Jour 580

J’ai mal aux pieds, j’ai beaucoup dansé lors du mariage de la fille de Denauzier. Je danse très mal, mais en vieillissant je ne m’en fais pas avec ça. Ma belle-sœur a elle aussi beaucoup dansé, elle danse bien, une belle-sœur un peu plus jeune que moi. J’aurais dû porter mon Fitbit, j’aurais atteint les 10 000 pas dans le temps de le dire. Par moments, je m’arrêtais pour aller boire de l’eau, ou du vin, et je sentais alors la transpiration me dégouliner le long du corps. La fille de Denauzier, pas celle qui se mariait, l’autre, dansait avec nous, je veux dire les deux cinquantenaires. Elle s’entraîne rigoureusement depuis quelques années dans un centre de conditionnement physique.
– Avais-tu chaud autant que moi pendant la danse ?, lui ai-je demandé alors que nous nous démaquillions l’une à côté de l’autre devant le grand miroir de la salle de bain.
– Seulement aux pieds, a-t-elle répondu, fraîche comme une rose.
J’ai le double de son âge, il faut dire.
Ici, de deux choses l’une : soit ma belle-fille sera aussi peu alerte que moi quand elle aura atteint l’aube de la soixantaine, soit elle continuera de respirer la forme par tous les pores de sa peau parce qu’elle aura maintenu son entraînement, et parce que, la technologie toujours se développant, il existera des manières de ne pas vieillir, de ne pas avoir mal aux articulations, et tout le tralala. L’approche hybride existe ici bien sûr, qui est la plus plausible : elle sera plus en forme que moi à pareil âge.
Ou encore, dans trente ans, les sandales à talon aiguille, et moins aiguille, n’existeront plus. Les êtres humains, toutes catégories confondues, porteront des chaussures à semelles de gel qui absorbent les chocs. Encore ici, j’aurais pu choisir de me présenter au mariage en talons plats, ou d’enlever mes sandales lors de la danse.
Autre possibilité, à l’intérieur de ces mêmes trente ans, les êtres humains n’auront plus accès à ces formes de bombance en salles de danse parce que la planète ne sera plus capable de produire les ressources dont nous avons besoin.
Ou alors, les bombances seront réservées au 1% richissime de la population mondiale.
Je commence à penser que cette vision catastrophiste de l’avenir pourrait se concrétiser avant longtemps. À moins que ce ne soit le mal de pieds qui dérègle le fonctionnement de mes neurones…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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