Jour 584

Pothos

Lierre d’intérieur, c’est en plein cette plante qui enjolivait la chambre à coucher de papa.

Quand il habitait St-Paul dans un petit quartier domiciliaire, papa n’avait pas l’expérience des plantes comme il a pu la développer plus tard au lac Noir, grâce à mon frère Swiff qui lui apportait à l’occasion des arbustes et des vivaces pour enjoliver son terrain. Du temps de St-Paul, je dirais que les connaissances en botanique de papa se limitaient à son rapport avec la seule plante qu’il y avait dans sa maison, à savoir un lierre qui décorait sa chambre à coucher. Tout était gris dans cette maison, les murs et les meubles de cuir du salon, la table et les chaises de la salle à manger, et je me demande si la nappe n’était pas elle aussi grise. On peut comprendre qu’une plante verte, dans ce contexte, apportait un peu de vie. Elle logeait dans une jardinière fixée au mur, non loin de l’encadrement de la porte. Je me rappelle très bien avoir vu papa s’arrêter devant la jardinière, constater, à l’aide de son doigt qui grattait la terre, que celle-ci disparaissait comme par magie. Où allait-elle ? Pourquoi le niveau n’en était-il pas identique d’un arrosage à l’autre ? Mystère et boule de gomme. Je me rappelle en particulier la manière qu’avait papa de gratter la terre avec son doigt, une manière délicate, en homme minutieux qu’il a toujours été. Il avait fini par acheter un sac de terre de petit format et en avait ajouté à sa jardinière à l’aide d’une cuiller à soupe. J’étais au début de la trentaine, à cette époque, et je ne pensais pas au fait que papa allait vieillir un jour. Y avoir pensé, je me serais fait un devoir, qui aurait été synonyme de plaisir, de le regarder remplir sa jardinière, une cuiller à la fois, en secouant délicatement la cuiller au-dessus du sac pour en faire tomber le surplus afin de ne pas tacher sa moquette, grise. C’est bizarre. À chaque fois que je pense à papa, et le même phénomène se produit avec Emmanuelle, je me sens instantanément nourrie de l’amour que je ressens pour ces deux êtres si chers à mon cœur.
Emmanuelle n’aurait pas la même manière minutieuse d’ajouter la terre à la cuiller. Il y en aurait un peu qui tomberait sur la moquette.
Papa était moins fou que moi, il ne se cassait pas la tête avec quarante-sept plantes.

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Jour 585

Parfois, et je dirais de plus en plus souvent en vieillissant, je me fais penser à papa. Patiente comme ça se peut pas. Trop minutieuse. Idéalistement persévérante. Ainsi, avant que je ne décide de tondre mon schefflora, j’ai passé une bonne heure à en nettoyer les feuilles, à l’endroit, à l’envers, à la naissance de la tige le long de la branche, envisageant de le nettoyer ainsi au grand complet jusqu’à ce qu’il soit débarrassé à 100% de ses bibittes. Cela aurait nécessité des heures de frottage, et sitôt une feuille nettoyée, l’autre à côté se serait infectée.
– Je ne suis quand même pas pour me lancer dans ce projet colossal ?, me suis-je demandé, tout en ne cessant pas de gratter délicatement à l’endroit des larves collantes.
– Ça ne peut pas être plus colossal que mon blogue, me suis-je répondu.
– Et je suis à la retraite, j’ai le temps, ai-je ajouté.
– C’est parce que je me confronte à des projets plus grands que nature que je n’ai pas une seconde à moi, ai-je renchéri.
– L’important, c’est de savoir si j’ai envie de décoller ces larves une à une, ai-je doctement formulé.
– C’est un peu comme lorsque j’avais débarrassé le cuir chevelu d’Emma de la colonie de poux qui s’y était développée. J’avoue que j’avais aimé ça, m’occuper d’elle pendant quatre heures de file, dans la cuisine du chalet de la Pointe-aux-Anglais, pendant qu’elle avait lu un roman d’un coup…
– Mais ici ce n’est pas pareil, me suis-je ravisée, ce n’est pas de ma fille dont il s’agit, mais d’une plante.
– Une sur quarante-sept, ai-je d’ailleurs précisé.
– Elle m’a quand même été donnée par ma cousine…, me suis-je dit en faisant ressortir mon côté sentimental.
– C’est vrai, mais plusieurs de mes plantes m’ont été données par des amis, des tantes, des collègues…, s’il fallait que je les bichonne toutes autant, je deviendrais folle !
– Qui a parlé de les bichonner toutes ?, me suis-je offusquée.
À cette étape d’une réflexion qui commençait à me donner mal à la tête, une feuille s’est détachée de la branche, une feuille que je venais de nettoyer avec la plus grande délicatesse.
Silence, dans ma tête.
Je me suis levée –parce que j’étais assise sur un banc– pour observer de plus près le travail qui m’attendait. J’ai soulevé une branche pour y découvrir un voile de larves. J’ai soulevé d’autres branches qui ne donnaient aucun signe de maladie. J’ai gratté vite fait une larve sur une feuille du dessus, j’ai testé s’il était aussi facile de gratter sur une feuille du dessous, près de la terre. J’ai constaté que ça ne l’était pas parce qu’il fallait que je me contorsionne et que j’ajuste mon regard en faisant converger mes yeux vers le même point minuscule…
– J’ai pas fini, ai-je avoué.
– On coupe ?, ai-je proposé.
– On coupe, bâtard !, ai-je acquiescé en allant chercher une petite cisaille.

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Jour 586

Dracaena-marginata

Quelle propreté immaculée sur cette photo !

Mes ennuis ont commencé avec le dracaena. C’est ma belle-fille qui me l’a donné. Elle était en train de le perdre, l’ayant arrosé pendant quelques mois à raison d’une fois par semaine, sans trop vérifier si la plante avait besoin d’être arrosée. Je faisais pareil à son âge. Emma a fait le contraire, elle en a fait brûler une dehors au gros soleil.
J’ai laissé la plante dans notre entrée dont la température est régulièrement basse. Je ne l’ai pas arrosée pendant six mois ! J’enfonçais un hygromètre dans la terre et le résultat était toujours le même : humide. Un jour, j’ai remarqué qu’une pousse nouvelle semblait vouloir prendre forme. J’ai alors commencé à surveiller la plante de plus près et finalement je l’ai sauvée. L’été est arrivé, le problème de la luminosité absente dans la maison s’est présenté, j’ai alors eu l’idée de sortir toutes mes plantes dehors, sur la galerie avant. Je les ai alignées sur le bord des fenêtres comme je le fais l’hiver au même endroit, mais à l’intérieur, évidemment. Jusque-là, tout va bien. L’été s’est terminé, j’ai rentré mes plantes, et puisque le dracaena avait bien survécu à l’entrée froide, je l’y ai remis. Les cochenilles farineuses s’y sont développées. J’allais voir la plante des fois de temps en temps et je voyais bien que des petites taches blanches s’y multipliaient, mais puisque la plante continuait de croître, je ne me posais pas de question. Mais en même temps je m’en posais, puisque je m’en pose toujours. J’ai commencé à me demander si je ne devrais pas installer le dracaena dans mon bureau, déjà chargé de plantes, pour qu’il profite du beau soleil l’hiver et augmente ainsi encore plus sa croissance. Pourquoi désirer que la plante augmente encore plus sa croissance ? Je n’en ai aucune idée ! Mais mue par cette idée loufoque, j’ai bel et bien amené ma plante dans mon bureau déjà plein de plantes, et au bout de seulement quelques jours j’ai allumé : elles étaient toutes en train d’être infestées ! C’est depuis ce temps-là, donc l’hiver dernier, que j’ai de la misère.

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Jour 587

plante-interieure-jardin-potJ’ai refait le calcul ce matin en me levant et en parcourant toutes les pièces. Il y a quarante-sept plantes dans la maison. Elles ne sont pas aseptisées, harmonieusement placées et bien nettoyées comme sur la photo ci-dessus. Elles résident au contraire dans toutes sortes de pots tachés, dont plusieurs portent encore leur étiquette de prix et de code barres car ces maudites étiquettes ne sont pas faciles à décoller.
Actuellement, une grande partie se trouve dehors. C’est là qu’elles attrapent des bibittes qui se multiplient à l’infini dans la maison à l’automne quand je rentre mes pots. Le pire c’est que je le sais, mais je le fais pareil. Les pots sont dehors parce qu’il fait trop sombre dans la maison en été, avec les feuillages qui viennent pratiquement caresser les fenêtres. J’ai remarqué aussi que lorsque les plantes sont dehors, je n’ai presque pas besoin de les arroser, elles s’imprègnent de l’humidité matinale et nocturne. Bien entendu, elles résident à l’ombre, pour ne pas brûler sous le soleil. Cela dit, cet été ayant été celui que nous avons connu, j’ai eu besoin de les arroser régulièrement. L’hiver est une meilleure saison pour mes plantes, les rayons du soleil passent à travers les nombreuses fenêtres, décuplés de leur force par la blancheur de la neige. Mais l’hiver, les plantes sont en dormance. Il ne faut pas trop les arroser, les engraisser, les déranger. C’est la raison pour laquelle mon poinsettia a passé l’hiver dans un garde-robe, à la noirceur, arrosé seulement quand la terre était rendue sèche, or elle ne l’a presque pas été. Le poinsettia a hiberné et lorsqu’il s’est retrouvé en contact avec la vie, la chaleur, la lumière, les couleurs, il a explosé de beauté. Un qui va moins bien en ce moment, c’est le cactus. Je l’adore, il provient d’une bouture que m’a donnée Ludwika. Il fait peut-être cinq pieds de hauteur. Il étouffait dans un pot de grès trois fois trop petit, qui ne pouvait plus contenir le poids de la plante, de telle sorte qu’elle tenait par la peur, appuyée sur le côté d’une armoire de pin pour ne pas s’écraser de tout son long. Les plantes étant masochistes, ce cactus a attendu de n’en plus pouvoir d’étouffement dans son pot pour pousser d’un bon trois pouces, tout d’un coup, il y a un mois. Lassée de toujours reporter l’empotage, j’ai fini par acheter un gros pot pour l’y installer, avec l’aide de mon mari qui ne portait pas de gants, bien que je lui aie proposé trois fois d’en porter.
– Ouille, dépêche-toi, s’est-il contenté de répondre à chacune de mes propositions.
Le cactus est lui aussi sur la galerie depuis son rempotage, protégé des rayons intenses par une grosse vigne pendouillante, retenu dans son nouveau pot par un gros tuteur, ficelé au tuteur à deux endroits. Le traumatisme a fait se flétrir la nouvelle pousse de trois pouces, je me demande si elle va se remettre du choc que je lui ai fait subir. Idem avec mon aloès. Denauzier ayant accroché le pot dans lequel il résidait jusqu’à tout récemment, je l’ai installé dans un pot identique à celui du cactus, qui offre à la plante une surface de terre suffisamment grande pour qu’elle ne pende pas en-dehors du pot. Depuis cette transformation, ses tiges se racotillent, jaunissent, brunissent… je ne sais pas si je vais réussir à lui sauver la vie, d’autant que l’aloès déteste semble-t-il toute forme de changement.
– Donne-les m’a dit ma sœur, tu pourrais en donner une bonne vingtaine…
– En veux-tu quelques-unes ?, lui ai-je demandé.
– Non, a-t-elle répondu sans hésiter, elles sont pleines de bibittes !

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Jour 588

220px-Safety_Pin

Safety Pin, ou Épingle de sûreté, ou Épingle de nourrice.

Voici une liste partielle des livres qui attendent après moi, dont la lecture est commencée ou pas commencée : mon ami André Major et son Esprit vagabond; Les malheurs de Sophie de la comtesse de Ségur; Iotékha de Robert Lalonde; Mayonnaise d’Éric Plamondon; La Religieuse de Diderot; Dans le champ amoureux, de Catherine Chabot; et enfin Autoportrait de Paris, avec chat, qui est difficile à lire à cause de l’écriture manuscrite qu’y utilise Dany Laferrière. Il y a autant de livres qui attendent après moi au chalet. Ils m’intéressent tous. Et je n’ai pas sorti de leur enveloppe de plastique l’entièreté de mes revues Paris Match. Ni feuilleté tous mes numéros de L’actualité.
J’enchaîne avec une liste partielle des projets artistiques qui m’occupent ces temps-ci : il s’agit cette fois de photos. J’ai passé un après-midi cette semaine avec un ami qui maîtrise bien LightRoom et nous avons transformé ensemble une photo que je vais faire imprimer en assez grand format, 40"X36". Comme nous commençons à manquer de murs à la maison, je vais donner le résultat imprimé à mon amie Estelle, de Québec, si elle accepte de s’encombrer d’une aussi grosse affaire. J’ai travaillé également avec un autre collaborateur qui, lui, maîtrise bien Photoshop, à la réinterprétation de L’origine du monde, de Courbet. Je compte faire imprimer aussi le résultat, mais je vais attendre un peu car chaque impression est assez coûteuse.
Je travaille également sur un mobile qui supportera le poids de 130 rubans longs de 84 pouces. Ils sont chacun retenus par une épingle de nourrice de petit format à une spirale que j’ai façonnée en utilisant un fil de fer. Ce projet mijote dans ma tête, je ne peux guère en parler, en ce sens que je ne sais pas encore quelle orientation il va prendre.
Je ne déclinerai pas ici la liste des tâches ménagères qui attendent elles aussi après moi. À longueur d’année elles attendent après moi, car sitôt une tâche effectuée, il s’en présente une autre. Heureusement, Bibi, parfois, vient m’aider.
Je mentionnerai cependant que mon texte quotidien est aussi important qu’avant et peut m’occuper aisément une heure ou deux par jour.
J’ai compté le nombre de plantes dont je prends soin dans la maison : il y en a quarante-six. Je comprends ma sœur de considérer qu’il y en a trop. Ce nombre n’inclut pas les fleurs, vivaces et annuelles, les arbustes et les rocailles dont je m’occupe à l’extérieur.
Je comprends pourquoi j’étais dépassée par les événements, du temps du Fitbit. Je comprends que je suis encore dépassée par les événements et qu’une réduction s’impose de mes envies et de mes projets, et de mon nombre de plantes. Il n’y a encore que vingt-quatre heures dans une journée.

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Jour 589

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Fanny Ardant et Jean-Louis Trintignant

J’ai dit quelque chose que je ne dis jamais. J’étais chez Bibi, ma confidente depuis toujours.
– Je me suis trouvée vraiment bonne, ai-je dit, à propos d’une situation délicate que j’ai parfaitement maîtrisée.
Je m’exclame souvent que je suis bonne, quand je trouve par exemple le nom d’un groupe de musique. Cherche, cherche, puis brusquement ça se prononce tout seul dans ma tête : Fleetwood Mac ! Nous étions cette fois-là dans la cuisine chez Emma, Denauzier et moi. Le nom du groupe est sorti de lui-même de ma bouche, c’était en plein le nom qu’on cherchait, je n’en suis pas revenue.
Plus récemment, c’était Fanny Ardant. J’étais avec les invités de notre ami voisin, on parlait des accents car les invités trouvaient que j’avais un accent. Tout le monde trouve que j’ai un accent, depuis tout le temps, mais je fais chaque fois comme si ce n’était pas vrai, je n’ai pas d’accent. Ou alors je minimise et je puise dans mon florilège de variations sur le thème de la négation d’un quelconque accent.
– Pourtant non, je n’ai pas d’accent, dis-je.
Et j’enchaîne :
– C’est comme l’actrice française qui a une drôle de manière de prononcer, on dirait qu’elle vient d’un autre pays, peut-être germanique. Pourtant elle est française. Vous savez ? Une grande, mince, brune, elle a joué dans Vivement dimanche !, de Truffaut, avec Jean-Louis Trintignant ?
– Une grande avec Jean-François Truffaut ? Ça ne nous dit rien…
Puis, quelques secondes plus tard, on est déjà en train de parler d’autre chose, je lance, très fière de moi :
– Fanny Ardant !
Et j’ajoute, c’est immanquable :
– Je suis bonne de l’avoir trouvé !
Mais dire, sans fausse modestie, sans vouloir me donner un style, de manière neutre comme quand on dit d’un chat qu’il est gris, que je me suis trouvée bonne d’avoir maîtrisé une situation délicate, c’est du jamais vu, jamais entendu.
Autrefois, je me dénigrais excessivement pour un oui ou pour un non. La différence dans l’acceptation de ma personne est tellement frappante, quarante ans plus tard, que j’en fais le centre du texte d’aujourd’hui.

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Jour 590

Bleu_imagePanoramique647_286Quel drôle de rêve. J’initie ma sœur à mon ancien environnement professionnel. Elle vient d’y obtenir un poste supérieur au mien dans la hiérarchie organisationnelle. Je suis donc en quelque sorte sa subalterne. Je la présente aux collègues et je lui explique des choses pratiques –le fonctionnement de la cafetière dans la salle commune, par exemple. Je lui montre l’emplacement inhabituel de l’interrupteur dans la toilette des femmes, j’attire son attention sur la première marche de tel escalier qui est trop haute et sur laquelle tout le monde s’accroche les pieds.
Le poste qu’elle a obtenu étant relativement prestigieux, elle est la seule de notre service à se rendre à un congrès international.
Pendant que je l’escorte pour cette visite, je lui explique qu’il faut cesser de fuir les difficultés et qu’il est préférable de se conformer au moule du milieu du travail, parce que la vie fonctionne comme ça : pour la gagner, il faut travailler. Je ne suis pas convaincue que ce soit une approche intéressante, cette notion de « gagner » sa vie, mais je coupe au plus court avec Bibi car l’essentiel est de l’encourager à avoir confiance. Je fais donc comme si j’adhérais au concept travail=argent. Et je ne prends surtout pas la peine de lui demander si elle y adhère aussi !
Puis je laisse Bibi au coin d’une rue, elle est prête à entreprendre sa vie professionnelle et se rend, une fois la rue traversée, entamer sa première journée de travail. Je reste debout un peu en retrait sur le trottoir, espérant qu’elle se tourne pour me saluer une dernière fois. Elle se tourne, mais je ne suis pas certaine qu’elle voie ma main lui faire un dernier signe, et cela me chagrine.
Je suis ensuite assise à une table, en train de préparer une pochette qui contient les documents qu’on destine aux participants du congrès international. Comme je termine de la remplir, je lève les yeux, et qui vois-je ? Ma sœur qui arrive, juste au moment où je pensais à elle pour lui remettre la pochette. Elle porte une tenue qui m’a déjà appartenu, une longue robe fuseau en coton fendue sur le côté jusqu’au-dessus du genou, et une veste de même tissu, d’un bleu magnifique. Malheureusement, hormis la couleur, la robe et sa veste sont d’un intérêt plus que nul sur le plan de la coupe. Je n’ose pas croire aujourd’hui que j’ai porté ça autrefois. Le bleu intense de ce vêtement se marie agréablement, cependant, au brun naturel des cheveux de Bibi dont la coupe encadre très bien le visage. Autrement dit, quand on ne s’attarde pas à la coupe maladroite du vêtement, Bibi est pas mal belle, et respire la jeunesse de son début de trentaine.
Elle s’approche et me donne alors une cassette de type VHS, une vieille affaire, sur laquelle papa aurait enregistré ses dernières volontés, y précisant de quelle manière il désire que l’on souligne son départ de la vie sur terre. Cela m’étonne, sachant papa incapable, maintenant, d’expliquer un événement de façon soutenue. Je prends la cassette qu’elle me tend en me disant qu’elle doit avoir été enregistrée il y a un bon moment.
Je suis ensuite à l’université, mais pas dans mon environnement de travail. Je fouine du côté de la haute direction, dans les environs de la tour du pavillon principal. J’y croise une femme journaliste à TVA dans la vie réelle. Nous nous connaissons, ayant été plusieurs années voisines à Montréal. Je désire la suivre, davantage pour le plaisir que par curiosité, alors mine de rien j’emprunte des escaliers et des corridors qui me font la croiser deux fois sur son parcours. Quand nous en arrivons à notre troisième rencontre, je lui dis, parce qu’il faut bien dire quelque chose, que la couleur de l’orchidée immense, qui orne le corridor –dans lequel sont visibles de multiples dorures–, est du plus beau bleu. Elle acquiesce, sans s’arrêter de marcher car quand on travaille on est pas mal pressé.
Deux éléments de ce rêve empreint d’une atmosphère paisible et sereine retiennent mon attention : la présence du bleu, bleu de la robe et bleu de l’orchidée géante. Deux bleus différents, celui de la robe est un bleu presque royal, celui de l’orchidée est très semblable à celui de la photo ci-dessus. Et la notion de dernier au revoir, l’au revoir que je fais à Bibi quand elle se rend travailler, et la cassette enregistrée par papa quant à son ultime au revoir.

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