
Lierre d’intérieur, c’est en plein cette plante qui enjolivait la chambre à coucher de papa.
Quand il habitait St-Paul dans un petit quartier domiciliaire, papa n’avait pas l’expérience des plantes comme il a pu la développer plus tard au lac Noir, grâce à mon frère Swiff qui lui apportait à l’occasion des arbustes et des vivaces pour enjoliver son terrain. Du temps de St-Paul, je dirais que les connaissances en botanique de papa se limitaient à son rapport avec la seule plante qu’il y avait dans sa maison, à savoir un lierre qui décorait sa chambre à coucher. Tout était gris dans cette maison, les murs et les meubles de cuir du salon, la table et les chaises de la salle à manger, et je me demande si la nappe n’était pas elle aussi grise. On peut comprendre qu’une plante verte, dans ce contexte, apportait un peu de vie. Elle logeait dans une jardinière fixée au mur, non loin de l’encadrement de la porte. Je me rappelle très bien avoir vu papa s’arrêter devant la jardinière, constater, à l’aide de son doigt qui grattait la terre, que celle-ci disparaissait comme par magie. Où allait-elle ? Pourquoi le niveau n’en était-il pas identique d’un arrosage à l’autre ? Mystère et boule de gomme. Je me rappelle en particulier la manière qu’avait papa de gratter la terre avec son doigt, une manière délicate, en homme minutieux qu’il a toujours été. Il avait fini par acheter un sac de terre de petit format et en avait ajouté à sa jardinière à l’aide d’une cuiller à soupe. J’étais au début de la trentaine, à cette époque, et je ne pensais pas au fait que papa allait vieillir un jour. Y avoir pensé, je me serais fait un devoir, qui aurait été synonyme de plaisir, de le regarder remplir sa jardinière, une cuiller à la fois, en secouant délicatement la cuiller au-dessus du sac pour en faire tomber le surplus afin de ne pas tacher sa moquette, grise. C’est bizarre. À chaque fois que je pense à papa, et le même phénomène se produit avec Emmanuelle, je me sens instantanément nourrie de l’amour que je ressens pour ces deux êtres si chers à mon cœur.
Emmanuelle n’aurait pas la même manière minutieuse d’ajouter la terre à la cuiller. Il y en aurait un peu qui tomberait sur la moquette.
Papa était moins fou que moi, il ne se cassait pas la tête avec quarante-sept plantes.

J’ai refait le calcul ce matin en me levant et en parcourant toutes les pièces. Il y a quarante-sept plantes dans la maison. Elles ne sont pas aseptisées, harmonieusement placées et bien nettoyées comme sur la photo ci-dessus. Elles résident au contraire dans toutes sortes de pots tachés, dont plusieurs portent encore leur étiquette de prix et de code barres car ces maudites étiquettes ne sont pas faciles à décoller.

Quel drôle de rêve. J’initie ma sœur à mon ancien environnement professionnel. Elle vient d’y obtenir un poste supérieur au mien dans la hiérarchie organisationnelle. Je suis donc en quelque sorte sa subalterne. Je la présente aux collègues et je lui explique des choses pratiques –le fonctionnement de la cafetière dans la salle commune, par exemple. Je lui montre l’emplacement inhabituel de l’interrupteur dans la toilette des femmes, j’attire son attention sur la première marche de tel escalier qui est trop haute et sur laquelle tout le monde s’accroche les pieds.