Jour 576

compteRebours

Compte à rebours

C’est toujours avec enthousiasme que je me rends à mon bureau, lorsque nous sommes à la maison –car en ce moment nous sommes au chalet pour le week-end. Je m’assois devant mon ordinateur, je prends ma souris –car j’utilise encore une souris– et je clique sur l’application WordPress pour écrire un texte que je verserai sur mon blogue. À travers ça, je vérifie si j’ai reçu des courriels et je lis vite fait les gros titres du journal Le Monde.
Ces derniers temps cependant, une fois cela fait, m’être assise, avoir pris la souris et cliqué sur l’icône W, je suis freinée dans mon élan par le constat que je n’ai rien à écrire.
– Ah oui, me dis-je une fois assise, il faut maintenant que je trouve quelque chose à écrire. Mince !
Cela gâche tout car je sais que je n’ai rien à raconter. J’ai beau me créer des thèmes pour des séries de trente textes, sur les vêtements puis sur les bijoux, j’ai beau décrire mes démarches lorsque je peins une toile, décrire d’autres sortes de projets artistiques –que je n’ai jamais réalisés–, j’ai beau raconter mes rêves à l’occasion, il n’en demeure pas moins que, fondamentalement, je n’ai rien à écrire. Ce constat est plus prégnant au fur et à mesure que mon compte à rebours se rapproche de l’échéance finale, le texte du Jour 1. Bien des textes nous en séparent encore, cela dit.
J’aurai bientôt soixante ans, je n’ai rien à raconter, moi qui croyais le contraire jusqu’à tout récemment. Qu’est-ce qui fait que je comprends enfin, que je comprends seulement maintenant, que je n’ai rien à raconter ? Qu’est-ce qui explique que j’aie pu penser avoir quelque chose à raconter ? Et si mon blogue n’avait été, ces sept dernières années, qu’une bouée de sauvetage, comme peut être bouée de sauvetage, quand on est au plus mal, la prochaine séance chez le psychologue, séance elle aussi soumise au phénomène du compte à rebours : encore trois jours, ouf maintenant deux, YES ce sera demain, etc. Est-ce que j’avais besoin de me prendre pour une écrivaine pour m’adonner à l’écriture de mes riens du tout ? Est-ce qu’il était nécessaire que je me perçoive comme étant intéressante pour donner naissance à mes lignes insignifiantes ?
J’aurai bientôt soixante ans et je suis encore habitée par le besoin je dirais viscéral de me sentir unique, différente, semblable à nulle autre. En même temps, chaque individu est unique. La question devient donc la suivante : est-ce que chaque individu porte en lui le besoin de se sentir unique à ce point-là, à ce point-là qui est le mien ?

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Une réponse à Jour 576

  1. Jacques Richer dit :

    Question bien profonde, sur le sens de la vie. Pas surprenant que ça occupe plus nos esprits à mesure qu’on approche de notre fin. Certains profitent de ce moment pour prendre une tangente vers la religiosité, ce qui ne me semble pas sain, mais est évidemment infiniment discutable. On peut aussi décider d’un coup de tête que le sens de la vie n’a pas d’importance, et décider d’essayer simplement de jouir au maximum de chaque instant qui passe. Choix qui peut tout de même conduire assez vite à des obstacles, si on est seul, ou si la vie nous impose de nombreuses contraintes dont on est incapable de se libérer (incapacités physiques, responsabilités parentales multi-générationnelles, …). Mieux vaut avoir des choix, même s’Ils ne nous passionnent pas toujours, que de ne pas en avoir du tout. On a le choix de ne rien choisir. C’est un luxe.

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