Jour 574

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Communément appelé laurier sauce, il est le seul comestible de toutes les variétés de laurier. Celui qui m’a été donné aujourd’hui est quand même en moins bon état.

Coup de théâtre : les coccinelles sont arrivées, qui envahissent nos maisons à l’approche du froid, mais qui ne sont pas encore dans nos maisons parce qu’il fait encore assez chaud dehors. Les coccinelles sont arrivées et que font-elles ? Elles mangent les cochenilles farineuses ! Ah bien bâtard ! Je vais les laisser en manger en masse, mais je vais aussi, quand même, procéder au traitement choc, celui pour lequel j’ai acheté du savon liquide noir. En fait, à l’heure où j’écris ces lignes, j’ai déjà vaporisé le traitement sur toutes les plantes que je possède. J’ai fait ça dehors, sur la galerie avant. Et je vais le faire les trois prochains jours.
Ce matin, mon voisin m’appelle. Il me propose de me donner la moitié de son laurier.
– Ça va te faire économiser, a-t-il dit, tu n’auras plus besoin d’acheter des feuilles de laurier au IGA ! Tu en coupes une feuille ou deux quand tu fais tes rôtis, et la saveur est décuplée par rapport aux feuilles achetées.
– D’accord, ai-je répondu, je suis preneuse.
J’aurais dû répondre non, puisque j’ai déjà trop de plantes, mais j’aime mon voisin et l’idée d’aller chez lui couper la plante et rempoter chacun la nôtre me plaisait. J’y suis allée à deux heures cet après-midi, la bedaine encore pleine de tomates cerises que ma sœur m’a données et qui ont constitué notre dîner. J’ai monté à pied la côte qui mène chez lui en essayant de ne pas ralentir. Je suis arrivée pas trop essoufflée finalement. Il était déjà dehors, en train de sortir le laurier de son pot. Je me suis assise à proximité du pot pour regrouper les branches de mes deux mains afin que l’opération soit plus facile pour mon ami voisin. Ainsi accroupie, qu’ai-je aperçu, le nez dans les branches ? Des cochenilles en quantité industrielle !
J’ai lu un article à propos des cochenilles. Il suffit qu’on en laisse une sur une plante pour qu’elle soit à l’origine d’une infestation complète dans une maison. Alors l’histoire du savon liquide noir, mélangé à de l’alcool et à de l’huile dans un litre d’eau, c’est peut-être efficace, mais, comme l’aurait dit mon père, il faut savoir en prendre et en laisser. Enfin… les prendre et ne pas en laisser. Je vais d’abord traiter mes plantes avant de les rentrer, et une fois rentrées je vais les surveiller. C’est ce que je peux faire de mieux.
Je dois avouer que j’aime ça, gratter la feuille pour en retirer les larves agglutinées. Mon voisin aime moins ça.
– Je vais les enlever progressivement en prenant mon café le matin, a-t-il décidé au bout d’un moment.
– Je vais en enlever encore, une fois rendue à la maison, me suis-je dit pour ma part, et c’est ce que j’ai fait.

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Jour 575

savLiqNoirJe vais bientôt rentrer mes plantes car les températures avoisinent 0°C la nuit. Je vais leur faire vivre un traitement choc avant de les rentrer, compte tenu de la cochenille farineuse qui les a contaminées presque toutes. Dans un litre d’eau, ai-je lu sur Internet, on mélange une cuillerée à café d’huile, une d’alcool, une de savon liquide noir. On vaporise les plantes quatre jours de suite.
– Avez-vous du savon liquide noir ?, ai-je demandé au pépiniériste, celui qui m’a dit que mes cheveux ressemblaient à ceux de Fifi Brindacier.
Je pensais que le pépiniériste était susceptible de vendre ce produit dans la section des insecticides bio, non nuisibles pour la planète et pour les humains qui vivent dessus.
– Tu vas trouver ça à la Coop, à Joliette, m’a-t-il répondu sans hésiter.
– Avez-vous du savon liquide noir ?, ai-je demandé au vendeur à la Coop, à Joliette.
– Tu vas trouver ça au magasin Sany, le spécialiste des produits nettoyants, à côté du restaurant Cora, m’a répondu le vendeur.
– Donc je continue jusqu’à la rue St-Charles et je suis rendue ?, ai-je voulu m’assurer.
– En plein ça, a-t-il répondu.
– Avez-vous du savon liquide noir, ai-je demandé au vendeur du magasin Sany, en ayant la conviction qu’il n’en avait pas et effectivement il n’en avait pas.
– Je te dirais d’essayer à l’Arc en Vrac, sur Manseau, m’a répondu le vendeur.
J’entre à l’Arc en Vrac, c’est un magasin où j’aime fouiner, à cause de l’odeur propre aux magasins d’alimentation naturelle, une odeur d’encens mélangée à des odeurs d’huiles essentielles. J’ai fini par demander à la vendeuse, cette fois c’était une femme derrière le comptoir, si elle avait ledit savon.
– Nous venons d’en recevoir !, s’est-elle exclamée, il suffit de le trouver dans les boîtes qui viennent d’être livrées.
Le savon se trouvait dans la première boîte ouverte par la vendeuse. Il se vend quand même assez cher, autour de 25$, mais comme il est très concentré, il peut durer longtemps.

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Jour 576

compteRebours

Compte à rebours

C’est toujours avec enthousiasme que je me rends à mon bureau, lorsque nous sommes à la maison –car en ce moment nous sommes au chalet pour le week-end. Je m’assois devant mon ordinateur, je prends ma souris –car j’utilise encore une souris– et je clique sur l’application WordPress pour écrire un texte que je verserai sur mon blogue. À travers ça, je vérifie si j’ai reçu des courriels et je lis vite fait les gros titres du journal Le Monde.
Ces derniers temps cependant, une fois cela fait, m’être assise, avoir pris la souris et cliqué sur l’icône W, je suis freinée dans mon élan par le constat que je n’ai rien à écrire.
– Ah oui, me dis-je une fois assise, il faut maintenant que je trouve quelque chose à écrire. Mince !
Cela gâche tout car je sais que je n’ai rien à raconter. J’ai beau me créer des thèmes pour des séries de trente textes, sur les vêtements puis sur les bijoux, j’ai beau décrire mes démarches lorsque je peins une toile, décrire d’autres sortes de projets artistiques –que je n’ai jamais réalisés–, j’ai beau raconter mes rêves à l’occasion, il n’en demeure pas moins que, fondamentalement, je n’ai rien à écrire. Ce constat est plus prégnant au fur et à mesure que mon compte à rebours se rapproche de l’échéance finale, le texte du Jour 1. Bien des textes nous en séparent encore, cela dit.
J’aurai bientôt soixante ans, je n’ai rien à raconter, moi qui croyais le contraire jusqu’à tout récemment. Qu’est-ce qui fait que je comprends enfin, que je comprends seulement maintenant, que je n’ai rien à raconter ? Qu’est-ce qui explique que j’aie pu penser avoir quelque chose à raconter ? Et si mon blogue n’avait été, ces sept dernières années, qu’une bouée de sauvetage, comme peut être bouée de sauvetage, quand on est au plus mal, la prochaine séance chez le psychologue, séance elle aussi soumise au phénomène du compte à rebours : encore trois jours, ouf maintenant deux, YES ce sera demain, etc. Est-ce que j’avais besoin de me prendre pour une écrivaine pour m’adonner à l’écriture de mes riens du tout ? Est-ce qu’il était nécessaire que je me perçoive comme étant intéressante pour donner naissance à mes lignes insignifiantes ?
J’aurai bientôt soixante ans et je suis encore habitée par le besoin je dirais viscéral de me sentir unique, différente, semblable à nulle autre. En même temps, chaque individu est unique. La question devient donc la suivante : est-ce que chaque individu porte en lui le besoin de se sentir unique à ce point-là, à ce point-là qui est le mien ?

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Jour 577

Suivi de mes dossiers :
Je n’ai pas vu la dame qui porte une Pulsar presque identique à la mienne, au CHSLD. De toute façon, l’avoir vue, je n’aurais pas pu prendre de photo car j’avais oublié d’apporter mon téléphone. Une dame est mourante en ce moment sur l’étage où habite papa, j’espère que ce n’est pas la dame à la Pulsar noire.
J’ai demandé à papa s’il se rappelait que c’était bientôt son anniversaire.
– Oui, le 28 septembre, a-t-il répondu.
– Tu auras quel âge ?, ai-je demandé, comme si le cadeau d’une bonne réponse n’était pas suffisant.
Il n’a pas répondu.
Mon texte n’a pas été retenu au concours du récit de Radio-Canada. C’était écrit dans le ciel, bien entendu, mais je suis contente d’avoir participé. C’est ça le problème, je me contente de peu, avoir participé me suffit. Avoir quelques lecteurs seulement sur mon blogue me suffit. Penser que j’écris bien me suffit. Quand j’étais jeune, j’entretenais des attentes immenses, irréalistes. Ma vie aurait été différente avoir compris plus tôt qu’un escalier, selon l’adage cher à mon père, se monte un étage à la fois. Papa l’a répété mille fois, pourtant. J’entendais les mots mais je ne saisissais pas leur portée.
J’ai encore un peu mal aux pieds des suites de la danse, au mariage. Alors je porte mes chaussures de sport dans lesquelles sont insérées mes orthèses. Ça fait un drôle d’effet, mes chaussures de sport portées avec la belle robe que j’ai reçue en cadeau de ma voisine, mais un drôle d’effet que j’aime.
J’avais des bottes de cowgirl quand j’étais dans le début de la vingtaine. Je les portais en hiver même si elles n’étaient pas doublées ni imperméables, mais j’avais réussi à ne pas trop les abîmer. Une journée que j’étais allée patiner dans un aréna, et que je les avais laissé m’attendre dans le vestiaire, elles se sont fait voler. Je ne me rappelle pas de quelle manière j’étais retournée à la maison. Je ne me rappelle pas quelle était alors ma maison. J’en ai habité plusieurs. Je me rappelle de la ville : Québec.
On dirait que les ligulaires ont déjà pris un peu de volume, comme si elles se plaisaient à l’ombre le long du garage. Il y a du soleil par moments, quand même, qui vient les caresser. Cet après-midi je reprends la routine et donc mes visites à tantine. Avec elle, nous irons voir ma cousine qui veut me donner des vivaces pour poursuivre mes aménagements paysagers autour de la maison.

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Jour 578

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Dans mon rêve, le bout de la botte était plus pointu.

Dans mon rêve, je me disais que j’allais jouer de la guitare, maudit bâtard. J’étais décidée, j’excluais la possibilité de me trouver un prétexte pour ne pas jouer, comme je l’ai fait trop de fois dans ma vie réelle, et d’innombrables fois dans ma vie rêvée. Advienne que pourra, me disais-je intérieurement, aujourd’hui je joue.
C’était l’heure de mon cours avec mon professeur. Il semblait content de me retrouver après une année d’interruption. J’essayais de me rappeler ce que j’avais fait pendant cette interruption, et ce qui l’avait causée, mais je ne m’en rappelais pas. Je me rappelais cependant que je n’avais pas été correcte avec le professeur, pas courtoise, mais il semblait l’avoir oublié.
J’arrivais à mon cours en portant ses bottes, des bottes de cowboy à bout pointu. Je lui annonçais, en entrant dans le local où il m’attendait, que je m’étais permis cet emprunt, mais qu’il était finalement préférable que je les enlève car elles étaient humides et même mouillées. Le professeur ne semblait pas contrarié par cette trop grande familiarité. Je m’installais ensuite sur la chaise réservée aux élèves, à côté de la sienne, mais mon rêve se terminait avant que je me mette à jouer.
C’est quand même une amélioration. Au lieu de mourir de peur à l’idée d’affronter un défi –jouer de la guitare devant le professeur dans l’intimité–, je choisissais de m’affirmer. Je me voulais volontaire et déterminée. Ça ne veut pas dire que j’arrivais à jouer pour autant, mais au moins j’essayais de faire ce qu’on attendait de moi. Et ce que j’attendais moi-même de moi.
Cela me fait penser à une décision que j’ai eu nettement conscience de prendre quand Emma est née, un matin que j’étais en train de changer sa couche :
– Je ne lui dirai pas non, c’est trop fatigant à justifier. Je vais dire oui.
La paresse, ou plutôt l’extrême fatigue qui m’habitait à l’époque, ont été de bonnes conseillères.
La routine, donc, maintenant que l’événement mariage est derrière nous, reprend son cours. Reprend son cours avec les surprises qui peuvent survenir et déjà la briser : je serai à Montréal une dizaine de jours, début octobre, en compagnie de Thrissa. YES !

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Jour 579

C’est sûr que dans la perspective d’une extinction de la race humaine dont les prémices sont déjà sensibles il me semble, les promesses électorales sont un peu risibles, les chicanes, les prises de bec, les accusations puériles. J’imagine parfois des scénarios catastrophes, des tsunamis, des tremblements de terre, des explosions de toutes sortes, et pendant qu’ils sont projetés dans les airs, dans un tonnerre de décibels, les humains continuent de se chicaner et de se dire des bêtises en se pointant du doigt !
Pendant ce temps, autour de la maison, nous avons aménagé un bel espace avec les ligulaires dont il a été question dans ces textes illustres. Depuis le jour même du mariage, elles sont entourées d’un projet de gazon, dans la mesure où les graines que Denauzier a semées ont bien profité des pluies récentes pour se transformer en petites pousses vertes. On travaillait sur ce bel aménagement, mon mari et moi, afin d’embellir la maison pour les invités au mariage, frères et sœur de la mariée qui ont séjourné chez nous pendant près d’une semaine. Une personne, dans le groupe, a exprimé à un moment donné que le terrain était plus beau qu’avant. Ce fut ma récompense.
Je retombe aujourd’hui dans ma routine. Déplacement à Joliette le mercredi pour nourrir papa le soir, déplacement chez tantine le jeudi pour faire ses courses, déplacement le vendredi pour passer les week-ends au chalet. À travers ça, visites régulières de mes plantes qui sont toutes installées dehors le long des fenêtres. Avec la température qu’on a, elles vont peut-être rester là encore un bon mois. Je ne les arrose pas, l’humidité ambiante fait même moisir la terre de certaines d’entre elles. Tâches ménagères, cuisine assez frugale, qui ne le fut pas du tout cette dernière semaine, rencontres avec les amis d’ici. Justement, ce soir, nous soupons chez nos amis. Ce ne sera pas frugal.
C’est un cercle vicieux, finalement : plus nous avons d’occasions de manger en société, plus nous nous éloignons de la frugalité, et plus nous nous éloignons de la frugalité, plus je resserre les conditions de la frugalité à notre retour dans la routine.
J’ai encore un peu mal aux pieds, pendant que la jeune fille de Denauzier a repris son travail avec énergie, en sautillant presque à chaque pas qu’elle fait pour accueillir ses clients. Ce n’est pas grave du tout, la différence entre vieillesse et jeunesse, en autant que mes plantes poussent.

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Jour 580

J’ai mal aux pieds, j’ai beaucoup dansé lors du mariage de la fille de Denauzier. Je danse très mal, mais en vieillissant je ne m’en fais pas avec ça. Ma belle-sœur a elle aussi beaucoup dansé, elle danse bien, une belle-sœur un peu plus jeune que moi. J’aurais dû porter mon Fitbit, j’aurais atteint les 10 000 pas dans le temps de le dire. Par moments, je m’arrêtais pour aller boire de l’eau, ou du vin, et je sentais alors la transpiration me dégouliner le long du corps. La fille de Denauzier, pas celle qui se mariait, l’autre, dansait avec nous, je veux dire les deux cinquantenaires. Elle s’entraîne rigoureusement depuis quelques années dans un centre de conditionnement physique.
– Avais-tu chaud autant que moi pendant la danse ?, lui ai-je demandé alors que nous nous démaquillions l’une à côté de l’autre devant le grand miroir de la salle de bain.
– Seulement aux pieds, a-t-elle répondu, fraîche comme une rose.
J’ai le double de son âge, il faut dire.
Ici, de deux choses l’une : soit ma belle-fille sera aussi peu alerte que moi quand elle aura atteint l’aube de la soixantaine, soit elle continuera de respirer la forme par tous les pores de sa peau parce qu’elle aura maintenu son entraînement, et parce que, la technologie toujours se développant, il existera des manières de ne pas vieillir, de ne pas avoir mal aux articulations, et tout le tralala. L’approche hybride existe ici bien sûr, qui est la plus plausible : elle sera plus en forme que moi à pareil âge.
Ou encore, dans trente ans, les sandales à talon aiguille, et moins aiguille, n’existeront plus. Les êtres humains, toutes catégories confondues, porteront des chaussures à semelles de gel qui absorbent les chocs. Encore ici, j’aurais pu choisir de me présenter au mariage en talons plats, ou d’enlever mes sandales lors de la danse.
Autre possibilité, à l’intérieur de ces mêmes trente ans, les êtres humains n’auront plus accès à ces formes de bombance en salles de danse parce que la planète ne sera plus capable de produire les ressources dont nous avons besoin.
Ou alors, les bombances seront réservées au 1% richissime de la population mondiale.
Je commence à penser que cette vision catastrophiste de l’avenir pourrait se concrétiser avant longtemps. À moins que ce ne soit le mal de pieds qui dérègle le fonctionnement de mes neurones…
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