Jour 609

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Quatre motifs, quatre serviettes.

Quand j’en suis venue à la conclusion que j’achetais les serviettes à main avec motif, je n’ai pas lésiné, j’ai acheté une serviette de chaque motif : coq, hydrangées, tasses de café, olives. Par orgueil, je n’ai pas demandé à Bibi quel motif était le plus intéressant, elle se serait moquée de moi. Elle m’aurait répondu les olives, peut-être, et j’aurais préféré les hydrangées, je n’aurais pas été plus avancée. Elle m’aurait suggéré les hydrangées, encore, et je me serais demandé s’il n’était pas préférable d’y aller pour le coq.
Après ma longue marche d’hier sur la rue Sherbrooke, je suis arrivée trempée à la maison, malgré que je me sois protégée avec un parapluie. J’ai enlevé mes vêtements et je me suis douchée immédiatement. Bien sûr, je ne me suis pas essuyé le corps avec les serviettes à main, bien trop petites. Mais sitôt sortie de la salle de bain, j’ai constaté des dégâts aux fenêtres qui étaient restées ouvertes. Quatre fenêtres, quatre serviettes pour quatre motifs, pas de jalouses, toutes les serviettes ont été utilisées.
Puis, en soirée, Emma et moi nous sommes mesurées au Rummy, c’est elle qui a gagné, la p’tite trousse. Nous avons joué autour de la table de la cuisine, une table ronde qui a été décapée par Bibi quand elle avait dix-huit ans, il y a de cela quarante-quatre ans. Les chaises sont des chaises de réfectoire qui appartenaient aux Clercs de St-Viateur, je pense qu’elles ont été récupérées par un de mes frères. Elles sont très vieilles et tenaient par la peur avant que quelqu’un en relie les barreaux avec du fil de métal. Bien que plus solides maintenant, elles n’en sont pas pour autant plus confortables. Et surtout, elles absorbent l’humidité quand on s’y assoit, de telle sorte qu’on s’en décolle difficilement si la peau est en contact avec la surface. On a donc eu le réflexe, ma fille et moi, de déposer une serviette sur le siège avant de s’y asseoir, Emma le coq, et moi les tasses de café.

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Jour 610

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Comme je suis cocotte, je n’ai pas regardé si la sculpture portait un titre.

Je suis revenue du restaurant à pied, en empruntant la rue Sherbrooke. Je ne porte plus mon Fitbit mais j’essaie quand même de me tenir en forme. Je suis entrée dans quelques boutiques pour me rafraîchir à l’air climatisé le long de mon parcours. Quelques boutiques est exagéré. Je suis entrée au Holt Renfrew et nulle part ailleurs, en marchant en plein milieu de l’espace qui sépare les comptoirs de parfum. Ni trop d’un bord, ni trop de l’autre, de manière à n’être approchée par aucun vendeur. Ma technique a été gagnante. À la hauteur de l’université McGill, donc avant le Holt Renfrew, je suis tombée sur cette sculpture de bronze. Je n’ai pas remarqué, au moment de la prise de photo, qu’il est écrit McGill sur le t-shirt de l’étudiant. J’ai remarqué cependant, au premier regard, sans hésitation aucune, que le visage sculpté ressemble drôlement à celui de Claude Ryan. Claude Ryan a-t-il étudié à l’université McGill ? Est-ce que les ordinateurs existaient quand il était jeune ? Buvait-il du café ? Son éducation lui dictait-elle de s’asseoir sur le dossier des bancs publics ? Savait-il taper sur un clavier en utilisant ses dix doigts ? Se posait-il autant de questions que je m’en pose ? Trouvait-il les réponses ? Lui est-il arrivé d’acheter des serviettes à main ? Préférait-il la pizza ou le spaghetti à la sauce napolitaine ?

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Jour 611

1251897-paderno-world-cuisine-quatre-lames.pngJe suis allée ce midi manger au restaurant LOV –Local, Organique, Végétarien–, à la station de métro Square-Victoria, avec des amies. J’y ai mangé des courgettes passées au machin spiraliseur, machin que j’ai acheté l’hiver dernier pour imiter les spaghettis alors que notre diète lowcarb nous en éloignait.
– Que mangez-vous, les filles ?, ai-je demandé.
Nous étions cinq femmes. Elles m’ont chacune décliné ce qu’elles s’apprêtaient à commander. Choisir semble constituer, pour elles, une action banale, alors qu’il n’en est rien pour moi. Je suis de plus en plus incapable de choisir. À tel point que j’ai dû demander à la serveuse ce qu’elle me suggérait de commander. Plutôt que de me nommer un plat plus populaire qu’un autre, ou un plat particulièrement réussi par le chef en ce jour d’aujourd’hui, elle m’a expliqué ce que contenait chaque assiette et comment c’était présenté. J’ai fini par nommer le plat de spaghettis de courgettes avant qu’elle termine la description du menu.
C’était délicieux.
Hier soir, au restaurant italien de mon quartier, avec Emma et Bibi, même histoire. Impossible de choisir.
– Il y a vingt-six sortes de pizza !, me suis-je exclamée.
– Tu trouves que ce n’est pas assez ?, s’est étonnée Emma.
– Non, c’est beaucoup trop ! Comment faire pour choisir ?
– C’est très simple. Tu donnes un chiffre au serveur, compris entre un et vingt-six !, m’a répondu Bibi.
– Je vais prendre la dernière, numéro vingt-six, ai-je fini par décider après de nombreuses tergiversations intérieures.
Quand le serveur est arrivé pour prendre la commande, j’ai changé d’avis à la dernière minute, je lui ai demandé des cheveux d’ange à la sauce napolitaine.
C’était délicieux.
L’exercice de décision le plus difficile s’est produit au Dollarama, dans la même journée, c’est-à-dire hier. J’étais avec Bibi. J’ai palpé tous les modèles de serviettes à mains avant de pouvoir en sélectionner un.
– Lequel tu prendrais ?, ai-je demandé à mon aînée.
– Bof, tu sais, à ce prix-là, les serviettes se valent toutes. Ne prends pas les trop épaisses, ça essuie mal.
Bibi s’est éloignée pour aller fouiner un peu plus loin dans l’allée, et constatant au bout d’un moment que je ne l’avais pas rejointe, elle est revenue sur ses pas. Elle m’a trouvée dans la plus profonde perplexité, le visage hyper sérieux. Elle s’est éclatée de rire.
– Allez !, prends n’importe lesquelles, m’a-t-elle encouragée.
– OK, j’y vais pour celles-ci, ai-je répondu, sélectionnant attentivement une famille de serviettes minces couvertes d’un motif imprimé. Le premier modèle qui me soit tombé dans l’œil lorsque nous nous sommes trouvées devant la section des serviettes, en fin de compte. Avoir choisi ce modèle sans hésiter, j’aurais sauvé plusieurs minutes de douloureuse réflexion.
– Regarde comme elles sont belles !, ai-je dit à Bibi comme si je venais d’acheter un article de grand intérêt et de qualité supérieure. Comme si je venais de réussir un exploit.

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Jour 612

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Flotter en kayak parmi les nénuphars.

Samedi fut une journée magique qui me fait mieux accepter la pluie d’aujourd’hui. Je suis encore au chalet, ce dimanche, au lac Miroir. Voici les événements –des plus anodins– qui nous ont comblés hier –car je n’étais pas seule. Dès 9h30 le matin, nous étions une dizaine de personnes dans notre chalet pour la réunion annuelle de notre association, qui n’en est pas une au sens officiel du terme. Nous sommes plus simplement quatorze voisins dont les chalets sont construits à la pointe du lac. Nous nous rencontrons une fois par année pour discuter des coûts qu’il faut défrayer pour l’entretien de la route et pour d’autres aspects de la vie dans le bois. J’ai été capable de parler, d’interagir, de prendre des notes et d’écrire, de rire. Je me suis sentie vivante alors qu’une petite demi-heure auparavant, sortant du lit, je me demandais comment j’allais trouver la force de participer à cette rencontre.
Vers 11h tout le monde était parti. Une voisine, la dernière à partir, m’a invitée à faire du kayak dans la baie qui est située juste à côté de notre chalet. Au moment de son invitation, le lac était un véritable miroir. J’ai répondu oui sans hésiter. Le temps que j’enfile mes pantalons courts, que je trouve ma casquette et mes lunettes fumées, le vent s’est levé. Nous avons fait du kayak sur des vagues quand même assez fortes, mais au premier détour, dans la baie protégée du vent, l’effet miroir nous a accueillies. Nous avons laissé glisser nos embarcations parmi les nénuphars en observant le fond de l’eau car cette baie n’est guère profonde. Au son des huards. Dans l’odeur des conifères.
Je devais revenir pour 13 heures, une promenade en ponton étant prévue. Je suis revenue à 13 heures, mais nous ne sommes partis qu’à 14 heures. Deux couples, dont celui que je forme avec mon mari. Nous avons laissé le ponton dériver, en parlant de tout et de rien, un verre de vin à la main, des boulettes d’un mélange de porc et bœuf sur la grille du barbecue, la fumée du barbecue nous titillant l’odorat –et nous picotant les yeux. N’ayant apporté ni moutarde, ni relish, ni ketchup, nous avons mangé nos boulettes entre deux tranches de pain, point final. J’ai lu aux amis les informations qui sont imprimées sur le sac de pain, car il s’agit d’un pain spécial d’inspiration biblique, sans farine, uniquement constitué de graines germées.
Le ventre ainsi plein, nous avons abouti à une plage sauvage. Les hommes ont voulu faire une saucette pour se rafraîchir. L’autre femme avec moi n’en avait pas vraiment envie, et pour ma part je n’avais pas de maillot de bain. Mais je me suis dit, me rappelant le texte du jour précédent, qu’il importait que je profite de chaque instant, que je me sente vivante, que je sois fière de moi. Alors je suis allée, comme les hommes, me saucer jusqu’au cou, tout habillée, et même tenter quelques mouvements de brasse, accompagnée de l’amie qui a eu la gentillesse de se laisser convaincre de m’accompagner. De retour au chalet sous le soleil en fin d’après-midi sinon début de soirée, j’ai pensé que les amis nous avaient assez vus et qu’on s’apprêtait à rentrer chaque couple chez soi. Or il n’en fut rien. Les amis nous ont invités à souper et le souper fut un régal. Nous nous sommes couchés autour de 22 heures, soûls de soleil, de grand air, d’eau fraîche, de chaleur, d’exercice, de bonne compagnie…

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Jour 613

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C’est en plein ce genre de déversement qui se passe chez nous.

Des travaux sont en cours à la maison, entamés en avril dernier. Une immense machine se déplaçant sur des chenilles, munie d’une pelle gigantesque, gruge le roc et la terre de la forêt qui ceinture la maison. L’entrepreneur, un ami de mon mari, vient faire avancer le projet entre ses contrats. Il arrive avec son engin grugeur et des camions, qui se postent non loin pour que soient déversés dans leur boîte les résidus de la forêt. Mon mari a passé une partie du printemps à couper des arbres avec sa scie à chaîne en première étape à ce projet. À ce jour, le côté est de la maison est assez avancé, offrant à voir, à l’horizontale, une surface de sable encore inégale où nous stationnons nos voitures, où mon mari range sa remorque et son bateau et son quatre roues, et offrant à voir, à la verticale, un mur de pierres immenses, impressionnantes, qui produit un bel effet. Au-dessus du mur de pierres d’une bonne trentaine de pieds de hauteur, c’est la forêt, très dense.
Dans son entièreté, le projet consiste à mettre à nu les pierres actuellement couvertes d’arbres et de mousse, afin d’obtenir un dégagement important derrière la maison. Cela va laisser entrer beaucoup de lumière. Mes plantes vont apprécier. Je ne sais pas où les placer en été, tellement les feuilles des érables et des hêtres qui caressent les fenêtres arrière créent de l’ombre dans la maison.
L’entrepreneur a l’habitude de ce genre de travaux qu’il réussit haut la main. Parce qu’il est compétent, il est très sollicité, il a beaucoup de contrats, et il ne vient donc que très occasionnellement à la maison.
– À cette vitesse-là, nous en avons pour un bon cinq ans avant que ce soit fini, me suis-je dit hier matin en allant arroser une plante en pot qui passe l’été dehors, à l’ombre.
– Il ne nous restera plus que cinq ans pour en profiter, me suis-je dit aussi, puisque mon mari m’a expliqué récemment que rendus à soixante-dix ans nous ne serions plus dans cette grande maison dont l’entretien requiert une énergie que je n’ai pas toujours.
Nous avons lui et moi chacun cinquante-neuf ans.
Du coup, j’ai réalisé à quel point j’étais avancée en âge, à quel point il en reste moins devant qu’il s’en est accumulé derrière. Jusqu’à mes soixante-dix ans ça devrait bien aller, mais j’appréhende les soixante-quinze car c’est à cet âge que mon père a commencé à être ralenti par le Parkinson, et il y a quelque chose qui me dit que je pourrais finir comme lui.
J’en ai parlé à mon mari, qu’il ne nous restait plus beaucoup de temps de vie dans cette maison, et même de vie tout court avant d’être diminués par l’âge ou la maladie. Il m’a dit pour me rassurer qu’à la fin de l’automne les travaux devraient être terminés.
– Cela ne nous fera pas vivre plus longtemps, me suis-je dit, tout bas pour ne pas le décourager.
– Pourquoi la vie passe-t-elle si vite ?, ai-je demandé hier aux amis qui soupaient avec nous, au chalet. J’aimerais tant qu’elle ne cesse jamais ! Pourquoi cesse-t-elle ? Vous ne désirez pas, comme moi, qu’elle soit éternelle ?
– Il faut profiter de chaque seconde, fut la réponse de l’un d’eux, en saisissant l’occasion pour nous servir encore du vin.
– En effet, me suis-je dit, encore une fois tout bas, pour ne pas me lancer dans une discussion quant à la manière dont il nous sied d’en profiter.
La manière dont il me sied d’en profiter, c’est en lisant, en écrivant, en réfléchissant, en observant, en peignant, autant d’activités que je n’aurai eu de cesse de négliger, me laissant accaparer par des obligations qui n’en sont jamais vraiment et qui me font continuellement dévier.

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Jour 614

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Mini perchaude à l’avant-plan, un peu floue.

Je dispose de peu de temps aujourd’hui pour écrire mon texte du jour. Ce midi je dîne chez tantine, dehors sur sa galerie, avant d’aller faire l’épicerie avec elle au village. Ensuite, nous irons visiter le jardin de ma cousine, qui habite pas tellement loin. De retour à la maison en fin d’après-midi, nous recevrons des amis pour déguster avec eux, au souper, du doré fraîchement pêché.
Parce que nous en avons attrapé, du poisson, mais il a fallu trimer dur, en plein soleil sans une graine de vent, et sous la pluie drue excessivement battue par le vent.
Le jour de la photo ci-contre, je n’ai pêché qu’un seul poisson, celui qui apparaît prisonnier de mon appât, un bébé perchaude. Cependant, le lendemain, c’est moi qui ai attrapé le plus gros doré de nos quatre jours de pêche, il faisait 46 cm. Ce n’est pas énorme. Le premier été de ma vie de pêcheuse, j’ai attrapé un doré de 63 cm. On appelle ça la chance du débutant. Quand le poisson est trop gros, il faut le remettre à l’eau, de toute façon. Au lac du Fils, les limites sont établies à 37-53, ça veut dire qu’on remet à l’eau les dorés plus petits que 37 cm, et de même les dorés plus gros que 53. Le problème que nous avons rencontré cette année, c’est que les poissons faisaient tout juste 37 cm, nous confrontant à la question On garde ou on ne garde pas ?
On a attrapé de beaux gros brochets, mais les brochets ne sont pas populaires auprès des Abitibiens, trop difficiles à fileter. Alors on les rejette aussi. Pourtant, gros pas gros, on pourrait tous les garder. C’est bien pour dire que c’est une question d’habitude : ma sœur a passé des années à aller pêcher le brochet avec son mari, à St-Michel-des-Saints. Du brochet qu’ils mangeaient, bien entendu.
– Laisse la perchaude là où elle est, m’a dit mon mari, voyant que j’essayais de la retirer de mon hameçon. Ça va attirer un beau doré.
J’ai remis ma ligne à l’eau, j’ai senti mordre à un moment donné, très très subtilement, et la perchaude s’est fait avaler sans que je réussisse à attraper le glouton qui me l’a volée.
Comme j’ai le don de m’intéresser aux choses qui n’intéressent personne, je détecte plein de détails passionnants sur ma photo. D’abord, je porte une chemise, moi qui prévoyais en porter tous les jours pour me protéger du soleil, mais qui n’en ai porté que ce jour-là, et quelques heures seulement, l’air torride appelant les tenues les moins couvrantes. Cette chemise —Old Navy— n’est pas repassée. Sous la manche, en haut à droite, on remarque le bracelet de ma montre Pulsar. On remarque aussi au même endroit sur la photo que je n’ai pas les ongles sales. Cela m’étonne, je l’avoue, car j’ai joué dans la terre du contenant où se cachaient les vers que j’accrochais moi-même aux hameçons. Mais j’ai aussi découvert que je n’ai pas peur des sangsues. Alors des vers je suis passée aux sangsues, et c’est peut-être pour ça, ce désaveu des vers, que je n’ai pas les ongles sales. On remarque aussi que je porte mes lunettes fumées hollywoodiennes qui sont peut-être rendues essentielles pour me protéger de l’intensité de la lumière qui se reflète sur l’eau.

 

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Jour 615

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Étude de lignes sur l’eau.

Ça prend huit heures en voiture, revenir du Témiscamingue. Nous sommes passés par l’Ontario jusqu’à Ottawa. J’ai conduit la partie du trajet ontarien. Ensuite c’est l’autoroute 50 jusqu’à Lachute. De là, nous roulons à travers les villages qui nous sont familiers. Il me semble que Lanaudière, en comparaison de l’Abitibi, c’est ultra verdoyant, mais je peux me tromper. Denauzier me dit que l’Abitibi l’est tout autant.
Nous sommes arrivés à la maison hier soir mardi. Relisant les derniers textes de mon blogue ce matin, je constate que le contenu de mon avis d’interruption, publié avant mon départ, requiert quelques ajustements. Je confirme tout d’abord qu’il n’y a eu que peu de moustiques, d’une part parce que nous passions nos journées en bateau, et qu’en bateau c’est rare qu’il y a des bibittes qui viennent nous achaler. Il y en a sur l’eau par exemple, des patineuses, en fin d’après-midi, des gros tas. Il n’y a eu aucune bibitte, d’autre part, pendant l’orage ultra monstrueux que nous avons connu alors que nous étions encore en train de pêcher. Nous nous sommes réfugiés sur la terre ferme, sur une plage d’une des nombreuses îles du lac du Fils où nous étions. Nous sommes demeurés plantés comme des piquets sous les branches des arbres, piteux dans nos imperméables en gortex supposés ne pas laisser passer la pluie, mais dans mon cas de grosses coulisses d’eau me descendaient le long du corps provenant des coutures à l’encolure. Je grelottais. J’ai grelotté encore bien plus lorsque, profitant d’une apparence d’accalmie, nous sommes remontés en bateau pour nous diriger droit vers les camps, mais comme il ne s’est agi que d’une apparence, de gros fils gris de presque grêle se sont mis à nous pincer la peau dans un bruit encore plus fort que celui du moteur. Je me suis assise dans le fond du bateau et non sur un siège, pour être moins fouettée par le vent. Les amis ont pensé que je me suis ainsi réfugiée parce que j’avais peur. C’était dangereux, effectivement, on aurait pu être foudroyés parce que le ciel était traversé de nombreux éclairs, mais je ne peux pas dire que j’avais peur. J’avais trop froid pour avoir peur.
La tenue privilégiée n’a pas été celle de la chemise en coton léger à manches longues. Il faisait trop humide pour supporter ne serait-ce qu’une mince couche de coton sur les bras et sous les aisselles. J’ai porté, pour être précise, une seule chemise pendant quelques heures. Nous avons passé beaucoup de temps en maillot de bain, ou alors en short pour le bas, et en camisole avec brassière intégrée pour les femmes pour le haut.
Je n’ai pas attrapé de coup de soleil car je me suis généreusement appliqué de la lotion solaire minérale. Elle a pour caractéristique de contenir beaucoup de zinc, or le zinc ne s’étend pas facilement, alors j’avais le corps couvert de petites masses blanches, la couleur de la lotion. On peut donc dire, pour faire une métaphore, que j’étais la toile sur laquelle étaient appliquées les masses monochromes.
Là où mon avis d’interruption écrit avant mon départ a le plus besoin de précision, c’est à l’endroit du cake au matcha. Comme il a été difficile à cuire, je l’ai présenté non comme un cake mais comme des brownies.
– Un quoi ?, ont demandé les amis alors que je leur offrais mon gâteau magique.
– Un gâteau au matcha, ai-je répété. Des brownies au matcha, ai-je rectifié.
– Qu’est-ce que ça mange en hiver, le matmachin ?, m’a-t-on demandé.
– C’est du thé en poudre, du thé vert. Il est en poudre parce que les feuilles ont été broyées. Parce qu’il est broyé, on le conserve au frais, au réfrigérateur. C’est excellent en pâtisserie, ai-je ajouté, pour encourager les convives.
Seuls deux petits morceaux d’un pouce carré ont été mangés, par la même personne, et des trois gâteaux que j’avais apportés, cuits dans trois moules différents, je suis revenue avec presque la même quantité. Bof. Il faut dire qu’on croulait sous la quantité de nourriture que tout le monde avait apportée.
Les lunettes polarisées d’Hollywood, elles, ont été portées en tout temps lorsque sur l’eau, même pendant les épisodes d’orage que nous avons connus.

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