Jour 657

04BouclesBelles

Or, perles et diamants.

Encore un bijou discret de ma vie amoureuse d’autrefois. Je les adore. J’essaie de les honorer des fois de temps en temps, malgré ma tendance à porter sans les enlever de petits anneaux dorés. Je ne pourrais en effet garder ces boucles d’oreilles pour dormir, cadeau de Jacques-Yvan, à cause de la tige sous le lobe qui s’enfonce dans la peau, au-dessus des maxillaires, quand je dors la tête appuyée sur l’oreille droite, ou sur la gauche. Pour qu’elles ne m’incommodent pas, il faudrait que je dorme dans la position des gisants, sur le dos, la tête appuyée sur l’occiput.
La nuit dernière j’ai très bien dormi. Je n’ai pas entendu la chatte Mia bardasser et obliger Emma à se lever pour la faire sortir. J’avais mes 16 000 pas dans le corps, il faut dire. Quand je suis à Montréal, je marche ! Un phénomène nouveau s’est produit, cette fois-ci de mon séjour chez ma fille : j’avais envie de m’arrêter nulle part. Nul achat, nulle traînaillerie à la pharmacie pour respirer les parfums et feuilleter le dernier Vogue, nulle tentation devant les vitrines des commerces. Nul besoin sinon celui de me dépenser. Arrivée sur la Côte-des-Neiges, je me suis dit que je devrais au moins m’acheter quelque chose à boire, et peut-être une petite affaire à grignoter. Je suis entrée au Exo et j’ai fait le tour du magasin deux trois fois, incapable de fixer mon choix sur un aliment en particulier. Comme il faisait très chaud et que j’avais déjà beaucoup de pas d’accumulés, je me suis dit que ce n’était pas sage de ne rien avaler de solide, en accompagnement de mon Kombucha grand format, alors j’ai acheté des croustilles santé. Je suis sortie et j’ai poursuivi ma route, devant me rendre aux locaux de Accès Montréal, sur le boulevard Décarie.
Mastiquant quelques croustilles, j’ai croisé un itinérant qui m’a demandé de l’argent.
– De l’argent madame, pour mes médicaments, pour dormir ce soir, pour manger. De l’argent !
– Je n’en ai pas, ai-je répondu, mais si vous voulez je vous donne ces croustilles.
L’homme a pris le sac que je lui tendais, tout en continuant sa litanie.
– De l’argent, de l’argent ! Ayez pitié !
Constatant que notre conversation ne pourrait aller plus loin, je n’ai rien ajouté et je l’ai quitté. J’avais de l’argent sur moi, mais que des billets de 20$ frais sortis du guichet. Pas de monnaie.
– Vous n’avez pas de cœur !, m’a-t-il crié. Je ne veux plus vous voir ! Vous faites bien de vous en aller !, etc.
Je n’ai pas voulu savoir si mes croustilles avaient pris le bord, dans sa rage, alors je ne me suis pas tournée et j’ai continué mon chemin, délestée.

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Jour 658

03MasqueOrléans

Bijou 3. Délicate breloque en or.

Jacques-Yvan était revenu avec cette breloque d’un congrès à la Nouvelle-Orléans. Il s’y était rendu avec un collègue que je connaissais. Le collègue travaillait dans mon université, alors que Jacques-Yvan, à l’époque, travaillait dans une autre université, concurrente. Au moment du départ, le collègue m’avait dit, comme peuvent être dites ces choses automatiques non réfléchies qui sortent de nos bouches :
– Ne t’inquiète pas, Lynda, nous allons être sages.
– À votre place je ne le serais pas, j’en profiterais au maximum, avais-je rétorqué. Ce n’est quand même pas tous les jours qu’on va à la Nouvelle-Orléans !
C’est sûr qu’une visite dans ma collection de bijoux me plonge dans l’univers de mes amours anciennes. Jacques-Yvan m’offrait des bijoux délicats, discrets, en or, à l’image de sa personnalité effacée, discrète. François m’a offert de l’argent, deux bracelets aux mailles fortes, donc moins discrets, rien de plus normal car il portait en lui une flamboyance innée. Sa chevelure, une chose est sûre, était flamboyante. Fort de l’expérience qu’on acquiert avec le temps et qui s’exprime par la capacité de nuancer, Denauzier, lui, m’a offert des boucles-d’oreilles qui unissent les trois couleurs de l’or, le jaune, le rose, le blanc.
À la Nouvelle-Orléans, voilà nos deux hommes qui se retrouvent sur un bateau et se font prendre en photo. C’est à peine si on voit Jacques-Yvan caché derrière une voile, tandis que le collègue brille à l’avant-plan. Quel est le type de bijou que ce collègue a rapporté à sa compagne ? Je n’en ai aucune idée, mais j’irais sans surprise vers un bijou voyant qui brille.
iwcRome2015-1969Je n’avais pas tenu compte de la personnalité discrète de Jacques-Yvan lorsque je lui avais offert une montre pour son anniversaire. Il en portait une mécanique à remontage manuel qu’il aimait beaucoup, plate, dorée, assez grande, semblable à celle ci-contre mais carrée et non pas ronde. Une montre comme autrefois, comme autrefois celle de son père. Étant donné qu’il transpirait beaucoup et qu’il avait tendance à s’accrocher partout, les bracelets de cuir ne duraient jamais longtemps. Alors, pensant lui rendre service et lui faire plaisir, je lui avais offert une montre de sport à bracelet métallique extensible –qui n’était pas du tout son style, c’est aujourd’hui seulement que je m’en rends compte. En outre, c’était déplacer le problème du bracelet qu’il fallait changer souvent par un autre problème, encore pire, celui des poils du bras qui se coincent dans le bracelet extensible.

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Jour 659

02BagueEmma

Bijou 2. Bague d’enfant avec zircon.

Voici une bague achetée pour Emma lorsqu’elle avait deux ans. Achetée par maman. L’idée de maman. Je la lui avais offerte en cadeau de Noël. À son retour à la garderie après l’interruption des fêtes, une éducatrice s’était exclamée que mademoiselle Emmanuelle portait maintenant un bijou. Au bout d’un moment, je dirais quelques jours, je m’étais demandé si c’était une bonne idée d’avoir offert une bague à ma fille. Les autres fillettes à la garderie ne semblaient pas en avoir reçu. Ou alors elles en avaient reçu, mais les mamans les leur faisaient porter seulement à certaines occasions.
Comme Emma avait les doigts potelés, la bague ne risquait pas de s’enlever, il n’y avait pas de risque d’étouffement à un âge où les enfants mettent encore bien des choses dans leur bouche.
Cela me titillait, que ma fille soit la seule à porter une bague à la garderie, ou plus exactement que les parents n’en aient pas offert encore à leur enfant. Est-ce que ce n’était pas dans l’ordre des choses d’offrir une jolie bague à sa fille, en or avec zircon ? Et tant qu’à avoir reçu une bague, est-ce qu’il n’était pas préférable de la porter tout le temps ? Est-ce qu’Emma aimait la porter ? Est-ce qu’Emma était perçue différemment des autres enfants parce qu’elle portait ce bijou ? Quelques-unes parmi les fillettes, il est vrai, avaient déjà les oreilles percées. Emma se les est fait percer à cinq ans, l’âge que j’avais lorsque notre gardienne, un été au chalet, nous les avait percées, à Bibi et à moi.
Je voyais ma fille partir le matin pour la garderie avec son père et je n’étais pas tranquille. Une bonne idée, la bague ? Aurais-je dû l’acheter ? Le père était-il d’accord que sa fille porte une bague ? S’en était-il seulement rendu compte ?
Je m’en voulais de me casser la tête pour ces vétilles, et de ne pas être capable d’arrêter de me la casser. Et de constamment me demander ce que pensaient les gens autour de moi, à propos de la bague qu’aucun n’aura remarqué sauf l’éducatrice, comme à propos de toutes les autres choses, en général et en particulier.
Un soir, pendant le bain, j’ai retiré la bague du doigt de ma fille sous prétexte de laver la peau en-dessous. J’étais encore en train d’hésiter, je la lui remets ou je ne la lui remets pas. Elle a été difficile à retirer malgré le recours à la mousse du savon. Du coup, j’ai eu ma réponse : j’allais l’enlever pour toujours afin d’éviter à ma fille de se découvrir un doigt prisonnier d’une bague. Et c’est ainsi que la bague, après avoir été portée pendant seulement quelques jours par chouchou, et alors qu’elle aurait pu être portée encore pendant un bon bout de temps, traîne depuis plus de vingt ans dans mon coffre à bijoux, qui n’est pas un coffre mais une boîte de bois gravé.

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Jour 660

Bague achetée aux Îles-de-la-Madeleine. Pas confortable parce que l'anneau est trop large.

Bijou 1. Bague achetée aux Îles-de-la-Madeleine. Pas confortable parce que l’anneau est trop large. Je lui trouve quelque chose de masculin qui ne me plaît pas tellement. Scapolite, c’est le nom de la pierre bleue.

Premier texte de ma huitième année d’écriture. Presque plus personne ne me lit. D’une part, ça fait trop longtemps que ça dure, mes excentricités. Il faudrait que je renouvelle ma formule, que je revoie la fréquence peut-être, que j’introduise, d’une manière ou d’une autre, du changement. Et surtout, il faudrait que mes contenus soient plus intéressants, plus prégnants. En fin de compte, mes propos n’intéressent que moi. Je pourrais mettre fin à mon blogue que personne ne s’en apercevrait. Paradoxalement, quand j’écris, je me projette dans un lecteur fictif, je m’imagine être ce lecteur et trouver très intéressants, voire indispensables, les mots que je lui offre.
Il faudrait que je sois capable de lâcher prise et que je ne sois pas orgueilleuse au point de poursuivre mes dix ans d’écriture à tout prix. À quel prix, au fait ? Au prix d’en arriver à n’écrire que pour moi, or c’est déjà le cas. Je suis capable de me rendre compte que ma démarche d’écriture est très très marginale. Je vis dans la marge depuis ma naissance, il me semble. Mais au lieu de m’en tenir à ce constat, « je vis dans la marge », j’enrobe ce constat d’une espérance illusoire, utopique, selon laquelle un jour je serai reconnue, je rejoindrai un tas de gens, je deviendrai une référence. Autrement dit, j’aurai vécu dans la marge toutes ces années, bientôt soixante, parce que j’étais incomprise, trop en avance sur mon époque. Un événement révolutionnaire viendra heureusement transformer la conscience des gens qui, ainsi transformés, seront enfin en mesure d’apprécier mes subtilités et, de façon générale, ma façon de penser et d’appréhender l’univers. Rien de moins.
Une personne seulement m’a dit que ma bague était belle, je parle de celle qui apparaît ci-dessus en photo. Je l’ai achetée un peu contre mon gré. Ce serait trop long et inintéressant de me lancer là-dedans.
 

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Série vestimentaire – SV30

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-Tu ne vas pas acheter ça?, s’était inquiétée mon amie. -Même pas comme tablier quand je travaille sur mes toiles?, avais-je demandé.

Dernier texte de ma série. Je m’étais donné un défi de trente jours, trente textes. J’ai triché parce que je n’ai pas porté systématiquement le vêtement suspendu au « cintre du jour ». En outre, j’ai sauté des cintres, en ce sens que je n’ai pas rigoureusement présenté les vêtements en fonction de l’ordre selon lequel ils sont placés sur la barre de rangement, dans mon walk-in. Comme si ce n’était pas assez de tricherie, aujourd’hui je publie trois textes, pour en finir de ce projet. Ce n’est pas que j’ai hâte d’en être débarrassée, c’est parce que le décompte des textes réguliers –qui s’intitulent Jour XXX– va recommencer le 1er mai qui vient, et je voudrais prendre quelques jours de congé d’ici là. Autrement dit, j’ai fait ma série vestimentaire pour m’amuser, pendant une vacance de mon défi, de mon défi qui s’étend sur dix ans et dont sept ans sont maintenant complétés. Je sais que je suis dure à suivre, alors je vais m’arrêter là pour ne pas m’enfoncer davantage dans des explications confuses.
Voici ce que je retiens de mon expérience dans le domaine du vêtement. 1. Il aurait fallu que les photos soient prises avec plus de soin. Je viens tout juste de découvrir comment redresser les sujets, dans mon logiciel. Il aurait été préférable que je définisse dès le départ des paramètres de prise de vue et que je les applique aux trente spécimens vestimentaires. Avoir tracé une marque sur le plancher, par exemple, et m’y être placée pour chaque prise de photo, en respectant les mêmes données d’ouverture et de vitesse sur mon Nikon, en procédant en outre à la même heure pour bénéficier de la même lumière dans mon bureau, auraient constitué une valeur ajoutée. Avoir par la suite rogné mes photos pour obtenir la même distance entre la bordure supérieure de la photo et le cou du mannequin, et la même distance entre la bordure inférieure de la photo et la surface du bureau où étaient déposés la pomme, le bracelet, alouette, auraient aussi représenté un gros gros plus. 2. J’ai l’impression, plus le temps passe, plus je vieillis, plus j’accumule des pages, que j’écris pour me protéger du monde. Comme un rempart à la folie extérieure, à l’extravagance des hommes, à l’appât du gain et toutes ces autres choses encore. Je pénètre dans ma bulle, je m’intéresse à des riens, des lacets, des boutons, et c’est dans ce microcosme que je me retrouve, que je renoue avec moi-même, que je m’accueille telle que je suis, que je m’entends, que je me parle. Ne pas me rencontrer autour d’un lacet ou d’un bouton, je pense que je devrais prendre des médicaments contre la dépression nerveuse. En tant qu’artiste –bien sûr il faut le dire vite–, je ne maîtrise aucune technique, comme en attestent mes toiles et mes photos ! J’en conclus que l’écriture est une pratique qui ne requiert pas de technique, puisque c’est la seule dans laquelle je me sens à l’aise, c’est la seule qui ne me donne pas le goût amer de la déception. Je me trouve bonne et je m’arrange pour ne pas me remettre suffisamment en question afin de ne pas me démolir. Afin de ne pas mettre fin à un exercice qui me fait tant de bien, qui m’équilibre, qui me nourrit. 3. Je pensais aborder dans cette série la notion du beau. Qu’est-ce qui est beau ? Au-delà des tendances, qu’est-ce qui fait qu’un vêtement aura toujours l’air élégant ? Qu’est-ce qui m’attire en matière vestimentaire ? Comment ça se fait qu’il n’y a pas grand-chose qui me séduit dans les vitrines des magasins ? Que j’ai l’impression que les vêtements sont tous pareils ? Et comment ça se fait que je ne peux même pas dire moi-même ce qui me plaît dans le vêtement que j’aurai envie de me procurer ? Etc. 4. J’aimerais entamer mes publications régulières, à partir du 1er mai, en exploitant une autre série, peut-être elle aussi de trente textes. Je me demande quel en serait le sujet. Mes parfums ? Je n’en ai pas trente ! Mes plantes ? Elles n’ont pas autant d’histoire que mes vêtements, acquis un à un au fil de tant d’années. J’ai envisagé une fraction de seconde de photographier mes petits-déjeuners, mais ils ne sont pas assez variés. Le plus intéressant serait d’écrire une critique très personnelle d’un livre par jour, mais c’est un travail énorme de reconstitution et de mémoire qui requiert du temps que je n’ai pas. Peut-être, cela dit, aurais-je envie de présenter mes bijoux. Les vieux, les récents, les ceux de tante Alice ou Laurette, de ma grand-mère Yvette, les anonymes dont je ne sais pas comment ils se sont rendus jusqu’à moi…
DSC_5489Le vêtement tablier en photo, en début de texte, a été acheté à la friperie où travaille mon amie. Il s’agit d’un vêtement de la grande famille Terra Nostra. Terra Nostra mettrait sur le marché des vêtements pas beaux ? J’ai eu l’idée de changer le ruban décoratif qui s’attache au glissoir de la fermeture éclair (c’est un mot de mon invention, le glissoir), comme en atteste la photo ci-contre. J’ai troqué le vert fluo pour une couleur cuivrée. C’est déjà mieux. Je n’ose pas porter le vêtement quand je manipule mes pinceaux couverts d’acrylique parce que je ne veux pas le tacher. Alors depuis que je l’ai acheté, genre 1$, il m’attend dans mon garde-robe. Des trente vêtements, une chose est sûre, ce n’est pas mon préféré. Mais justement, quel est mon préféré ? Ai-je un préféré ?

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Série vestimentaire – SV29

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Veste Patagonia Synchilla, fabriquée aux États-Unis.

Je consacre ce texte de presque fin de série à un vêtement que je porte depuis plus de vingt ans, qui n’a pas bougé, qui est demeuré intact si on exclut les taches qui ont imprégné les fibres du tissu, un vêtement qui ne s’est jamais décousu, dont les fermetures éclairs ont toujours fonctionné numéro 1, bref d’une confection d’excellente qualité : ma veste de polar jaune indien, sans manches. Je l’ai achetée au magasin de vêtements de sport situé sur le Chemin Reine-Marie, tout près du Chemin de la Côte-des-Neiges, dont le nom m’échappe. J’y allais souvent, lorsqu’il existait, la plupart du temps uniquement pour me rincer l’œil. À sa fermeture sur Reine-Marie, le magasin a tenté sa chance sur Laurier, mais je pense que l’expérience outremontoise a duré moins d’un an. Il me semble qu’il y avait le mot Black ou Mountain dans le nom du magasin, qui peut m’aider ? Mon penchant naturel m’aurait amenée à acheter le même produit en noir, ou tout autre couleur foncée, mais il n’y avait que ce jaune en magasin, pour ma taille. Je l’ai donc acheté faute de mieux, sans lui trouver d’intérêt au-delà du fait qu’il me protégeait le cou du froid et des courants d’air. Un ami m’avait dit aimer ce vêtement, et j’avais pensé, sur le coup, qu’il utilisait une manière ironique d’exprimer que mon vêtement était laid.
On remarquera qu’il manque un gland à la cordelette de la chemise. On remarquera surtout que cette dernière n’est pas de couleur corail, tel qu’affirmé dans le texte précédent, mais turquoise. De la marque Terra Nostra. En rayonne. J’ai sorti la chemise du coffre de cèdre tout à l’heure pour reconstituer sur mannequin la manière dont j’étais habillée lorsqu’un compliment m’a été adressé à l’accueil de l’hôtel au Témiscamingue. C’était l’été dernier, 2017. J’ai même fait l’effort, pour la réussite de la photo, de repasser ma chemise. Elle a été fabriquée en Inde. J’ai remarqué en la repassant que la couleur ne tient pas par endroits, les fibres ont perdu de leur éclat et semblent tendre vers une couleur indéfinie, un beige jaunâtre blanc cassé. Et je n’ai pas voulu penser à la pollution qui est générée partout sur la planète par la fabrication des vêtements, et en particulier par l’utilisation des teintures…
Je vais me rendre à un moment donné au magasin Tissu Matha, sur la rue principale du village, pour acheter un gland en remplacement de celui que j’ai perdu. Je vais en profiter pour demander à la marchande si elle sait quel nom on donne, dans le domaine de la passementerie, à ce que j’ai appelé ici des cordelettes. Serait-ce un liseré ? Ou … ?

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Série vestimentaire – SV28

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Chemise à encolure paysanne avec broderie de motifs aztèques. Achetée chez Sears, lors des soldes de fermeture du magasin.

S’il est une chose que je sais de façon certaine, à propos de laquelle je ne me pose aucune question, s’il est une chose que je sais depuis toujours, c’est que j’aime les encolures rondes des chemises que j’appelle « paysannes ». Longtemps j’en ai porté une blanche, achetée chez Simons, à l’époque où Simons n’existait que dans la ville de Québec. J’ai habité Québec pendant neuf ans, de mes 17 à 26 ans. Une chemise blanche avec des élastiques sous la poitrine qui créaient un effet légèrement bouffant. À travers l’effet bouffant se découpait un motif brodé au fil blanc. Manches trois-quarts, elles aussi garnies du bouffant et du brodé. Une chemise, contrairement à ce que je suis en train de laisser entendre, toute simple et sobre. Au lieu d’être dotée d’une cordelette se terminant sur des glands comme sur la chemise de ma photo ci-contre –on remarquera l’effort de la photographe qui a déposé un des glands sur le poignet du mannequin–, celle d’autrefois Simons était garnie d’un ourlet qui se prolongeait en deux rubans étroits, faits du même coton que celui de la chemise, rubans que j’attachais pour en faire une boucle. Jamais je ne portais ma chemise sans que les rubans soient attachés. Je l’ai tellement usée que j’ai été obligée de la jeter, elle n’était plus portable.
Les lecteurs salueront peut-être ici un retour à la simplicité dans la présentation de mes vêtements en cette fin de série vestimentaire. Retour à la pomme de Magritte, au petit pot, ou urne, de laquelle dépassent quelques billes de mon collier de plastique, et au bracelet ayant appartenu à maman, à l’avant-plan.
J’ai déjà porté une chemise de coupe paysanne de couleur corail. C’est-à-dire que je la porte encore, elle fait partie de ma garde-robe d’été. Je l’ai achetée je ne sais plus où, il y a un an ou deux. Elle aussi est garnie d’une cordelette se terminant sur des glands à l’encolure. Je pense avoir déjà écrit, mais je choisis de me répéter, que la jeune fille qui nous avait enregistrés, Denauzier et moi, à l’accueil d’un hôtel, au Témiscamingue, m’avait dit aimer mon habillement. Je portais la corail à gland –je suis obligée de mettre gland au singulier car j’en ai perdu un à mon grand désespoir–, sur la corail à gland ma veste de polar jaune indien que je porte depuis la nuit des temps, et pour le bas j’étais vêtue de pantalons courts de la marque North Face, d’une couleur qui se situe entre le gris et le brun. Les pantalons courts peuvent être zippés à des espèces de tuyaux de jambes pour devenir des pantalons longs. J’avais été émue de me faire féliciter par la jeune fille pour mon accoutrement.
Un mot sur mon séjour hier mercredi au salon de coiffure. J’y suis allée avec trois revues Paris Match que j’ai toutes reçues à l’intérieur de la même semaine. J’ai entamé dans l’une d’elles la lecture d’un article sur la guerre du Viêt Nam –les événements de l’article se déroulaient en 1968–, mais je n’ai pas eu le temps de le terminer. Or, il y a de fortes chances que je ne le termine jamais parce que j’ai laissé traîner mes revues au salon, pour les autres clientes. Je pourrais toujours envisager de terminer l’article dans un mois et demi, à mon prochain rendez-vous, si la revue s’y trouve toujours.

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