Jour 660

Bague achetée aux Îles-de-la-Madeleine. Pas confortable parce que l'anneau est trop large.

Bijou 1. Bague achetée aux Îles-de-la-Madeleine. Pas confortable parce que l’anneau est trop large. Je lui trouve quelque chose de masculin qui ne me plaît pas tellement. Scapolite, c’est le nom de la pierre bleue.

Premier texte de ma huitième année d’écriture. Presque plus personne ne me lit. D’une part, ça fait trop longtemps que ça dure, mes excentricités. Il faudrait que je renouvelle ma formule, que je revoie la fréquence peut-être, que j’introduise, d’une manière ou d’une autre, du changement. Et surtout, il faudrait que mes contenus soient plus intéressants, plus prégnants. En fin de compte, mes propos n’intéressent que moi. Je pourrais mettre fin à mon blogue que personne ne s’en apercevrait. Paradoxalement, quand j’écris, je me projette dans un lecteur fictif, je m’imagine être ce lecteur et trouver très intéressants, voire indispensables, les mots que je lui offre.
Il faudrait que je sois capable de lâcher prise et que je ne sois pas orgueilleuse au point de poursuivre mes dix ans d’écriture à tout prix. À quel prix, au fait ? Au prix d’en arriver à n’écrire que pour moi, or c’est déjà le cas. Je suis capable de me rendre compte que ma démarche d’écriture est très très marginale. Je vis dans la marge depuis ma naissance, il me semble. Mais au lieu de m’en tenir à ce constat, « je vis dans la marge », j’enrobe ce constat d’une espérance illusoire, utopique, selon laquelle un jour je serai reconnue, je rejoindrai un tas de gens, je deviendrai une référence. Autrement dit, j’aurai vécu dans la marge toutes ces années, bientôt soixante, parce que j’étais incomprise, trop en avance sur mon époque. Un événement révolutionnaire viendra heureusement transformer la conscience des gens qui, ainsi transformés, seront enfin en mesure d’apprécier mes subtilités et, de façon générale, ma façon de penser et d’appréhender l’univers. Rien de moins.
Une personne seulement m’a dit que ma bague était belle, je parle de celle qui apparaît ci-dessus en photo. Je l’ai achetée un peu contre mon gré. Ce serait trop long et inintéressant de me lancer là-dedans.
 

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Petit mot court – PMC 22

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« La force du nombre ». Grand format, 4’X5′, acrylique, crayon feutre, crayons gel et papier de soie. Chaque petite masse est numérotée, pour ceux qui s’en souviennent. Il y a 2 665 petites masses au total. Ce matin, j’ai collé au polymère des bouteilles de parfum imprimées sur papier de soie. Ce faisant, j’ai peut-être saboté ma toile, je ne le sais même pas. Les bouteilles sont en suspension dans l’espace et semblent ne pas savoir ce qu’elles font là.

Hier soir mercredi papa m’a fait sourire. Il me racontait qu’il lui arrivait souvent de se perdre en voiture et qu’il aurait aimé avoir un GPS, du temps qu’il conduisait, pour se sortir du pétrin. Puis il a enchaîné à l’effet qu’il devait se rendre dans les prochaines minutes rencontrer un client et qu’il craignait, encore une fois, ne pas trouver sa route, arriver en retard et faire attendre le client.
– Je peux t’aider papa si tu veux, lui ai-je proposé.
Il a alors répondu, comme lui seul sait le faire et l’a toujours fait, sur un ton parfaitement anodin :
– On ne sera pas plus avancé, quand bien même qu’on serait deux sur le steering
Il a dit une autre chose, un autre mot, que les gens de son âge ne disent pas souvent. Je dirais même que les gens de son âge qui utilisent ce mot se comptent sur les doigts d’une seule main, dans tout son CHSLD. Il m’a demandé de lui donner des chocolats, que je lui ai donnés, des chocolats Russell Stover. Pour vérifier qu’il peut encore bouger les mains et les doigts, j’ouvre la boîte et je le laisse prendre le chocolat de son choix. Parfois il y arrive, parfois pas. Ses doigts ne comprennent plus comment ils doivent se mouvoir pour exercer une préhension. Hier, il a fallu que je mette le chocolat entre ses doigts. Il en a savouré deux, puis il a conclu ainsi son expérience :
– J’aime manger les chocolats gloutonnement.
Aujourd’hui, avec tantine, nous sommes allés le saluer. Il a reconnu tantine, qu’il ne voit jamais, et il m’a demandé si je m’étais perdue en rentrant à la maison la veille. Quand il a appris que je ne m’étais pas perdue, il a conclu que j’avais utilisé mon GPS !

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Petit mot court – PMC 21

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Tenue zen par excellence.

La température m’oblige à interrompre temporairement ma série vestimentaire, dans la mesure où je suis restée à l’intérieur, en pyjama, toute la journée. Je suis quand même sortie faire quelques courses, vêtue d’un pantalon doublé recouvert de nylon, comme en portent les enfants pour aller jouer dehors dans la neige. Sous le pantalon recouvert de nylon ? Mon pantalon de pyjama ! Pour le haut, je porte une espèce de blouse ample blanche. Elle m’a été donnée par tantine. Elle a été donnée à tantine par sa belle-fille, qui a récupéré les vêtements de sa mère au décès de celle-ci. Les vêtements qui étaient trop grands pour tantine se sont rendus jusqu’à moi. La blouse est dotée de pattes fixées à la hauteur des coudes, qui permettent de raccourcir les manches. J’ai déjà tenté d’expliquer ce phénomène et je n’y suis guère parvenue. Je réessaie. À la hauteur du coude est cousu un bouton, côté extérieur de la manche. À la hauteur du coude est cousue une patte de rabattement (c’est mon invention, cette appellation), côté intérieur de la manche. Si on ne fait rien avec la patte de rabattement, elle pendouille sous la manche, ni vue ni connue. Mais si on la sort de la manche en allant la chercher avec nos doigts –un peu difficilement quand on a, comme moi, de gros doigts–, et comme elle est pourvue d’une boutonnière, on fait passer le bouton de la manche dans la boutonnière de la patte de rabattement, et voilà la manche qui se porte aux coudes. Ce soir, nous sommes allés saluer la maman de Denauzier. J’ai simplement enfilé mon manteau et mes bottes et mis une casquette. Comme il faisait sombre dans l’appartement et que nous n’avons pas cru bon allumer les lumières, ma belle-maman n’aura probablement pas remarqué que je me suis rendue la visiter en pyjama.

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Petit mot court – PMC 20

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Où est la pomme ?

Aujourd’hui je suis allée visiter la potière du village. Nous avons une potière, à St-Jean-de-Matha, logée dans une toute petite maison sur la rue principale. Je m’arrange pour aller la visiter –et l’encourager par mes achats– au moins une fois par année. Certes, ce n’est pas énorme, une fois par année, d’autant que je m’arrange pour lui acheter des pièces ratées qu’elle vend à rabais. Ça, c’est en plein moi. Mais elle n’a pas besoin de mes encouragements parce qu’elle gagne bien sa vie en tant qu’artiste.
Nous avons eu la conversation suivante, qui a eu une résonance énorme sur ma personne :
– On dirait que les gens ne voient pas mes vases, a-t-elle déploré. Ils sont sur les tablettes depuis trois ans maintenant. C’est vrai qu’ils sont un peu cher (150$), mais ce n’est pas parce qu’ils sont cher que les gens ne les achètent pas, c’est parce qu’ils ne les voient pas.
– C’est vrai, ai-je été la première à le constater, que ça fait plusieurs fois maintenant que je viens dans ta boutique et c’est la première fois que je les remarque…
– C’est comme si les gens ne voulaient plus de bouquet dans leur maison. Ils n’achètent plus de fleurs, donc ils n’achètent plus de vase.
– Ou alors ils achètent les vases chez Zone, ai-je répondu, pragmatique et éteignoir. Et ils deviennent ainsi les propriétaires d’un vase qui a été fabriqué à des centaines d’exemplaires.
La potière a posé sur moi un regard incertain. Peut-être qu’elle ne connaît pas la chaîne de magasins Zone.
– Je ne comprends pas, a-t-elle poursuivi. J’aime avoir des bouquets dans la maison. Qui n’aime pas ça ?
– Les gens qui ont peur d’attirer des bibittes, ai-je encore une fois répondu, super éteignoir.
Je n’en revenais pas d’entendre ces mots déprimants sortir de ma bouche.
– Remarque, a enchaîné la potière insensible à mes propos déprimants, deux boutiques aux États-Unis m’ont contactée récemment pour m’en commander deux chacune.
– C’est super !, me suis-je exclamée, en mettant peut-être un peu trop d’enthousiasme dans mon intonation pour me faire pardonner d’avoir été si plate. Donc, tu as quatre spécimens qui vont être vendus aux États-Unis ?
– Oui, a répondu la potière. Ça m’a fait du bien, tu n’as pas idée ! Je pensais être la seule à aimer les vases. Je me sentais looser et toute seule de mon bord, encouragée par personne…
– Je comprends ce que tu veux dire, ai-je répondu à la belle artiste qui ne peut absolument pas imaginer à quel point je la comprends.

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Petit mot court – PMC 19

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Acrylique, crayons gel, crayon feutre noir pointe ultrafine, papier de soie, format 16"X20".

Rien de compliqué ce soir, pas de version vanille, pas d’accumulation modérée ou significative, pas de buste couvert de foulards. Pas de questionnement, suis-je une artiste ou pas, pas de dénigrement, comment ça se fait que je n’aurai jamais percé. Seulement quelques mots en ce vendredi 13 pour présenter ma nouvelle toile. Je dirais qu’il s’agit d’une étude sur la série. Les contours noirs de chaque objet ont été tracés au crayon feutre tenu de la main droite, pendant que je tenais une grosse loupe de la main gauche. C’est peut-être à cause de cette minutie qui arrache les yeux que j’ai mal à la tête ce soir. Les tasses, macarons et cuillers étaient imprimés sur du papier de soie, le papier de soie qui couvre les vêtements qu’on achète dans une boutique, en l’occurrence, ici, la boutique 1861 du boulevard St-Laurent. Est-ce que j’aime ? Oui. Est-ce que je me suis posé des questions pendant que je traçais les contours en prenant mon temps parce qu’il y va d’un micro point tracé au mauvais endroit pour gâcher le résultat ? Je me suis posé énormément de questions.

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Petit mot court – PMC 18

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Carreaux et paisley

Plus tard en fin de journée je suis sortie vêtue de mon chemisier et d’une veste à imprimé de carreaux par-dessus. Le résultat est pas si mal, du moins à mon œil. Je portais souvent cette veste lorsque je travaillais à l’université. Une collègue m’avait félicitée de l’avoir achetée. Elle était en solde dans une boutique de la rue Monkland. Une boutique qui vendait d’ordinaire tellement cher que le vêtement en solde devenait tout juste abordable pour mon porte-feuille. Une boutique qui n’existe plus. Qui s’appelait Arnelle. La broche en forme de chat est un cadeau de Jacques-Yvan.

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Petit mot court – PMC 17

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Tricot vert à boucle bijou avec camisole en-dessous.

Finalement, j’ai trouvé une manière de porter mon tricot vert : avec une camisole blanche en-dessous dotée d’une encolure ras-du-cou, comme on le voit sur la photo. Ce n’est pas vraiment une camisole, c’est un maillot de corps pourvu de manches très courtes qu’on ne peut voir sur la photo à cause des manches longues du tricot vert par-dessus.
Au lieu de me contenter de porter stoïquement mes vêtements sans les aimer, juste pour dire que je les porte, dans un exercice de détachement, je devrais profiter de mon défi 30 jours 30 hauts pour intégrer un peu de coquetterie dans ma vie. Aujourd’hui c’est réussi, grâce à l’alliance maillot/tricot.

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