Jour 591

empreinteLoup

Empreintes de loup sur le sentier de la sablière.

– C’est un loup, m’a dit mon amie, celle avec laquelle je marche, je fais du kayak, je ramasse des framboises, quand ce ne sont pas des bleuets.
Elle s’y connait mieux que moi, ça fait vingt ans qu’elle a son chalet à côté du nôtre.
– C’est un gros loup en titi, ai-je avancé, bien que je ne connaisse rien aux empreintes des animaux. Ça ne pourrait pas être l’empreinte d’un ours ?
– Ou d’un lynx ?, s’est demandé mon amie. Ou, pire, d’un cougar ? Si c’est un cougar, on ne revient plus ici !
Une fois à la maison, nous avons testé nos connaissances sur Internet. L’ours a cinq doigts, donc cinq griffes. Il est éliminé. Mais le loup, le lynx et le cougar ont des empreintes qui se ressemblent toutes, à mon œil de dilettante en matière de vie animale.
Il me semble qu’habituellement, les empreintes de loup que nous observons s’enfoncent moins dans le sable. C’est tout ce que je peux dire.
La prochaine fois, nous emmènerons nos bouteilles de poivre de cayenne et nos trompettes assourdissantes. Je vais laisser à mon amie le soin de vaporiser le poivre ou de souffler dans la trompette car, telle que je me connais, je vais être figée par la peur à la rencontre du lynx, ou du cougar. Le loup, toujours selon mon amie, ne viendra pas vers nous.
– Le loup est peut-être d’ailleurs dans les fourrés, juste à côté de nous, et il attend qu’on parte pour revenir marcher dans le sentier, a-t-elle ajouté en se rendant encore plus près du fourré pour se cueillir une framboise.

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Jour 592

dracella

Avant la tonte.

Papa a une autre expression qui convient parfaitement au texte d’aujourd’hui : Enough is enough ! Il disait ça quand il trouvait qu’il avait assez travaillé sur son terrain et que c’était le temps d’arrêter pour boire une bière –de la Bleue Dry— en admirant le lac Noir où il habitait.
Ce matin je me suis réveillée et ce sont les premiers mots qui me sont venus à l’esprit : Enough is enough et je vais couper les branches de mon schefflera gigantesque, avant que je ne sois plus capable d’atteindre mon côté du lit. Avant que Denauzier ne la fasse tomber en s’accrochant dans une branche, il en est bien capable, d’autant qu’il y a une branche insolente qui se trouve très près du parcours qui mène à son walk-in, à droite sur la photo. Je vais couper les branches avant qu’il y ait un tapis de feuilles mortes sur le plancher, bien que je les ramasse régulièrement. Avant que je ne sois plus capable d’atteindre la porte patio pour ouvrir et fermer les rideaux.

Scheffleracoupé

En quarantaine sur le balcon sous la pluie.

Avant… avant qu’elle ne soit entièrement ravagée par les bibittes !, ai-je découvert au moment de la tonte, constatant que les feuilles à ras de terre étaient couvertes de larves, pourtant je ne l’arrose pas trop. Wouach !
Il faut dire que Bibi m’a donné un coup de pouce.
– Tu peux couper les branches presque entièrement si tu veux, m’a-t-elle appris cette semaine quand elle est venue chez moi. Elles vont repousser sans problème.
J’ai opté pour une coupe intermédiaire non draconienne. Je m’en vais de ce pas lui vaporiser de l’eau mélangée à du savon à vaisselle, en petite quantité, il paraît que ça tue les bibittes.

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Jour 593

papa

Comment faire sourire un octogénaire de bientôt 88 ans : en le brassant !

– C’est quoi déjà papa la fin de la citation ? La vie est un combat dont…
– La palme est aux cieux, me répond-il sans hésiter.
J’avais oublié à quel point ça me fait du bien d’être auprès de papa. Je n’avais pas oublié les mots de sa citation préférée, qu’il a prononcée certainement mille fois dans sa vie, sinon plus, mais je voulais les lui entendre dire.
Je suis allée le nourrir hier après une interruption de deux semaines passées dans le bois de la Manawan. J’aime sa manière de me rabrouer, sa manière incisive de s’exprimer par moments, qui aura été la même toute sa vie. J’aime ses adages, ses proverbes, sa philosophie de vie à travers quelques mots seulement.
Je suis en train de lui faire manger ses trois boulettes de viande-légumes-patates, il ouvre la bouche et mastique et ouvre à nouveau la bouche, jusqu’à ce qu’il me lance, le regard de biais :
– Est-ce que tu vas continuer jusqu’à demain matin ? Je n’ai pas juste ça à faire, manger du poulet !
– Qu’est-ce que tu as d’autre à faire ?, lui demandé-je.
– Je dois aller chercher mes trois pensionnaires, ils sont perdus dans le bois, et il est déjà minuit.
– Qu’est-ce qu’ils font dans le bois à une heure pareille ?
– Je viens de te le dire, ils sont perdus, ils cherchent leur chemin, je leur ai dit de se faire un feu en m’attendant.
– Prendrais-tu quand même un morceau de galette à la mélasse ?
Ça, c’est sournois de ma part, les pensionnaires vont devoir attendre car papa ne sait pas résister aux gourmandises sucrées. Il mange toute la galette. Puis nous allons, les pattes et moi, promener papa dehors. Nous faisons une bonne vingtaine de fois le tour du jardin. Je pousse papa dans son fauteuil roulant. Les pattes ne peut guère pousser le fauteuil, il est trop grand, il ressemble à une longue branche cassée qui souffrirait d’une entorse lombaire quand il se met les mains sur les poignées du fauteuil, le temps que je ramasse un mouchoir qui traîne par terre pour aller le jeter à la poubelle.
Mon frère me dit que c’est très fatigant, peinturer, par une température pareille. Il a passé la journée dans un appartement tout neuf, tout juste fini de construire.
– C’est une belle série de condos, et il va s’en construire d’autres, mais c’est vraiment trop chaud, même le jeune de vingt ans qui travaillait avec moi était à moitié mort.
– Malgré tout, lui dis-je, j’aime la canicule. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais on dirait que je me sens différente psychologiquement, je ne me vis pas de la même manière quand il fait très chaud… c’est bizarre.
Tut tut tut, fait alors papa, encore une fois comme il l’a fait toute sa vie quand je me lançais dans mes poésies exagérationnelles et qu’il voulait que je me calme.
Je reçois son Tut tut tut avec le plus grand plaisir, ça veut dire qu’il suit notre conversation !
Revenus à la chambre, je veux le prendre en photo. Je le prends souvent en photo, mais il ne sourit jamais. Alors je lui dis ceci :
– Papa, voudrais-tu me faire un sourire pour ma photo ?
Il ne réagit pas. Je m’y prends autrement :
– Papa, je vais demander aux pattes de te chatouiller, comme ça tu vas rire, et je vais te prendre en photo.
– Chatouille-le, toi, me dit les pattes en prenant mon cellulaire.
Et j’ai un peu réussi, au terme de quelques essais.
– Tu feras développer la photo, me dit mon frère, on la mettra sur le mur.

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Jour 594

robe-patineuse-avec-buste-elastique-agremente-de-dentelle-louisa

Exemple de buste élastiqué au dos.

Quand on sort de l’eau du lac, chez les amis, on se rince sans attendre sous l’eau de la douche au premier étage de la maison qui en compte trois. On se débarrasse ainsi d’une mince pellicule vaguement gélatineuse qui nous couvre la peau. On mange ensuite les baguels dans la véranda et je reviens vers quinze heures à la maison. Je suis encore un peu mouillée pour avoir porté mon maillot nouveau, même après la douche. À peine entrée, je monte me changer, prête à affronter le casse-tête du choix qui s’offre à moi.
– Tu n’oublies pas, chérie, me crie mon mari pendant que je monte à l’étage, que nous devons aller chez ma mère ?
– Je vais être prête dans dix minutes !
Je décide alors, sur un coup de tête, de porter la robe bustier à licou, diaphane et bouffante, qui constitue la pièce maîtresse de mon trousseau miraculeux. Le tissu, un imprimé cachemire dans les tons de bleu et de bourgogne, en est pratiquement aérien tellement il est léger. À ma grande surprise, la longueur est parfaite, juste au-dessus du genou, mais je ne remplis pas tout à fait la partie bustier. Ce n’est pas grave parce qu’un ruban formant une boucle est cousu à la robe. Il suffit de l’utiliser tel un licou pour que le bustier reste en place. C’est difficile à comprendre, je l’avoue, mais ce le serait encore plus si je me lançais dans des explications détaillées. L’arrière de la robe, et seulement l’arrière, est couvert d’élastiques comme on le voit sur la photo ci-dessus trouvée au hasard sur Internet. Je me vaporise ensuite généreusement de Sycomore, mon nouveau parfum. Et je suis prête, la température ne se prêtant guère au maquillage. Mon mari ne remarque pas trop ma tenue, jusqu’à ce que nous frappions à la porte de l’appartement où habite sa mère.
– Wow ! Chérie, tu es sexy ! Je ne t’ai jamais vue comme ça !
– Moi non plus !, que je lui réponds.
– Madame !, s’exclame la mère de mon mari, alors qu’elle ouvre la porte pour nous faire entrer ! Qu’est-ce qui nous vaut cette mise en beauté ?, enchaîne-t-elle.
– Je le sais !, s’exclame mon mari en consultant sa montre non pour y découvrir l’heure, mais la date. Tu t’es rappelée que c’est à pareille date, il y a quatre ans, que nous nous sommes connus ! Merci chérie de m’y faire penser !, ajoute mon mari en m’enlaçant.
– Tu as raison !, me suis-je exclamée, nous entrons dans notre cinquième année de relation, je ne m’en étais pas rendu compte ! Merci chéri de m’y faire penser !, ai-je dit à mon tour pour faire le perroquet.
Tout le monde se regarde, debout, encore sur le bord de la porte.
– On fête ça et on s’en va manger une crème glacée !, ai-je proposé.
Et c’est donc avec la maman de mon mari, sur le bord de la route 131 au comptoir laitier de notre village, que nous avons souligné, mon mari, sa mère et moi, que la vie passe vite en titi.

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Jour 595

Encore les tenues. Il y a quelques jours, ma voisine est arrivée avec un sac rempli des plus beaux vêtements. Ils ne lui vont plus. Elle me les donne. Selon la technique du « passez au suivant », les vêtements lui ont été donnés initialement par son amie française. Pour cette raison, leur origine européenne, ils sont dotés de toutes sortes de fantaisies, des broches, des licous, des rubans, des volants, du bouffant… tout le contraire des tenues sport que je mets presque en tout temps depuis que je vis à la campagne.
J’ai porté le maillot de bain découvert au fond du sac lors de ma baignade hier chez les amis. C’est une forme de baignade particulière. On descend le terrain escarpé de leur propriété en essayant de ne pas glisser sur les aiguilles de pin. Or j’ai glissé, alors pour m’empêcher de me blesser j’ai crié très fort. Ç’a marché, je n’ai fait que glisser, sans me blesser. Arrivés au bord du lac, on monte sur un pédalo difficile d’accès car, pour une question d’espace restreint à cet endroit, au lieu d’être attaché au quai de manière parallèle, le pédalo est attaché de manière perpendiculaire. Si c’était parallèle, on aurait tout de suite accès à une place assise. Puisque c’est perpendiculaire, c’est le nez du pédalo qui s’offre à nous. Il faut soulever la jambe au-dessus des pédales sans trop disposer d’un appui, et une fois cela fait, on se tourne, faisant dos au siège, pour s’asseoir à l’aveugle. Une fois assis, on s’exclame Yes !
– En route s’a croûte, ajoute l’ami qui a l’habitude d’effectuer cette séquence d’embarquement.
On pédale jusqu’au milieu du plan d’eau. Autour du plan d’eau, ce ne sont qu’algues et viscosités. Mais rendus au milieu, on nage très agréablement, une fois qu’on s’est décidé à sauter dans l’eau, car on ne peut pas se saucer progressivement à partir d’un pédalo.
– Tu portes un beau maillot, m’a dit l’ami pendant que nous pédalions.
– Merci, c’est ta femme qui me l’a donné !, ai-je répliqué.
La fantaisie du maillot, noir bien entendu, est d’être couvert d’une deuxième peau faite d’organdi savamment plissé, qui crée l’effet d’une taille de guêpe, pendant qu’une broche imitant quelque pierre naturelle sépare les bonnets.
Une fois saucés, nous nageons une bonne heure, autour du pédalo pour l’homme du couple et moi-même, beaucoup plus loin pour la femme du couple qui est très à l’aise dans l’eau. Au terme de cet exploit sportif en ce qui me concerne, nous regagnons la terre ferme, une fois réussie la difficile étape de remonter dans le pédalo.
– Attention !, m’a avertie l’amie, c’est facile de se faire des bleus !
– J’imagine, ai-je répondu en ayant déjà commencé à me tortiller pour y arriver.
Nous avons ensuite savouré des baguels au saumon fumé accompagnés de grands verres de sangria, de grands verres comme si nous buvions de la limonade. À quinze heures j’étais de retour à la maison, au terme d’une visite –savoureuse sous tous les plans– de quatre heures chez les amis.

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Jour 596

Je me réveille agréablement surprise, il n’est que 8:40. Je me fais cadeau d’une minute ou deux de rêverie à l’horizontale, de bonheur total à ne pas bouger, à ne rien faire, puis je me lève. Je porte des sous-vêtements Jockey, camisole de coton blanc et sa culotte assortie achetés il y a mille ans au magasin Eaton.
– Tu devrais t’amener des vêtements, me dit une petite voix avant que je quitte la chambre et que je descende l’escalier.
– Ça ne me tente pas, dis-je à la petite voix, et je descends les mains vides.
Je me dirige vers la cafetière sitôt en bas et je flâne un peu dans la maison, ma tasse de café à la main. Je vérifie qu’il reste de l’eau sucrée dans la mangeoire des colibris. Je vérifie du bout du doigt que la terre de mon hoya est encore un peu humide. Je suis sur le point d’entrer dans mon bureau, en me demandant qu’est-ce que je vais bien écrire aujourd’hui, lorsque, ding dong, ça sonne à la porte.
– Je te l’avais bien dit, me nargue ma petite voix. Tu n’as rien à te mettre sur le dos pour aller répondre, insiste-t-elle, judéo-chrétienne.
– Bof, lui réponds-je avec insouciance, en cherchant du regard des vêtements que je pourrais enfiler en vitesse.
Une blouse paysanne traîne sur le canapé, elle traîne là depuis quelques jours en tant que premier élément d’une pile encore inexistante de vêtements que je veux donner, ça déborde dans mon walk-in. Je l’enfile en vitesse. Pour le bas c’est moins facile, je ne trouve pas de pantalons, courts ou longs. J’accroche en passant une serviette qui pend sur les poignées de l’appareil exerciseur, c’est notre séchoir improvisé. Nous avons déposé là hier nos serviettes et maillots de bain, de retour de notre baignade chez nos amis voisins. Je me rends répondre à notre ami vêtue de ma blouse paysanne et d’une serviette enroulée autour de la taille. L’ami, qui commençait à se demander si quelqu’un allait venir lui ouvrir, préfère, me voyant, ne pas poser de question. Il m’explique qu’il vient porter un moteur électrique à la demande de mon mari. Il dépose le moteur dans le garage et nous nous séparons sur les mots d’usage, en nous souhaitant une bonne journée.
– Tu pourrais profiter d’être juste au bas de l’escalier, me dit la petite voix initiale, comme je reviens en direction de mon bureau, pour monter te chercher des vêtements.
– Ce n’est pas le bon moment, lui rétorqué-je, je dois d’abord trouver le filon de mon texte d’aujourd’hui.
Je m’installe à mon bureau lorsqu’un moteur se met à gronder de plus en plus proche, c’est mon mari qui revient d’avoir fait une course en moto. Le filon sera celui de ma tenue, encore et toujours les tenues, décidé-je avant que mon mari entre dans la maison. Mais d’abord, me demandé-je, est-ce bien une camisole que je porte ? Je me rends sur le site de La Baie d’Hudson et je découvre que ce que j’appelle « camisole » s’appelle moins familièrement « débardeur classique ». J’aurai appris cela aujourd’hui.

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Jour 597

indexJ’ai dû m’endormir vers quatre heures du matin. Dans le silence total de la nuit, au chalet, sans vent et sans pluie, sans souris, sans chant d’oiseau, sans cri du huard, j’avais peur qu’un assassin vienne m’attaquer. C’est ça qui arrive aux âmes fragiles quand elles lisent un récit de meurtre avant d’aller se coucher.
Finalement, c’est Stevens, le coupable. Il amène les deux adolescentes sur la grève à neuf heures trente, le soir, après la visite qu’elles ont faite à leur tante Maureen. Nora choisit le premier prétexte pour l’engueuler comme du poisson pourri. Nora c’est la plus jeune, quinze ans, la plus orgueilleuse. Elle l’engueule pour très mal dissimuler sa contrariété de ne pas avoir été embrassée, lorsqu’ils se sont croisés plus tôt en journée. Stevens l’a embrassée, à vrai dire, sur la joue, or elle s’attendait à mourir d’extase sous le premier baiser mouillé de sa vie que lui aurait offert son cousin, qui ne le lui a pas offert. Pour la faire taire, il l’égorge de ses mains nues, en moins de trois secondes elle s’effondre sur la grève.
Rendue aux dernières pages, je n’en pouvais plus des écumes des vagues, du sable gris, du vent incessant, du cri des fous de Bassan, des vagues écumantes, du ressac, de la brume, la marée, l’eau glacée, la tempête, deux tempêtes, la nuit noire, la lune blanche, la mer violette…
– Accouche ! Bâtard !, m’excédais-je à l’endroit de la pauvre Anne, en tournant les pages d’un coup sec pour ne pas perdre une micro-seconde avant d’atteindre le premier mot de la page suivante.
Olivia, dix-sept ans, c’est la poésie. Elle est aérienne là où Nora est fondamentalement terrienne. Son récit commence sur cette phrase que j’adore : « Il y a certainement quelqu’un qui m’a tuée. Puis s’en est allé. Sur la pointe des pieds. » Trois phrases, en fait. J’adore l’adverbe qui laisse poindre quand même le doute. Si Olivia était certaine d’avoir été tuée, elle n’utiliserait pas l’adverbe, elle affirmerait de manière concise : « Il y a quelqu’un qui m’a tuée. » Paradoxalement, par sa définition même, le mot « certainement » évacue la possibilité d’un doute. C’est sûr et certain. Il n’y a pas de doute possible. Pourtant, de l’avoir planté là dans la première phrase du récit, il installe le contraire de ce qu’il signifie. Olivia c’est ça. C’est l’âme d’artiste qui se laisse transporter au gré du vent, qui observe, c’est l’être évanescent qui laisse venir à elle toute possibilité d’événement. Elle accueille. Bon, mauvais, l’événement n’a pas vraiment de prise sur elle. Sauf que Stevens l’égorge elle aussi, après l’avoir violée, sur la grève, dans les vaguelettes, l’écume, le froid, les bois vermoulus rejetés par les vagues, et tout le bataclan.
À onze heures moins dix, affirme plus tard Maureen aux policiers, une silhouette remonte de sur la grève. C’est Stevens, qui avant de descendre en direction de la grève avait un dossier vierge, si on peut dire ça comme ça, et qui, moins de deux heures plus tard, est un assassin cruel. Il faut croire qu’il portait la pulsion du meurtre en lui, double meurtre de surcroît, car en deux temps trois mouvements, ou presque, il trouve de la corde, des pierres, il enroule corde et pierres autour des deux corps, les jette plus loin au moyen de sa chaloupe –qui fend les vagues et l’écume dans un embrun d’iode qui monte à la tête c’est à en devenir fou, le varech d’un bord, les huîtres de l’autre, et ce vent, ce vent…
Pour une analyse plus intelligente du roman, lire ici le texte d’Aurélien Boivin.
Après cette non-nuit qui m’a creusé l’appétit, j’ai mangé ce matin les trois dernières tranches de pain qu’il reste dans le frigo, bien nappées de ma confiture de framboises. Je fais griller le pain sur une plaque de métal épais que je dépose sur le feu (au propane) de la cuisinière. Avec du café noir préparé au percolateur. Délicieux.

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