

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire